AVANT-PROPOS
Sœpe clamitans tiberum w, liberœque civitalis esse.
(DerniéreB paroles do Dumaoriï, Cbbs. liv. V.)
Les Sociétés savantes des départements, et, particulière-
ment, la Société archéologique et historique de TOrléanais
'se sont constituées sous F influence de cette pensée, que
l'histoire locale est d'un haut intérêt pour l'histoire
générale.
C'est en sa qualité de l*un des membres fondateurs de cette Société que l'auteur croit devoir entreprendre la tâche d'écrire Thistoire de la ville d'Orléans.
U est facile d'adopter notre proposition, lorsqu'on se I livre aux études nécessaires à Taccomplissement d'une telle œuvre.
Ces études nous montrent la Gaule, avant la conquête de César, morcelée en tribus ayant chacune leur constitution, leur culte, leurs mœurs ; parquées dans des circonscriptions fermées par des marches ou territoires neutres, partagées par une viabilité semée d'obstacles et de lieux de refuge, au milieu de marécages et de forêts.
Elles nous permettent d'observer ces tribus dans la Gaule celtique, surtout dans la ville de Geîiabmn, où nous les voyons entretenir, parmi elles : la haine de l'administration romaine par les inquiétudes, sans cesse renaissantés, qu elles donnent à TEmpire*
Ces études nous font voir la Gaule romaine, devenue la Gaule firanque, subissant la constitution féodale, continuer la pratique de ses anciennes traditions ; s'attacher à ses coutumes qui semblent avoir été sa consolation ; borner son patriotisme à Tamour de la cité qu'elle pousse jusqu'à la passion ; se représenter la ville natale comme le seul lieu que l'on dût être heureux et fier d'habiter, où se trouvaient réunis les avantages d'une nature gracieuse et féconde, et ses habitants comme supérieurs aux habitants des autres villes, par l'intelligence, le courage, l'urbanité et la douceur et, peut-être même, par la beauté.
Mais le cercle s'étend, les événements se pressent ; les voies de communication se multiplient; l'autorité des pouvoirs publics se décentralise, ils se fortifient, la police intérieure des cités, celle des routes s'organisent ; le commerce donne au} contrat d'échange une plus grande activité; le droit coutumier se modifie, il s'enrichit des dispositions des coutumes établies sur des bases plus larges ; il s'éclaire par l'étude du droit canonique et du droit romain.
Avec la sécurité individuelle s'introduit le goût des arts; l'étude des lettres charme l'esprit, adoucit les mœurs, ouvre à l'intelligence des horizons nouveaux.
L'étude des lois acquiert une méthode plus sûre par l'introduction des grades universitaires.
L'esprit de secte s'agite, rappelant les controverses dogmatiques qui ont troublé la primitive Église; les hérésies nouvelles, les nouveaux schismes exercent une grande influence sur le développement de l'intelligence.
Le combat intellectuel engendre l'érudition qui poursuit sa marche ascendante jusqu'à la science ; le style et le sentiment littéraire s'élèvent jusqu'à l'éloquence.
C'est dans les villes surtout, sièges des universités, que ces progrès s'accomplissent.
A e«s gràndd traits Tiennent se joindre ceux, non moins éoûsidérables, qui intéressent chacune des cités.
Ge sont les événements guerriers nés des invasions étrangères, des mouvements insurrectionnels, des rivalités et des ambitions des grands feudataires, et, déjà, des instincts révolutionnaires et de l'exaltation religieuse.
Les institutions municipale et fiscale.
Le commerce, l'organisation des corps de métiers, le paupérisme, les institutions hospitalières, les cimetières, Tinstruction publique, les lieux de débauche, les monuments, les chemins, la navigation fluviale.
La religion; les monuments qui lui sont consacrés.
Les rapports de la Commune avec TÉtat.
Tels sont les sujets d'études qu'offre à l'esprit l'idée d'écrire l'histoire dédaigneusement qualifiée de locale.
D'ailleura, par l'exactitude qui leur est propre, qualité trop souvent absente dans les œuvres de l'histoire générale, ces études ont le double avantage de fournir à celles-ci des renseignements précieux et de suppléer à ceux qui leur échappent.
Mais, avant de se livrer à un travail de ce genre, il est indispensable de s'assurer s'il est opportun de l'entreprendre.
La solution de cette question dépend de la solution des questions suivantes : 1* La ville et la province ont-elles une importance historique assez grande pour être le sujet d'une œuvre de cette nature ? 2° Les œuvres des auteurs qui ont déjà traité ce sujet sont-elles assez considérables pour rendre sans un véritable intérêt une nouvelle publication historique, quand même elles devraient être complétées ? 3"* Quelle est la nature des documents que l'on peut consulter ?
Si nousUxaminons la première de ces questions, quelle que soit la dénomination employée pour désigner la ville