‹ Histoire de la ville d'AuxerreChapitre 47 sur 71 · III. 24 jnm , élection de M. Dubiez , marchand , Kehevin · texte numérisé non relu

III. 24 jnm , élection de M. Dubiez , marchand , Kehevin

4o<5 CHAPITRE XIV ,

IV. 9 août , bail pour 3 années, à M. Lazare Chausson , Procureur du Roi de la ville , à AvaMon , du droit sur les boucheries, moyennant ?,ioo livres par an , et de celui sur rentrée des bois , charbons cl fourrages , moyennant i3,5oo livres en un seul parement et d'avance.

V. Dès le printemps , les Daines de la Visitation avaient fait commencer la construction de leur chapelle , la pins régulière et la plus élégante des Eglises modernes de la ville ; elle fut achevée dans l'automne

I. 8 avril, lettres patentess du Roi, qui fixent lt jauge des tonneaux , pour les vins dans l'Auxerrrois , par mu'id à 3 7 setiers et demi , au lieu de 36 . qui était sa capacité antérieure , (\ . 1 702 , . n» i<) la lie comprise , ou 3oo pintes , mesure de Paris , faisant 188 peintes , mesure d'Auxerre.

II. ^4 jum » élection de MM. François Ragot . marchand , Gouverneur du fait commun , et Jean fiesanger , Procureur , Echcvin.

III 19 juillet , règlement de J lntendant , M. de \a Briffe , contenant , pour la répression de la fraude des octrois , les mêmes mesures que celles employées aujourd'hui : des commis à toutes les portes , d'autre* parcourant la ville , la nuit , comme le jour ; des peines de confiscation et d'amende. U y avait , de plus < un abattoir pour les bestiaux.

IV. Ier septembre , mort du Roi , Louis XIV ; awéuement au tronc de Louis XV , âgé de cinq ans et

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demi , sous la Régence de Philippe , Duc d'Orléans , nonobstant les dispositions contraires du testament de Louis XIV , qui fut casse par le Parlement.

Pendant tout ce mois , par suite d'un mandement de M. de Caylus , il y eut , d'abord , à la Cathédrale , puis dans toutes les Eglises de la ville et du Diocèse , un service funèbre pour le Prince que la France venait de perdre.

1. Le ifr mai , M. de Caylus , accompagné de ses deux Archidiacres, de l'Abbé Lcbeuf, déjà renommé par ses connaissances archéologiques, de M. Houssct, Docteur en médecine , et de plusieurs personnes recommandâmes par leur science et leur piété , alla à Bouhy , pour y prononcer définitivement sur le mérite de la relique découverte en cet endroit, en i645. On se rappelle que S. Pèlerin y fut mis à mort , sur la fin du iiie siècle. (V. t. i . , p. 4o.) La tradition était que son corps y avait été enterré ; que , depuis , les habitans , ayant embrassé le christianisme, avaient bâti leur église sur son tombeau , la mettant sous son invocation , qu'elle a conservée ; qu'au vnc ou vmc siècle , les Religieux de S. -Denis , dédiant une des chapelles de leur église au même Saint , avaient obtenu une grande partie de son corps ; mais que le surplus était resté sous le grand autel de Bouhy. Telle était la tradition lorsque , le 23 novembre 1 645 , les habitans qui reconstruisaient cet autel , trouvèrent

il iS

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dans ses fondenicns un débris de sépulcre renfermant la tète et les vertèbres d'un grand corps humain Le sieur Henri , médecin à Cosne , à la prière du Cure , ayant examine ces ossemens , reconnut que la tète avait rte détachée des vertèbres par violence , en travers et en coulant , par un glaive ou cou.'elas bien accrè. Le Cuvé, pour s'assurer que c'étaient des restes de S. Pèlerin , écrivit aux Religieux de S.-Dcnis, qui, en ouvrant la châsse , virent qu'en effet , ils avaient tous les os du corps , à l'exception de la tête et des vertèbres.

M. de Broc , alors Evèquc d'Auxerre , pour obtenit plus de certitude encore , porta ces restes à S. Denis, et les confronta avec ceux que possédait cette église. Le rapprochement eut lieu , le i3 juillet 1647 , par l'Evêque , le Grand-Prieur et trois Religieux , en pré sence du sieur Bornct , médecin à S.-Denis ; et tous, unanimement , reconnurent par la grandeur , la mesure , la couleur et l odeur , que tous ces ossemens appartenaient au même corps. Le médecin ajouta « que le chef avait été séparé par violence , en ce que »• la vertèbre la plus rapprochée des épaules , aurait » été visiblement coupée par le tranchant d'un glaive. «• 1VI. de Broc s'était contenté de renvoyer à Bouhy la tête et les vertèbres , et n'avait pas donné de suite à la demande des habitans. Mais ceux-ci , après 69 ans de silence , avaient prié M. de Caylus de rendre enfin, sur le vu de tous les procès-verbaux , une ordonnance définitive.

M. de Caylus , que jamais on n'accusa d'une facile crédulité , après avoir consulté les continuateurs de

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liollandus (i) , et en se faisant assislcr de personnes également douées d'une pic'të éclairée , se rendit donc a Bouhy. Tous, d'une commune voix, reconnurent sur la tète rapprochée des vertèbres la trace sensible du coup qui avait donne la mort au premier Apôtre du Diocèse. M. de (^aylus rendit une ordonnance par laquelle il déclara la relique digne de la vénération des fidèles , et sur-le-champ la ve'nc'ra lui-même. (2)

II. 24 juin , élection de deux Echevins , MM. Breuzard , Conseiller, et Regnaudin de Thorigny , Avocat.

III. Au mois de juillet, décès à Paris de M. G> rardin , originaire d'Auxerre , instituant l'Hôtel-Dieu et l'Hôpital général , ses légataires universels , pai moitié.

I. L'épuisement des finances produit par les dernières guerres n'avait pas permis d'arrêter la perception du dixième créé en 1710, et qui devait cesser trois mois après la paix ; mais une ordonnance du Régent la supprima pour 1 7 1 7. V. 1 y33.

II. Le icr mars , quatre Evêqucs firent rédiger, par un notaire de Paris , un acte contenant leur appel au Concile de la Constitution Unigenilus. Le 5 , La Sorbonne , ainsi que deux autres Evoques , adhérèrent à

(1) On sait due ces savans, plus sévères que lîoILndus, om dégage )*fcifttoire des Saints des fables dont l'ignorance ou une piété mal euteodoe l'avaient chargée.

(1) V. Son procès-verbal aux arrimes de la ville

cri appel; et leur exemple fut suivi par uo grand nombre d'Universités et de Communautés religieuses. Pour arrêter ce torrent , le Régent exila les quatre premiers appelans , et fit mettre à la Bastille le No «aire rédacteur de leur appel.

Dans ce moment critique , M. de Caylus était à Paris , où, sans se prononcer ouvertement , il s'occupait avec le Cardinal de Noailles , et plusieurs autres Prélats , comme lui secrètement opposés à la Bulle, à en tempérer les effets. La crainte de se brouiller avec fo lièrent avait encore de l'influence sur lui ; mais un événement imprévu le força de lever le voile sous lequel il cachait sa véritable pensée. Le Doyen du Cha pitre . cet Abbe Moreau , que j'ai fait connaître par ses démêlés avec le Maire , en 1 7 1 1 et 1 7 1 2 , ayant assemblé le Chapitre , proposa d'écrire une circulaire aux autres Chapitres du Royaume , et d'y accepter la bulle sans réserve. Le plus grand nombre des Chanoines, qui avaient deviné l'opinion de leur K\èquc. se retirèrent ; les uns parce qu'ils la partageaient . les autres par ce qu'il leur répugnait d'entrer en controverse avec lui. Il n'en resta que cinq à six , et il ne fut pas possible de prendre une délibération. Néanmoins , peu de temps après , on vit circuler dans le public un écrit imprimé , intitulé Circulaire de IEglise d Auxerre , aux autres Eglises de France , et rédige conformément au projet du Doyen. M. de Caylus ne fut informé de ce qui s'était passé à ce sujet à Auxerre , que par l'apparition de cet écrit à Paris. Il en conçut un violent chagrin , et en écrivit à M. Lcroi, Chanoine et Secrétaire du Chapitre ; qui , en lui reu-

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dant un compte exact des faits , lui assura qu'il n'y avait pas eu de délibération. Il revînt aussitôt à Auxerre, et fit part de son mécontentement aux Chanoines qui avaient résiste à la proposition du Doyen. Ceuxci , pour le satisfaire , et rendre hommage a la vérité , publièrent aussi une circulaire , dans laquelle celle écrite au nom de l'église d'Auxcrrc , fut signalée comme un libelle , ouvrage de cinq à six individus. Ils firent plus , ils portèrent plainte au Procureur général contre ces derniers , comme coupables d'une supposition réprchensiblc.

Le 29 avril , M. de Caylus crut devoir se prononcer plus franchement contre la bulle , et publia un mandement , par lequel , en se plaignant des troubles qu'elle avait semés dans l'église , il en suspendit l'exécution dans son Diocèse. Le 24 mai , il fit encore un pas , et consigna son adhésion à l'appel dans un acte reçu par un notaire , sans cependant le rendre public. Y\ 1 7 1 8 , n. iv.

III. Ces dissensions religieuses, sur des points métaphysiques de morale et de dogme, n'étaient pas les seules causes de l'anxiété qui tourmentait la France; le désordre dans les finances était à son comble. Le Régent, lors de l'arrêt qui lui avait déféré le pouvoir , et peut-être pour l'obtenir , avait annoncé que , suivant lui , on pouvait alléger le poids des impots , et bientôt il reconnut l'imprudence qu'il avait commise. La vérification qu'il fit faire du trésor fit voir que , malgré tous les moyens imaginés sous le dernier règne , pour soutenir la splendeur de la cour , et les guerres du Monarque contre les autres puissances , il avait à combler un dé-

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ficit immense. Il n'en voulut pas moins tenir sa promesse ; la taille et la capitation furent diminuées , et le dixième aboli ; mais pour remplir ce vide dans le trésor , il créa des billets , avec lesquels on paya une partie des dépenses de l'état. Cette monnaie factice n'eut pas un instant de crédit ; et ne circulant que dans les transactions forcées , elle perdit de suite y5 pour cent. On peut juger des maux qu'elle produisit à Auxerrc , comme dans le reste du royaume , par ce qui arriva au Corps municipal. Depuis cinq ans , la ville avait cessé de toueber les i ,ooo livres qui lui appartenaient ebacun an sur les entrées de Paris. Elle était arriérée d'autant sur ses dépenses. Cette somme de 5,ooo livres lui fut payée , le 1 6 juin , en billets du trésor. Dans l'espoir que plus tard le gouvernement en réaliserait la valeur , on ne voulut pas forcer des pères de famille à les prendre ; on les garda. V. 1718, n. v.

IV. 24 juin , élection d'un Gouverneur du (ait commun , M. Pierre Durand , marchand , et de deux Ecbevins , MM. François Ragot , et Pierre Billetou.

V. Au mois de septembre , les Jacobins , avec l'autorisation de M. de Caylus et du Corps municipal , rouvrirent leur école de théologie , et y enseignèrent publiquement la morale et la scbolastique.

VI. Le i5 , M. de Caylus tint un nombreux synode dans l'église de S. -Etienne , pour expliquer à son clergé ses sentimens sur la bulle , et les lui (aire partager. V. 1 718 » n. iv.

VII. Au mois d'octobre, affiche et publication d'une Ordonnance du Roi , préparée par le Chancelier «TA- £tiesscau , qui . imputant à la bulle , et non à l'oti-

dix-huitième ai ta. h 407 vragc du P. Quesnel , les troubles dont les consciences étaient agitées , imposa silence sur celle matière ; mesure peu réfléchie , car elle fut un aliment de plus à la polémique, déjà violente, entre les partisans et les détracteurs de la buile.

I. Le4 7 avril , sûr l'invitation des petits Augustins , lé Maire et les Echevins , au nôm du Duc de Bourbon , posent la première pierre de leur église. Depuis 1662 qu'ils étaient établis dans la ville , ils n'avaient eu qu'une chapelle provisoire.

II. 24 juin , élection de deux Echevins , MM. Claude Marie , Conseiller , et Philippe RafHn , Avocat.

III. 21 juillet, installation de M. Germain Deschamps , Substitut du Procureur du Roi de la ville.

IV. Le 4 octobre, enfin , M, de Caylus , cédant aux graves e'vénemens de cette année , rendit public son appel de la bulle ; le Régent , qui d'abord avait opposé à l'appel des Evèques l'exil et la Bastille , avait changé de système , et soulevait les appclans contre la Cour de Rome* Lé Cardinal de Bissy , Evcquc de Meaux , ayant invité Ses collègues , comme lui soumis au Saint Siège , à publier des mandemens par lesquels ils se sépareraient de ceux qui avaient appelé ; par représailles le Régent avait autorisé l' Archevêque de Paris à publier son appel. Mais aussitôt le Pape , par ses lettres P&slores fidei , avait déclaré séparés de lu charité de l'Eglise Romaine , tous ceux qui ne lui rendraient pas une entière obéissance. A cette nouvelle dé-

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cision, le Régent avait oppose un appel comme d'abus porte au Parlement par le Procureur gênerai. Telles sont les circonstances dans lesquelles M. de Caylus monta en chaire pour y publier un mandement dans lequel il appela au Concile gênerai, non-seulement de la bulle, mais aussi des lettres Pasiores fidei. Peu de temps après , douze autres Evêqucs suivirent son exemple.

Dans son mandement , M. de Caylus semblait espérer que les prêtres , ses coopérateurs dans le sacerdoce , se joindraient à lui contre les décisions du Pape. Quelques Chanoines et plusieurs Cure's adhérèrent à son appel ; mais le plus grand nomhrc garda le silence. Dans le même moment , les Ifi Evêqucs acceptans publièrent leurs mandemens de séparation , et le Parlement flétrit ces mandemens par des arrêts. Il s'ensuivit une ardente controverse. La France fut inondée d'écrits dans lesquels les droits et les devoirs des Papes étaient discutés et mis en question , comme aujourd'hui ceux des Rois. Partout , mais surtout à Auxerre , la population instruite se divisa en deux partis très prononcés ; il n'y eut plus que des Jansénistes et des Molinistcs.

Parmi les nombreux écrits qui entretenaient cette division, on rechercha particulièrement à Auxerre, une lettre de l'Evêquc d'Agde , à M. de Caylus , lui reprochant d'avoir , en 1 7 1 3 , accepté cette bulle qu'il réprouvait en 17 18 ; puis une réponse de M. de Caylus , écrite avec beaucoup d'art et de talent ; mais l'aveu de sa variation , et le regret d'être obligé de le faire , n'en furent pas moins remarqués. Les uns y virent une preuve de légèreté ; les autres l'admirèrent ,

comme un aclc de conscience et de courage produit par de mûres rc'flcxions. V. 17 19 , n. vi.

V. 18 octobre , les 5, 000 livres montant des billets du trésor , reçus le 16 juin , par la ville , ne lui valurent que 2,000 livres. Un e'dit du mois de mai avait réduit ces billets à moitié de leur valeur , à moins que les porteurs ne prétassent à l'Etat l'autre moitié , en vaisselle d'argent ou vieille monnaie. La ville n'ayant pas le moyen d'user de ce procédé, dans lequel, d'ailleurs, peu de personnes avaient confiance, les Officiers municipaux avaient autorisé le Receveur à rendre les billets , en recevant la moitié promise ; mais cette promesse fut éludée , on craignit de tout perdre. Heureusement le Receveur trouva un spéculateur , qui lui offrit 2,000 livres des billets , et le Corps municipal s'empressa de consommer la négociation.

I. Pendant que les billets du trésor étaient ainsi avilis , ceux de la banque générale créée par un aventurier Ecossais , Law, et autorisée par lettres patentes en 17 16, inspiraient une confiance sans bornes. Le Régent crut qu'en réunissant cette banque au trésor royal , tous ses embarras de finances s'évanouiraient. Par un édit du \^ décembre 17 18, enregistré au Bailliage , publié et affiché dans le courant de janvier, la banque de Law fut déclarée Banque royale» Ce fut par la voie de l'Intendant que le Bailliage et la municipalité reçurent cet édit, avec ordre de le publier ; le Parlement avait refusé de l'enregistrer. V. 1720 , n. 1.

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1J. Dans la uuit du 10 au 1 1 janvier, l'entablement de la plate-forme qui couvrait la porte du Temple , tomba sur le pont levis , l'enfonça , et brisa le tuyau conduisant l'eau aux grandes fontaines ; en sorte que, pendant plusieurs jours , le passage par cette porte fut interdit , et l'on ne put avoir de l'eau qu'en la puisant dans le fossé où elle s'échappait. En réparant la porte, on substitua à la plate-forme le couvert en ardoise subsistant aujourd'hui ; et le pont-levis fut supprime.

III. Au mois de février , publication et affiche de la déclaration de guerre du Régent à l'Espagne. On reconnut que le beau mot de Louis XIV , il n'y a plus de Pyrennces , prouvait plus sa tendresse pour sa famille , que la justesse de ses prévisions.

IV. Le legs fait par M. Girardin à l'Hôtel-Dicu , permit d'augmenter le nombre des lits ; et dans une assemblée des habitans , les administrateurs avaient été autorisés , pour faciliter cette extension de l'Hospice , à construire la vaste salle allant de la chapelle au mur de la ville , dans laquelle sont aujourd'hui trois maisons. Mais depuis plusieurs années , ils n ayaient pas pu se procurer les fonds nécessaires. Le 26 mars , trois personnes bienveillantes pour les pauvres offrirent de fournir à l'Hospice 7,100 livres , à condition qu'elles seraient employées à la construction de la nouvelle salle , et qu'il leur serait payé , pendant leur vie seulement , l'intérêt de ce capital , à raison du denier vingt pour moitié, et du denier vingt-quatre pour l'autre moitié ; ce qui fut accepte.

V. 24 juin , élection de deux Ech crins , MM. Boucher et Liger , marchands.

VL Si , comme l'avait dit l'Evoque d'Agde , dans sa lettre à M. de Caylus, celui-ci avait , en 1713, accepte' la bulle pour complaire au Roi ; si , en 1 7 1 7 , il avait rendu public son appel parce que le Régent , cédant aux conseils du Chancelier d'Aguesscau , s'était prononce contre Je Pape ; il dut se trouver fort désappointe' quand , pendant l'exil du Chancelier , le Hégent, qui ne se mêlait de ces querelles religieuses qu'en homme d'état r voulant se réconcilier avec la Cour de Rome , fît dresser par d'habiles théologiens un corps de doctrine explicatif de l'acceptation de la bulle , et qui semblait devoir lever les scrupules des appelans. Il le soumit à tous les Evcques , et cent d'entre eux l'acceptèrent. Le Cardinal de Noaillcs fut de ce nombre , et révoqua son appel ; mais M. de Caylus garda le silence, et se trouva du très-petit nombre des Prélats qui persistèrent. Cette fois , au moins , on ne put pas douter qu'il n'ait préféré à la faveur de la Cour la tranquillité de sa conscience* Aussi quitta-t-il Paris , plus déterminé que jamais dans ses sentimens contre la bulle , et il en donna , sur-le-champ , une preuve dans sa ville épiscopale.

Les. Jésuites y professaient hautement l'obéissance absolue au S, Siçge. L'Evêquc , craignant que la jeunesse par eux instruite , ne fût trop profondément imbue de leurs principes iiltramontains , établit près de son palais un petit séminaire , qu'il fît diriger par des prêtres de son choix. Tous les pères de famille qui voulaient se conserver la faveur de l'Evêque , fu~

rcnt invites à y envoyer leurs enfans ; ce qui sépara 9 plus que partout ailleurs , la population en deux partis. A la mort du dernier Evêquc , les Jésuites ayant tenu le Collège depuis près d'un siècle , tout ce qu'il y avait dans la ville d'hommes lettrés leur devait l'instruction ; ils y avaient donc encore une grande influence , et leurs opinions étaient les plus répandues. Mais déjà M. de Caylus avait gouverné le Diocèse pendant quinze ans ; ses instructions pastorales , ses savans écrits , ses vertus personnelles et ses bienfaits avaient donné aux esprits , comme aux cœurs , une direction tout-à fait opposée; et l'ouverture de son petit séminaire , qui eut lieu le 9 octobre , pour la rentrée des classes , fit voir combien son influence avait effacé celle des Jésuites; il eut les trois quarts des écoliers. V. 1721 , n. vi.

I. Cette année , Auxerrc , avec la France entière , subit une de ces grandes crises , qui , en un instant, bouleversent toutes les fortunes , enrichissant à l'excès un petit nombre d'intrigans et d'ambitieux , et précipitant dans la misère ceux qui ne connaissent pour subsister que le travail et l'économie. L'engouement pour les billets de la banque s'était d'abord soutenu , malgré qu'elle fût devenue Banque royale. Mais on en avait tant abusé ; on avait émis une si prodigieuse quantité de billets , que leur crédit , sur la fin de 1719 » commença à chanceler ; que les monnaies d'or et d'argent cessèrent de circuler, et que le trésor n'eut

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plus que du papier. Pour dissiper cette tempête , le Régent , qui avait , par un exil injuste , éloigné de ses Conseils le vertueux Chancelier , et mis l'aventurier Law à la tête des finances , remboursa , d'abord , en billets tous les créanciers de l'Etat , puis se livra au plus étrange arbitraire. On peut l'apprécier par les divers Edits , Déclarations du Roi et Arrêts du Conseil , enregistrés au Bailliage d'Auxerrc , publics et affichés dans la ville , pendant les premiers mois de cette année; et je ne rappellerai que les plus importans.

Arrêt du Conseil du 21 décembre , qui fixe l'argent de banque à cinq pour cent au-dessus de l'argent monnayé , et ordonne que dans les paiemens , même entre particuliers , on ne pourra donner en monnaie que le nécessaire pour l'appoint , le surplus devant être payé <?n billets.

Déclaration du Roi du 1 8 février , qui défend aux orfèvres de fabriquer et vendre aucuns ouvrages d'or et d'argent.

Arrêt du 27 , qui fixe à 5oo livres l'argent que chaque personne ou Communauté peut garder en sa possession , et ordonne la confiscation de l'excédant , ainsi que des matières d'or et d'argent trouvées dans la même maison.

Arrêt du 1 1 mars , qui abolit l'usage des espèces d'or au 1er mai , et celles d'argent au 1" août , à l'exception seulement des 6e et 1 2e d'écus et des livres.

Arrêt du 6 avril , qui déclare nulles les stipulations faites en espèces sonnantes , et autorise à s'en libérer en billets de banque.

Arrêt du 21 mai , qui fixe les diminutions succès-

sivcs que doivent éprouver ces billets de mois en moi» jusqu'à ce qu'ils soient réduits à la moitié de leur valeur nominale.

Arrêt du 27 t qni révoque ce dernier arrêt.

Toutes ces mesures ne firent qu'accélérer la chute du système. V. n. iv.

II. 14 mars, réception de M. Louis-François de Lambert , marquis de S.-Bris , Maréchal des camps et armées du Roi , en qualité de Gouverneur de la ville.

III. 24 juin , élection du Gouverneur du fait commun , M. Jean Deschamps, marchand, et de deux Echevius, MM. François Grasset, Avocat, et Etienne Leclerc , Procureur.

IV . Dans les derniers jours du mois d'août f publication et affiche d'un arrêt du Conseil , du 1 5 , qui déclare que les billets de 10,000 livres et de 1,000 livres cesseront d'avoir cours , tant dans le commerce que dans les recettes et dépenses de l'état , passé le 1" octobre. Enfin , le dernier coup fut porté au système par l'arrêt du Conseil , du 1 o octobre , portant qu'au icr novembre , aucun billet ne pourra être donné en paiement que de gré à gré.

A l'exception des agioteurs et des mendians , il n'y eut pas en France une famille qui ne ressentit plus ou moins violemment les effets de cette catastrophe. Pour apaiser les cris d'indignation qui , de toutes parts , s'élevaient contre lui , le Régent , par divers Arrêts du Conseil , odrit en remboursement des billets , des rentes viagères pour ceux de 100 livres et au-dessous , et pour les autres des rentes perpétuelles

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au denier quarante ou cinquante , soit sur les tailles f soit sur les aydes et gabelles , soif enfin des actions ou coupons d'actions sur la compagnie des Indes , suivant l'importance des billets , et la valeur qu'avait fournie le porteur pour les posséder. Mais des formalités sans nombre e'taient indispensables pour distinguer les billets vrais des faux , et apprécier ce qui était légitimement dû aux porteurs. Ces formalités exigèrent plusieurs années , ainsi que des démarches sans fin , en sorte que les agioteurs seuls y trouvèrent encore des bénéfices à faire , et que les personnes peu fortunées furent contraintes de vendre leurs billets à ceux qui pouvaient les acheter , en ajoutant à la perte forcée une perte volontaire. On en voit la trace dans une délibération du Corps municipal , du 60 octobre , qui autorise les administrateurs de 1 Hotel-Dieu à acheter d'un particulier douze billets de 1 00 livres , à la charge de lui en payer l'intérêt pendant sa vie au denier quarante seulement.

La perte de la caisse municipale ne fut pas considérable. Il y restait quinze billets , formant ensemble 2,3oo livres. Une assemblée des habîtans fut réunie pour savoir ce qu'on en ferait. Le 26 décembre , elle autorisa le Receveur à en employer 1,000 livres à l'achat d'un dixième d'action rentière sur la compagnie des Indes , et le surplus en une rente sur l'Etat , aux conditions fixées par les arrêts.

V. Le 1 2 septembre , les administrateurs de l'Hotel-Pieu , qui , par les bons offices de M. de Caylus y avaient obtenu la liquidation de la succession de M. Girardin , et pouvaient recevoir sur la moitié re-

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venant à l'Hospice 1 3,ooo livres en espèces sonnantes, furent autorises à les placer sur le cierge' du Diocèse. Une somme pareille , et en mêmes espèces , fut reçue par l'Hôpital gênerai.

I. 1 7 mars , assemblée des notables. Les marchands de bois pour l'approvisionnement de Paris venaient d'obtenir , par le ministère du Procureur du Roi près la Prévôté des marchands , un arrêt du Conseil d'Etat , qui , pour faciliter l'écoulement des trains , ordonnait la destruction des sept moulins établis sur la rivière près de la ville. Déjà ils l'avaient fait notifier au Chapitre , aux Religieux de S.-Marien , et à ceux de S.-Gcrmain , propriétaires de trois de ces moulins.

Cette mesure effraya les habitans. Elle leur eût , effectivement , été funeste par le renchérissement des farines et de la mouture ; elle l'eût c'te' plus encore à la navigation. La position symétrique des quatre îles au-dessous du pont , leur existence remontant à la plus haute, antiquité , et les matériaux dont elles sont composées ne laissent pas douter qu'elles n'aient été faites de main d'homme , pour y établir les moulins , probablement aussi pour la navigation. En tout cas , il est certain qu'elle en a profité , et que sans les îles et les écluses des nombreux moulins construits sur l'Yonne et ses affluens , la navigation n'y serait pas praticable pendant les trois quarts de Tannée. Il fut arrêté que d'instantes remontrances seraient adressées au Roi , et l'existence actuelle de ces moulins prouve

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quelles ont été favorablement accueillies. V . 1731, n. 11.

II. 5 mai , les administrateurs de l'Hôlel-Dieu sont autorises à vendre les deux domaines situes dans la Puisaye , et lègues à cet Hospice , en 1 694 , par l'Abbe' Brosse, Curé de S.-Sauveur. Ils en firent la vente au sieur Pierrc-Zacharie Pautrc , le 27 du même mois , moyennant 8,000 livres. V. 1 770, n. vi.

III. 24 juin , élection de deux Ëchevins, MM. Nicolas Chapotin de Rouvray , Conseiller , et Prix Deschamps , marchand.

IV. 6 et 7 juillet , arrivée et séjour de Mehemct- Efïcndi , Ambassadeur de la Porte Ottomane , retournant à Constantinople. L'objet de son ambassade était d'assurer au Roi que le Sultan prenait sous sa protection les pères latins , gardiens des Saints-lieux à Jérusalem. On lui fit les mêmes honneurs qu'aux Princes français. Il avait une suite nombreuse et magnifique , en hommes et en chevaux , qui fut nourrie , comme lui , aux dépens de la ville.

V. 1 3 , le Marquis de Lambert réclame le logement que lui doit la ville comme Gouverneur ; on loue pour lui la Commanderie.

M. i5 octobre , ouverture du Jubilé pour l'exaltation du Pape , Innocent XIII , successeur de Clément XI , mort le 29 mars. M. de Caylus était de si bonne foi dans son opposition à la bulle Unigeniius , que, persuadé que le nouveau Pape , dont on vantait la science et la piété , devait la voir comme lui , il se joignit à six autres Evêques pour lui adresser une lettre explicative de leur conduite , en le conjurant de 11 27

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révoquer celle bulle. La réponse fut que leur lettre était écrite dans un esprit hérétique.

I. Du dimanche 6 avril au dimanche suivant , les Jacobins de \a province , réunis dans leur couvent d'Auxerrc , y tinrent leur assemblée provinciale ; et chaque jour de cette octave , il y eut sermon par l'un d'eux à la Cathédrale.

II. 7 juin , M. Nicolas Commeau , Comte de Créance' , Seigneur de Vincclles , fait enregistrer au Bailliage et à la ville , ses lettres de Lieutenant de Roi au département de l'Autunois , Auxois et Auxerrois.

III. ^4 , élection d'un Gouverneur du fait commun , M. Germain Boucher , marchand , et de deux Echcvins, MM. Germain Raflm , Avocat , et Coul-

lard , Procureur.

IV. ier octobre , grande cérémonie au Collège pour célébrer Tannée séculaire , depuis que la direction en était confiée aux Jésuites. Discours à ce sujet par le régent de rhétorique.

V. Le 22 , à l'audience des Juges-Consuls , Charles Le moi ne , marchand , proféra contre les Juges , qui probablement venaient de le condamner , des injures infiniment graves. Le même jour , le Corps des marchands s'assembla , et arrêta de le dénoncer au Procureur général. La plainte , renvoyée au Bailliage , y fut suivie d'informations ; et le 1 7 décembre , Lemoine fut décrété de prise de corps. H prit la fuite et obtint un arrêt du Parlement , qui ordonna l'apport

des pièces du procès au greffe de la cour. Mais un second arrêt , en déclarant valable l'instruction , la renvoya au Bailliage. V. 172^ , n: iv.

I. 7 janvier , réception d'importantes réparations faites l'année pre'ce'dcntc à la flèche et à la balustrade de l'horloge , moyennant 5, 200 livres.

II. Le Jeudi-Saint , M. de Caylus eut la preuve que les renouvellement par lui faits dans son Chapitre lui avaient acquis une majorité certaine dans les délibérations de ce corps. Une discussion s'y e'tant élevée dans les affaires du temps , l'Abbé Monnot dit hautement qu'il ne reconnaissait pour bons catholiques que ceux qui se soumettaient aux décisions de l'Eglise. A ces mots , une vive rumeur agita l'assemblée ; on finit par conclure que l'Abbé Monnot se rétracterait , ou qu'il serait exclus du Chapitre pendant un an. Le pétulant Abbé Moreau vivait encore, et comme Doyen il présidait l'assemblée. Partageant l'opinion de l'Abbé Monnot , il voulut empêcher de porter la décision sur le registre et s'en empara ; on le lui arracha ; il prit l'encrier et disparut. Mais on eut bientôt un autre encrier. Il y eut plainte par le Chapitre au Ministre, qui ne répondit pas. Néanmoins , l'Abbé Monnot se démit de son canonicat.

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