‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 18 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Règne de Louis Z^ (le Pieux ou le Débozmaire).

Evénements généraux intéressant la ville d'Orléans, — Régime légaL — Etat religieux. — Lettresjet Arts,

Ce fut en Tannée 814 que Lodewing ou Louis I*' succéda à Gharlemagne dont il était Tunique héritier, ses deux frères : Pépin, roi d'Italie, étant mort en Tannée 810, et Charles, en Tannée 811.

Nous n'avons pas à suivre les événements de ce malheureux règne: personne n'ignore le fatal partage qu'en Tannée 817, Louis opéra entre ses trois fils : Lother, Pépin et Louis ; Lother couronné empereur et ses frères couronnés rois, afin qu'ils régnassent après la mort de leur père sous leur frère et seigneur Lother, savoir: Pépin sur TAquitaine, la Wasconie, la marche de Toulouse, le comté de Carcassonne et la Septimanie, les comtés d'Avallon, d'Autun et de Nevers en Burgundie ; Louis sur la Bavière, la Carinthie, la Bohême, le pays des Awares et des Slaves ; tout le reste de la Gaule et de la Germanie, avec Rome et la seigneurie de l'Italie, réservé à Lother: chef de la monarchie franque.

Nous ne rappelons ici que pour expliquer les faits principaux de ce règne, dans leurs rapports avec l'histoire d'Orléans, ce partage fait au mépris des droits de Bernhard, fils naturel de Pépin, frère aîné de Louis P^ mort, ainsi qu'il est dit, en Tannée 810.

La violation des droits de Bernhard a fait intervenir dans ces événements la personne de Théodulfe.

Quoique la charte de partage semblât réserver quelques

droits à Bernhard sur l'Italie, il se crut dépossédé et se prépara à la guerre.

Cette tentative ayant été impuissante, Bernhard n'eut d'autre refuge que sa soumission à son oncle ; elle le poussa à dénoncer ses complices parmi lesquels, a-tril dit, se trouvaient deux prélats : Anselme, de Milan, et Théodulfe, d'Orléans.

Louis le Débonnaire se montra inexorable : Bernhard fut condamné à mort, condamnation que, dans sa barbare clémence, l'empereur commua en celle de la perte de la vue; Bernhard eut les yeux crevés, il mourut trois jours après.

Les deux évéques ne durent leur vie qu'à cette qualité, ils furent exilés.

Cette condamnation fut prononcée en l'année 8i8, dans une assemblée générale de prélats et de guerriers, Théodulfe ne cessa de protester de son innocence.

Le lieu où Théodulfe subit la peine l'exil fut un monastère de la ville d'Angers ; elle se prolongea jusqu'à l'année 821. On raconte diversement la circonstance qui le rendit à la liberté.

On a dit que Louis, revenant de la guerre qu'il avait soutenue contre Morman, roi des Bretons, publia, à l'occasion du mariage de Lother, une amnistie générale qui permit à Théodulfe de reprendre le siège épiscopal d'Orléans, où il mourut en Tannée 821-22.

Mais Symphorien Guyon raconte qu'entre les ouvrages de Théodulfe se trouve l'hymne : Vexilla régis prodeunt, et aussi celle : Gloria laus et honor tibi sit Christe redemptor^ et que Louis P' étant à Angers et assistant à la procession du dimanche des Rameaux, passant devant le monastère où. Théodulfe était enfermé, celui-ci se mit à une fenêtre et chanta ces vers <|iic le roi, touché de comj)assion, voulut connaître l'hymne dans son entier, qu'il la trouva si pleine de dévotion qu'il ordonna qu'elle fût ch<intée dans toutes les églises à la céléhralion de cette solennité ; et euRn qu'ayant appris qu'elle était Tœuvre de Théodulfe, il le rétablit dans son siège épiscopal.

Il ajoute que ce prélat fut empoisonné dans le trajet d'Angers à Orléans.

La vie de ce célèbre prélat ayant été le sujet d'un remarquable ouvrage (1), nous devons nous borner à la résumer en peu de mots en disant : que, élu évêque en Tannée 8H, il signa au testament de Charlemagne en la même année ; que, accusé injustement, il subit sa peine avec une religieuse résignation ; et qu'il semble, de quelque façon qu'il soit mort, qu'il survécut peu à la reprise de sa liberté.

Il consacra un autel à saint Aignan dans une église que l'on croit être celle de Saint- Aignan-le-Jaillard, située entre Sully et Gien, et il construisit une église sous le vocable de saint Baudel, à Germigny, dans le val qui s'étend de Châteauneuf à Ouzouer- sur-Loire, près de l'abbaye de Saint-Benoît.

Cette église passait pour la réduction de la grande basilique d'Aix-la-Chapelle ; mais il paraît qu'elle n'était que la copie de la chapelle intérieure du palais de Charlemagne, style byzantin.

Dom Chazal en donne la description suivante :

« Elle était d'un travail si merveilleux qu'on n'aurait pu

• trouver dans toute la Neustrie un monument qui pût l'égaler » avant l'incendie qui la consuma. L'intérieur en fut tellement

• décoré en fleurs, en gypse et en mosaïque ; le pavé telle-

• ment enrichi d'emblèmes de marbre que les yeux ne pou-

• vaient se lasser de regarder ces merveilles.

t Sur la tour où les cloches étaient suspendues, on lisait

• ces vers :

» Eoc in honore Dei Theodulfus templa consecravi ; » Quœ dum quisqiiis adis^ oro^ mémento met. »

(Moi Théodulfe ai consacré ce temple à la gloire de Dieu, qui que tu sois qui viens ici, souviens-toi de moi dans ta prière.)

Une inscription découverte lors d'une assez malheureuse restauration, tout dernièrement exécutée, fixe au 3 des nones de janvier de Tannée 809 la dédicace de cette église.

(1) Par M. Baunard.

Théodulfe cultiva aussi la science épigraphique.

On le compte au nombre des membres de Tacadémie du palais de Tempercur, qui tous avaient adopté l'usage de changer leurs noms plus ou moins barbares, vulgaires et malsonnants pour des noms empruntés à l'histoire profane ou à l'histoire sainte : Gharlemagne s'appelait David, Théodulfe, qui avait une grande prétention à la qualité de poète, 8*appelait Pindare.

On a, très justement, rapproché cette coutume pédantesque de l'institution connue, au xvu* siècle, sous le nom A'hôtel de Bourgogne.

En un mot, Théodulfe fut, certainement, l'un des hommes les plus remarquables de ces temps, l'un des bienfaiteurs de l'humanité, l'un des plus illustres civilisateurs des peuples de l'Occident.

La charte de partage donnée par Louis F n'attendait qu'un signal pour que les troubles dont elle contenait le germe dans son économie éclatassent : c'est ce qui arriva en l'année 829; voici à quelle occasion.

En l'année 818, Louis avait épousé en secondes noces Judith, fille d'un noble comte Bavarois nommé Wolpe ; il lui naquit un fils de co mariage en l'nnnéc 823, qui fut l'empereur Charles le Chauve.

Il fallut trouver un royaume à ce nouveau rejeton de la race royale.

Judith était séduisante par sa beauté, son esprit et même par sa science et son goût pour les arts ; Lother se rendit aux désirs ambtieux de la reine pour son fils : la constitution de 817 fut modifiée en l'année 829. Charles fut déclaré roi d'AUemanie, c'est-à-dire de l'Helvétie germanique, de la Rhétie et de l'Alsace.

Lother recevait, en compensation, le royaume de Bavière, enlevé à Louis le Germanique.

Mais bientôt Lother, revenant sur le consentement qu'il avait donné, intéressa ses frères et l'épiscopat à sa querelle.

Le roi se plaça alors sous la sauvegarde d'un homme puissant: le duc Bernhard, comte de Barcelone, qui passait pour

être ramant de Judith et le père de Charles, soupçon juslifiéi dit-on, parla ressemblance de Charles avec le comte Berahard,

On orut pouvoir prévenir ce dilférend, dont les proportions, grandissant chaque jour^ annonçaicut de grands malheara publîcsi eu citant les trois fils rois devant le plaid annuel qui devait se réunir au mois de septembre 832.

Ce fut à Orléans r4ue se rendirent les vassaux de Saxe et des autres régions teutonirjues : ils se firent accompagner d*une multitude de gens de guerre ; rien ne fut décidé. Une nouvelle assemblée se tint bientôt à Joac, en Limousin (1).

Pépin, qni était le plus intéressé à la modiflcation de la constitution de Tannée 817, parce que Judith voulait iudemnisor Louis le Germanique des sacrifices qu*elle exigeait de Lother, aux dépens de son royaume d'Aquitaine, en le diminuant de la Septimanie et d^ la marche d'Espagne ; et quoique la résistance dont il était accusé ne fut pas prouvée» ce prince fat envoyé prisonnier à Trêves et son royaume transféré h Charles.

Cette querelle se prolongea, permanente entre le père et \m lils» jusqu'à Ifi mort de Louis V\ qui arriva en Tannée 840.

Pépin était mort le IM décembre de Tannée 838, laissant un (ils héritier de ses droits et de son nom.

Ces deux événements transformèrent la guerre parricide, à laquelle la mort du roi Louis mettait fin, en une guerre fratricide.

Lother menaçait le territoire d'entre la Meuse et la Seine ; Charles fut averti de cette entreprise par ses vassaux ; le roi d'Aquitaine assiégeait la ville de Poitiers où l'impératrice Judith 8*était réfugiée.

Cette diversion, imposée à Charles, permit à Lother de s'avancer jusqu'aux environs de Paris,

Les seigneurs du nord de la Seine et le comte de Paria, Gherard, menaçaieut Charles d'une défection ; mois sa petite

(1) Syllipliorien Guy on (partie 1", p. 220) place ces événemonU et l'asBOmblée convociuéo à Orléans comme ayant ou lieu en Fannoo 829 et 830 ; mais mn récit est telleraeit inconiplot qu'on n© peut y avoir âticun égard.

armée, restée fidèle, s'avança jusqu'à Orléans, et, par sa belle contenance, imposa un traité avantageux, pour Charles, mais bientôt violé par Lother.

Tout se termina entre eux par la bataille de Fontenaille livrée le ^o juin 841, où Lolher fut vaincu, et enfin par le traité de Verdun signé en Tannée 843, année fatale oti s'annoncèrent les invasions des Normands dont les préludes troublèrent les dernières années de Charlemagne.

Les Normands entrèrent d'abord dans la Bretagne et s^avancèrent jusque dans l'Aquitaine.

Il se dirigèrent ensuite vers la Neustrie ; Charles le Chauve en éprouva un profond découragement ; malgré les différends que la mauvaise foi de Pépin apportait à l'exécution du traité de Verdun, il l'appela à se réunir à lui, afin de s'entendre pour la défense du territoire.

Cette conférence eut lieu à Fleury-sur-Loire au mois de juin de l'année 845.

Là, une modification considérable fut apportée à ce traité et changea encore la carte politique de la monarchie ; Charles céda l'Aquitaine moyennant une reconnaissance assez illusoire de vassalité de la part de son neveu Pépin II, mais il retint le Poitou, la Sainlongo et l'An^ouniois.

Cette cireonslancc nous roporte à un acte considérable de ce règne.

La cession de l'Aquitaine ne pouvait étro que l'occasion de troubles entre les* doux princes ; aussi Charles profîta-t-il de Toccasion qui se présenta, en ranuée 848, de prendre une grande revanche sur Pépin.

Ce dernier, que l'histoire représente comme aussi lâche que perfide, non seulenionl ne s'opposa pas aux dévastations des Normands, même ^laus sa souverainolc de l'Aquitaine, mais il s*allia à eux pour étendre son pouvoir aux dépens du pouvoir de Charles, son oncle, et lut bien l «.M l'objet du mépris général.

Charles, au contraire, réunissait toutes ses forces contre^ces barbares, et malgi'é les dillicuUés qu'il rencontrait dans cette entreprise, parvint à remporter dassezj grands avantages sur

la Dordogàc, et défit complètemeot une dç cçh Pqui assiégeait Bordeaux*

Ce succès, en même temps qu'il détachait les tenanciers de celte contrée de leur prince. leB rapprochait de ceîui qu'ils considéraient ronmie son compétiteur.

Réunis an plaid tenu en la ville de Limogea, la plupart aaaistés des évèques et du clergé de TAquitainef se rendirent k Orléans où se trouvait Charles le Chauve et Télui^nl roi d*Aquitaine,et il fut» dans cette ville, ovU dusaint chrême ei consacré par la bénédiction épiscopale.

Cette circonstance exi^e une explication non seulement sur cette cérémonie du sacre de Charles le Chauve, maïs encore sur relie du sacre de son père, Louis le Débonnaire.

ternaire et Symphorien Guyon disent que ce prince ftit sacré à Orléans, par le pape Etienne IV, au mois de juin 816.

Lemaire s exprime ainsi : c L'histoire remarque que plusieurs rois se sont fait sacrer à Orléans.

I Le premier est l'empereur et roî de France Louis l**, qui fut sacré avec Ermangarde , sa femme , par le pape ^tienne IV, en la ville d*0rléan8 Tannée 816. t

Lemaire^ dans son ouvrage : De la différence des schismes (1), s'exprime ainsi : i Le roi reçut en grand honneur et magni- 1 Ocence ledit pape k Orléans, auquel il fournit argent et » choses nécessaires pour sVn retourner à Rome , et lui donna » une croix d'une valeur inestimable pour Toffrlr à Saint- » Pierre de Rome, t

II ajoute : « Je sais bien qu*il y a des auteurs qui contra- 9 rient cette opinion et qui disent que c'est à Reims que » Louis l" fut sacré ; mais on peut concilier et accorder lesdîts • auteurs disant que, lorsque Louis le Débonnaire fut couronné » du vivant de son père, en Tan 813, ce fut à Reims, mais quHl » fut sacré et oint empereur à Orléans; d'autant que l'histoire p dit qu'au-devant de lui fut le vénérable et ancien pasteur de » notre Église d^Orléans, Théodulfe, avec Jean, archevêque

(1) Jean LsitAiBS^ dit te Belge ^ entre autra» oavrageSi aatenr du TmM dé la 4i0r0ncs des Schismes et de$ CQnciUi, Lyon (1511).

» d'Arles, et autres prélats se conjouissant à sa saincteté ^ » bienvenue. > Il cite ces vers :

Sancte Pater tantœ qui prospicis urfrt, Quœ nihil in terris complectitur altius œther^ Quœ septem scopulis lonas imitatur Olimpiy Cujus padficis debemus moribtts omnesy Qttod veluti patriis regionibus utitur hospes^ Quod cuneti gens una sumus^ nec termintâs unquatn Romanœ ditionis erit.,,

% 0 Saint Père qui t'avances vers cette ville célèbre, supérieure à toutes celles que renferme Tespace des cieux; qui, à elle seule, représente les sept collines de TOlympe , à laquelle nous devons notre bonheur; que tu y sois accueilli comme dans ta patrie ; que nous ne formions qu'une seule et unique famille, et qu'il n'y ait ni limites ni fin à la puissance de Rome. >

C'est, seulement, le sens de ces vers qui l'autorise à affirmer que le roi ayant envoyé Tévéque d'Orléans au-devant du pape, l'avait reçu dans cette ville où celui-ci l'aurait consacré.

Il faut convenir que cette justification laisse beaucoup à désirer.

Symphoricn Guyon, au contraire, semble adopter la ville de Reims comme celle où la consécration a eu lieu.

€ 11 est vrai, dit-il, que quelques auteurs prétendent que cette réception solennelle eut lieu à Reims ; d'autres qu'elle eut lieu à Aix-la-Chapelle; ce que nous en avons de plus assuré, selon le jugement du grand Baronius, fondé sur ce que disent Thégau , Flodoard et Adhémar, qui assurent que tout se passa dans la ville de Reims. »

Celte dernière proposition n'est pas douteuse; il suffit d'examiner ce que disent les annalistes Orléanais pour se convaincre qwo le sacre n*a pu avoir lieu à Orléans : le texte invoqué par Leniaire peut s'appliquer à une simple visite du pape dans cette ville ; et on ne voit pas pourquoi le n-^i et le pape, tous les deux à Reims, seraient venus à Orléans pour terminer leur entrevue par le sacre.

n semble même ressortir du récit de Symphorien Guyon, rap- ;K=^ort&nt que cette solennité a eu lieu le dimanche suivant ^ <^"* est-à-dire le jour où le roi et le pape se sont trouvés à Reims, <=X ii'ils n'auraient pas eu le temps de se rendre dans un aussi ^=^ ourt délai de la ville de Reims à celle d*Orléans, où aucun K^^ réparatif n'aurait été fait pour la célébrer et recevoir le ^-^ ^rtëge dont ils eussent, certainement, été accompagnés.

L'Église de Reims, depuis Clovis, a presque toujours été la "^^^ille du sacre des rois de France, aussi n'est-ce pas sans éton- ^^^fcement que nous voyons l'auteur de V Histoire de Théodulfe ^a^dopter la ville d'Orléans comme ayant été celle où Louis le ^ftOébonnalre a reçu l'onction pontificale.

Gomme Lemaire, il se fonde sur le passage d'un poème ^ xititulé : De Rébus gestis Ludovici PU (Ermoldi Nigelli), et ^^ur celui de Theganus.

La traduction qu'il nous en donne nous fait assister à une '^^ception magnifique, tout à la fois populaire et religieuse, ornais où le souvenir et le nom du pape Etienne ne sont pas ^^3iême rappelés.

Aussi, malgré ce récit, le savant traducteur se croit-il obligé

^d'ajouter : t Nous plaçons ici, avec Mabillon, ce chant lyrique

'^qui paraît se rapporter au passage du prince à Orléans , cette

-^Dpiuion est la plus probable et la plus autorisée .• Réflexion

^^uste, mais qui laisse une grande distance entre elle et la por-

'^e qu'elle aurait si on on tirait la conséquence que le roi a

^té sacré à Orléans.

Il n'en est pas de môme de Charles le Chauve ; tout se réunit pour faire adopter l'opinion que son sacre, comme roi d'Aquitaine, a été célébré dans cette ville ; le peu d'importance relative du grand fief d'Aquitaine; la guerre que ce prince venait de soutenir avantageusement contre les Normands et, surtout, l'état général de la Gaule franque, à ce moment où il ne s'agissait que d'une manifestation favorable à Charles et d'un blâme infligé à Pépin II. Ces considérations nous semblent autoriser cette croyance à ce sujet. On peut concilier ces différences :

Si nos annalistes acceptent le sacre de Charles le Chauve à

Orléans en le plaçant, Tan en Tannée 841, Tantre en Tannée 848, tous les deux obéissent à l'absence absolue du sentiment critique et confondent le sacre comme roi d'Aquitaine avec le sacre comme empereur, qui eut lieu à Rome , par le pape Jean VIII, dans Téglise de Saint-Pierre, le jour de Noël de cette année 875, où il fut salué roi d'Italie après Louis II, mort le 8 août précédent.

La preuve de ce fait, qui a son importance, résulterait encore et très explicitement d'une accusation portée par Charles le Chauve devant la réunion tenue en 859, à Savonnières, contre Venilon, archevêque de Sens, qu'il accuse de trahison au profit de Louis le Germanique , où on lit : c Venilon , qui, sur le libre vœu et aux acclamations des évêques de mon royaume , dans sa propre circonscription métropolitaine, dans la ville d'Orléans, apud Aurelianis civitatem^ dans la vénérée basilique de Sainte-Croix, in basilica Sanctœ^ Crucis^ et, selon les anciens rites, a versé l'huile sainte sur mon front. >

Cependant M. Boucher de Molandon, qui rapporte ce texte extrait de dom Bouquet, cherche à s'expliquer comment nos annalistes ont pu placer ce solennel événement sous l'épiscopat de Jonas. Mais ces sortes d'anachronismes sont si fréquents, dans ces temps, soit par la négligence des écrivains, soit par les erreurs des copistes, qu'il ne faut pas sacrifier les textes aux millésimes.

Nous en aurions fini avec la race carolingienne, dans les rapports des rois de cette race et la ville d'Orléans, s'il ne nous paraissait nécessaire de mentionner une institution considérable qui changea la constitution de la Gaule franque et exerça une telle influence sur ses institutions que, pour les bien connaître, il ne faut pas perdre de vue l'avènement de cette institution qui, bien que préparée de longue main, n'en doit pas moins être considérée comme une révolution sociale.

Cette institution est celle de la transmission, par voie héréditaire, des bénéfices; et, comme conséquence, de celle des offices, jusque-là, les premiers, conférés par le roi et révocables à sa volonté, et transformés en fiefs, c'est-à-dire soumis seulement à la condition de foi et hommage.

fir fui décidée au plaîtl de Kierai-sur-Oîae. on l'année 81 cl pa^sa dans un capîtulaîre de celte aimée.

Ce grand événement, qui a ouvert la voie & Torganisation jtidîeiaire el administrative, et jeté les bases d'un pouvoir central conlié au roi, est d\\ à lï-tat déplorable dans lequel les invasion» des Noroiaads avaient mis la monarchie elle-même, réduite à n*avoir d'autre ressource pour la conser^-^atioa du territoire que riutérét individuel et collectif des détenteurs des bénélicês.

C'est â celle période que nous sommes parvenu, en nous renferma ut dans le cercle des invasions des hordes appelées les Normands de la Loire (par opposition de celles appelées les Normands de la Seine), qui se sont avancées jusqu^au centre de la Gaule et, particulièrement» jusqu'à la ville d'Orléans,

A ce sujet, il est indispensable de revenir sur la grande collégiale des bénédictins de Fleurj^-sur-Loire, ou Saint-Benoît.

Noua avons, au chapitre vi : Dernières traces du royaume eTOrlêam, fixé Vépoque de la fondation de cette institution, alte}ité<" par le testament de Léodebode, abbé de la collégiale de Saint- Aignan, d*Orléans, remontant à Tannée 845, et noua apprenant que les premières assises du monastère de Fleury ont été posées en Tannée 647.

11 ne nous reste plus qu'à suivre, et cela tirés rapidement» cette célèbre abbaye dans son élévation, jusqu'à Tépoque à laquelle nous sommes parvenus.

Placé au milieu d'une plaine immense, dans le voisinage de ta Loire qui la féconde même par ses inondations très fréquentes, dans ces temps où une puissante levée ne la protégeait pas, le monastère de Fleury devait désirer de posséder les reliques de son illustre fondateur, la seule richesse qui^lui manquât (1).

(l) On appelle ce lieu le val d'Or, ffaUis aurea; la riehesae de la végétatiOQ a engagé à coafoadre ce mot à* or avec le précieux métal aî&fii nommé; mal& aotre Bavant collègue, Tabbé DeaDojers, nou^ dit que le» mot«i'e»r ou coure d*e&u s'emploie dans l»?a mota cximposés pour exprimer \m lieux riveraiafi des rivières, (M. Desaoyers, %\!lt Brivodu'nunu)

La possession des restes d*ua saint était, [à cette époque, avidement ambitionnée par les collégiales et par les habitants des bourgs groupés autour d'elles, devenues ainsi le but de nombreux et fréquents pèlerinages.

Les religieux saisirent, avec empressement, une occasion qui se présenta de se procurer ceux de saint Benoît.

Ce qu'ils firent pour cela est longuement raconté par un moine de Fleury, du nom d'Adrewald, dont on fixe les écrits à Tannée 878, dans un livre intitulé : Miracula sancti Benedicti, divisé en quatre autres parties, dues à quatre autres de ses confrères : Aimoin, André de Fleury, Raoul Tortaire et Hugues de Sainte-Marie.

Ces récits sont mélangés d'un si grand nombre de miracles opérés par le mérite des reliques de saint Benoît en témoignage de l'identité de ces reliques avec celles du fondateur de l'ordre, et de son expresse volonté de les maintenir en France et au monastère de Fleury, qu'on serait tenté de douter de cette identité, par les précautions prises pour l'affirmer.

Sans prendre part à la querelle qui s'est engagée dès le IX® siècle et qui dure encore aujourd'hui, entre l'Église d'Italie et l'Église de France, sur la sincérité de ces reliques ; nous nous bornerons à dire que la tradition, eu France, est qu'elles reposent au monastère de Fleury depuis l'année 660 (1).

Cette observation est nécessaire pour l'intelligence des

(1) extrait de l'Histoire ecclésiastique^ par l'abbé FLBURY,liv.LVIII, V. 50, an 1022, intitulé : TEmperour Henri II (saint Henri) au Mont- Cassin.

f Pondant que l'empereur Henri était on ce monastère, il iut guéri d'uno colique, et vida trois petites pierres, ce qu'il attribua à l'intercession de saint Benoît qu'il avait vu, en songe, lui prédire sa guéridon et l'assurer que les reliques étaient au Mont-Cassin. L'Empereur croyait, comme tous les autres, jusques alors, qu'elles étaient en France, à Fleury-sur- Loire, où elles auraient été apportées en 633, Tempereur fit donc, à cette occasion, de riches offrandes à Téglise du Mont-Cassin.

I Dès lors, ce prince demeura si persuadé que les reliques de saint Benoît étaient au Mont-Cassin, qu'il fit brûler l'histoire de leur translation en France, partout où il la trouva. »

grands événements intéressant la ville d*Orléans, pendant la période de Tinf asion des Normands.

Les invasions proprement dites, ne datent que de Tannée 853; les barbares établirent une station h Joufosse, près Vemon ; ils étaient, par conséquent, dans le voisinage de Paris.

Ils s'étendirent du côté de la Loire et menacèrent laTouraine après avoir dévasté la haute Bretagne ; leur présence à Angers inspira une telle frayeur à la ville de Tours, qu'on y prit le parti de transporter les reliques de saint Martin dans la ville d'Orléans.

L'église de Saint-Martin, de Tours, fut, en effet, bientôt brûlée.

Les Normands se dirigent ensuite vers Orléans, dont le siège épiscopal était occupé par Tillustre évêque Âgius.

Aussitôt que le prélat fut informé de leur marche, il fit transporter les reliques de saint Euverte, de l'église Saint- Marc, dans celle de Saint-Ë tienne, d*oii elles ne furent remises à SaintrMarc qu'après le départ des Normands.

Cette illation fut l'occasion d'une pieuse manifestation, d'autant plus remarquable qu'elle fut accompagnée d'un miracle.

On était au 18 avril 855, le ciel était clair et serein, tout à coup il se couvre de nuages, une pluie torrentielle tombe, on crut que le déluge revenait ; un trouble extrême s'empare des esprits, qui bientôt reviennent au calme, le corps du saint, entouré de grande lumière, en fut tellement préservé que ceUrX qui le portaient ne reçurent pas une goutte d'eau.

Ce miracle, rapporté à Charles le Chauve, il donna h l'é véque le clos appelé, depuis, clos de VEmjyereiir, situé près le tombeau de saint Euverte et compris, plus tard, dans le territoire de la paroisse Saint-Marc.

Cependant, les religieux de Tours crurent devoir transporter le corps de saint Martin du monastère de Fleurv, où il avait été provisoirement déposé après l'éloignement des Normands, à Auxerre, où il fut, jusqu'à son retour dans la ville d(^ Tours, placé dans l'église de Saint-Germain : « Demum ad sanctum

Benedictum floriaci, nomssime Ànêissiodorum ad eccleHom sancti Germani. (Odo, au liv. des père», Liber Patrum^ l. 7.)

Ou (it de fré^quentes stations dans ce long trajet, et chacune d*elles nous est indiquée par le vocable de sou église; on peut ainsi a«'conipagner le corps sainte dans son voyage, jusqu'au moment où, après avoir quitté le diocèse d'Orléans, il touche le territoire d'un autre diocèse.

Il arrive d'abord i\ Lij^njMe-Ribault, sanclus Marlimis de Lir (jtiiaco Ribardi; lecorps, en arrivant à Orléans, s'arrête à Olîvet, sanctus Marliniis de Olioeto ; il a sans doute traversé la ville d'Orléans et a été déposé provisoirement dans le bourg de Saran, ou dans son oratoire, sanctus Martinusdç Sarrano; au départ pour Auxerre, il s'arrête à Mardié, sanctus Martimisde Mar* deyo; il continue et s'arrête à %\\Aoy , sanclm Martimis de Siglayo; à Saint-Martin-d'Abbat, sanctus Martinus de Albato (1) ; au village de Vienne-en-Yal, Saint-Martin-de-Vienne, de Vienna; à Tigy, sanctus Martinus de Tigiaco; à Gily, sanctus Martinus de GHiaco; à Bonnce, sanctus Martinus de Bonneo; les Bordes, sanctus Martintis de Arcubus (ainsi traduit par La Saussaie); Vannes, sanctus Martinus de Vannis; Souvigny, sanctus Martinus de Souvigniaco; Oroii^sur-Loire, sanctus Martinus de Oraborio super Ligerim; Bouzy, sanctus Martinus de Bouziaco; Saint-Marlin-sur-Ocre, sanctus Martinus de et enlin Bonny, sanctus Martinus de Bot-

gniaco (i2).

Cette fois, les habitants d'Orléans éloignèrent les hordes normandes en leur donnant une somme considérable d'argent; et nous avons déjà cité le passage du premier livre d'Adrewald, nous apprenant (ju'ils se dirigèrent, en parcourant dans une ligne transversale, c'est-à-dire en longeant les limites de la Neustrie,delaville de Genabum iusqu a Lutèce, ^omnisfere

(1) Co mot dont on a frit d'Abbat, n'a pas, à notro connaissance, un sens dèteriijno, nous le donnons ici d'après loa Annales Ecclesiœ aurclianensis,

(2) On pout remarquer un peu do ngznQ dans cet itinéraire, nr ais à cette époque et au milieu des circonstances ou la Gaule se trouvait, on ne connaissait pas de routes en droite ligne comme aujourd'hui.

NeuHria à Genahum urhi per transversum, » et qu'ils arrivèrent ainsi sous les murs de Paris : c usqiAe Parisiorum perlingit oppidum, .» et que cette partie de la Gaule franque tomba, ainsi, au pouvoir de la nation normande, c Normannùe patuit feriati; » circonstance historique d'un haut intérêt ainsi que nous Tavons fait observer pour fixer Tancienne Genabum à Orléans.

L'état de la Gaule franque était indescriptible, on ne pouvait s'en faire une idée qu'en se reportant aux paroles de- Jérémie, ainsi que le fait pieusement observer Adrewald, qui appelle les Normands gens Aquilonis : « Parce que vous n'avez pas écouté mes paroles, voilà, dit le Seigneur, que je réunis et que j'envoie toutes les nations du Nord {Ecce ego mittam et assumam universas cognationes aquilonis); et je les enverrai avec Nabuchodonosor, mon serviteur contre cette terre et contre ses habitants, et contre les nations qui les environnent, je les ferai mourir et je les rendrai l'étonnement et la fable des hommes, et les réduirai en d'éternelles solitudes {et in^ terflciam eos et ponam eos in stuporem et in sibilvm et in solitudines sempitemas) ; je ferai cesser parmi eux les cris de joie et les chants de réjouissances, les cantiques de l'époux et les chants de l'épouse, le bruit de la meule et la lumière de la lampe {vocem sponsi et vocem sponsœ, vocem molœ et lumen lucemœ). (Gh. xxv, v. 8, 9, 10.)

A cela près de cette humiliante contribution, de quelques désastres et de la mort d'un grand nombre de ses habitants, la ville d'Orléans put se ' croire délivrée ; les barbares s'éloignèrent, ils se répandirent dans le Midi et jusqu'en Italie; mais ils revinrent en l'année 865.

Cette année, les Normands dirigent une nouvelle agression contre les Orléanais : c Secunda irruptione Aurelianos aggressi, » ils incendient la ville : « Urbem ambustione concremant; » sous la conduite d'un chef nommé Baret, ilâ arrivent, en quatre bateaux, devant le monastère de Saint-Benoît, ils le pillent et unissent par y mettre le feu : c Ad postremum vero igni immisso adurunt. »

Adrewald raconte alors que le corps de saint Benoit, dans

rinquiétude où Ton était, et pour le cas où on aurait été obligé de fuir, avait été enlevé et déposé dans un cercueil portatif, afin qu'il pût être facilement transporté.

Le texte ne désigne pas le lieu où les moines, emportant les reliques du saint, s'arrêtèrent; les frères chassés de leur demeure, dit Adrewuld, se partagèrent une maison divisée par arcades, autrefois consacrée à la vie religieuse ; ils simulèrent une petite chapelle de l'une de ces arcades, dans laquelle ayant élevé un autel, ils y célébrèrent l'office divin pendant le jour : « In quo fabricato altari, divinum offlcium iniêrdiu célébrant, »

Ce lieu n'est pas nommé ; il semble que ce doit être un bourg connu alors sous la dénomination de Fleury-le-Vieil, car la relation continue en racontant un miracle que les reliques de saint Benoît opérèrent à l'une des fêtes célébrées à cet endroit.

Nous passons outre pour ne nous arrêter qu'à ce qui concerne l'existence d'une hotte on asile qui, déjà, existait dans les murs d'Orléans sous le vocable de saint Benoît, « in honore sancti Benedicti constructa.

Cette maison était petite et située dans le quartier le plus écarté et solitaire d(i la ville, « parmda quidem sed in secreiiori ut eo putabatur tempore iocOy sita civilatis; » mais elle était une habitation très couvenable pour traiter des affaires de la collégiale.

Ainsi, dès à présent, on doit considérer le véritable motif qui a fait construire ce iielil édifice et sa véritable destination; on peut même aller jusqu'à fixer le millésime de sa construction Cl reconnaître sou constructeur dans Medon, le neuvième des abbés de Saint-Benoît, suivant la liste publiée par Baluse et placé le second, dans le cartulaire de cette abbaye, Mummolus ayant été le premier, lequel cartulaire donne à Tabbatiat de Medon la date de l'année 750.

11 est vrai qu'on y remarque cette note intéressant l'espace écoulé de l'année 751 à l'année 819 : entre ces abbés, on manque de 17 noms des abbés de cette congrégation : t inter ' hoc seplem desiderantur nomina decem abbatum. »

Hais ce doute ne peut s'appliquer à ceux que ce document désigne dans cette période, ainsi que le millésime de leur abbatiat.

En tout cas, celui de Medonius serait bien antérieur à la première invasion des Normands et, par conséquent, à la construction, qui en a été la conséquence, dans les murs d'Orléans, d'une église sous 1c vocable de saint Benoît, bâtie auprès de cette maison et qui, dans la suite des temps, a pris le nom de saint Benoît du Retour,

Dernier mot dont l'origine, au double point de vue de l'histoire des monuments de la ville d'Orléans et de celle de Saint- Benoît elle-même, a besoin d'un examen spécial ; nous étudierons bientôt, avec le plus grand soin, cette partie de l'histoire d'Orléans pendant les invasions normandes.

Le bénédictin Adrewald nous raconte une troisième attaque dirigée contre la ville d'Orléans ; alors sous l'épiscopat de Gaiêeritùs ou Gaultier, ce qui nous reporte à l'année 885.

Les Normands brûlent Orléans pour la troisième fois ; la ville avait été deux fois incendiée : t bis cimtate incendio concremata; * elle fut détruite la troisième : t tertio incendio distracta. >

Elle semblait abandonnée h elle-même : « nullus jam ei defensionis ac tutelœ videbatur iisics inesse, » mais son vénérable évêque, sous l'inspiration divine, avec la grande intelligence qui lui était reconnue pour la défense des populations, releva presque absolument les murs détruits de la ville : « Deo inspirante muros per cuncta fere destructos civitatis, sagacitate nobilis ingenii qua prœpollere cognoscitur restaurans, defensioni coaptaret popxilorum.

Nous ne possédons pas d'autres détails des conséquences funestes de ces trois attaques et de ces trois ruines de la ville d'Orléans.

Il en fut une quatrième qui eut lieu sous le règne de Charles le Simple; elle nous est racontée dans un appendice à la relation d'Adrewald, par Adelar, autre moine du monastère de Fleury.

Après avoir parlé de la résistance héroïque des Parisiens ,

sous la conduite du trèfi noblo abbé Hugo, réprimant les efforts des barbarefi par les armes, par ses conseils et par son courage, iH qui cil avait fait périr un ^raod n»mihn? c 7fiaximam ex eis ninnum fjeremin^et » ot singulièrement aidé par la vertu de iKfirei pt^re Beiiûît, €)ter virlulem pairts Ifenedicli polenter effecerU; i il s\îjcprime ainsi : c Donc en traversant, sutuj rcneoutrer do résistance, le port de plusieurs villes, les Normands tirrivèrtiut h Orléans; de \h {indè) ils se dirigèrent sur le monafttère de Fleury, Les (rères eonnurent leur projet longtcjnpa à Tavance; ayant prépare plusieurs chariots, ils y placèrent tout ee qu'ils avaient de précieux et ils se rendirent au domaine de yUngny {ad pritîdmm Mafriniacervie decernunt coTUendcre),

Après avoir trouvé le monastère vide, suivant la trace des chariots, ils s avancèrent vers le lieu où ces traces se dirigeaient ; ils en furent empêchés par Tintervention inattendue de Hugues et le CMurngH du trf^s noble comte Girobaldus; après un combat îneigal, les Normands étant plus nombreux que les Francs furent çepemlani défaits, a ce point qu'il resta à peine quelqu'un de cette multitude qui put transmettre à la postérité Tissue de ce combat {ui ex tanla poptiii numerosiiate tix ffierit aliqiM qui belli evenlum intimarei posterk).

Cet épisode de la guerre des Normauds^ trop bref, puisque cette brièveté n'a pas permis à son narrateur de signaler le territoire où le combat a eu lieu, démontre que les reliques de saint Hcnolt, dans ces dilTérents péiils, n'ont jamais été trani* portées à Orléans, et que si les moines «ont panenusàlescoCL* server, ce n*est qu en les cachant h tous les yeux dan» les pérnhlespêrégriiraLioiiii iprils faisaient h traver-s les campa^^es désertes et d'un accès très diUicile aux hommes armés*

En se rêfuirinnt h Marigtiy, les religieux de Fleury dépistaient les recherches des bandrs barlian*.a ; ils traversaient les terres qu'on ne pouvait parcourir, encore dans un temps beancnui» moins reculé, qu*li l'aide de petites chaussées et qui ont duuné le nom très sigiuilcatif de Saint'AigHandeS'Oués à Tun des villages les plus voisins du miuiastére de Saint* Benoit, dans la direction que dut suivre le cortège fuyant rapproche des Normands.

Je <M>rt^g^^Smfîçait dans la forêt, alors très épaisse, qui s'étendait de Chàteauncul h Orléans, et du bourg de Saint^ Benoît dans le parcours de cette vaste étendue, où se trouvent rcpnndu9 tous ces villa^jes restés presque inaccessibles jusqu*aa outieu de ce siècle; il était plus on sûreté dans ces déserts, sans voie de communications, perpétuelloraent accidentés de fondrières et de marécages, que dans une ville presque détruite par des attaques et des dévastations précédentes.

U ebi vrai, si on en croit Adclard, que saint Benoît a été vu ouvrant, au milieu des rang« serrés de Tennemi, le chemin au »x>mtc de Giraldus : c inler deiisUates hosliuni sifn viam patidentem: » mais les prodiges étaient alors si prodigués par aaînt Benoit qu*il serait oiseux de s'arrêter à celui-ci.

Nous touchons enfin au dernier récit des invasions normandes, s*appiiquant d'une façon toute spéciale à l'abbaye de Fleury, et, en môme temps, à celle de la ville dOrléana ; il appartient, comme les précédents, à un moine de cette collégiale nommé Aimoiu.

Il raconte «ju'après la mort de Louis le Bègue, son fils, Cbarles le Simple, encore au berceau, lui succéda; et tous les

Iheurs de la minorité de ce prince; par conséquent, il f«ntre dans de longs détails sur les nouvelles invasions des Normands.

Comme ses prédécesseurs, il rappelle les prophéties disant que tout mal vient de TAquilon : < quo dicitur ab Aquilone omne venire malum. »

U s'arrête à Texpédition conduite par un chef du nom de Rainaldus.

Sou récit offre un tableau futtoresqiie des mœurs, des

croyances de ces temps, principe d'une tradition encore

adoptée peut-être par quelques esprits, intéressant non sculc-

^ment l'histoire de l'abbaye, mais aussi celle de sa magnilique

boâitique.

Hainald et sa bande remontent la Loire sans s'arrêter à Orléans; ils arrivent au nionasLért! du bien-armé de Dieu Benoit : • {idcçmiabiumdileciiBmedicMcumsuùMainaldHsaUingens, •

L66 religieux s'étuient retirés avec le corps du Père daud im

\io.\i plus Rûr, < ad loca tutiora, > sous la conduite de Lambert, Ifîur abbé.

Hainald s'installa dans le dortoir des religieux, et au milieu dm désordres auxquels il se livrait puisqu'il était payen, c iilpote pagantis, > saint Benoît lui apparut, tenant un bâton &la main, t bactdum vero manu. »

Il reproche à Rainald de le venir troubler lui et ses religieux dans leur asile, puis, abaissant son bâton, il l'en frappe à la tftte et lui prédit sa mort prochaine: ^ prœnunciamVterminum ejus vitœ in proximo adfuturum. >

llainald troublé et même efPrayé ordonna à tous les siens de retourner dans leur pays natal : ^ nativtimsolumrepeterey » et lorsqu'il fut rentré dans sa patrie, il y mourut affaibli par un tourment continuel, de remords sans doute : c crebro debili' talus cruciatu vUa discessit, >

Alors s'éleva une effroyable tempête ; les faîtes des maisons furent enlevés, des arbres séculaires furent déracinés, les chaînes des captifs rompues, les chevaux qui paissaient dans les [champs, jusqu'au nombre de 12,000, ayant rompu leurs entraves, fuyaient de toutes parts; la pyramide placée sur le tombeau, très solidement construit, de Renald, « tumulo validissimo, » fut renversée par un tremblement de terre ; la terre rejeta son cadavre : t ne ejus eadaver tellurem à suo rejeeisse sinu, •

On le mit alors dans un sac avec une grosse pierre : t quod culeo eum lapidum mole insutum^ > et on le jeta dans la Seine ((tes merveilles s'accomplissaient à Rouen où Rainald s'était retiré), et il resta abîmé dans les eaux du fleuve, puisque la terre ne voulait pas le garder : c quandoquidem humononpoterat contineri tectum. »

Le narrateur ajoute : c Le souvenir de cet homme odieux se serait perdu par ce genre de mort, si les habitants de rieiiry n'avaient pris le soin de sculpter, en marbre, la figure (|ui se voit encore dans l'église de Sainte-Marie-de-Dieu et de Non serviteur saint Benoît.

(l'est ainsi que la poésie classique, de ces temps, se vengeait (In hi cruauté des puissants, et sous le [voile transparent du

sentiment religieux , les livraient à la réprobation des contemporains et de la postérité (i).

Jusqu'ici tout proteste contre la pensée que, pendant ces malheurs publics, les religieux de Saint-Benoît aient cherché un refuge dans la ville d'Orléans et dans une chapelle placée sous le vocable de saint Benoît du Retour,

Ces derniers mots, si on en croit la tradition , seraient dus à cette circonstance que le corps de saint Benoît, par son allation dans Téglise de Saint-Aignan, aurait été l'objet d'une illation ou retour dans l'église du monastère de Saint-Benoît; qu*ils ne tiraient leur origine que de ce retour et n'exprimaient que ce retour.

On raconte qu'en l'année 881, une des invasions normandes obligea les religieux à transporter ce corps à Orléans, dans l'église de Saint-Aignan , ad monasterium sancti Aniani Aurelianis est allatum.

Que le danger étant passé et le monastère étant restauré, on dut y reporter les reliques ; qu'on commença le voyage en plaçant dans un bateau du fleuve, dont les eaux étaient à l'état de glace, ce qui rend assez peu vraisemblable qu'on dût prendre à ce moment la voie fluviale pour, en remontant son cours, regagner le rivage de Fleury.

Ajoutons, de notre côté, que les historiens ne nous apprennent rien des invasions des Normands dans le territoire Orléanais qui se soit passé en cette année 881.

Pour être scrupuleusement exact, disons que Symphorien Guyon rapportant ces faits, comme les tenant de Tagiographe Ribadeneira, redresse l'erreur de celui-ci plaçant ces merveilleux événements à Tannée 881, et indique Tannée 885 au cours de laquelle, il est vrai, eut lieu une terrible incursion des Normands, mais qui, loin d'intéresser les bords de la Loire, se concentra sur les bords de la Seine et fitle célèbre siège de Paris.

Une bande, il est vrai, a pu se détacher pour piller les

(1) On a conservé jusqu'à nos jours cette figure incrustée dans la muraille, à Tintérieur de la basilique.

richesses des monastères de ces contrées; mais Thistoire garde le silence sur ce qui se serait passé à cette époque dans le territoire de TOrléanais.

A moins, ainsi que nous l'avons prévu, que ce ne soit le siège dont le bourg d'Âvcnum a été Tobjet, et dont il a été dé" livré par Notre-Dame-des-Miracles.

Symphorien Guyon n'en insiste pas moins sur ces faits miraculeux ; il place à ce moment l'institution de la fête du re^ tour célébrée chaque année par l'Église catholique « le 4 décembre, et les mots du retour^ ajoutés au vocable de la chapelle de saint Benoît d'Orléans.

Et cependant cet écrivain reconnaît que la construction de cette petite église est étrangère aux invasions des Normands ; qu'elle remonte à une époque bien antérieure ; et que, le miracle des fleurs et des feuilles, reparaissant au milieu d'un hiver rigoureux, est attribué par Ribadeneira non à cette illation de l'année 881 ou 885, mais à l'apport, en l'année 660, de ces reliques du Mont-Gassin à l'église de Fleury-sur- Loire.

Et cependant il combat cette proposition et persiste dans la croyance du miracle à l'occasion de ce retour pendant l'une des années 881 ou 885.

Mais il se sépare de la tradition qui donnerait au bourg de Saint-Benoît le nom de Fleury, comme provenant de ce miracle, et se réunit à d'autres renseignements attribuant ce nom au donateur nommé Flore, l'un dos antruslions du roi Théodebert, qui aurait fait don aux Bénédictins de Saint- Aignan d'Orléans de ce riche territoire , et serait entré dans cet ordre après la construction de l'église et du monastère.

Nous arrêtons ici cette partie de nos recherches, jusqu'ici, suivant nous, mal étudiées, nous réservant d y revenir lorsque nous nous occuperons des prélats qui on occupé le siège épiscopal d'Orléans, depuis la fin du rogne de Louis le Débonnaire jusqu'à l'avènement des Capétiens.

s RtGIHB LÉGAL.

Nous avons vu, il n'y a qu'un instant, à l'occasion de la restauration par Galtérius, évéque d'Orléans, des murs de la ville, que les Normands avaient, en grande partie, renversés, l'épiscopat, au milieu des ruines de |la monarchie, reprendre le rôle qu'il avait accepté pendant les malheurs de la chute de l'Empire et rappeler, par son dévouement, la tradition des défenseursdes cités.

Où trouver, alors, le secours ailleurs que dans l'énergie des évèques et dans l'enthousiasme de la charité que leur inspirait le christianisme ?

A quelle autre institution que celle du clergé les populations pouvaient-elles recourir ?

Etait-ce à la loi romaine ? Hais les lois municipales, en admettant qu'elles eussent été universellement pratiquées dans la Gaule, en avaient certainement disparu.

Etait-ce à la loi salique ? Mais la théorie des lois personnelles et des lois territoriales, et même la pratique de ces lois étaient déjà singulièrement affaiblies sous l'influence toujours croissante du christianisme ; et rusage^ la coutume menaçait de se substituer à ces deux législations qui ne pouvaient que difficilement vivre dans leur ancienne juxtaposition.

Aux règles de ces lois avaient été substitués des usages, encore peu déterminés, pour les intérêts de la vie privée.

Les lois pénales avaient été empruntées aux lois ripuaires, mélangées aux lois saliques.

Le christianisme, corrompu par la superstition, comme il arrive toujours dans les grandes catastrophes publiques qui inspirent aux populations la crainte de dangers que la prudence humaine ne peut conjurer, avait adopté ces lois après s'y être vainement opposé.

Pour tout ce qui concerne les intérêts de la vie privée : les contrats alors très rares et très simples, les contestations dont ils pouvaient être l'occasion étaient déférées à une magistrature, celle de comtes, que nous avons eu occasion d'indiquer.

On ne parlera pas des actes d'une administration put^ig ue

régulièrcment organisés ; il est à peine nécessaire de dire qne cette partie des intérêts des cités était également tombée entre les mains de ces hauts fonctionnaires et remis à leur arbitraire.

On ne rencontre aucun détail satisfaisant sur la procédure : cet important élément de Tadministration de la justice ; nous allons essayer de la faire connaître suivant les probabilités les plus plausibles.

Il est, pour nous, évident que les causes civiles, en grande partie au moins, participaient des causes criminelles.

La raison en est que les lois barbares admettant la preuve négative, la preuve testimoniale était sans cesse proposée et sans cesse admise.

Elle était toujours accompagnée du serment qui est un acte essentiellement religieux, à ce point qu*alors il était toujours prêté dans une église, la main sur le livre des Evangiles et reçu par un prêtre.

La conséquence du caractère de cette solennité était que toutes les causes pouvaient entraîner une pénalité, car le faux serment était un crime souvent commis et souvent reproché»

Ce reproche était une injure qui tombait dans la catégorie des faits criminels.

On lit dans le préambule d*une loi de ces temps : t II s'était » introduit depuis longtemps une détestable coutume: c'est

> que, si la charte de quelque héritage était attaquée de faux, • celui qui la présentait faisait serment sur les évangiles

> qu'elle était vraie, et sans aucun jugement préalable, U se » rendait propriétaire de Théritage ; ainsi les parjures étaient » surs d'acquérir. »

On peut aller plus loin et étendre ces abus au témoignage, la preuve testimoniale étant admise en toutes matières. .

Les populations réclamèrent, les nobles et le clergé se réunirent et le combat judiciaire fut admis pour corriger cet indigne abus (1).

(1) Montesquieu, liv. XXVIII, eh. xviii : Comment la preuve du canibai s'étendit.

Li€s epreum^u ordalies^ que IVm i^uit Atre lYipreuve par Teau bOuillantc, par leau Iroide, par le ier brûlant» par le feu, par la croix et, caGu, par le combat, furent donc à peu près les seuls modes de procédure alors en usage, et le clergé j présidai L toujouiis ; toutes ces épreuves étaient précédées d'une roes^ et d'autres lonnalitéâ religieuses.

Sous croyons inutiJe ici de nous arrêter avec plus de détails sur co sujet, notre seule intention ne pouvant être que de faire counuilre la nature de l'insLitutiob judiciaire concentrée à cette cpoque dans la seule personne du comte ou du vicomte, el seulement consacrée, dans ses parties les plus Importantes, par la religion.

Pour compléter cet aperçu, il est essentiel de jeter un coup d*œil sur le personnel des comtes d*Orléans et sur le mode de leur administration, aiin de faire connaître par les actes de ces hauts fonctionnantes la situation des justiciables et des administrés.

« Les comtes d'Orléans, dit Symphorien Guyon, étaient ceux qui gouvernaient la ville es affaires, principalement de justice et de paix. »

11 établit, entre les comtes, les vicomtcM t-t Us ducs et marquis (d'Orléans), une notable difierence. Ces derniers gouvernant la province et ayant le soin de la guerre^ et prenant leurs daminalionê de la ville capitale.

11 compte plusieurs ducs, mais il ne les fait intervenir qu'à partir de Charlemagne; comme ce sujet devra être ultérieurement l'objet d'une étude attentive et particulière^ et qu'il reconnaît qu'entre les ducs et les comtes d'Orléans^ il y a beaucoup d'obscurité, en ce qui concerne leur histoire, c'est-a-dire, Sans doute, en ce qui concerne la distinction à établir entre leurs attributions, nous ne nous attacherons, quant h présent, à cette institution administrative et judiciaire qu'en ce qui nous semble le plus probable et le moins mal constaté, c est; à-dire k celle des comtes et des vicomtes.

Le premier qui s*offre à notre attention remonte au règne de Contran; il se nommait Villacaire.

On nous le présente sous son double aspect militaire et admi-

nistratif,car tous ces ofliciers étaient, avant tout, gens de|pieiTe ^ on cite de lui deux seuls faits, sans doute les plus importants d^ sa vie : le siège et la prise de Poitiers en Tannée 579; en l'année 587, l'apaisement d'une collision qui s'était élevée entre les Blésois, les Chartrains et les Orléanais.

Il ne semble pas que ce comte ait exercé ses fonctions pendant longtemps, de l'année 579 à l'année 587 ; il a eu pour successeur, en qualité de vicomte^ Agilus, connu depuis sons le nom de saint Ay.

Nous avons fait connaître ce personnage à l'occasion du droit d'asile, auquel prétendaient les institutions religieoses en l'étendant jusqu'à leurs terres et aux tombeaux de leam saints ; nous l'avons vu poursuivre l'un de ses esclaves fuyant sa colère jusqu'au tombeau de saint Mesmin; nous avons raconté comment ses serviteurs et lui-même furent frappés d'in^ mobilité au moment où ils entraient sur les domaines du monastère, et comment, cet avertissement de la colère du saint la faisant rentrer en lui-même, Agilus donna son esclave et se donna lui-même à cette institution religieuse.

Il est probable que le vicomte Agilus avait, en cette qualité, remplacé le comte Yillacaire dans son gouvernement d'Orléans.

Il fut remplacé par le comte Raho ; nous avons également rapporté plus haut le texte d'Adrewald, historien du monastère de Fleury-sur-Loire, et fait connaître la violence, la cupidité, la cruauté de ce gouverneur d'Orléans, qui voulait s'emparer des terres du monastère et faire mourir son abbé.

A Raho succéda Matfroy, tous les deux ayant exercé sous le règne de Charlemagne.

Adrewald nous entretient de ce comte d'Orléans en ces termes : Matfroy, avant l'avènement (de Louis le Débonnaire), en punition de son inertie, fut privé de ses honneurs : c Maifrido comité quondam Aurelianerisi oh culpam inertiœ, propriis honoribiLS privato. >

Symphorien Guyon, de son côté, s'exprime ainsi : c Matfroy, exerçant mal sa charge, fut privé d'icelle par Louis le Débonnaire. >

Lemairc ne g'exprime pns en tJ'aolres termes au sujet de (te ' -orntr; aiaia^ si nous recherchons le sujet de sa disgrâce, nous îfoyonsîfttrouverdaiis la phrase d'Adrewald, précédant celle qui ni'ïDt d>tre rapportée : » Les causes de divisions qui causèrent I une guerre entre Louis 1**'^ et ses enfants eurent pour conséquence de très grands dommages pour les églises du Christ {Qim cama res quormncumque Ckristi ecclesiarmn contigit ^ravissima patt di^pendia)^ entre lesquelles Tégllse d'Orléans et celles de son voisinage, soit qu'elles appartinssent à I des seigneurs ecclésiastiques ou à des établissements religieux iToisiDs, furent affligées de grandes persécutions : % hiter quas \€ecle$ia Aureliafiensis cum contiguis sanctorum locis, quœ fsuà regimine dominicorum clericorum sive monachorum \consi3tere mdebaniur, non modica vexatione afflicta est. » Ce fut un seigneur nommé Odo ou Eudes qui succéda à Matfroi : * Odo in efm iocum subsiUuitur; » ce comte était frère de Guillaume, comte de Bloîs.

Les méfaits de Eudes sont longuement racontés par j4drel^rald : « Dans son insolence, dit-il, il voulait réduire sous son autorité, excepté la cathédrale, toutes les églises d*Orïéans {malricuîa excepta), particulièrement les abbayes de Saint- Aignan et de Saint-Benoist : t Sed et abbatiam sancti Aniani )necnon sancti Benedicti, in propriam inoliiur rédigera potes tatem, »

» Les moines de Saint-Benoît, se conliant dans la seule misé*

I rîcoitle de Dieu, envoyèrent les plus âgés d'entre eux à ce

1 comte» poussant la tyrannie juscpi'à la plus grande violence :

« Maturrimam partem suorum fratrum ad pr'œfalum diri'

\gant comitem, nimia inmnientem tyrannide, >

» Ces frères lut partent des reliques (cumpfgnoribi(ssanclo-

' mm), et le suppliant de ne pas commettre un aussi grand crime

que celui de faire servir à des usages impies les choses consa-

1 crées à la religion ; mais cette démarche n'eut aucun effet,

• quœ petitio nuUi apud etim vahtit. »

^ A cette époque, le comte d'Orléans réunissait toutes le» forces dont il pouvait disposer contre Lambert et Matfroy, edui-ci son prédécesseur comme comte d'Orléans, et contre

leurs alliés qui, dans la Neustrie, atmodoimaient le parti de Louis le Débonnaire pour suivre son fils Lothaire {socioê earum, Neustrim partibus residenteg qui ah imperaiare ad Lothariam defecerant), contraignant à prendre part en personne, à cette guerre, le vénérable évoque d'Orléans, Jonas, et Boson, abbé de Saint-Benoît, et s'emparant violemment de leurs biens, c Cui expeditioni jusserat qtioque intéresse Janam venerabilem episcopam aurelianensem et Bosanem abbatem sancU BenedicU quorum res injuste sibi omificaveraê. »

Symphorien Guyon parle d*un autre comte d'Orléans, da nom de Guillaume, auquel il attribue des actes de la plus haute importance historique ; ce comte se serait révolté contre Charles le Chauve en l'année 866, et aurait été décapité en la ville de Senlis.

Ni Lemaire ni Adrewald ne parlent de ce personnage sur lequel les plus graves historiens gardent le silence ; Guyon, d'ailleurs, ne lui donne qu'une année d'exercice ; dès l'année 867, il avait un successeur qui n'était autre que Robert le Fort.

Celui-ci cependant ne nous semble pas avoir été comte d'Orléans, et s'il a eu le gouvernement de cette ville ce ne fut qu'en sa qualité de duc d* entre Seine et Loire, ce berceau du royaume de France, charge et titre qui lui furent donnés par Charles le Chauve au moment où celui-ci allait envahir la Provence.

Cette réflexion semble d'autant plus juste que ce gouvernement fut donné à Robert le Fort en Tannée 862, et que le comte Odon ne mourut qu'en 865 et Guillaume en 866.

Robert le Fort eut un flls aussi nommé Eude.

Lemaire considère ce dernier comme destiné par son père à être le mentor de Charles le Simple, auquel il conserva fidèlement la couronne, et comme ayant immédiatement succédé â Robert le Fort en qualité de comte d'Orléans.

Cette version n'est pas acceptable : nous lisons dans le xv« chapitre de V Histoire de France, par M. Henri Martin: c Robert le Fort laissa deux fils en bas âge, Eude et Robert, ils

étaicDl trop jeimes, disent les chroniqueurs, pour que le duché ie leur père (d'entre Seioe et Loire) ïeur fût conûé. Le roi ocroya à son cousin Hugues, clerc soldat, les comités d* Angers, Tours, Tabbaye de Saint-Martin et les autres bénéOces Iju'avait eus Robert le Fort, » (VoL 11% p, 153.)

11 est certain qu'un gouvernement aussi considérable exigea

des comtes et des vicomtes pour les difTérents territoires sur

psquels il s'étendait; cependant les annalistes ni aucun docu-

lent ne nous révèlent aucun nom de ces dignitaires, autre que

bIuî de Eudes, depuis la mort de Robert le Fort jiîS(|u'au jour

ce fils fut proclamé roi (888).

Ce règne ne dura pas longtemps; en Tannée 898, Charles le Simple remontait sur le trône que Eudes semble n^avoir occupé que pour l'y faire asseoir à sa place.

Ici s'arrête la série des comtes qui ont eu radministration et la justice^ comme on disait alors, et comme on a dit depuis, dans la ville d'Orléans, depuis le vi" siècle jusqu'à la fin du LSt*^ (IJ.

L^étude à laquelle à raison de son importance nous nous sommes longuement attaché présente, comme le fait judicieusement observer l'un de nos prédécesseurs, de grandes et sérieuses incertitudes; nous espérons les avoir fait disparaître en grande partie.

Nous avons traversé une longue période qui nous a montré à quel point d'infortune et d'abaissement étaient tombées les deux populations gallo-romaine et fraoque en l'absence de toute ^loi et sous Tautorité arbitraire de ces magistratures exploitées par ces hauts barons de la conquête, plongés euxmêmes dans les ténèbres de la plus profonde ignorance,

(Ij On remarquerai peut-être, que nous ne parlons pat de aaînt Uphard^ comme ayaat été comte d'Orléaas ; ce saiat personuage est si transitoire méat cité en cette c|ualité, et aa vie religieuse ajrant dû absorber aa vie séculière, nous croyons inutile d'insister sur ce titre qtie rien ne justiâe lui avoir appartenu.

ÉTAT REUGIBUX.

Aussi n'est-il plus de religion, les superstitions les plus méprisables ont remplacé le dogme et la morale évangélique.

Sous le règne de Charles le Chauve, prince insuffisant dans* la guerre, dans la politique et dans Tadministration publique, si on peut donner ces noms à ces combats de bandes, à ces trahisons, à ces parjures et à ces surprises suivies de meurtre, et à ces promesses les plus solennelles et à ces traités violés avant même d*étre signés, mais doué d'un esprit perspicace disposé à la culture et à Tencouragement des lettres et des arts, à peine si une lueur d'examen vient éclairer cet abîme de croyances insensées.

Nous avons été sobre de citations, mais que Ton consulte les écrivains du moyen &ge, on ne pourra lire sans étonnement et sans scandale tous ces récits attestant un commerce honteux des choses saintes.

Les grandes questions dogmatiques, qui avaient troublé la primitive Église mais agrandi, dans une immense mesure, le cercle dans lequel se meut Tesprit humain, et qui lui avait appris quelle pouvait être sa puissance, étaient remplacées par les pratiques du culte de Tordre le plus inférieur.

Les monastères se volaient de prétendues reliques de saints supposés et trafiquaient de faux miracles en abusant de l'ignorance des populations malheureuses de ces temps ; ils se fabriquaient de fausses chartes de dotations rangées aujourd'hui, dans nos savants et précieux recueils, sous le titre de Diplo^ mata spuria.

De fatcsses décrétales étaient la règle de l'Église tout entière, et l'abaissement de la scolastique était tel que, malgré l'évidence de leur caractère mensonger, personne dans le clergé et parmi les lettrés, depuis le ix** jusqu'au xvn® sièclCi, n'a pu signaler cette œuvre d'un faussaire à l'indignation de l'Église et des fidèles, et cela en présence des troubles dont elles étaient la base et sans cesse renaissants entre le pouvoir du souverain pontife et le pouvoir royal ; entre la cour de Rome

et llBs monaiH^hiés de la chrétienté, entre l*épiscopat et le clergé et les ordres religieux.

La seule discussion sérieuse qui ait occupé la philosophie ehrétienne n'eut d'autre sujet que celui de la prédestination^*

lei nous touchons à l'état de la science et des lettres.

SaENCBS, LETTRES |eT ARTS.

Qu'il nous soit permis d'examiner ce sujet en remontant à une époque antérieure au ix* siècle.

La culture de l'esprit ne pouvait alors se manifester que pat la théologie; Chilpéric I^, ainsi que nous l'avons vu, fut le seul qui se livra à l'étude et qui aborda des questions dogmatiques; il s'occupa de celui de la sainte Trinité, et poussa le principe de l'unité des trois personnes divines à ce point de la logi {ue qu'il niait leur divisibilité entre le Père, le Fils et le Saint- Esprit.

Ce raisonnement fut énergiquement repoussé par l'épiscopat de son règne, et le roi franc semble même n'y avoir pas persisté ; l'esprit mobile de ces princes et les événements qui se précipitaient sous leurs règnes agités s'opposaient à ce qu'ils se livrassent longtemps à des pensées métaphysiques.

Cependant celui-ci, nous l'avons dit déjà, agita une question grammaticale assez sérieuse ; il tenta d'introduire dans la langue latine quatre lettres nouvelles qui pussent correspondre à quelques intonations de la langue tudesque qui ne s'écrivait pas encore.

La langue tudesque ne devait pas être d'un long usage ; mais c'était une observation intéressante que celle du roi Chilpérir* I", et qui, surtout en se reportant à son règne, atteste un esprit réfléchi et digne d'une autre époque.

Dans les résidences royales, on réunissait déjà des trésors, consistant eu de riches étoffes, envases précieux, toutes choses dont certainement on a exagéré la valeur intrinsèque et artistique ; le véritable faste de ces palais grossiers se déployais dans les écuries et dans la fabrication des armes.

La science et les arts étaient, sons les Mérovingiens, négligés et à Tétat d*enfancc ; ils Orent quelques progrès sons les Carolingiens.

. Sous Charlemagne on institua Vécole du palais j et noos avons indiqué, sommairement, Tesprit pédantesque qui présidait à cette école et à ses éludes ; mais elle prit, sous Charles le Chauve, une plus grande et plus pratique importance ; an lieu de dire : l'école du palais, on disait : le palais de Fécole.

Nous Favons dit, déjà, Charles le Chauve était un esprit élégant, aimant les lettres et les arts, à la gloire duquel il n*a manqué qu'une époque plus calme qui lui permît de développer ces belles facultés ; il ne s^efTrayait pas des questions métaphysiques, même de celles de Tordre le plus élevé ; il attirait à la cour les philosophes du Nord et de l'Orient, de VHibemie et de la Grèce.

La reine Judith, sa femme, était aussi douée d'un esprit fin et délicat, elle cultivait les arts et, particulièrement, Tart de la musique.

II n'est pas étonnant que, sous les auspices de ce prince, et même sous les auspices de la reine, le palais de recelé non seulement permît la discussion théologique qui occupait les corps religieux de ces temps, mais encore qu'elle s'y associât autant que le permettaient et les incursions des Normands et les compétitions prinoières.

11 s agissait alors du culte des images, de la double prédestination et du libre arbitre.

Le retentissemont de ces controverses passionnées fut étouffé par l'état dcplorablo d-: l'Oooidont et particulièrement de la Gaule iVanque : les populations, le clergé, les rois, restèrent avec les fausse> dêoretales et les miracles opérés par les reliques des saiuts que se disput;iient les monastères où elles excitaient la plus ardente émulation entre ces établissements rivaux.

Nous venons de faire remarquer les progK*s de la culture des lettres dans les hautes régions sociales ; mais c'est surtout À rintèrèt que portaient les grands du monde et les lettrés aux |K>lémiques thêologiques qu'il faut les attribuer.

Nous venons de voir un témoignage dans les rapports que

îes membres de la famille royale avriient établis entre eux et les savants renommés des contrées les plus lointaines; nous en trouvons un autre dans le personnel des évéques d'Orléans*

A cette époque, le siège ôpiscopal de notre ville était occupé par Jonaî§, successeur immédiat de Tbéodulfe.

L'i présence des savants étrangers appelés par Charlemagne et par Charles le Chauve semble avoir piqué d'honneur le clergé gallo-franc.

Jonas fut évoque d'Orléans dès Tannée 82S ; c'est du moins ce qu'indiquent timidement, il est v^rai, La Saussaie et Symphorien Guyon, car une grande incertitude régne sur le jour de son entrée dans 1 episcopat, comme il en règne une grande aur sa naissance, son pnys, sa famille et sa mort.

La Saussaie, en mentionnant cette circonstance : que Tbéodulfe a signé au testament de Charlemagne, et plaçant sa mort trois ans avant »^elle do cet empereur, ajoute qu'il est plus vrai que Théodulfe n'était plus évéque dés avant Tannée 82^>, puisque .înna^ Tétait cette année même ; d*oû il tire la conséquence que Théodulfe na serait pas mort aussitôt après avoir été rendu à la liberté et empoisonné, comme rapporte Thîstoire de la Bretagne : < Xon fuisse amplim episcopum aurelianemem anno 8âS, cum ilio Jam anno Jonas essçi aurdianensis episcoptis , mortuum tamen esse non iia muHo posi suum è vinmdis egressum et veneno sublatumf Tefertini annales nritamiiœ.

Le nom hébreu de ce prélat correspond au mot français: colombe^ ce qui fmt dire à Lemafre par allusion au sens des noms de ces deux évéques : à Théodulfe^ nimè de Dieu, a auccédé en Tannée 825 Jouas, cette douce et humble (colombe.

Ami des lettres, Jonas les cultiva en pros€i et en vers ; ohrélien fidèle, il prit une part active et parfaitement orthodoxe aux querelles théologiques de son temps.

Nous ne citerons de ces travaux que les plus considérables.

Nous venons de dire qu'à cette époque les questions agitées étaient celles des partisans du culte des images et de ceux qu'on a appelés ieonoclastes ^ parce qu'ils poussaient leur raisonnement à cette limite de la logique qu*il fallait briser

loutet eellet eonaacrëeB, jusque-là, par l'Église oomme faitart partie des choses saintes ; et aussi les questions de la AmAlf prédesiinaêion et du libre arbitre.

Gharlemagne, suivant Tusage des empereurs de TOrienl, qu'il prétendait remplacer dans l'Occident, et qu'il croyalk devoir imiter, s'occupait de théologie ; cet usage qu'il avait adopté se manifeste dans quelques-uns de ses capitnlaires^ mais plus spécialement dans les livres qui, de son nom, sont appelés les livres carolins.

Cette œuvre de l'autorité séculière avait pour objet de régler la conscience du peuple chrétien à ce sujet.

Louis I^ s'occupa aussi de cette controverse ; Q engagea Tévéque d'Orléans, Jonas, à combattre la doctrine des iconoclastes, et celui-ci accomplit cette tâche en publiant trois livres dirigés contre Claude de Turin, prélat accusé de cette hérésie et personnifiant la secte nouvelle à laquelle il appartenaiL

Il combattait non seulement cette doctrine et la brisure des images^ mais il démontrait la nécessité de l'adoration de la sainte croix, de Tinvocation des saints et des pèlerinages à Rome : < Primus impugnal imaginmm êocrarum firaeiior nem. etc. »

Il a aussi écrit trois livres sur le sacrement de baptême, sur la pénitence et sur le sacrement du mariage.

Enfin il composa une ode en vers saphiques, c'estrà-dire <kl onze syllabes ; il va sans dire que ces vers étaient latins.

Il parait que Jonas, ainsi d'ailleurs que nous l'avons vu plus haut, a été soupi^onné, comme son prédécesseur, de con* spiration contre Louis I*^, car Symphorien Guyon entreprend de le justifier en se prévalant des premiers mots de cette ode : ^N ade^t c^nar^ composée à l'occasion de l'assemblée oonvo«iuée à Orléans, par le roi. pour essayer de rétablir l'ordre dans sa famille.

Pondant son séjour. Louis chargea Jonas et Jêrémie. archevé*]uo do Sons, do porter, do sa part au pape Etienne, nn nvuoil tjuo lo pivnùor do ces pivlats lui avait présenté, des sontonoos d«>i s^iinU d^vtours sur /o faii i/w culff d^s images.

Tous les doux so reudirvut à Rome au cours de c^tftc

825^ et le roi, en outre, chargea Jonas, ainsi que nous l'avons dit, d'attaquer les iconoclastes dans la pei^sonne de Claude, évéqne de Turin, qui niait également Tinvocalion des saînl^.

Nous avons cru devoir nous arrêter sur cet épiscopat parce qu^indèpendumment de ce que cet évéque mcrite d'être connu pour ses écrits se distinguant avec le plus grand avantage, par leur style correct et classique, des ouvrages de cette nature appartenant à cette époque, il honore d^autant plus leclirisliaoifloie que rignorance était encore très répandue drtns le clergé, et que le successeur de Théodufe semble se réunir à lui par la science des lettres pour marquer les progrès, au milieu môme des temps les plus diflîciles de rétablissement de la monarchie. *

Cependant les orthodoxes purs contemporains de jonas et, particulièrement, Claude Robert, prémunirent les lidéles contre certaines doctrines, suivant lui, remarquées dans les œuvres de Jonas, qui eut pour successeur immédiat Agius.

Si on consulte nos anciens annalistes sur les actes de cet èvéque on voit que La Saussaie a copié les anciennes chroniques des anciens monastères de Chartres et que Svmphorien Guyon a copié La Saussaie. Lemaire est plus sobre; il néglige le récit de lallation à Orléans de reliques plus ou moins douteuses et des miracles qui ont accompagné ces solennités du moyen âge, nous imiterons le sage exempte quUl nousdonne.

Au milieu des longues digressions que nous prenons le parti d^abandonner, saisissons quelques faits principaux de la vie de ce vénérable évêque.

Le premier appartient à Tannée 854, la onzième de son ordination, au cours de laquelle Agius donne au chapitre de Saint- Aigoan Tautorisation de construire une chapelle sous ce vocable et dans le territoire appartenant au chapitre, qui est dans ta partie orientale de la ville : i qui est in orieniali ejtisdem civitatis parte corulmctum. »

Circonstance de son épiscopat que nous avons déjà fait connaître et sur laquelle on ne doit pas insister, ici.

Nous no devons ajouter qu'une simple observation h ce ai^et :

M. de Molandon, le donatear du fac simile de la chute d*Agius, par laquelle il investit le chapitre de saint Aignan du territoire sur lequel Téglise de Notre-Dame-du-Ghemin a été construite, a fait précéder, dans cette publication, d'an mémoire contenant une notice très instructive relative aux actes d'Agius pendant son épiscopat.

Nous ne croyons pas devoir Timiter dans cette étade à laquelle on pourra se reporter et dans laquelle le savant antiquaire a oublié de s*attacher aux œuvres de polémique et littéraires qui ont surtout distingué le grave et important évèque Agius.

Il ajoute cependant un acte qu'il attribue à l'évéque et qui, considéré à un certain' point de vue, mérite une attention particulière.

Les Normands reparurent, dit-il, sur la Loire en l'année 800 ou 806. et Tévéque, moins heureux que son prédécesseur Anianus, n'ayant pu réussir à relever le courage des habitants, la ville assiégée fut prise et livrée au pillage ; mais au moment où ce«» violences commençaient, l'évéque parvint à sauver la ville: au prix d'une forte rançon, il acheta le départ des pirates.

Ce récit osl extrait de l'œuvre de dom Bouquet, intitulé De Ge.^tîs Xormannis.

Cet événement est diversement rapporté : Symphorien le plaoo à raunèe SiKÎ, et altrihue ce traité non pas à l'évéque mais aux habitants, se bornant à constater qu'à ce moment nosfre t'vt*'p(e A(fius gouvernait le diocèse d'Orléans.

\\ dit que ces bandes revinrent bientôt, et cela devait être ; le traité qu'on venait de consentir était un appât tendu à Tavîdité de oes bandes et ne pouvait manquer de produire ce désastreux eflfet.

Puis arrivé, par la continuation de son récit, à l'année 86S, i! rapporte^ los sociies désolantes i}ui se passèrent à Orléans; mais, colle fois, il n'est plus question de rançon donnée par les habitants iiini plus que par Agius : il n'est mention que de rincendio dr la ville dont !,♦ seule cathédrale fut sauvée mira* culeusement.

La Saussaie ganJe le silence sur la prise d'Orléans et sa délil

vrance, prix de la rançon que les habitants ou leur évéque

aurment payé aux Normands en Tannée 855 ou 856 ; il ne parle

lême pas de rincendie de la ville qui aurait eu lieu en

^l'année 865; il se borne à renvoyer à Adrewald, rhistorien

déjà cité des Miracles de saint Benoît,

Ce dernier parle très rapidement de la première attaque» celle de 855, Il se borne à dire que cette fois les Normands ont consenti à quitter la ville pour une somme considérable qui leur fut donnée : t Captamque urbem aura âùtrahuni, •

Il ne fait mention, comme Symphorien Guyon, qui évidemment la copié, de févêque Agius que pour constater que cet événement a eu lieu sous son épiscopat: « Agio tune temporis prœfatis urbis prœsulatum gerente. >

Il passe aussi très vite sur la visite des Normands, placée à rannée 865. Ils reviennent, dit-il, et, à cette seconde attaque, ils incendient la ville, à Texception seulement de TégUse cathédrale consacrée par Constantin à la Sainte^Croir : € Maire duntaxai eccîesia qum in honore sanctœ crucis^ Jubente Constantino, » et qui fut conservée par Teffort des bons hommes, « studio bonorum hominum remajiente. »

Tous ces textes sont en opposition avec celui qui attribue la délivrance de la ville à lagénérosité du prélat Agius. De bonnes raisons noua engagent à croire qull convient de restituer cet acte au prélat.

Le texte d'Adrewal devient, en effet, ici d'un haut intérêt par les mots qui s*y rencontrent : studio bonorum hominum rémanente, et c'est parce que nous apprécions l'importance qu'ils pourraient avoir que nous insistons sur ces événements 'trop fréquents, alors, et trop semblables pour mériter chacun une longue attention.

Ces mots boni homines désignaient, dans le langage de ces temps, les membres d'une sorte d'administration municipale; ils étaient synonymes des mots idoneij compétentes, idoines, compétents, capables et aussi d'hommes justes, notables.

Lorsque le corps municipal a été plus régulièrement constitaé, et qu'il a eu des attributions plus étendues, les mots

bani homines ont été remplacés par le mot échevin^ dérivé do mot scabinij correspondant soit à des fonctions de judicatore, soit à des fonctions d'édilité.

Si le premier sens des mots est celui que Ton doit attribuer à Âdrewald, même dans le cas où il y aurait eu un traité et une rançon, on pourra facilement comprendre le silence gardé dans le texte sur la personne de Tévéquc, et admettre, dès Tannée 865, ou, pour mieux dire, dès le ix® siècle, un principe d'administration municipale gouvernée par les bons hommes dans la ville d'Orléans.

Mais il n'est pas probable que Tépiscopat eût, dès cette époque, perdu le caractère exclusifde leur autorité plus morale que séculière, dans ces temps où les anciens possesseurs du sol étaient encore sous la tyrannie des nouveaux, et réduits aux actes delà vie matérielle; où Tignorance et la misère, augmen* tées par les dévastations des hordes du Nord, avaient détruit le peu de progrès du règne de Charlemagne, et retardaient, pour deux siècles, toute organisation sociale régulière.

Ces mots boni homines, bons hommes, dont se sert le moine de Saint-Benoît, pour qualiQer les efforts couronnés de succès de quelques habitants d'Orléans, doivent donc n'avoir, ici, d'autre acception que celle d hommes de bien ; et le mérite de Taction doit être partagé eutre eux et l'évèque.

Si, passant l'épiscopat d'une courte durée et insignifiant au point de vue historique, d'Aselme, successeur d'Agius, nous nous occupons de celui de Walterius, Galterius ou Gautier, nous voyons que le seul fait assez considérable qui lui soit attribué est qu'il fit réparer, par l'inspiration de Dieu, c Deo inspirante, » les murailles d'enceinte de la ville, en partie démolies par les Normands : « De là vient, dit Symphoriea

> Guyon, à mon advis, que nous voyons l'ancienne clôture des

> murailles estre bâtie en partie de briques, qui se voient en » plusieurs endroits, et en partie de pierres. »

Ce passage, sauf le détail archéologique dans lequel entre Guyon, est une traduction du texte de La Saussaie ; il nousfait revenir sur la question que nous venons d'examiner, et nous fortifie daRS l'opiAiQu <jue l'évoque était encore le seul curial de la ville.

— MB -*

gius, cela semble probable, achète et paye le dépKiL thi^ Normands; Gautier relève les murailles; et quelques antiquaires ajoutent qu'il Ut construire, à la place dit potil gaulois détruit ou hors de service, le poQt dit : du moyen âge, ^^ Le rapprochenient et la concordance de ces deux faitii ^Bontemporains, le second faisant cesser Tincertitude du ^Bremier, ont une grande sîgniQeation.

^■^ Tous les deux se réunissent pour démontrer qu'aucune administration municipale, à quelque degré qu'on la suppoaei

t, 'existait à Orléans, et que Finstitution des défenseurs des itéft continuait dans la personne des évoques comme elle vait existé à la chute de l'Empire et màme antérieurement* Enfin une solennité qui a eu un grand retentissement daoa ^Bos légendes, celle de Vallaiion des restes de saint Benoît dans ^■*église de Saint-Etienne d'Orléans, et de riV/a/ion de ces rester à Fleury, appartiennent au temps de répiscopat de Galterius.

Nous serons bref ici, tout en revenant sur ce que nous avons déjà dit à ce sujet.

La verve poétique des Odèles chrétiens, restée muette au

moment du transport des reliques de saint Benoit, à Orléans,

^^reprend toute sa vie et ses pinceaux chargés des plus vive$

^l^uleurs, au moment où ces restes reprennent le chemin de

Fleury, lieu que le saint s'était choisi pour leur éternelle

demeure.

L'hiver avait déchaîné Joutes ses rigueurs du mois de déoembrc, la Loire ne présentait qu'une surface plane, épaiasa ■■et chargée de frimas.

^M On place cependant les reli^jues sur un bateau amarré au

port de la ville, afin que, n*nii»ntant le fleuve, il les rende au

monastère d'où les m;»lh*»ufs des temps les avaient fait sortir.

Soudain les glaces se fendent dan.^ la largeur du bateau qui,

Itians voile, sans rameurs. un\s matelot, s'avance en repoussant K courant ; le bateau, arrivé au jjort de Fleury, est reçu par une krande quantité d'évéques, de clercs, d'abbés, de moineai jlccompagnés d'une grande multitude de peuple, et lorsque le porps arrive à la porte qu\>Q appelait Paschala : tous les arbres de ce lieu se revêtant en uu inumeul de feuiUef et de Qeitçs,

et ce fâcheux hiver se trouva subitement transformé en un doux printemps.

Le bruit de cet événement miraculeux se répandit dans toute la chrétienté et Pierre, abbé de Cluny, en a composé une hymne qui est chantée à rofflce anniversaire de ce miracle, célébré dans un grand nombre de diocèses de la France et de l'étranger, et que Symphorien Guyon a traduite en vers français dont deux couplets sont rapportés dans son Histoire de V Église d* Orléans.

On conçoit cette joie s*exprimant par une métaphore un peu hardie, sans doute, mais trop faible encore malgré son caractère tout h la fois poétique et religieux, pour exprimer le sentiment que faisait éprouver Téloignement qui, cette fois, paraissait définitif de ces hordes dévastatrices et cruelles des bords de la Loire.

La terreur qu'elles avaient inspirée était telle que, dans tous les diocèses que les barbares du Nord avaient visités, on substitua, dans Toraison dominicale chantée à la célébration de la messe, aux mots : sed libéra nos à malo, ceux-ci : sed libéra nos à furore Normannorum, et que cet usage se perpétua jusqu'à la fin du xvm siècle.

Mais, hélas ! toutes démonstrations, dont le récit et le souvenir sont conservés par nos annali3tes, s'évanouissent devant l'examen critique de Thistorien.

A quelle époque les reliques de saint Benoit ont-elles été transportées à Orléans? l'ont-elles été?

A quel retour doit-on attribuer la construction de la petite église dédiée à saint Benoît, auquel vocable on aurait ajouté du retour?

Est-ce lorsque après l'espèce de rapt des reliques du saint, opéré au Mont-Cassin, où elles étaient déposées, par Aigulfe et ses religieux de Fleury-sur-Loire, et de celles de sainte Scholastique sa sœur, par les moines bénédictins du Mans, réunis pour cette expédition : les premières, apportées h Fleurj-, dans l'église alors dédiée à sainte Mario, les secondes au monastère de la ville du Mans; et lorsque les reliques du saint, réclamées par Carlomau, frère du roi Pépin, et les moines du Mont-Ciassin

Jont iJ avait pria Thabît, oeux-ci convaincus, par rinterventioD fmiraculeuâe de saiot Benoît, inauifeâlant sou ioteolion que ses reliqaes restassent à Fleury, furent obligés de retourner en Italie ?

Ou bien est-ce après le dernier départ des Normands des borJs de la Loire et du retour à Fleury accompagné du miracle qui vient d'être rapporté?

11 faut abandonner ces rêcils et, à regret, rester dans le doute le plus complet sur lorigine de ce vocable et sur la date le la construction de I église.

Nous avons établi, il n'y a qu*un instant, qu*aucun fait ne constate, pendant les invasions des Normands se prolongeant de Tembouchure de la Loire au monastère de Fleury, Vallation à Orléans des reliques de saint Benoit; nous ne voyons donc ^daus aucune de ces graves et funestes circonstances le moindre ndice qui puisse justifier le mot du reiour, et même le faire concevoir.

Quant au miracle, il n'est pas besoin de chercher à le nier;

nous avons donné au récit qu'on en a fait, dans le cas où on

^urrait l'appliquer au retour des reliques d'Orléans à Saint-

'Benoît, la seule explication qui puisse lui appartenir ; mais si

ûn avait besoin de justilier cette négation on pourrait s'auto-

jiser des témoignages les plus graves ; le Galiia chrùiiana^

)om. ChazaI ; tes Boltandistes*

Dom* ChazaI, attaquant Mabillon, reproche aux moines I* avoir propagé ces récits, et de les avoir transcrits dans leurs egistres ou archives; les moines, dit-il, défendent toujours les erreurs historiques que ceux de leur ordre commettent : « Monachi hisiovim errores suorum^ semper défendent, »

11 attribue à un moine allemand, du monastère de Schelestat, nommé Diederic, ou Didier le Teuton, d'avoir faoriqué ce roman sous l'inOuence d'une sculpture représentant un arbre qu'il avait remarqué sur une porte occidentale de Tabbaye, et qui, ajoute-t-il, n'a écrit que longtemps après son retour en Allemagne,

Si| nous séparant de ces controverses, nous consultons nos

ttièàlisles, nom ne toyoM qw dMte et ineèriitmtoi tâiil wÊr répoqne à laquelle Téf^Bm ft été conrtruîte qne sur wm hfatoiffii.

M. de Bazonnière plus explicite que les antres, plaee mtte constraetion à Tannée i091 ; il l'accompagne de deux petites églises dédiées à saint Sergios et à 9aint Bacehns, shnée me des Ginq-Marehes, et à saint Phalicr. sitnée fanbonrg Saint-Mare; mais cette date n'est pas plus certaine que tout ce qmintéreaBe ees deux églises, à cause du rïippmrhementde leurs Tocables.

La seule opinion sérieuse, c'est «lue les moines de Fleuiy, à une époque antérieure à celle des invasions des Normands, exposés à des déprédations et k des attaques des routiers, des riballiers et des vagabonds parcourant les campagnes, et aux violences des grands tenanciers eux-mêmes, ainsi que le Uvre : Miraeula saneêi Benedieiij en témoigne à chaque page, comme tous les autres ordres religieux, disséminés dans des plaines désertes ou dans des forêts, étaient entre autres saint Mesmin et les moines d'Ambert, ont voulu avoir un reftage dans l'enceinte des villes.

Le mot retour restera un problème ; il n'y aura de connu que l'existence à Orléans, dans un certain quartier de la ville dont une petite place, au milieu de laquelle on voit encore une petite église servant depuis longtemps d'atelier de tannerie, est encore désignée sous le nom de cloître Saint-Benoit-du- Retour, où les bénédictins de Fleury-sur-Loire avaient une habitation dans laquelle pouvaient venir se réfugier, en cas de danger, ou venir habiter en plus ou moinsgrand nombre, quand les règles de leur ordre Texigeaient ou le leur permettaient.

A cette résidence était attaché le droit seigneurial de la justice haute, moyenne et basse; elle avait donc son bailli, procureur Ûscal^ son greffier, son huissier et les avocats pouvaient y venir plaider et les procureurs au bailliage pouvaient y légaliser la présence des justiciables.

Elle était, de plus, désignée sous le nom de chambrerie.

On rapporte, à ce sujet, que ce territoire avait appartenu à un seigneur dont le nom n*est pas connu, auquel succéda un autre seigneur, du nom de Theoderic, très puissant: prmpo^ U'ïts o»r, qui le donna à la collégiale de Fleury.

MedoniuSy alors abbé de ce monastère, profitant d'une autorisation donnée à ces ordres religieux par le concile tenu à Vannes en Tannée 462, de se faire construire et de posséder des asiles, y fit construire celui-ci, et raccompagna d'une chapelle ; sous la réserve cependant du droit et de Texercice de la justice dans toute rétendue de circonscription qui vient d*être déente.

On dit encore que ce Theoderic était seigneur de Beaugency et qu'il joignit à la donation de ce lieu une forêt située dans r alleu de Beaugency : « Silvam etiam in alodo Balgiaco, » et, enfin que cette double donation fut confirmée par Philippe I" en Tannée 1080.

Quant au titre de chambrerie, si vieux qu'on ne le rencontre pas dans les lexiques de l'ancien droit, non plus que celui de camérier, exprimant un administrateur de domaines, et aussi celui auquel la justice était déléguée : c Cameris jusiitiasminiS' ter inferioVy » tous les actes du grefi*e de cette justice portent le titre de : Justice de la chambrerie de Saint-Benoît-du-Retour.

Ce lieu qu'Âdrewald décrit : un petit hôtel construit dans les murailles de la ville, en l'honneur de saint Benoît, par le vénérable abbé Medonius, et placé dans le quartier le plus retiré et pour cela habitation très convenable pour les occupations nécessaires aux moines et à l'abbé : « jEdes parvula sed in secretiori ut eo putabatur tempore, loco sita civitatis, ac per hoc aptissima monachis et abbati in necessariis rebics agendis habitatio. > Ce lieu, au xvn® siècle, ne comprenait que 86 maisons.

Si on calcule le nombre de ses habitants, en supposant la moyenne de cinq personnes par chaque habitation, on voit qu'il existait dans cette circonscription judiciaire 430 justiciables.

Le second fait important qui se rattache à cet épiscopat est la création, à Orléans, d'un atelier monétaire qui dura de Tannée 864 jusqu'à Tannée 1540, à laquelle l'ordonnance de Blois, obéissant aux nécessités nouvelles du contrat d'échange, et au changement apporté dans l'économie financière de la monarchie, le supprima.

— MQ —

Medonitis, alors abbé de ce monastère, profitant d'nne autoriaation donnée à ces ordres religieux par le concile tenu à Vannes en Tannée 462, de se faire construire et de posséder des asiles, y ût construire celui-ci et r.iccompHgna d'une chapelle; sons la réserve cependant du droit et de Texercice de la justice dans toute retendue de circonscription qui vient d*être décrite. On dit encore que ce Theoderic était seigneur de Beaugency et qu*il joignit à la donation de ce lieu une forêt située dans Vaiieti de Beaugency : « Silvam eiiam in alodo Balgiaco, > et enfin que cette double donation fut confirmée par Philippe I®^ en Tannée 1080.

Quant au titre de chambrerîe, aï vieux qu'on ne le rencontra pas dans les lexiques de Taneien droit, non plus que celui de camérier, exprimant un administrateur de domaines, et aussi celui auquel la justice était déléguée : « Cafneris justitiœminiS' ter infenor^ » tous les actes du greffe de cette justice portent le titre de : Justice de la chambre rie de Saint-Benoît-du-Re tour- Ce lieu qu'Adrewald décrit : uo petit hôtel construit dans les murailles de la ville, en Thonaeur de saint Benoit, par le vénérable abbé Medonius, et placé dans le quartier le plus retiré et pour cela habitation très convenable pour les occupations nécessaires aux moines et à l'abbé : » j£d€S paruula sed in secreHori ut eo putabaîur temfore^ loco siia civUatis^ ac per hoc aptissima monachis et abbati in necessariis rébus agmdîs habitation » Ce lieu, au xvn*' siècle, ne comprenait que 86 maisons.

Si on calcule le nombre de ses habitants, en supposant la moyenne de cinq personnes par chaque habitation, on voit qu'il existait dans cette circonscription judiciaire 430 josticiables.

Le second fait important qui se rattache à cet épiscopat est la création, à Orléans, d*un atelier monétaire qui dura de Tannée 864 jusqu'à Tannée 1540, à laquelle Tordonnance de Blois, obéissant aux nécessités nouvelles du contrat d'échange et au changement apporté dans l'économie financière de la monarchie, le supprima.

Page 1