‹ Histoire de la ville d'AuxerreChapitre 69 sur 71 · IV. Au mois d'octobre , les Administrateurs de · texte numérisé non relu

IV. Au mois d'octobre , les Administrateurs de

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l'hôpital général , fatigues (l'entretenir inutilement les bAtiincns de l'hôpital S.-Roch , demandèrent aux liabilans , dans une assemblée générale , l'autorisation de les démolir , et d'en vendre les matériaux. On les leur abandonna, et ils en vendirent pour 2,000 liv.

V. 6 décembre , les invalides , ne pouvant pas faire le service qu'on avait attendu d'eux , furent renvoyés à Dijon , et la garde des héritages fut mise en régie.

I. La nuit du 29 au $0 janvier est la première qui , dans la ville , ait été éclairée par des réverbères. Il n'y en eut d'abord que deux , l'un devant l'Hôtel de ville , l'autre devant la maison du Maire , par suite d'une délibération des habitans , approuvée par l'Intendant. L'avantage dont jouirent ces deux quartiers excita l'émulation dans plusieurs autres , où les habitans se colisèrent et en établirent, jusqu'en 1808 , que l'éclairage fut compris dans les dépenses communes , et devint général.

II. L'enthousiasme des habitans sur le rachat des Aydes perdit beaucoup de sa vivacité, quand ils furent assemblés pour délibérer sur le mode d'assiette et de perception du prix de ce rachat. On a vu qu'il était , pour le Comté, de 2,1 14.91 4 livres , et la ville devait en payer à peu près la moitié. Il s'agissait d'en servir les intérêts à la province, qui avait fait les avances du capital. Dans une première assemblée , le 3 janvier , on s'était divisé ; les uns voulaient une prestation en

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argent , d'autres préferaient se libérer en nature sur le produit des vignes. On n'avait pas pu se iitcUrc d'accord ni dans cette première assemblée , ni dans une seconde le 17. Enfin, le 1 1 février , la prestation en nature réunit les suffrages de la majorité , par la facilité qu'elle donnait aux moins fortunes de se libérer sur- le champ. Mais elle ne fut pas exécutée. Cette dette se confondit avec celles dont déjà la ville était énormément chargée , et s'éteignit avec elles à la faveur des événemens ultérieurs.

ÎIJ. i5 mai , enregistrement au Bailliage , publication et affiche , dans la ville , d'un Edit qui distrait le Bailliage du ressort du Parlement de Paris , et le fait ressortir à un Grand-Bailliage créé a Sens.

Cette mesure n'était pas particulière à Auxerrc. La résistance opiniâtre que le Parlement avait opposée à toutes les mesures conçues par le Roi et ses Ministres pour rétablir les finances , l'avaient contraint à enlever à cette Cour l'arme dont elle faisait un si déplorable abus. En conséquence , dans un lit de justice tenu à Versailles le 5 mai , le Roi avait fait enregistrer deux Edits : l'un qui attribuait l'enregistrement des Edits à une Cour pte'nicrc composée , comme celles de Charlemagne , du Roi , des Princes du sang, et des Grands du Royaume ; le second qui réduisait le Parlement de Paris à 75 Magistrats , ne devant s'occuper que de rendre la justice , dans un ressort beaucoup moins étendu qu'auparavant ; et créait six Grands-Bailliages ponr juger les appels des pays distraits de l'ancien ressort.

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Cet efforl fut le dernier que fît Louis XVI pour conserver l'ancienne constitution du Royaume. Ces Edits ne furent pas plutôt connus , que le feu de la sédition se ralluma avec plus de fureur encore que Tannée précédente , non-seulement à Paris , mais en Bretagne , dans le Languedoc , et dans plusieurs autres provinces. Le Roi eut même la douleur de voir le Clergé , qui jusque-là n'avait pas franchi les bornes de la soumission , lui faire des remontrances , blâmer aussi tous ses actes , et parler , comme les autres , des Etats généraux ! Affaissé sous le poids de tant de contradictions , ce Prince , qui voulait sincèrement le bonheur des français , et qui , par un juste pressentiment , redoutait les Etats généraux , se résigna , en ordonna la convocation pour le Ier mai 1 78g , révoqua les deux Edits , renvoya des Ministres objets de toutes les plaintes ; et , le 27 août , mit à leur place M. Neckcr , réclamé de toutes parts.

De tous les opposans à ses intentions bienfaisantes, les novateurs seuls étaient conséquens , parce qu'ils voulaient le renversement de tout ce qui existait. Quant aux Ordres privilégiés, ils ne voyaient pas que, parmi les abus dont la réforme était attendue de ces Etats , leurs prérogatives étaient mises au premier rang par tous les écrivains du jour ; mais leurs yeux ne tardèrent pas à se dessiller. A l'instant même où le Roi eut satisfait au cri universel , les Etais généraux , deux autres cris , double représentation du Tiers , vote par tête , lui succédèrent , et furent bientôt répétés dans les villes , les villages et les hameaux comme à

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Paris. La révolution alors ne marcha plus dans l'ombre , mais à découvert , bravant les imprudens qui l'avaient aidée dans ses premiers pas. Ce fut en vain que le Parlement , déjà aux regrets , en enregistrant l'Edit de convocation des Etats , y mit pour condition qu'on suivrait strictement les formes de ceux de i G 1 4 ; fut envain que les Notables consultes fiicnt la même réponse ; envain que les Princes du sang , dans une adresse au Roi , réclamèrent aussi les anciennes formes ; le Tiers-Etat était réveillé et ne s'endormit plus. Les babil ans des villes avaient été également invités par un arrêt du Conseil d'Etat, à faire connaître au Uoi leur vœu pour la composition des Etats. Aussitôt une multitude de députés et des milliers d'adresses étaient allés solliciter du Prince la double représentation et le vote par tête , comme seuls moyens de faire cesser les privilèges pécuniaires , ainsi qu'il l'avait proposé lui-même aux Notables. Louis XVI enfin, placé sur le plan incliné où les Ordres privilégiés lavaient poussé , se détermina en iaveur du Tiers ; et le 27 décembre , un arrêt du Conseil lui accorda la double représentation , en laissant aux Etats le droit de régler le mode des votes.

Le vœu des habitans d'Auxerre n'arriva à la Cour qu'après cette décision ; ils n'avaient été assemblés que le 26, et M. Hay de Lucy , Conseiller, leur avait donné lecture d'un mémoire , dans lequel les droits du Tiers-Etat étaient établis conformément à ses vœux. L'assemblée, après d'unanimes applaudissemens, avait arrêté que ce mémoire servirait de base à la requête au Roi, dont la rédaction avait été confiée à M. Hay

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lui-même , à MM. Marie de la Forge , Conseiller , Petit et Lcpèrc , Avocats. Quatre jours après , on ignorait encore la décision du Roi ; en conséquence , les habitans furent de nouveau réunis pour entendre le rapport de la Commission. M. Hay donna lecture du projet de requête au Roi , dans laquelle on émettait le vœu qu'aux Etats généraux , le Tiers-Etat fût représenté par des députés en nombre égal à ceux qu'y auraient le Clergé et la Noblesse ensemble ; qu'il en fût de même aux Etats de Bourgogne ; que rassemblée des Etats fût faite par Bailliages, et que les ordres du Roi, à ce sujet , fussent adressés aux Grands-Baillis , suivant l'ancienne forme. Ce projet fut adopté à 1* unanimité. Peu de jours après , l'arrêt du Conseil du 27 , qui , à l'avance , accueillait le vœu principal des habitans , fut envoyé au Bailliage , publié et affiché dans la ville.

IV. Sur la fin de cette année , durant laquelle une température constamment favorable avait produit des récoltes abondantes , la population passa , tout-à-coup, de cet état de prospérité à celui de la disette la plus effrayante. Dès le 24 novembre, un froid excessif, en pétrifiant la terre et les eaux , avait suspendu les travaux dans la campagne , et arrêté le mouvement des moulins. Cet état d'inactivité dura deux mois entiers. La misère atteignit promptement ceux dont la subsistance dépend de leur travail. Aussitôt qu'on s'en aperçut, les Officiers municipaux établirent des aie liers de charité , où ils admirent les pauvres indiqués par les Girés des paroisses , en donnant à chacun H par jour , quatre livres de pain et deux sels. M. PEvê-

que, qui , le premier, avait provoque cette mesure, y contribua pour 3oo livres ; une somme égale fut fournie par la ville , et les dons volontaires des Bourgeois procurèrent le surplus.

Mais un autre effet du froid , moins facile à combattre , se ût bientôt sentir : les moulins enchaînes par la neige et les glaces , cessèrent de renouveler les provisions de farine , et Ton vit s'approcher le moment où le pain allait manquer. On crut qu'en employant les pauvres à casser les glaces dans les hiez , et rendant ainsi l'activité' aux moulins , on repousserait cette calamité ; mais cet espoir peu réfléchi faillit ôtre funeste aux habitans. Quelques efforts qu'on fît , l'intensité du froid était si violente que le travail de plusieurs heures était détruit en quelques minutes , et qu'il s'en fallait de beaucoup qu'on obtint en farine ce que la consommation absorbait. Le 24 décembre , avant midi , les boulangers n'avaient plus de pain à vendre , et beaucoup d'habitans en demandaient , tous en murmurant , plusieurs avec des menaces. Il 1 ail ut , sans délai , recourir à des moyens plus surs. Sur-le-champ , M. Deschamps , Receveur , fut envoyé en poste à Fossard , acheter des farines. En attendant , on imagina d'appliquer aux mouhns du grand S.-Martin , un mécanisme au moyen duquel ces usines , mises en mouvement par des chevaux , donnèrent le môme produit que lorsqu'elles avaient l'eau pour moteur. Néanmoins , jusqu'à l'arrivée des farines de Fossart , il y eut de grandes privations de pain dans toutes les classas des habitans

I. Le 25 janvier , le dégel étant survenu , les maux cessèrent , et les ateliers de charité furent fermés. En arrêtant le compte de la dépense , on reconnut qu'on avait employé 2,566 journées , et distribué 10,267 livres de pain.

IL Le 3 mars, dans une audience solennelle du Bailliage , le Grand-Bailli d'Epéc , M. Marie d'Avigneau , fit donner lecture i° de la lettre à lui adressée par le Roi , le 24 janvier , pour qu'il eût à appeler à Auxcrrc les trois Ordres du ressort , à l'effet de nommer leurs députés aux Etats généraux qui devaient s'ouvrir à Versailles , le 27 avril ; 20 d'un règlement du Roi du même jour , contenant les formes à observer pour les assemblées préliminaires dans lesquelles les Corps, les villes et les paroisses éliraient leurs délégués à l'assemblée du Bailliage , et rédigeraient leurs doléances; 3° d'un second règlement du 7 février, particulier pour la Bourgogne et Comtés adjacens , attribuant au Bailliage une deputation composée d'un député du Clergé , un de la Noblesse et deux du Tiers-Etat (i), et donnant à la ville douze délégués dans l'assemblée

(1) Dans les ancien» Etal*, le Bailliage avait six Dépotés, (t. p.fci} dont deux de chaque Ordre. Mais le Tiers-Etat ayant demandé cl obtenu une représentation égale à celle des deux premiers ensemble, pour ne pas rendre trop nombreux les Etat généraux , le Roi , avait réduit à moitié les dépulations du Clergé et de la Noblesse.

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du Bailliage. Après cette lecture , le Bailli rendit une ordonnance par laquelle rassemblée des trois Ordres pour la nomination des députes aux Etats généraux , fut convoquée à Auxerrc , et fixée au a3 , huit heures du matin.

Le 5 , la lettre du Hoi , les deux réglcmens et l'ordonnance du Bailli fuient publiés , à son de trompe , dans les rues , lus aux prônes des paroisses , et affichés dans tous les quartiers. En môme temps les Corps , faisant partie du Tiers-Etat de la ville , furent invités par le Corps municipal à se réunir et à envoyer leurs députés à l'assemblée qui devait rédiger les doléances et élire les douze députés de la ville à celle du Bailliage. Effectivement , le 8 , les députés des Corps se réunirent à rHôtcl de ville et chargèrent une Commission de rédiger les doléances. Le 20 , le projet dressé par la Commission fut adopté , et l'on choisit pour députés MM. Baudesson t Maire; Leblanc , Procureur-syndic ; Hay de Lucy et Marie de la Forge, Conseillers; Ducrot et Petit, Avocats; Petit de Flacy , Garde-marteau ; Gucron , Procureur du Roi au Grenier à sel ; Maure , second Consul ; Lefcbvrc , Notaire ; Girard , Procureur , et Bobin , Pharmacien.

Le 23 , lés trois Ordres du Comté s'assemblèrent dans l'Eglise des Cordclicrs , sous la présidence du Grand-Bailli , ayant à sa droite le Clergé , à sa gauche la Noblesse , et en face le Tiers-Etat. Le Bailli ouvrit l'assemblée par un discours dont les trois Ordres, également satisfaits, votèrent l'impression. 11 11 39

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en fut de même de celui de l'Evêquc , M. de Cicê. Néanmoins , c'est le 26 seulement que les députés , devant le lendemain se diviser par Ordre , prêtèrent , par acclamation , le serment de procéder fidèlement el en leur orne el conscience , à la rédaction du cahier général , ét à la nomination des députés.

Le 27 , les trois chambres se formèrent ; celle du Cierge au Palais épiscopal , se trouva composée do 1 3 1 ecclésiastiques , la plupart porteurs de procuration des absens , au nombre de 102 , ce qui éleva celui des suffrages à 233. Elle fut présidée par M. de Ciré.

La Noblesse resta aux Çordelicrs , sous la présidence du Bailli. 11 s'y trouva 73 Gentilshommes, ayant les procurations de 61 absens , pouvant conscquemment donner 1 34 suffrages.

(4e Tiers-Etat , réuni au Palais de justice , eut pour Président le Lieutenant particulier , M. Housset de Champion. Le nombre des présens fut d'environ 200. Les absens ne purent pas s'y faire représenter par des procurations , parce qu'ils n'étaient que des délégués , tandis que les membres des deux premiers Ordres exerçaient un droit personnel.

Aussitôt que les chambres furent organisées , celle du Tiers-Etat envoya des députes visiter et complimenter les deux autres , qui peu de minutes après , lui envoyèrent également des députations et se visitèrent entre elles. Ainsi qu'il est d'usage , dans de telles circonstances , on fit échange de complimens , de protestations d'estime , de considération et surtout de dévouement à La patrie. Tous ces discours étaient à lm-

tant même imprimes et répandus avec profusion dans le public qui dut croire au retour de l'âge d'or. £11 même temps, des Commissaires s'occupaient de rédiger le cahier des pétitions de chaque Ordre , ce qui ne fut achevé que le 6 avril. Le lendemain , enfin , on fit l'élection des députés qui furent pour le Clergé , M. de Cicé; pour la Noblesse, M. Moncorps deGhéry , et pour le Tiers-Etat , MM. Marie de la Forge , d'Auxerre , et Paultre , de S.-Sauveur. Le 8 , les trois Ordres se réunirent de nouveau et entendirent le discours de clôture prononcé par M. Rémond , Procureur du l\oi.

A juger des vœux de toutes les parties du Royaume par ceux du Bailliage d'Auxcrrc , tels qu'ils sont exprimés dans les cahiers remis aux députés , on est conduit à une réflexion bien amère sur les larmes et le sang qu'a coûté une révolution qui était déjà faite dans les esprits. Le Clergé et la Noblesse , reconnaissant que leurs privilèges pécuniaires ne peuvent plus survivre aux changemens que le temps a apportés dans les autres parties de l'ordre social , y renoncent expressément , et demandent eux-mêmes a supporter les charges publiques avec le Tiers-Etat ; ils admettent son aptitude à tous les emplois ; ils se soumettent , sans réserve , à une parfaite égalité dans les intérêts matériels ; votent contre les tribunaux d'exception , les lettres de cachet , et contre tout ce qui compromettait la liberté individuelle ; ils demandent une Monarchie constitutionnelle ; la Noblesse va jusqu'à désirer la liberté de la presse , et comme il est de vérité historique que, dans presque tous les Bailliages et les Sénéchaus-

secs , les cahiers de deux Ordres privilégies ont exprime les mêmes vœox , à quelle cause faut il donc attribuer le caractère hostile et sanglant que prit, depuis, cette révolution ? à l'amour-proprc t j'allais dire à l'orgueil , dont furent également animés les trois Ordres. Les deux premiers voulaient que leurs sacrifices n'allassent pas jusqu'à leurs prérogatives honorifiques , et le Tiers-Etat voulut sur toutes les tètes le même niveau. C'est de là , et de là , surtout , qu'est sortie cette conflagration épouvantable qui donna aux ennemis de la Monarchie la fatale puissance de briser le trône et traîner à l'cchaffaud un Prince dont tous les cahiers , sans exception , avaient , à l'cnvi , célébré les vertus.

UN l>C SECOND KT UKRNIKK VOLUME.

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