IX . i4 , installation d'un Gouverneur du fait com
(»} C'est l'inventeur de l'instrument de vendange appelé' de son nom Martine , qui sert a faire très-rapidement le rhoîx de ce que I» récolte offre n*e meilleure qu'alite'.
D1X-HI TJNKMR Sïkl.LK. /,t)î)
mun , M. Etienne Moreau , commissionnaire de vins , et de deux Echevins, MM. Etienne Bussicre , Avocat , et Lazare Goudard , marchand , élus le 24 juin , et récemment nommes par le Roi.
X. Dans le cours de cette année , le Corps municipal fit faire l'inventaire et la mise en ordre des archives de la ville t par le sieur de Scnas. La dépense s'éleva à 6,o25 livres 9 sols.
I. Jusqu'à cette époque , la capitation avait été imposée par des r61es particuliers et par corporations» Chacune d'elles avait son contingent , et le répartissait entre ses membres. Mais à partir de cette année , ce procédé ne fut employé que pour le Clergé. Pour toutes les autres classes , ce* impôt , qui s'élevait à 6,671 liv. 1 6 sols , fut réparti par les Asséeurs de la taille , dont le montant était de 32,548 livres 1 2 sols 9 deniers.
II. M. de Condorcet avait trop de désagrémens dans la ville et le Diocèse , pour qu'il pût y rester. Dès le 1 décembre , il était intervenu entre lui , M. de Geo , Evoque de Troycs , et le Ministère , un arrangement par lequel M. de Condorcet était transféré à Limeux, et M. de Cicé à Auxcrrc. Mais , dans la crainte que , pendant les délais inévitables pour obtenir de la Cour de Rome les nouvelles bulles , le Chapitre #Auxerrc , si la démission de M. de Condorcet était comme , fie profitât de la vacance du siège pour faire quelques changemens dans1 l'administration , on garda sur ce projet un impénétrable secret. On n'en avtfit pas à' Anxerré le moindre sotip^hh h? 1 mars ,
5oo CHAPITRE XIV ,
lorsqu'à midi on vit arriver au Palais épiscopal M. de Cite , l'Archidiacre de Sens , plusieurs Chanoines de la même église, l'Abbé d'Osmond et M. Legris , notaire de Sens. Un instant après , M. de Cice' , accompagne de l'Aube d'Osmond , se présenta chez le Grand* Archidiacre , Président du Chapitre , et le pria de convoquer sa compagnie , après complies , pour prendre connaissance de la bulle qui le préconisait Evèque d'Auxerre. La convocation ne put pas lui être refusée. Après complies , l'Abbé d'Osmont , introduit dans le Chapitre , y présenta la bulle cl prononça un discours très- flatteur pour les Chanoines ; langage que M. de Condorcet et ses agens ne leur avaient jamais fait entendre.
L'Abbé s 'étant retiré , on délibéra long-temps pour savoir si on déférerait sur-le-champ à la demande de M. de Cicé. Le mystère que les Cours de Versailles et de I\omc avaient mis dans cette affaire ; l'arrivée soudaine du nouvel Evèque demandant , sur la fin du jour , à être intronisé sans délai , et assisté de fonctionnaires disposés à constater un refus ; toutes ces circonstances réunies révélaient l'état de suspicion dans lequel était le Chapitre d'Auxerre , et le parti pris de le forcer à la soumission. Néanmoins , un assez grand nombre voulait ajourner la réception , et en trouvait le prétexte dans le défaut d'une bulle particulière, que les Papes étaient dans l'usage , lors de la préconisation d'un nouvel Evèque , d'adresser au Chapitre du siège pour l'en informer. M . de Cicé ne l'avait pas , et promettait seulement de faire ce qu'il pourrait pour l'obtenir. M. Clément , Trésorier , qui avait eu quelques
DIX-HUITIÈME SU CL F.. Soi
relations avec M. de Cicé , et jouissait d'un grand crédit sur l'esprit de ses confrères , détermina la majorité à faire l'intronisation ; trois Chanoines furent députes â M. de Cicc , pour le lui annoncer. Quoique la nuit fui survenue pendant la délibération , la prise de possession et ses longues cérémonies s'accomplirent. Le lendemain , le Clergé et tous les Corps furent admis à saluer le nouveau Prélat. M. de Cicé était , pour la soumission au souverain Pontife, dans les mômes dispositions que M. de Condorcet ; mais doué de beaucoup plus d'esprit , il connaissait mieux les bommes. Il savait plier les voiles pendant la tempête , et ne naviguer qu'avec des vents favorables. Possédant surtout l'art de se faire des partisans , il ne tarda pas , comme on Je verra bientôt , à en avoir de zélés dans la magistrature , la bourgeoisie , et même dans le Clergé.
III. 23 mars , probablement , lors des visites que le Corps municipal eut à faire dans cette circonstance , on n'eut pas à se louer de la tenue de quelques-uns de ses membres , car il fut arrêté que , désormais , comme anciennement , Us ne paraîtraient qu'en robe dans les cérémonies , quelles que fussent leurs professions.
IV. La Société des sciences s'étant mise , par ses statuts , sous le protectorat de l'Evêque , cet honneur , créé à l'occasion de M. de Caylus , se trouva dévolu à M. de Cicé. Aussi celte société était- elle allée , le 3 mars , avec les autres corps , lui présenter ses hom • mages. M. de Cicé flatté de ce protectorat , avait répondu au compliment du Directeur, en invitant la compagnie à tenir sa première séance dans son cabinet , ce qui eut lieu le 25 du même mois. Il parut eu-
chante de l'esprit , ainsi que des connaissance* des Académiciens , et leur promit de solliciter auprès du Roi l'érection de leur Société tu Académie royale.
V . 17 mai , le Corps municipal arrête que , pour réprimer les desordres qui troublent fréquemment La tranquillité publique , il est nécessaire d'établir deux Commissaires de police , spécialement charges de surveiller l'exécution des réglcmcns , constater les contraventions , en dresser des procès- verbaux , et les remettre au Procureur-syndic. Cette mesure fut approuvée , le 9 juillet , par l'Intendant , et le traitement de chacun dos Commissaires fut fixe par lui à 200 livres.
^ 1. Au mois d'août , au moment où les Jésuites » après avoir été long- temps effrayes des intentions bien connues du Parlement de Paris à leur égard , se livraient à l'espérance d'en être garantis par le Ministère qui les protégeait , ils se virent tout à coup Jivrés à l'opprobre et à la persécution. Deux arrêts , du 6 de ce mois , furent publies cl affiches dans Auxcnre : l'un condamnait à être brûles, comme pernicieux, 24 livres composes par des membres de cette Société , recevait l'appel comme d'abus interjeté par le Procureur général de ses constitutions , (exécutées sans opposition depuis 1 5o ans) , et par provision , défendait à tous les sujets du Roi d'entrer dans les écoles tenues par des Jésuites ; l'autre ordonnait, à l'égard des vijle* où ils avaient des Collèges , que les Maire et {Lchevin* eussent à adresser au Procureur général un mémoire contenant ce qu'ils jugeraient de plus convenable pour recomposer leurs Collèges. Le Procureur général ayant aussi invite les Officiers du Bailliage à lui envoyer un.
DIX-HUITIÈME M te LE. So.i
semblable travail, ils nommèrent sept d'entre eux, qui, réunis à sept membres du Corps ntunici pal , formè rent une commission chargée de la rédaction du mémoire. V. n. xi.
VII. Le i3 dû même mots , le Corps municipal , qui avait désire' qu'enfin on s'occupât des moyens de faire cesser ta privation d'eau dont souffraient les habitaiis depuis le commencement dé Yéié , fut assemble' , él M. Baudesson lut annonça que , par suite des nouvelles recherches1 sur le plateau de Ste-Gcneviève , il se trouvait des sources considérables. Oh fut ravi de cette découverte , et Ton arretà « que pour pouvoir » tirer de ces Sdurces toute futilité' qu'on s'en pro- » mettait , il serait écrit , avec là permission' de l'in- >» tendant , au F. Sery , Minithé , four venir les vi- » sîter. * Ce Religieux vint en effet , (i) fît relever et réparer les anciennes rayes couvertes , éri fît construire de nouvelles pour les sources dont on se croyait enrichi , traça Tordre et la nature de travaux immenses qui , suivant lui , devaient assurer pour toujours et abondamment fa consommation des hahitans. V. 1 762, n. ft.
VIII. ï8 ottooré , s^ânCe dé la Société des sciences rhe* W. Potet, en présence de M. de Cice; qui, après Ta lecture des mc'moîrcS , annonça que devant
(r) J**gÉttr*vs cet* cKcdAMtotte1, lorsqtie» f«{ ptiWr^ ma «otite httloriqoe sur le» grands fontaines, ©est en Arisatrt de nouvelles recherches dans les archive» de la ville , que j'ai trouvé le compte du afcur Parent , receveur poar 1761 , et que parmi les pièces ê , j'ai vu 1*4 quittances du V. Sfcfy et de Ions le* ouvi ier.*.
5o4 CHANTRE XIV ,
int cssaimuent faire reconslruire le Palais e'piscopal , son intention était d'en approprier une partie à l'usage de la Société. 11 ne résulta de cette promesse que les remercimens qu'il en reçut.
IX. ig novembre, la couiniission chargée de prépaier le mémoire pour le Collège en présenta le projet au Corps municipal. Il contient d'abord le récit de ce qui s'est passé, en 1622 , lors que cet établissement a été confié aux Jésuites , et de tout ce qu'ont fait depuis les habitans pour sa prospérité. Il présente ensuite l'état des biens qui en dépendent , savoir ; cinq labourages à Sacy , Sommeville , S.-Georges et Licbcres ; deux domaines à Taingy et Aubîgny , neuf arpens de vignes à Auxerrc , des rentes sur l 'Hôtel de ville de Paris ; la prébende préceptoriale , et *3oio liv. sur les entrées de Paris ; le tout s'élevant à un revenu de 7,669 livre 5 sols. Pour le nouveau Collège, on réclame tous ces biens , quoiqu'on reconnaisse qu'à cela près des deux derniers articles , ils proviennent des économies des Jésuites. Mais on fait observer que , comme ils avaient fait vœu de pauvreté , ils n'avaient pu les acquérir que pour le Collège ; ajoutant , pour le cas où la Cour en jugerait autrement , qu'il serait indispensable de rendre à la ville les 20,090 livres» qu'elle avait avancées aux Jésuites en 1622. A ces réflexions on ajoute une critique amère de leur mode d'enseignement , ainsi que de leurs doctrines ultramontaines ; ou assure qu'en philosophie , ils en sont encore aux rêves d'Aristote. Knfiu , après avoir comparé les bons et les mauvais effets de l'instruction publique , confiée à des maîtres réguliers avec telle qu'on peut at-
DIX-HUITIEME SIÈCLE. 5o.S
tendre de séculiers , on donne à ceux-ci la préférence. On désire que l'administration soit chargée de s'assurer de leurs mœurs , mais que leur capacité soit jugée dans un concours public. Chaque ligne de ce mémoire révèle que leurs auteurs étaient de fervens élèves de M. de Caylus , et comme ils étaient en majorité dans le Bailliage et dans le Corps de ville, ce projet fut adopté et adressé au Procureur général , le 6 décembre. V. 1 762 , n. m.
X. 3i décembre ', décès de M. Creusot, curé de S.- Loup , généralement regretté comme le modèle des pasteurs. Cet ecclésiastique , né à Semur , en 1 698 , étant resté sans emploi dans le Diocèse d'Autun , par ce qu'il était appelant , avait été invité , dès 1735 , par M. de Caylus , à se fixer dans celui d'Auxerre , et y élait arrivé dans le même temps que M. de Ségur , Evèquc de S.-Papoul , avec lequel il vécut dans une parfaite intimité. Son zèle dans le gouvernement de sa paroisse était si ardent , ses mœurs étaient si pures , sa vie si austère , et sa bienveillance si générale , qu'il était appelé le Saint -prêtre , môme par ceux qui ne partageaient pas ses opinions. Les Jésuites disaient de lui : c'est bien dommage quil soit Janséniste / Un d'eux voulait faire son oraison funèbre ; mais il fut décidé à l'Evêché qu'il n'y en aurait pas. Son corps fut pendant deux jours exposé à la vénération des fidèles , et il y eut un concours extraordinaire , ainsi qu'à son enterrement le troisième jour. Sa vie a été publiée, avec son portrait, en 1764, par l'Abbé Regnaud , Cure de Vaux . qui le dit décédé en odeur de sainteté.
I. 5 janvier , arrêt du Conseil qui décide que , conformément aux arrêts de 1667 et 1697 , le Maire doit être présent à la confection des rôles des tailles , et les signer , mais sans voix délibérative.
II. Les travaux prescrits par le P. Sery , aux sources de Stc-Geneviève , et commences au mois d'août , ne furent achevés qu'en mars. On y employa 1807 journées de terrassiers et de maçons , 80 voitures de pierres , et une quantité' considérable de chaux , en sorte que la dépense s'éleva à 2,725 livres 7 sols 9 deniers , y compris t44 livrc& payées au P. Sery , et un raûid de vin qui lui fut envoyé. V. n. v.
III. Le 26 février , le Parlement avait statué sur le mémoire concernant le Collège. Par son arrêt , qui ne fut reçu que le 3 mars , le Corps municipal fut autorisé à faire , sur le champ , avec des séculiers , un concordat pour la réorganisation de cet établissement, en employant aux dépenses fcs revenus des biens qui en dépendaient , et même à remplacer les Jésuites par les nouveaux régens , dès le 1" avril , la Cour se réservant de statuer en définitive , après cjue le concordat et les titres des biens du Collège lui auraient été soumis. Les Officiers municipaux avaient une telle impatience d'expulser les Jésuites , en les dépoui liant de tout leur mobilier , qu'ils voulurent , le jour même» (aire apposer les scelles au Collège , ce œii aurait suspendu l'enseignement : mais M. de la Rupelle , Lieutenant particulier , arrêta leur démarche irréfléchie ,
DIX-ULITIÈM* *itCLE. foy
en en référant au Parlement , qui garda le silence. On s'occupa alors d'organiser le professorat. Dcjà les Officiers mimicipaux avaient fait choix de l'Abbé Magne, ancien Qratorien , pour lui en confier la direction. H s'agissait d'en régler avec lui les conditions , et do faire un règlement général pour l'ordre et la méthode à observer dans les divers degrés de l'instruction. Dans une circonstance aussi importante , ils crurent devoir inviter à se réunir à eux , tout ce que le Clergé et la Magistrature avaient d'hommes investis de la considération publique. Us y étaient , surtout , portes parce que , M. de Cicé étant absent ; il importait d'éviter tout ce qui pourrait autoriser une critique sérieuse do sa part. Ce conseil extraordinaire se réunit le 25 ma** , et s* trouva composé du Maire , de tous les Officiers, municipaux » de MM. Huet Grand-Archidiacre ; Clément , Trésorier ; Mignot , Grand-Chantre ; Dettey et Viel , Chanoines ; Marie d'Avigneau, Lieutenant général ; Robinet de Pontagny * Robinet de la Coudre, Conseillers , et Grasset, Procureur du Roi. Un concordat-y fut arrêté avec l'Abbé Magne, pour 18 mois à compter du 1" avril. Par ce traité, U est établi Principal du Collège ; un Sous -principal et six professeurs avec lui doivent y donner à la jeunesse du pays toute l'instruction alors adoptée dans Les Collèges de première classe ; les professeurs choisis par lui seront agréés par le Corps municipal. Enfin , les divers traitejnens du Principal , du Sous-principai et des professeur son fixés, et s'élèvent ensemble à 5,45q UVres, par an., qui devront leur être payés par trimestre. Le 3i>, deux Echevins » MM. Polheraf et Coulard,.
5o8 CHAPITRE XIV,
députes du Corps municipal , allèrent (aire part de ce concordat à M. l'Abbé de Cicé, Grand -Vicaire de son frère , ainsi qu'au P. Beaudot , recteur du Collège. Ce dernier ne fit aucune difficulté , chargea les députes de remercier le Corps municipal des égards qu'il avait eus pour lui et ses confrères , et déclara qu'ils exécuteraient ponctuellement les arrêts rendus contre eux. Il n'en fut pas de même de l'Abbé de Cicé. Il refusa de se concerter avec le Maire et les Echevins pour l'examen du Sous-principal et des professeurs présentés par l'Abbé Magne. Sur son refus , l'examen eut lieu , et MM. Philbcrt , Charier, Labrosse , Moriès , Paulvé, Gendrot et Charmeux furent agréés. L'Abbé de Cicé informé de cette nomination , vint à l'Hôtel de ville conjurer le Corps municipal de suspendre l'exécution du concordat , jusqu'à ce que son frère , dont le retour était très-prochain , en eût pris connaissance ; annonçant que six Chanoines offraient de faire les classes , jusqu'à ce qu'on eût pris un parti définitif à ce sujet. Ces Chanoines étaient MM. Viel, Moreau, Frappier, Leroi , Davignon et Villetard , tous considérés du parti dominant; leur choix détermina les Officiers municipaux à suspendre la nouvelle organisation jusqu'après les fêtes de Pâques.
Enfin , le 3 avril fut le dernier jour des i4<> années pendant lesquelles les Jésuites professèrent l'enseignement public à Auxerre ; et le lendemain , l'Abbc Magne avec les six Chanoines , les remplacèrent. Quelqu'idée qu'on ait de ces Religieux , on ne peut pas se défendre d'une pénible réflexion sur leur sort. En 1622, ardemment et depuis long-temps désirés à
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Auxerre , ils y sont reçus avec enthousiasme ; ils rem plissent si bien les espérances , que successivement on en augmente le nombre. Pendant 82 années , leur crédit reste le même. En 1719 et 1723, malgré l'influence de M. de Caylus , on en demande encore plusieurs ; puis à mesure que l'action de ce Prc'lat sur les esprits s'étend , celle des Jésuites diminue , au point qu'en 1 762 , aux yeux du parti qui leur est contraire , et que les événemens favorisent , ils ne sont plus que des gens tenant le Collège ♦ ou de ci-devant soi-disans Jésuites ; et l'on finit par les chasser comme des pervers ! Cependant une vérité universellement admise est que ces Religieux étaient en 1 762 , ce qu'ils étaient à la fondation de leur ordre ; que les statuts inflexibles de leur Société faisaient que , chez eux , les études , les doctrines , les usages et les mœurs étaient toujours les mêmes. Aussi a-t-on remarqué que c'était le seul Ordre religieux qui n'eût pas besoin de réforme.
On ne peut donc que gémir sur les déplorables effets de l'esprit de parti. Quand cet ennemi de la paix publique divise les citoyens , la providence semble se jouer de leurs travers. Des événemens imprévus amènent alternativement le triomphe des deux factions ; qui , également aveugles sur l'avenir , se livrent sans mesure à la persécution des vaincus. C'est ainsi qu'on ne tardera pas à voir ceux qui , en applaudissant à l'expulsion des Jésuites , prennent leurs places , expulsés comme eux , et non moins impitoyablement , par ceux qui regrettaient la Société de Jésus ; puis ces derniers encore une fois renverses ; et ainsi de suite , jusqu'au moment où la révolution de 1 789 les fou-
Slo CHAPITRE XIV ,
d rayera tous , «n faisant surgir d'autres partis bien plus violens , mais tout aussi aveugles dans leurs succès alternatifs.
Quoi qu'il en soit , M. de Cicé revint promptement à Auxerrc , et dès le 9 avril , il entama avec le Corps municipal une négociation qui dura plusieurs jours. Il regardait le concordat comme nul , pour avoir été fait vans sa participation ; il pre'tendait que c'était à lui a choisir les professeurs ; qu'au moins ils devaient être approuvés par lui , et que ceux choisis n'avaient pas sa confiance ; que , d'ailleurs , il ne lui paraissait pas convenable de mettre des séculiers dans le Collège ; qu'il était de l'intérêt de la ville de le donner aux Pères de l'Oratoire, ou à ceux de la Doctrine chrétienne. A cette condition , il offrait de doter le Collège de six prébendes , si le Chapitre y consentait. Le Corps municipal soutenais que seul il avait le droit de choisir des sujets dont la ville payait le traitement ; que celui de l'Evoque se bornait à refuser son approbation à ceux de ces sujets à l'égard desquels il pouvait justifier les motifs légitimes de son refus ; en conséquence , il persista à maintenir le concordat et le choix des professeurs. De son coté, le Chapitre s'opposa à la distraction des six prébendes ; et après beaucoup de démarches , dans lesquelles les contradictions continuèrent , le Maire et les Ëchcvms demandèrent au Bailliage l'exécution provisoire du concordat: fille fut ordonnée à Faodience du 20 ; le principal et les professeurs y prêtèrent serment , et le rtdmr jour furent mis en possession du Collège , par quatre Conseillers et quatre Officiers municipaux.
DIX-MUIT!ÈMB SIfcCLE. 5l I
Le lendemain , M. PEvêquc , pi que 4e la toutepuissance que s'était attribuée le Bailliage , et dans l'espoir de le faire rentrer dans de plus étroites limites , envoya au Collège deux Grands Vicaires constater , par un procès-verbal , l'aveu du Principal et des professeurs qu'ils n'avaient , pour se livrer à l'instruction publique , que l'autorisation judiciaire. Ce procédé n'arrêta pas le Corps municipal , qui , le n i , fit un règlement pour l'administration du Collège , ainsi que des biens qui y restaient attaches , et arrêta qu'à l'avenir , le Principal , le Sous-principal et les professeurs seraient pris parmi les maîtres es-arts de toutes les universités du Royaume.
Depuis plus de quatre mois , les Jésuites , inhumainement chassés d'une maison pourvue , par leurs soins , de meubles et de provisions de toutes espèces , sans emporter autre chose que leurs habits , attendaient , dans un dénûment absolu , le sort que le Parlement , en statuant définitivement sur leur Société , réservait à ses membres. Enfin , le 6 août , la Cour rendit les trois arrêts qui ont consommé la destruction de cette Société. Le premier , faisant droit à l'appel comme d'abus du Procureur général , déclara la doctrine des Jésuites destructive de tout principe de religion ; en conséquence , rendit définitive la défense de fréquenter les écoles , séminaire* et missions tenus par ses membres; enjoignit à ces derniers de sertir des Collèges et des séminaires , dans la huitaine èe hi notification de l'arrêt. Le second condamnait à être brûlés par la main du botrreau 280 ouvrages publiés par des Jésuites depuis jusqu'en 1734;
parmi lesquels sont signalées les propositions euseignc'cs à Auxerrc par le P. Lemoine , en 17 25 , avec mention de la censure de M. de Caylus , et les remontrances du Provincial adressées à l'Evêque en 1726. Le troisième arrêt accordait à chaque Jésuite , à sa sortie , le lit , les meubles et les livres à son usage , un peu de linge et une somme de 25o livres. Ces trois arrêts envoyés au Bailliage , y furent enregistres et publies. La réimpression en fut ordonnée , ainsi que l'affiche , tant à Auxerrc que dans tout le ressort du Bailliage.
Le délai de huitaine , à compter de la notification , donné aux Jésuites par le premier de ces arrêts f pour sortir des Collèges , fit connaître que , dans la plupart des villes, les administrations, moins servîtes que celle d'Auxerre envers le Parlement , avaient attendu pour reprendre le toit qui couvrait ces Religieux , ainsi qur le pain qui les nourissait , que les conditions en eussent été réglées ; et l'on vit avec chagrin que ceux d'Auxerre qui , pendant quatre mois , avaient vécu à leurs dépens , ne recevaient pas plus que les autres.
IV. 26 août, le Corps municipal, voulant convertir la Cour-des-Vents en place publique , et lui donner une issue sur le quartier S.-Pèrc , arrêta de l'ouvrir dans le jardin du sieur Chapelain , qui y consentait v moyennant 45o liv. Jusque-là on n'y avait accès que par les deux ruelles qui y conduisent des quartiers supérieurs. Elle conserve encore le nom de Cour , parce que jadis elle était celle du Château des Vicomtes . alors appelés Vcens , dont par corruption on a fait Vents- Ce Château occupait l'emplacement des maisons qui
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bordent la rue Proment eau f entre la boucherie et la ruelle.
V. Les dispendieux travaux faits sur les sources de Ste-Genevièvc par les conseils du P. Sery, furent tout aussi inutiles que ceux exécutes antérieurement sur la foi des sieurs Couplet père et fils , et Rcnnequin. Au mois de décembre , le défaut d'eau fatiguait tellement la population , que , le 9 , une assemblée des notables fut d avis qu'on cherchât ailleurs des sources dont on pût amener les eaux dans la ville ; ou qu'on en fit élever de la rivière t par une des machines en usage dans plusieurs villes ; et que le Maire fit venir un hydrolisie , ou mécanicien , pour donner son avis à ce sujet. V. 1763 , n. i.
VI. Dans le cours de cette année , la chapelle de Notre -Dame«de«Lorette , réunie , en 167 5 , à l'hôpital-général , fut démolie , et remplacée par l'Eglise actuelle-
I. Au mois de janvier , à l'invitation du Maire , M. La Curne de Sle-Pallaye fit plusieurs démarches auprès de M. Desparcieux , membre de l'Académie des sciences , tics-renommé dans l'art hydraulique , pour qu'il vînt visiter les sources du pays , ainsi que la rivière , et indiquer les moyens qui pourraient enfin assurer à la ville sa provision d'eau. M* Desparcieux , étant alors malade , remit son voyage à la belle saison. Le printemps donna de l'eau en abondance , et l'ou ne pensa plus k M. Desparcieux. 11 3i
J 1 f CHAPITRE XIV ,
II. M. de Cicc n'avait pas pu empêcher l'organisation du Collège dans le sens qui lui déplaisait ; mais on le verra en faire changer successivement les elémens , jusqu'à ce qu'en6n cet établissement se trouvât à sa discrétion ; et pour bien saisir ce qui va se passer , il faut se rappeler que, dans cette lutte , le Parlement et le Bailliage protégeaient de toute leur autorité les adversaires de la bulle , tandis que le Gouvernement , ouvrant les yeux sur la réaction violente à laquelle ces derniers se livraient , aidait , autant qu'il le pouvait , <;eux qui , comme l'Evoque d'Aoxerre , osaient teaapérer cette réaction. Au mois de février , un Edit auquel on crut que M. de Cicé avait eu grande part , régla le mode d'administration des Collèges. L'article vi Rappliquant à Auxerre , ordonna que les Collèges dirigés par des séculiers , et places dans les villes autres que celles ayant on Parlement f fussent administres par un bureau compose de l'Evcque , Président , du premier Officier de la justice royale , du Procureur du Roi , de deux Officiers municipaux , de deux Notables et du Principal du Collège ; en tout sept membres ; l'Evêque , dans les cas de partage d'opinions , devant avoir la voix prépondérante.
Le Parlement , en enregistrant cet Edit , ordonna aux villes de cette dernière espèce de remettre aux bureaux administratifs des expéditions des concordats , passés ed exécution des arrêts de février et mars 176a ; et aux bureaux d'envoyer sans délai au Procureur général leur avis sur ces concordats. L'Edit et l'arrêt furent reçus à Auxerre , le 6 mars. Le 20 du uufmc mois, le btreiui composé de MM. de Cicc,
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Marie d*A vigneau f Lieutenant général ; Grasset , Procureur du Roi ; Coullard et Bussièrc , Echevins ; Villetard et Leblanc , Notables , se réunit an Collège ; prit communication du concordat , ainsi que de tout ce qui avait été fait pour la nouvelle organisation de rétablissement; et malgré tous les efforts de M. de Cicé , adressa au Procureur général son avis tendant à 1 homologation , sans aucune modification. V. n. ix.
III. Le 28 avril t lé Marquis de Renty vint se faire reconnaître en qualité de Gouverneur de la ville et du Comte , à la place de M. d'Anlczy. Après qu'il eut reçu les hommages de tous les Corps , il invita le Maire à le conduire à son hôtel , et à lui remettre l'état des émolumens attachés à son gouvernement ; ainsi que celui des remparts , fossés , bastions , contrescarpes , chemins couverts et glacis , dont la location lui appartenait. Le Maire lui répondit que M. d'Anlcfcy , son prédécesseur , s'était contenté de 3oo livres par an pour son logement ; que le Grenier à sel lui payerait chaque année un minot de sel , au compte du Roi ; que de toutes les fortifications il ne restait que des murs dont l'entretien coûtait à la ville 1.200 livres, par an ; des fossés sans produit possible ; des glacis sur lesquels étaient les promenades publiques ; enfin , huit tours et neuf portes , concédées à la ville par des arrêts du Conseil. M. de Renty se retira désenchanté de son gouvernement , et se pourvut auprès de l'Intendant. Sur les observations de ce Magistrat , le Corps municipal offrit de porter le logement a foo livres , et le Gouverneur ne put pas en exiger davantage.