PÉPIN, CHARLES MARTEL, CHARLEMAGNE, THÉODDLFE
Régime légal. — Enseignement.
Après être resté si longtemps au milieu de ces évéoements, se produisant par les actes de cruauté les plus variés ; après avoir cherché pendant l'accablante période que nous venons de parcourir un soulagement à tant de tristesse, sans Tavoir rencontré, Tesprit se repose à Tavènement de cette nouvelle race royale.
Quel qu'ait été son éclat à son origine, elle ne put se maintenir et se consolider.
Le chef de la race des Carolingiens avait donné à TédiGce qu'il voulait fonder trop de hauteur pour la base sur laquelle les temps permettaient de l'asseoir ; l'esprit des peuples était dépassé.
Chez les Francs, les traditions de leurs dieux inexorables les éloignaient des inspirations et de la mansuétude de la loi évangélique.
Le christianisme, chez les Gallo-Romains, défiguré par le souvenir persistant du druidisme, mélangé des traditions du paganisme, était transformé en pratiques superstitieuses que l'ignorance du clergé entretenait.
Contran, ce roi d'Orléans que l'église a canonisé, relativement doux et débonnaire, tant alors était grande la barbarie, n'en a pas moins fait mourir les médecins qui avaient soigné la reine Austrigilde, dans sa dernière maladie, les immolant à
la vengeance que celle-ci exigea en punîUoQ de ce que ces niédeeinâ n^avaicnt pu rempècher de mourir,
La loi aalique, h la différence de la loi ripuaire ne permettait pag le combat judiciaire ; Goiitran n>n contraignit pas moins son valet de chambre, Chaudon, accusé par le forestier royal d avoir tué un buffle dans la forêt du domaine du roi, de coRibattre avec ce dernier ; et quoique le valet de chambre sortît vainqueur de cette épreuve, le rai ne le fit pas moins lapider, lorsque, cependant, le résultat du combat, dans les idées de ce temps» eut prouvé son innocence.
Cet épisode nous montre le combat judiciaire introduit dans la Gaule fratique par le roi d'Orléans, car on ne cite qu'une autre épreuve de ce genre jusqu'au temps de Charles Martel, à partir duquel, seulement, elle fut établie comme forme légale de procédure, ^
Charles Martel, accusé par le clergé d'impiété, pour avoir disposé de bénéfices ecclésiastiques en faveur des membres de sa truste, qui l'avaient secondé dans ses nombreuses guerres, devint Tobjet d'une vision qu'eut Eucher, évèque d'Orléans.
Un ange lui montra ce prince plongé dans les flammes de l'enfer ; cette vision fît grand bruit. Fuidrade, abbé de Saint- Denis, où Charles Martel avait été inhumé, fit ouvrir le tombeau ; le corps n'y était plus ; les parois du cercueil étaient noircies comme si le feu y eût passé ; une odeur fétide s'en exhala, un serpent monstrueux s'en échappa.
Soit aveuglement superstitieux, soit plutôt usant de ce genre d'apologue appelé légende, forme rhétoricienne soua laquelle, abusant de la profonde ignorance des puissants de cette époque, il les eiTrayait ou se vengeait de leur tyranme, le clergé propagea ce pamphlet religieux ; cette fois ce ne fut as sans fruit : les évéques en écri virent à Pépin, et Charlelogne, lui-même, s'en montra assez ^^vpment impressionné pour qu'il déclarât, dons un de ses capitulairea^ que ni lui, ni fies successeurs ne commettraient rien de semblable.
On ne doit considérer le souvenir rappelé ici de cette singulière crédulité des grands du monde, des populations et du clergé de ce siècle que pour apprécier une proposition d'un
ouvrage considérable: V Histoire de Théodulfe (1), dans lequel on lit : c Implantées de bonne heure dans le sol gau- » lois, par la conquête romaine, les lettres, propagées par » TËglise, avaient subjugué les barbares eux-mêmes ; elles » ont été vues et aimées, et cultivées avec plus de passion » souvent que de bonheur par les Mérovingiens. >
On ne cite qu'un seul roi de cette race qui ait montré quelque [aptitude littéraire, ce prince était Chilpéric I* de ce nom ; un historien contemporain, Henri Martin, s'exprime à ce sujet en ces termes : < Aussi remuant d'esprit que de corps » il voulait toucher à tout> tout bouleverser. Effarouché par 1 les obscurités de la métaphysique chrétienne, il trouva » mauvais qu'on partageât Dieu en trois personne ; il tenta » un beau jour, sans plus de façon, de supprimer la dogme de
> la Trinité. Il se rejeta sur la poésie ; se mit à composer » deux livres de prétendus vers latins boiteux et informes, il » écrivit des hymnes et des offices divers, entièrement
> dépourvus de raison, au jugement de Grégoire de Tours. Il » tenta de reformer l'alphabet latin et d'y introduire quatre 1 caractères nouveaux, i
Tel est le tableau qui nous est offert des aptitudes aux lettres et aux sciences de la civilisation romaine attribuées à la race mérovingienne.
D'un autre côté, le partage du territoire conquis, assimilé à un héritage de famille, exerçait une trop grande influence, même sur les simples possesseurs des bénéfices révocables à la volonté du prince, et à plus forte raison sur les membres des familles royales, pour que cette institution n'excitât pas la jalousie et la convoitise de ceux qui étaient appelés à sa mise en pratique.
Si, à cet élément de discorde, on ajoute l'état de la femme soumise encore à l'infériorité, dont le christianisme allait l'affranchir, situation qui réagissait sur l'institution, alors bien mal connue, du mariage chrétien et faisait considérer les
(1) Par M. Tabbé Baonard, alors profeBsear au petit Béminaire d'Orléans (1800).
enfants nés du concubinage adultérin comme ayant les mêmes droits que les enfants nés du mariage religieux, on comprend à quelle exagération on s*est livré en admettant que les lettres aient été en quelque honneur et qu*elles aient pu exercer leur heureuse influence, et quel principe de ruine menaçait la dynastie dans cette période de rétablissement de la monarchie franque.
Mais, quoique le changement considérable qui s'est opéré dans l'économie politique et sociale de la nation, sous la haute influence de Charlemagne, n*ait pas été durable, et cela, particulièrement par ce malheureux partage de Tempire, cependant, ce changement dans Tordre régulier de l'autorité royale est on soulagement apporté aux tristesses qu'inspirent les violences,* les cruautés et l'anarchie des règnes précédents.
Et cela d'autant plus que les institutions régénératrices, dues à l'initiative de ce grand prince, ont laissé des traces si profondes que les malheur«i de ses successeurs furent, surtout à Orléans, impuissants à les faire disparaître.
C'est, ainsi que nous l'avons dit et que nous aimons à le répéter, c'est dans cette ville que ces institutions se sont montrées à leur naissance ; et, à l'extinction de la race Carolingienne, c'est dans cette ville qu'elles se maintinrent avec une vitalité qui les abandonna partout ailleurs.
C'est de cette ville qu'elles se propagèrent dans la Gaule, devenue dès ce temps la Gaule franque, et que, franchissant les limites de ce vaste territoire, elles se répandirent chez les nations étrangères.
Mais avant d'aborder cet important sujet, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les institutions législatives et judiciaires, alors en vigueur, dont la Gaule franque qui, à la vérité, ne peuvent être appréciées que d'une manière approximative.
Les désordres d'un caractère aussi cruel, par leur excès même, ne pouvaient être durables; ils inspirèrent à leurs propres auteurs le désir de donner une direction à leurs propres intérêts et à ceux du pays.
Et, d'ailleurs, le régime légal de l'Empire, tout en conservant son caractère territorial, c'est-à-dire applicable aux
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seuls Gallo-Romains, et les lois salique et ripuaire dès ce temps réunres, conservant leur caractère personnel^ c'est-àdire applicables aux Germains; mais, cependant, celles-ci, eace qui concerne les pénalités, étant devenues communes aux Romains et aux Francs, ces deux régimes légaux, par la seule nécessité des relations quotidiennes des Romains et des Francs, reçurent de profondes atteintes.
L*état topographique de la France, si on peut reporter cette qualifîcation du territoire de la monarchie à cette époque de transition, nous la représente divisée en de multiples quantités de cercles ; l'absence absolue de voies de communications, eatretenue par l'absence absolue d'administration centrale et même locale, furent autant de conditions qui engagèrent les populations à l'établissement et l'observance, dans chaque cantonnement, de coutumes qui furent particulières à chacun d'eux.
Bientôt, ces usages, ces coutumes allèrent jusqu'à effacer après l'avoir modifiée, dans la Gaule du nord et dans la Gaule centrale, l'autorité de la loi romaine et des lois barbares.
c Du temps du roi Pépin, dit Montesquieu, les coutumes qui 1 s'étaient formées avaient moins de force que les lois ; mais, » bientôt, les coutumes détruisirent les lois, i
C'est, on le voit, au viii® siècle que remonte l'introduction de la loi coutumière.
A cette cause de la substitution de la coutume au droit romain et au droit salien, vint s'en réunir une autre très considérable.
La possession des bénéfices, concédés à condition de révocabilité, tendait à s'immobiliser et même à devenir héréditaire.
Le bénéfice, plus particulièrement depuis Charles Martel, tendait \ devenir fief; c'est-à-dire à être possédé à la seule condition de la foi et hommage au roi.
Cette tendance fît que la loi romaine de territoriale qu'elle était inclina à perdre ce caractère ; les rapports nouveaux que l'inamovibilité des bénéfices établit entre les anciens possesseurs du sol et les possesseurs des bénéfices, à cette condition nouvelle, hâtèrent la substitution du caractère personnel des lois saliques, en un autre qui participait de la loi territoriale.
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La loi coatamière les résume et les réunit tous les deux; elle devint territoriale pour les Romains et pour les Francs, et cela d'autant plus rapidement que les détenteurs des bénéfices eurent le droit de toute justice sur l'étendue de leur tenure. ~ Mais ces possesseurs étaient tous illettrés, ils étaient inapplicables à une occupation de l'intelligence; il leur déplaisait d'entendre les plaintes et les discussions de leurs justiciables ; ils préféraienf'les combats, la chasse à courre, les orgies; et comme pour conserver leur droit de justicier, il fallait l'exercer, ils confièrent ce soin à des comtes, à des préposés, à des prepositi, ou prevosts, à des bajuli ou baillis, ou gouverneurs.
Cependant, l'empereur entendait être le chef suprême des populations soumises à ces seigneurs; il avait le sentiment, qu'il oublia lors de la rédaction de son testament, de l'autocratie et de la centralisation de l'administration publique ; ce sentiment eut pour sanction l'institution des missi domimci ou inspecteurs royaux se rendant sur toutes les parties du territoire de la monarchie pour relever et corriger les aibus qui' auraient pu s'y glisser, soit dans l'administration de la justice, soit dans la répartition de l'impôt.
Et quand l'hérédité des bénéfices les eut transformés en fiefs, et même peut-être auparavant, ces comtes, ces préposés, poursuivirent la perpétuité de leurs offices; et, alors, ils se substituèrent des vicomtes {vice cornes) des viguiers, des vicaires {vicarii) et, les circonscriptions se divisèrent en bail'liages, vigueries et prévôtés.
Mais, à la vérité, déjà, l'institution féodale avait singulièrement modifié et avec un grand avantage l'ordre judiciaire primitif dont nous parlons en ce moment.
Cet ordre primitif, on le comprend, dut être beaucoup plus oppressif que protecteur.
Nous avons eu déjà occasion de parler du comte d'Orléans Raho, l'un des premiers qui fut institué par Charlemagne, en l'année 721, dont Andrewald, l'un des historiens de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, nous a raconté l'injustice et la cruauté, et Matfroid.
Nous n'insisterons pas sur ces institutions que nous suivrona dans leur marche et leurs progrès, nous ne devons en ce moment nous occuper que de Tordre légal auquel elles correspondent à Tépoque à laquelle nous sommes parvenus.
La loi coutumicre, s'introduisant aux dépens de la loi romaine et de la loi salique, il devenait nécessaire que le pouvoir royal, prenant déjà de la consistance et de la force, fît connaître sa volonté. *
Cette nécessité naissait de l'état de transition que nous avons fait remarquer, dans lequel se trouvait la Gaule franque.
La volonté du prince devait être la loi suprême lorsqu'elle réglait des intérêts qui ne pouvaient l'être que par une loi générale, après refTacement des lois romaine et salique.
Cette loi suprême prit le nom de capitulaires, de ce que chacune de celles qui se sont succédé comprenait les règlements administratifs dont chacune d'elles s'occupait et de ce que, par une mesure rationnelle, elles étaient divisées en chapUres.
Les évêques, réglant l'administration religieuse de leurs ' circonscriptions eurent leurs capitulaires comme les rois.
La ville d'Orléans, au vin® siècle, était donc soumise à la loi coutumière, encore, sans doute, singulièrement mélangée de solutions empruntées à la loi romaine, à la loi salienne, et de l'arbitraire du préposé du seigneur justicier qui, heureusement pour la ville et son vaste territoire, était le roi; et, en même temps que lui, les collégiales religieuses alors fort abondantes dans cette circonscription.
Maintenant que le germe qui devra se développer est déposé, il convient de nous occuper, spécialement, de l'institution de renseignement public qui, dès cette époque où elle a été organisée et réglementée par l'illustre évêque d'Orléans Théodulfe, a produit les plus heureux résultats.
Jusqu'à Théodulfe, l'épiscopat d'Orléans était resté dans une profonde obscurité ; on ne sait même à quel évêque ce prélat a succédé, ni même quel est le millésime de son élévation à ce siège; cette élection doit remonter un peu au delà de l'année 794, où on le voit, en qualité d'évêque d'Orléans, au concile de Francfort.
On a cependant délimité ce qu'on appelle le diocèse d'Orléans; outre rOrléanais, il comprenait, dit-on, une grande partie^du Berry, du Blésois et de la Sologne.
Il était suiTragant de la métropole de Sens, dont le diocèse s'étendait alors sur le pays qui compose aujourd'hui Farchidiaconé de Montargis, et dont les limites dans l'Orléanais ne s'arrêtaient qu'à Saint-Loup (banlieu à l'Est d'Orléans), état de choses qui s'est prolongé jusqu'au jour où ce diocèse est devenu suffragantde l'archevêché de Paris, c'est-à-dire jusqu'à la mise à exécution du Concordat de 1801 (1). Nous avons peine à croire que ce tracé soit exact. Il est certain que les métropoles ecclésiastiques étaient les mêmes que les métropoles administratives de l'empire.
Or, il y avait dans la Gaule proprement dite treize sièges ou diocè8e8(dî(»cew), savoir: Trêves, Reims, Lyon, Sens, Rouen, Tours, Bourges, Elusa, Narbonne, Aix, Arles, Vienne et Besançon ; ces treize circonscriptions étaient le siège d'archevêchés, mais quant aux suiTragants, le nombre en devait être bien plus considérable qu'on ne semble l'admettre aujourd'hui. La fonction d'évêque, ou surveillant, dut avoir eu un personnel presque aussi nombreux que la fonction de curé ; elle semble même avoir été confondue avec elle (û).
En tout cas, Genabum, Orléans^ a toujours été le siège d'un évêché, à la grande organisation du clergé, suffragant do Sens.
Nous venons de dire que, jusqu'à l'épiscopat de Théodulphe, la chronologie des évoques est incertaine et qu'elle se borne à des récits purement légendaires.
Sous Charlemagne, le clergé se relève de l'abaissement où le règne de ce prince l'a trouvé, et cela, sous l'inlluenre des savants appartenant tous aux ordres monastiques que le roi des Francs appelait de toutes parts.
Tous les pays, toutes les races fournirent leur contingent à cette cohorte savante.
(1) L'abbé Baunard.
(2) Ce Bi]get a été traité aux pages 50 et 123; il est inutile do s'y arrêter d'avantage.
On y voit figurer le Goth Théodulphe, 1c docteur Longobard ou Lombard (Paul), fils de Wancfrid; le Bavarois Letrade, qui fut archevêque de Lyon ; Tlrlandais Scot ; le Toscan Pierre de Pise; et TAnglo-Saxon Alcuin, le plus illustre de tous.
C'est de Charlcmagne qu'on a pu dire qu'il a organisé renseignement, et que les écoles étant tombées^ illes a relevées.
Ici, seulement, on peut reprendre Thistoire d'Orléans et constater qu'après avoir été sauvée des Huns par un courageux et illustre évéque, la renaissance des lettres est due encore à un illustre évoque, occupant le siège épiscopal de cette ville.
Ces régénérateurs, on vient d'en voir la liste, sont tous des étrangers; pas un Gallo-Romain ne s'y rencontre; triste effet de la conquête et des dissensions des rois mérovingiens.
Occupons-nous donc de ce Golh, nommé Théodulphe, dont les actes résument l'histoire de la ville dans cette période, en nous bornant à ceux qui intéressent l'enseignement, particulièrement à celui distribué dans la ville d'Orléans, les autres appartenant à l'histoire générale du règne de Charlemagne. Trois natures d'écoles depuis le vi® siècle, dans la Gaule franque, remplaçaient les anciennes écoles municipales de l'Empire :
Les écoles épiscopales, pla<*ées sous la direction immédiate de l'évéque.
Les écoles cathédrales ou capitulaires, placées sous la direction des chapitres qui, dans un temps très rapproché, à la suite d'une lutte engagée entre répiscopat et les chapitres, absorbèrent les écoles épiscopalcs et réunirent toutes les Facultés du haut enseignement.
Ce haut enseignement était le trivhim; il se composait de la grammaire, de la rhétori(|ue et de la dialectique.
La grammaire était l'objet du plus important enseignement à cette époque où la formation d'une nouvelle langue devait sortir du chaos des idiomes composés du latin dégénéré, des divers patois gaéliques et du langage germanique.
On y ajoute ce qu'on a[)pelait le quadrimum^ composé de l'arithmétique, de la géométrie et de l'astronomie, et le chant liturgique.
La ffémmn de ces éléments d'étude s'appelait les sept arts itUnmx.
Enfin l'école presbyiérale répandait l'enseignement primaire : l'alphabet, l'assemblage des syllabes , en un mot, la lecture ; le chant liturgique déjà introduit dans l'Église par Grégoire- le Grand.
Théodulphe nous apprend, dans le langage poétique (1) qu'il semble avoir préféré au langage ordinaire, les allégories, à l'aide desquelles il personnifîait la science; nous ne devons insister ici que sur le nombre et la situation des établissements où l'enseignement des lettres appelait un nombre considérable d'écoliers.
Ces institutions, indépendamment des écoles épiscopale, cathédrale et presbytérale, existaient dans les collégiales de Saint-Âignan d'Orléans, de Saint-Benoît-sur-Loire et de Saint- Liphard de Meung.
Nous devons nous borner à ces énonciations, point de départ de l'enseignement classique et universitaire dont nous suivrons l'évolution tant dans ces institutions primitives que dans celles aoxqueUes elles ont donné naissance.
(IJ La Orammsiire était assise, un fouet à la maiQ|: hujus lœva tenet flagrum,
La Philosophie était représentée dans l'éclat d'une reine, le diadème au front, des rameaux sans nombre s'échappaient de son sein : et quia primatum sapientia gestat ubique — compserat hinc dia^ dema caput,
La Rhétorique debout, les ailes éployces et la main étendue , dans l'attitude de la parole : Rhetorica atque foro dextram protensa se» débat — corporis ars alas revehit ; il avait la tête d'un lion : caput atque leonis.
La Dialectique, le front penché, tenait un serpent à la main, symbole de la prudence : lœva caput monstrat, corpus tamen occulit anguis.
La Musique, personnifiée par une lyre et une flûte à sept tuyaux, nombre sacré : qui numerus celebris mijstica multo gerit.
La Géométrie mesurait de son compas les cinq zones du monde; l'Astronomie portait de ses deux mains le cercle du zodiaque avec ses douze lignes : manibus geminis brachia tensa tenent. — Bâunaud, p. 22.
Ce temps d^arrèt paraîtra tout simple en considérant que cet enseignement dut ôtre rudimcntaire au moment de son introduction dans lii Gaule centrale, après les malheurs des invasions qui ont suivi la chute de Tempire.
Le grand empereur avait à lutter contre l'abattement do clergé, dont un grand nombre de membres étaient hors d'état de réciter le Pater et qui ne savaient que répondre lorsque Vévêque leur présentait la règle^ avec un dédain pire que V ignorance : nescio litteras (Fleury, Baunard); contre les inquiétudes sans cesse renaissantes des populations et aussi contre le mépris des grands pour la science, et les troubles que les divisions des princes répandaient dans toutes les parties du territoire prématurément appelé la France.
Ces bienfaits du règne de Charlemagne et de l'épiscopat de Théodulphe produisirent certainement d'heureux fruits.
On cite de savants docteurs qui, comme Théodulphe, introduisirent la poésie latine dans les écoles d'Orléans ; malheureusement nous avons très peu de renseignements sur cette époque, non plus que sur la marche des événements dans la ville; les , grands actes de la vie de Charlemagne se passèrent loin du centre de la Gaule franque. Ceux qui suivirent bientôt vinrent non seulement interrompre, mais encore détruire les effets déjà obtenus de ces nobles et belles institutions.
Charlemagne eut un faible successeur, sous le règne duquel se manifestèrent, de nouveau, les tristes effets du partage de Tautorité royale.
Pour surcroît dïnfortune, les invasions des Normands, ces nouveaux Huns^ survinrent, et nous nous trouverons en présence d'une lacune à combler dans l'histoire de Tantique cité où ces premiers essais de la régénération de la civilisation, par les lettres, venaient d'être tentés.
Une consolation nous reste ; nous verrons bientôt quelle fut leur vitalité, leur croissance et les fruits qu'ils ont donnés.