‹ Histoire de la ville d'AuxerreChapitre 45 sur 71 · V. ier août , installation de MM, Claude CaiUaut · texte numérisé non relu

V. ier août , installation de MM, Claude CaiUaut

du fait commun , et Mousse , Procureur , Echevin,

VI. 2 décembre , affiche et publication d'une Déclarât ion du Roi . faisant nouvelle défense au Coros municipal d'envoyer des députés , soit à Paris , soit ailleurs , sans une autorisation expresse des babiuns , réunis en assemblée générale , et approuvée par l'Intendant.

I. An mois de février , des Officiers allemands , faits prisonniers à la bataille de Spire , sont reçus à Auxerre , pour y être gardes par la milice bourgeoise.

II. Ouverture du jubilé pour le nouveau siècle ; il dura deux mois.

III. 6 juillet , M. llwêque f André Colbert , tombe malade à Régennes , et expire le 19. Son corps , le lendemain . fut aoDorté à Auxerre . et inhumé dans le sanctuaire de la Cathédrale , avec le cérémonial accoutumé.

IV. Au mois d'août , Auxerre eut encore à sa garde 3oo prisonniers de guerre de la garnison de Verceil.

V. Le 10 , installation de M. CoUinet , Echevî* , élu dans rassemblée du ^ juin.

W. Le 18, M. Charles^Daniel de Lévi de Tufcèxe de Caylus est nommé par le Roi à TEvêché d'Auxerrc.

Aussitôt que la nouvelle en parvint à laville , le Corps municipal députa M. Baudcsson , pour lui présenter les félicitations des habitans. Le Chapitre de Si-Etienne lut envoya également une députation , composée du Grand-Archidiacre , du Trésorier et de deux Chanoines. V. i ^o5 , n. h.

"VII. Un édit du mois de février ayant créé des Inspecteurs aux boucheries , avec des droits considérables sur l'abattage des bestiaux , et réservé aux villes la faculté de lever ces offices , en en payant la finance , qui , pour Auxcrre , était de 24 ^So livres , les habitans assemblés crurent qu'il était de leur intérêt d'user de cette faculté , et d'affermci ensuite la perception des droits. La ville en devint effectivement propriétaire , et les afferma par adjudication au sieur Thiriot , pour doute années , à la charge par lui de payer la finance. Mais cet adjudicataire éprouva tant d'opposition , de résistance et de fraudes , de la part des bouchers , qu'il prit la fuite sans avoir rien payé. Vainement voulut-on procéder à une nouvelle adjudication sur sa folle-enchère , les bouchers s'étaient rendus si redoutables , que personne ne se présenta , en sorte que les Officiers municipaux se virent contraints , le 9 septembre , de prendre pour le compte de la ville l'adjudication , sous le nom de Jacques Frappé , et de demander au Conseil un octroi pour payer la finance de l'office , ce qui fut approuvé par les habitans. Pour percevoir les droits , et vaincre les menées des bouchers , on établit un abattoir dans la rue du Cul-dc-sac , près de la boucherie , et quatre commis , habitues à cette petite guerre , fu-

rcnt chargés de la recette des droits et de la surveillance des bouchers. 11 y eut alors tant d'exactitude et de sévérité à leur égard t qu'ils proposèrent par abonnement de payer annuellement à la ville 2,800 livres pendant douze années. Leur proposition ayant été acceptée, le traité fut signé, le 18 décembre, par 17 bouchers , qui s'obligèrent solidairement. La plupart étaient les ancêtres des familles actuelles de la boucherie. Ce sont des Tangy , Bijon , Hérisson , Bourdin et Defrancc.

I. Le 3 mars , un arrêt du Conseil fit droit à la demande des habitans du 9 septembre , et autorisa les Officiers municipaux à établir l'octroi nécessaire pour payer la finance des offices d'Inspecteurs aux boucheries.

IL Le 21 , toutes les autorités et la Bourgeoisie en armes allèrent recevoir , à la porte S.-Simon , le nouvel Evôque , M. de Caylus , sacré à Paris , le 1" du mois , et le conduisirent à l'abbatiale de S.-Gcrmatn. Le soir , le Chapitre, en corps, alla lui présenter ses hommages , et lui offrir , suivant l'usage , douze pains et douze bouteilles de vin. Le lendemain , dimanche , il fut intronisé. Le cérémonial de cette intronisation étant le premier que j'aie découvert , j'ai cru devoir le rapporter comme un document historique méritant d'être connu. Très-certainement , il n'est que la copie fidèle de tout ce qui avait été observé pour les Evèqnes précédens , et dans la rudesse

ClUPITfil XIV ,

de ses formes , ou reconnaît facilement celles des mœurs du moyen âge.

A deux heures après midi , l'Evêque se rendit en carrosse, de S.-Gennain devant la chapelle de la Vierge qui était au bas de la tour non-achevée de la Cathédrale. Il fut introduit dans cette Chapelle par deux députes du Chapitre , et s'y revêtit de ses habits L<es députes le conduisirent ensuite à la grande porte de la Cathédrale , qui était fermée , et devant laquelle étaient tous les Chanoines en chapes , ayant à leur tète le Doyen. Là se placèrent encore et auprès de lui , l'Abbé de Tencin , Grand-Archidiacre de Sens , deux Chanoines de la même ville , et M* Leriche , Notaire , aussi de Sens. Alors le Doyen s'approcha et dit à l'Evêque : EU ne pacifient ingre&sus iuus ? Votre entrée est-elle pacifique ? il répondit : est pacificus ; elle est pacifique. Sur cette réponse , le Doyen lui fit baiser la croix , et ouvrant le livre des évangiles , lui fit jurer qu'il garderait inviolablement les droits , usages et coutumes de l'Eglise S. Etienne , et qu'il maintiendrait , autant qu'il le pourrait , ses immunités , privilèges et statuts ; à quoi il répondit : promitiimus in verào Epi$copi \ no*s le promettons , parole d'Evêque, Aussitôt la porte fui ouverte ; tous les Chanoines descendirent les degrés , et s'arrêtèrent devant le premier pilier, L'Evêque les suivit , précédé de l'Archidiacre de Sens , qui , en lui offrant de l'eau bénite , lui dit : imgredere benediçie Dei, entres béni de Dieu. En même temps, le Doyen s'approchant , le complimenta en latin , et l'Evêque le remercia également en latin ; le Doyen lui dit ensuite ;

mx-uuiTtuui tiâcLK. ^79 habes ne pannes aurcos « te debilos et pet prœdeces* soies tuos darisoliios? Avez-voua les oruemens de drap d'or que vous dcves % *t que vos prédécesseurs ont été dans l'usage de donner f sur sa réponse , non habeo , je n'en, ai pas, le Doyen répliqua: promit- Us ne iilos dori ? promettes- voua de les donner i il répondit: libentissimt promitto , je le promets volontiers. Sur-le-champ , les Chanoines se rendirent au chœur , et y prirent leurs places. L'Evêque alla jusqu'au milieu du cheeur , où Y Archidiacre de Sens lui présenta la corde du petit clocher , en lui disant : accipe regimen hujus ecclesiœ per mviisierium nostrum , prenez » par notre ministère , le gouvernement de cette église. Conduit par lui au grand autel , il le baisa et s'agenouilla , puis au trtae , ou l'Archidiacre lui dit : Attende catfiedram dignitatis , et sotimn glonœ tenens , sla in fide , justiiié e$ méritai 'e , et t ctine heum a Dea Obi dalurn ; potens estenim Dominas ut wgedt tibifidenx; montes sur ce siège de dignité , et conservant ce trône de gloire , tenez vous ferme dans la foi » la justice et la vérité ; retenez, la place que Dieu vous a donnée , car il peut encore augmenter votre foi. W finit par le complimenter eu latin. A cet instant , le Chantre» accompagne du Sous-Chantre , vint annoncer le Te Deum au Prélat , qui l'entonna. Après le cantique , deux enfans de choeur chantèrent le verset A Domino factum es4 istvd, C'est le Seigneur qui a fait cela. L'Evêque chanta l'oraison Actiones nostras, puis adressa un discours français au peuple, et lui donna sa bénédiction. S'étant retiré pour quitter ses habits pontificaux , il revint au chœur , dans le costume de

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Chanoine , participer à l'office. Tous les Curés de la ville et des faubourgs assistaient à cette cérémonie en soutane et manteau long. Le lendemain, les Corps religieux et civils allèrent complimenter le nouvel Evêque , qui , par son esprit et son affabilité , prit , sur-le-champ , dans la ville et dans le Diocèse , la grande influence qu'il y a exercée pendant les 4 3 années de son épiscopat.

III. 2+ juin , élection de MM. Etienne Navarre, marchand , Gouverneur du fait commun , Pierre Baudesson , Conseiller au Bailliage , et Claude Caillant , Assesseur , Echevins.

IV. 1 3 septembre , M. d'Aguesscau , Procureur général du Parlement , dont la renommée publiait déjà les éminentes qualités du cœur et de l'esprit , étant venu , avec Madame d'Agucsseau , dans sa terre du Val-de-Mercy , les Officiers municipaux s'y rendirent en corps pour le complimenter , et lui offrir des vins d honneur , ainsi que du gibier , des trujfes et des confitures pour Madame.

V. Le iq , mêmes démarches et mêmes présens pour M. Pinon , nouvel Intendant de la province.

\ L 3o novembre , ce jour étant le dernier du temps pendant lequel M. Liger pouvait percevoir les énormes octrois à lui affermés en 160,7 , pour le remplir des 4^,000 livres qu'il avait payées d'avance , les habitans en furent prévenus par une publication à son de trompe.

I. 1" mars, départ des Officiers allemands, prisonniers de guerre.

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IL 5 avril , installation de M. Roch Liger. acquéreur de l'office nouvellement créé de Substisut du Procureur du Roi de la ville.

111. 3o mai , MM. Baudesson , Maire , et ton fils » Echevin t sont députés aux Etats convoqués à Dijon pour le 8 juin. Le même jour t le clergé fut assemblé à l'effet d'élire l'Elu général , qui devait participer à l'administration de la province pendant trois années. M. deGaylos, président de l'assemblée, réunit tous les suffrages.

JV. 2 juin , M. de Caylus reçoit à Régennes M. le Duc d'Enguicn , se rendant aussi aux Etats. Le Prince fut complimenté par toutes les autorités. Le lendemain , il traversa la ville » la Bourgeoisie étant sous

les armes.-, iir>n< >- iMt.iu; .'j .

V. 24 , élection de deux Ethcvins , MM. François Grasset , Avocat , et François Gaufilet , Procureur.

VI. Au mois de juillet , la chaleur fut si excessive que tous les arbres perdirent leurs feuilles, et la campagne desséchée n'offrit plus que le triste spectacle de l'hiver. Ce phénomène extraordinaire remplit les esprits superstitieux de terreur et de pronostics funestes. Le Corps municipal n'en fut pas exempt. Une délibération du 8 août porte que : « des bruits alarh mans se répandent dans la ville ; on se croit à la » veille d'incendies , de meurtres , et autres grands » malheurs ; des étrangers à figures étudiées parcou- » rent les rues , semblent examiner les maisons , et » justifier l'effroi général. » En conséquence ils arrêtèrent que les portes de la ville seraient fermées pendant la nuit , et que de nombreuses patrouilles

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surveilleraient les quartiers. Quelques jours après , un peu de pluie rendit à la végétation son activité , a la terre sa verdure , et aux habitans un calme d'autant plus parfait , que la moisson avait été bonne , et que la vendange meilleure encore leur donna un via délicieux. C'est pendant ce brûlant été que commentèrent les difficultés entre les habitans et les Capucins , pour les eaux de Ste-Genevicve (t).

VII. Depuis la majorité de Louis XIV, tous les brandons de discordes intestines étaient éteints. Le Roi avait fait la guerre sans relâche , mais toujours sur le sol étranger. Cet heureux état de l'intérieur do royaume , avait fait tellement négliger à Auterre, comme dans la plupart des autres villes , l'entretien des fortifications , que leur rétablissement complet eut surpassé les facultés des habitans. Il fut donc arrêté , en assemblée générale , qu'on demanderait à l'Intendant l'autorisation de détruire lès lisses et les courtines , de diminuer de beaucoup la hauteur des murs , en ne leur laissant que celle nécessaire pour se prémunir contre les brigands et les fràudeurs des droits d'entrée. Cette résolution fut approuvée par l'Intendant , et exécutée.

I. Le 1 2 janvier , M. FEvêque ouvrit une mission à la Cathédrale. It prêcha sur ce sujet , et une progénérale se rendit à S. -Germain Tontes 1rs

;tl V. ma N«iire iii«nrit|ui- Mir ta gratifie* fi>At»ine) , p. -,

autorités y assistèrent , à l'exception des Officiera du Bailliage qui , depuis l'arrêt du 3 août 1701 , ne se présentaient plus aux processions.

II. Sur la fin de juillet , la chaleur fut encore plus forte que Tannée précédente , ce qui dura cinq a six jours. Non-seulement la terre perdit toute sa verdure , mais des moissonneurs en grand nombre moururent dans les champs ; les chemins se jonchèrent des chevaux des diligences et des carrosses publics ; les tuiles des couverts étaient si brûlantes , que les couvreurs ne pouvaient pas rester sur les toits. Dans la crainte qu'elles ne missent le feu aux charpentes , les Officiers municipaux firent publier une ordonnance pour que chaque habitant eût chez lui , au moins quatre feuillettes d eau en provision. 11 y eut cependant une extrême abondance de blé et de vin ; ce qui eut, comme on le verra , de bien funestes conséquences. "Le prix du plus beau froment tomba de 2 liv. à 27 et 28 sols ; celui <lu meilleur vin ne passa pas 26 à 27 livres , et le moindre descendit jusqu'à dix livres. 11 en fut de même Je toute espèce de fruits ; un quart de toutes les récoltes suffit aux approvisionnemens du commerce , un second quart égalait les besoins de la consommation ordinaire du pays , et la moitié restait pour encombrer les celliers , les caves , les granges et les magasins. Celte surabondance fit tomber le peuple dans un état continuel de fainéantise et de débauche. L'ouvrier qui , dans le travail d'un jour , trouvait de quoi vivre pendant la semaine entière , ne sortait pins du cabaret. Les laboureurs et les vignerons , dont les habitations regorgeaient de

grains et de vins , n étaient ni plus sobres , ni plus disposes au travail. La plupart négligèrent de cultiver les vignes et les champs , dans la crainte d'avoir encore une récolte dont ils ne sauraient que (aire ; et les malheureux étaient à la veille d'une des plus épouvantables famines dont nos fastes aient conserve le souvenir! (1)

IIL ii décembre ♦ les musiciens de la Cathédrale, clans ce siècle de privilèges , réclamèrent aussi contre leur imposition à la taille ) le Corps municipal , sans exprimer de motifs , et il était difficile d'en trouver de justes , accueillit leur demande,

I. Le 6 mai , on commença à regretter la consommation abusive qu'on avait faite des vins. Presque Ions les vignobles du royaume furent frappés de la gelée. Dans l'Auxcrrois, il ne resta presque rien.

II. 24 juin , élection de MM. Pierre Robinet , marchand , Gouverneur du fait commun , Ëtienne Lcmuct , Conseiller , et Edmc Mérat , Procureur , Echevins.

III. La moisson et la vendange furent si peu productives , que les regrets du passé , ainsi que les alar-

ti) J'ai trouvé tous les détails des éréneiriens de 1707 , 1708 ét 1709 , dans des articles ajoutés par un Bénédictin , m manuscrit de liargrdé , L 1 , article événement. Ce uni ni 'a fait juger que l'auienr de ces additions était un Iténrdictin , c'est qu'en rapportant re qui a*e»t passé à S.-Gerinaiu , pour le service divin, il se *erl de la locution , /Vous f etc.

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mes pour l'avenir reilouL lurent , et la misère qu'on prévoyait pour un temps encore éloigné , commença sur-le-champ. Les personnes aisées qui avaient garde leurs blés et leurs vins les renchérirent ; ceux qui spéculent sur l'infortune des autres , recherchèrent ces hlés et ces vins , dont les prix surpassèrent promptement le taux que le peuple peut atteindre ; et l'aboudante de Tannée subsistant encore en partie , une disette factice fit déjà souffrir la moitié de la population. Néanmoins, pendant tout le mois de décembre, les blés donnèrent les plus belles espérances ; ce qui tempera les inquiétudes-

J. Dans les premiers jours de janvier , la neige couvrit la terre de manière à suspendre tous les travaux de la campagne. Le 6 , sur le midi , il s'éleva une bise si froide et si violente , que , le lendemain , Ja rivière se trouva glacée , et portait ceux qui voulaient s'y promener. En peu d'heures , le froid devint extrême. Tous les efforts pour s'en garantir étaient inutiles ; il pénétrait dans les lieux les mieux fermés , et les plus ordinairement chauds. A la Cathédrale , comme à S.-Gci mai n , l'office di V in fut continué , mais dans les églises souterraines» où l'on souffrait encore. Dans toutes les autres églisés , il fallut le suspendre; le vin même était glacé aussitôt qu'il était versé dans le calice ; à l'exception des ouvriers qui emploient le feu , tous les autres furent contrains de cesser de travailler. > : iij ii

386 CHAPITRE XtY,,

, Df s le cinquième jour de cette calamité , le 4r jan« vicr , d'innombrables mendians parcouraient la villa dans tous les sent , entrant dans ics; maisons , et y faisant entendre le cri du ddsespom Aussitôt le Corps municipal , pour arrêter ce dësbrdW, prit la m Ame mesure qu'en i&)4 > et ordonna que 'les Cures et 1rs Dames de charité des paroisses assureraient du nombre des pauvres à secourir; que tous les autres haliitans , sans exception , à qui un ou plusieurs pauvres seraient adresses avec "un billet signé d'un 'Oftcier municipal » seraient tenus de fournir à chacun de ces pauvres , pendant quinze jours , une ration de cinq quarterons de pain , ou sa valeur en argent. 2,000 pauvres furent portes sur les listes»

Le 24 , le dege) survint, détermine pàr une pluie douce; et à mesure que la neige fondait , on vit avec une vive satisfaction qu'elle avait parfaitement conservé les blés. Mais cet abri leur était enlevé , et vers le 7 ou 8 février , le froid reprit; avec une rigueur à peu près égale à la premiers , - dura huit jours, et porta un grand dommage aux blés. On espérait néanmoins encore une récoke modique , lorsque des pluies continues pendant les quatorae derniers jour* de février , détrempèrent la terre, inondèrent les champs , et le grand froid recommençant , ce qui restait des blés périt entièrement. Durant ces trois crises , deux fléaux t le froid ét le défaut de subsistance , martvrisaient simultanément les hommes; fJnpeut mieux juger de l'intensité du froid par les effets qa«l produisit , que par ce que les auteurs rapportent dir thet*

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momètré (1)* (.Chaque jour on trouvait des pauvres morts dans les chétives maisons qu'ils habitaient ; dans les chempns , la plupart de ceux qui s'y hasardaient y trouvaient la mort. Les animaux et les végé* taux partagèrent le sort des hommes. La volaille domestique disparut , le gibier ne fut pas plus épargne. Les arbres les plus durs t qui avaient bravé plus de cent hivers , ne purent pas résister. Dans l'Abbaye de S. -Germain , un buis , ayant la grosseur d'un bomme et 25 pieds de haut r fut gelé entièrement. Le seul orme restant sur la place S'-Etiennc , et gros comme un cuvier > cessa de végéter. Les forets retentissaient , à chaque instant , du bruit éclatant que faisaient les arbres* et surtout les clones, se fendantà l'impression de la gelee^La* vigne put survivre , mais par ses racinesiseulemcnt ; il fallut la couper sur pied. Dans toute la France le désastre fut égal ; la Provence perdit 4ët oliviers , et la; Normandie ses pommiers.

Mais on ne peut pas , sans un sentiment d'horreur, rappeler les effets du défaut de subsistances. TouLes les classes un peu aisées, cependant , rivalisèrent de charité envers les pauvres» La mesure prise par la municipalité , le 1 1 janvier , pour quinze jours , fut continuée pendant tout le mois de février, et dans les premiers jours de mars. L'Evéque t M. de Cay-^ lus , ne mit pas de bornes à sa bienfaisance. Après avoir épuisé (toutes ses ressources , il s'en prit à sa

(i), Il ne descendit a Paris, suivant Valmont Bomare , au root FYvM, qu'à 1 3 degrés el demi, au cIcmoiis de léro ; et d'après Laiterie, no m;, i 17 a 18.

vaisselle „ et n'en garda pas une seule pièce. Indepen dam ment des secours à domicile qu'il faisait distribuer dans la ville et le Diocèse , tous les pauvres qui se présentaient chex lui , y trouvaient des potages abon* dans. Le i3 mars , le mal était si grand , qu'il invita les Officiers municipaux , indépendamment de la mesure générale qui faisait nourrir une partie des habi* tans par l'autre , de prendre sur les deniers communs un secours extraordinaire , ajoutant qu'il y réunirait une somme proportionnée à celle qu'ils fourniraient. Les Officiers municipaux prirent 600 livres dans la caisse du Receveur , et l'en ayant informé , il leur envoya sur-le-champ une somme égale. Le Chapitre de S.-Eticnne , l'Abbaye de S.-Germain , et toutes les autres Communautés religieuses , imitèrent , autant qu'elles le purent , les largesses du généreux Prélat : mais , chaque jour , le mal augmentait par lê renchérissement graduel de tous les comestibles. Le blé , qui d'abord avait doublé de prix , au mois de mars était monté jusqu'à 1 7 livres , c'est-à-dire boit fois sa valeur ordinaire. Celui du vin , qui , dans les premiers jours de cette crise , s'était élevé à 100 Vivres le muid , en mars avait doublé. Il en était de même de tout ce qui pouvait nourrir les hommes ; en sorte qu'un grand nombre de ceux qui , d'abord , avaient pu contribuer à donner des secours , finirent par se trouver eux-mêmes dans le besoin , et que la somme des nécessités l'emportant sur les facultés du Cierge et des Bourgeois , la famine détruisit une partie de la population. « Si l'on tuait un cheval , dit la chro- » nique , on voyait aussitôt cent personnes e>n em-

j», porter un morceau ; on vit , un jour , dans les fos- » ses de la porte Chante-pinot , des enfans ronger » avec des chiens un cheval mort. » M. de Caylus , dans un de ses écrits , dit lui-même que « malgré les h secours multipliés qui forent répandus . on ne ren- » contrait dans les campagnes que des spectres brû- » lés , des mourans et souvent des morts dans les » chemins. »

La calamité , qui semblait au comble , devait cependant s'accroître encore. Parmi ceux qui souffraient, il s'en trouva qui , lasses des privations , se livrèrent au brigandage. D'abord, ce fut sur les chemins, qu'on ne put pas parcourir sans danger. Ce fut , ensuite, dans la ville même* Plusieurs maisons furent forcées , on y commit des vols et des assassinats. Le dernier supplice subi par plusieurs coupables n'arrêta pas le cours de ces crimes ; on ne put les (aire cesser qu'en faisant surveiller les maisons pendant la nuit , par un quart de la milice bourgeoise.

Le 1 1 avril , les Officiers municipaux , informés qu'à Girolles on vendait une immense provision de blé , à 5 livres seulement le boisseau , y dépêchèrent deux Echevins , qui en achetèrent 4>ooo.

Le 21 , tandis qu'ils étaient ainsi aux expédiens pour conserver la vie de leurs concitoyens , ils furent prévenus par l'Intendant que , le 29 , un régiment de cavalerie arriverait à Auxerre , et y aurait séjour. Us s'empressèrent de faire acheter du sieur Denêvre , de Gravant , 3oo minots d'avoine , à 3 livres dix sols le minot , et les firent distribuer , ainsi que les blés de

3oo CHAPITRE XIV ,

Girolles aux Bourgeois , en par ceux-ci remboursant seulement le prix d'achat et les lirais de transport.

Le 2 mai , le Bailliage fit publier et afficher une Déclaration du Roi , du 27 avril , qui eut des effets salutaires. Le Roi , convaincu que beaucoup de grains étaient soustraits à la circulation , et par l'avidité insatiable des spéculateurs , et par l'odieux egoïsme de ceux qui comptent pour rien les besoins d'autirui , Pou™u assurent les leurs .ordonnait à tous de quelque qualité et condition qu'ils fussent , de spécifier dans un bref délai , la quantité de. grains, étant en hur possession , à peine de 3, 000 livres d'amende. Il était aussi prescrit aux municipalités de faire vérifier ces déclarations par des visites dans les maisons ; et prononcé , en cas de réticence , contre les coupables , la peine des galères , et même celle de la mort t suivant le plus ou moins de gravité des circonstances» et sans avoir égard à la dignité des personnes.

La saison du printemps fut favorable au peu de froment échappe à la gelée ; les orges et les avoines étaient superbes , mais il fallait conserver ces faillies espérances devant une population affamee qui menaçait déjà de les deVorcr avant leur maturité. Les mêmes craintes agitèrent toute ïa France , et une Déclaration du Roi enjoignit à toutes les municipalités de faire garder les récoltes arec le plus grand soin. Le 24 juin , les babitans furent assemblé*, et il kit arrête que cette garde serait mise en adjudication.

II. Le même jour , MM. Gabriel Salle , Assesseur, et Louis Blonde, marchand, furent nommes Eihcvins.

DIX- HUIT tfiMB SIÈX LE. 3^1

1J1. MM. Baudesson Maire, et Lemnet , premier Echevin , furent députes aux Etats convoques à. Dijon pour le 8 juillet.

IV. Le il juillet, personne n'ayant voulu se charger de garder la récolte des grains , le Corps muni cipal arrêta , par mesure de police , qu'elle serait faite par la milice bourgeoise ; et , depuis ce moment jusqu'à la fin de la moisson , vingt hommes , chaque jour , furent charges de ce service.

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