INSTRUCTION PUBLIQUE
Le savant Amyot, devenu Évcqued'Auxerre en i5y i , fulpcu satisfait de ce qu'on y appelait lesGrandes écoles. Un Principal et quatre Professeurs y enseignaient les langues française , latine et grecque ; mais ni la rhétorique , ni la philosophie n'y avaient de chaire ; l'exiguité du local , et plus encore celle des revenus communs, ne permettaient pas d'augmenter le professorat. Amyot , qui ne devait qu'à l'instruction gratuite l'honorable position à laquelle il s'était élevé, en connaissait tout le prix. H conçut la généreuse résolution de la procurer complète à ses Diocésains ; et pour cela , d'ériger et fonder un grand établissement , qui serait , en même temps , collège et séminaire. Dans cette pensée , il avait acheté , moyennant 2400 fr. , un vaste emplacement sur lequel étaient les ruines de la maison du trop fameux capitaine Laborde (1); et y avait construit une maison qu'il ne désignait lui-même
(1) Edi568, après l'expulsion des Huguenots , la population , pour te venger de la tyrannie que Laborde avait exercée dana la fille, ae porla à sa maison et la dévasta. Un incendie allumé dana le même moment , en acheva la destruction ; il n'en resta que les quatre murailles. Cet événement est ainsi rapporté par deui témoins entendus dans une enquête faite en 1604, an sujet des diimes de Serin , où est le manoir dont Laborde avait tiré son nom. Un de ces témoins croit que le feu avait été mis à dessein. L'autre dit qu'il prit fortuitement à des caques de poudre ; ce qui bouleversa la maison. Il résulte aussi de l'enquête que celle maison , du temps même du capitaine Laborde , n'était connue que sous le nom de maison S. Xitte. ( Archiv. départent, j
que sons le nom de Collège des Jésuites. En effet , il avait fait, avec les Pères Mathieu et Pigenat, un traite par lequel la société de Jésus s obligeait à y tenir un Recteur et des Régens en nombre su (lisant , pour donner à la jeunesse du pays, et même à celle qui se destinerait au Sacerdoce , un enseignement complet. U assurait à rélablissemcnt 3ooo liv. de revenu, indépendamment de la prébende préceptorialc déjà attachée aux écoles , et de 1 200 liv. qu'il promettait pour l'ameublement: mais l'oppression sous laquelle la Ligue tint Auxerre jusqu'en 1 5q4 , ne lui avait pas , probablement , permis de mettre la dernière main à tous ces projets; et la mort l'avait enlevé le 5 février 1 5f)3. On trouva bien , en faisant son inventaire , un testament écrit en latin , et de sa main ; dans lequel il déclarait n'avoir acheté et fait construire cette maison, que pour servir de collège et de séminaire au Diocèse d' Auxerre , et qu'il la léguait à la ville; mais cet écrit n'était ni daté , ni signé , et se trouva déchiré par le milieu (1). La ville se vit donc sans autre titre que
(1) Le BùlU du Chapitre , Germain Chevalier , qui (usait cet •aveatfaire , crnl , pour rinlérel 6e b ville , devoir insérer dans son prt»ee*-*erba] , vne ropie entière de ce testament. En voici le texte en ce q«i concerne le Collège :« Si ha Domino Deo nostro videbitur,
• non potero ad finca prrducere opoa qood ego institaeram al » laudera Dei et utilitatem populi proviocixqae , totios Autissio- » doreniU, nempe Collegtum et scboUm pablicam sacerdotum Conv grrgalioMsJeso, in <|uo jovenes bonas litteras cum bonis sanctisque » et piia moribua docerentur ; et mai elbm Serainariam lironum » Ecclesias ministerio destinaitdorum fuudarctor , aream tamen et
* domum Sancti Xisli qttara in rum usom comparaveramus , com- » muni rivitati» Autiutodorentis dooo dainus , in eum Umen nsum
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ce testament informe , la notoriété publique et la disposition du local , qui par la grandeur des cours et des salles et la petitesse des chambres, comme par la Chapelle dédiée à S.-Xîste, n'offrait à l'œil impartial qu'une grande maison d'éducation.
L/Abbé Leboeuf , ainsi que Bargede' , rapporte que les Officiers municipaux ne s'en mirent en possession qu'après l'arrêt de 1607. Ccst une erreur: le caractère seul du procès suffirait pour indiquer le contraire ; puisque les neveux d'Amyot e'taicnt demandeurs en revendication. Les registres des conclusions du Corps municipal , depuis i586 jusqu'en i5g4 » manquant aux Archives , on ne peut pas savoir précisc'mcnt ce qui fut fait à ce sujet , lors du décès d'Amyot ; mais on lit dans la vie de cet Evèquc, insérée dans l'édition de sa traduction de Plutarqnc , publiée en 17841 qu'en 159.5, son Secrétaire, pour qu'on connût son intention , fit placer au-dessous de l'inscription disposée pour le Collège , ces mots : Jacobus Amyoitts Episcopus Auiissiodor. huic Gymnasio quod eitmendum curavit , hanc inscriptionem ap~ poni voluit i5g5. Cette attention prouve indubita-
» et non iaalkn «uam in sehola public* constructionam , reloua » devoliont et pietali snOcessorum , multo que magis providenliae et a booilali dm axe , perficienda relinquimus ; nullà ultra re ejus u fundatîonis ergo bseredes na>stros gravare Tolenles. » Cest a M. Quentin , archivât* da département , que je «lob 1» décauTerte de cette pièce precieioc L'abb* Lebeuf f qui se Va pas connue , n'a inséré dans ses mémoires , ( t. i. p. 644, el »u* pr«»«»i n° a8(i ) que le testament d'Amyot du if> mai i588, dans lequel il nest Fait aucune mention du Collège.
hlcmcnt que déjà renseignement public était établi dans la maison sur la porte de laquelle on lisait et l'inscription , et les deux lignes qui l'expliquaient.
En effet, de cinq délibération* , des 26 juin, 10 juillet , 20 août , 28 et 3o septembre 1 600 , il résulte que les neveux de cet Evèque , dont trois étaient présens à son inventaire , Nicolas Amyot , Greneticr de Bouy , le sieur Lordcrcau , Avocat au Parlement et sa femme , n'ayant fait aucune démarche pour s'approprier cette maison , les Officiers municipaux , tout en la regardant comme la propriété des habitans , n'étaient pas sans crainte ; que dans cet état d'incertitude , ils n'entretenaient de réparations , ni ce qu'ils appelaient le vieil Collège , parce qu'il devenait inutile , si le nouveau leur restait ; ni celui-ci, parce que, s'il leur était repris, leur dépense aurait été perdue. On voit encore dans ces délibérations qu'ils avaient néanmoins établi les études dans le nouveau local , sans oser disposer de l'ancien ; qu'enfin , le 26 juin 1 600 , ils envoyèrent deux d'entre eux reconnaître l'état dans lequel étaient les deux maisons ; que le 10 juillet, sur le rapport des deux commissaires, ils arrêtèrent au après açoir vu les ruines étant ez écoles , tant du Collège des Jésuites , qu'anciennes , les réparations à faire au Collège des Jésuites seraient constatées judiciairement , et que les anciennes écoles seraient baillées à louage ; que le 20 août ils chargèrent M. Bargedé , l'un d'eux, d'en faire bail à M. Torinon, qui y demeurait déjà ; qu'enfin , le 3o septembre , il avait été fait au Collège des Jésuites pour 26 écus de réparations. V. 1601, n. vi.
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Tel était donc l'état des choses au commencement du siècle. L'enseignement se faisait dans le beau local prépare' par Amyot pour les Jésuites ; mais il y était aussi incomplet qu'à l'avènement de cet Evoque. Le Principal et les quatre Professeurs étaient choisis par les Députés de tous les Corps, convoqués et présidés par l'Evôque. La prébende préceptoriale, et 200 iiv. de gages pour le Principal payées par la ville , étaient toutes les ressources de ce Collège , ce qui donne à penser que les écoliers payaient un droit scolaire. Alors , comme aujourd'hui , les maîtres de pension étaient tenus d'y conduire leurs élèves.
Les Religieux de S.-Germain entretenaient aussi une maison appelée les petites écoles , où ils enseignaient les premiers élémcns de l'instruction. On y faisait encore un cours de logique ; faible vestige des écoles renommées qui florissaient dans cette Abbaye , du temps de Louis-le-Débonnaire.