‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 45 sur 59 · NOUVELLE DISTRIBUTION DE LA VILLE, QUATRIÈME ACCRCB · texte numérisé non relu

NOUVELLE DISTRIBUTION DE LA VILLE, QUATRIÈME ACCRCB

Nous avons vu que sous le règne de Louis XI et en Tannée 1480, la ville avait reçu un accroissement assez eoDâidérable, consistant dans la clôture de murailles, de tours et fossés renfermant le faubourg Bourgogne commençant alors à l'issue de la rue portant ce nom, ouvrant sur le fossé appelé aujourd'hui rue du Bourdon- Blanc et de la Tour-Neuve, et s'étendant ainsi jusqu'à la limite du territoire de la collégiale de Saint-Aignao, et que nous avons retardé de décrire cette nouvelle enceinte parce qu'elle n'avait reçu son complément que sous le règne de Charles VIII.

Nous reprenons ce détail intéressant dans une histoire aussi

, spéciale que celle d*ttne ville même aussi antique et aussi importante» et qui a été le siège d événements et d1na Util tiens au&si considérables.

Après avoir décrit les inquiétudes causées au Roi par \ii ligue des princes et des grands de la monarchie, h roceasion de la K*gence donnée à la dame de Beaujeii, et avoir raconté la part qu*y prît le duc d'Orléans qui rassembla ses troupes à Blois pour se rendre à Orléans, et la part que la ville refusa d'y prendre en ne pcrmeLtnot au duc de n'entrer dans ses murs qu'avec sa maison eL non avec sa gendarmerie, tellement que le duc fut obligé de se retirer à Beaugency o(i, assiégé par le comte de Vendôme, et par les soins des bons Français ces deux grands personnages se réconciIitTent, Symphorien Giiyon ajoute que Louis vint en l'année 1485 dans sa ville d'Orléans.

Il y passa son temps en festins, joutes et tournois et autres exercices et récréations, et il prit la résolution de faire une nouvelle clôture de murailles pour faire aecroilre la ville d*Or- ' léans, du côté de la Beauee.

En Tannée i486, le due d'Orléans obtint du Boi. la ftproii^^simi de commencer les travaux, et pour cet eilet de prueéder a la visite du rirruit et eueeinte des faubourgs de ce côté.

Après le proees verlïa! des eummissaires chargés de ces travaux préjmratoires, on Iravailla fL on fit un fnrl graod circuit de murailles depuis la tour du bassin qui esl proclie la porte de RecoHvrance, en Itranl vers roccident jusqu'au Havelin fie Saint-Laurent, c'est-à-dire venant se relier aux ouvrages du contrescarpe devant les courtines ou mur entre deux bastions, en montant vers le septentrion jusqu'à la porte Kannier, et de la dite porte en retournant vei^slorienl jusqu*à une encoignure de murnilb's qui est au bas de la rueSaiute-Euverte, telletnenl que Ip ^^ranil eimetière qui était auparavant hors la ville fut renfermé dans son euidos avec la ehnprdh* Saint-Lazare, Téghsc et paroisse Saint-Miehel (anjourd'bui bi salle de spectaelr) réglise et couvent des Jacobins (aujourd'hui la caserne dr l'artillerie)» Féglise et paroisse de Saint Paterne et Téglise el couvent des Carmes.

Et d'autant que la première et aneicïjQè clôture de la ville.

fl n'y avait pr^^quc ancuno place publique d© grandcar co sidérnble, les mes éUiicnl êtrriitea et les maî&ODâ fort serr on jugea à propoi en cette dernière atigmentaUan de la rïtle d'y laisser Iroifi tçraod'-s places nommées l'Ealape, le Xariroy et le marché delà Porte-Kenard,

En un mot la ville s*étendit jusqif aux bouleTards qui existent encore et qui donnent une jusile idée de ce qu'elle fui depuis cette année 1 186, jusqu*^ Tannôe 18^48, où les aociens mi aujourdhui les boulevards qui Ton ton rent et aboutissent à cl cune de leur extrémité au midi, c*e9t-è-dire venant a*arréter & la Loire, ont été abaissés, les anciennes muratiJes ganiic6 de tours démolies et les anciens fossés comblés.

Enfin c'est ainsi que la rue Bourgogne dans son parcours depuis la rue Royale» au coin dit encore aujourd'hui comme dans ces temps : Maiigars, jusqu'jii la nouvelle porte Bourgogne &e rencontrant avec les fossés comblés et devenus les rues du Bourdon-Blanc et de la Tour-Neuve, a pu s'appeler la rue de la Croix, parce qu'en eirel le parcours de ces grandes voies de communication forment une croix latine ajâsez régulière.

Et c'est ainsi que le quartier «'étendant de ces rues du Bourdon- Blanc et de la Tour-Neuve a pu s'appeler : ta Ki/te- Xeuve-Sa in i-A ignan ,

Cette description est empruntée à Symphorien Guyoo qui a vu l'état extérieur de la ville dans son entier achèvement, sans qu'aucune modification y ait été apportée.

Un autre auteur que nous aimons à citer, notre contemporain, M. de Buzonniére, entre dans plus de détails à ce sujet ; nous croyons ne pas devoir les négliger.

Il commence par rechercher les motifs qui ont inspiré ces travaux, il les attribue aux événements qui remontent au règne de Louis Xï, quoique, dit-il, cette troisième accrue ne ilale que de 1481.

11 préteud que les habitants par esprit d'oppositton laissaient les étrangers habiter le nouveau quartier : la %ille Neum-Saini-Algnan, établi par ce prince, mais que resserrés dans les vieilles murailles ils étaient obligés de déborder dans les seules directions qui leur restaient ouvertes au nord et à

l'ouest; c'est ninsi que les (aulmnrgs populeux de la porte Bannier ou Bernier et la |>ortc Renard, ùleudircnt leurs rameaux dans la banlieue.

A cette époque la populatiou extV»rieure et întérieuri? était do 26 à 28»0Û0 âmes, et le nombre des maisons de 2,oOO environ.

Se plar^anl au point de vue de la dernière guerre, à l'occa- BioQ de laquelle le duc d'Orlàans, lui-même, s était ligué avec le roi d'Angleterre contre la régence de madame de Beaujeu, les habîtautâ des faubourfçs se rappehinl la guerre des Anglais de 1428, et îuquieis de ce qui pouvait survenir, présentèrent au roi Charles Vlïl, une requi^te par laquelle, ils le sollicitaient de prolonger autour de la ville, la nouvelle enceinte qui o y avait annexé que le faubourg Bourgogne.

Cette demande fui accueillie et les travaux commencèrent

Cette supposition paraît douteuse à notre auteur lui-même, il s'empresse d'en exprimer une autre : n'était-tl pas à craindre dit-il, que la ville d'Orléans, ne se livrât entre les mains de l'ennemi. Cependant les travaux ont été poussés avec une grande activité pendant tout le règne de Charles VIII : h la vérité, ajoute-t-ilj le parti du duc était dispersé en 1486, et une apparente réconeiliation avait rapproché le duc et le Roi mais dans ces conjectures ifëtait-ce pas engager le duc h de nouvelles intrigues ?

Tous ces raisonnements ont pour objet de déterminer à quelle autorité celle du Ror ou du prince apanagiste,- la ville d'Orléans doit T accroissement délinitif du moyen âge qui a iiubsislé jusqu'à Tannée 1848, dont on voit encore le tracé qui commence, cependant à s'eiracer, par le nivellement des anciens boulevards et le mélange dî>s halatations de la ville avec celles des faubourgs, s'étendant tout au tour et dans toutes les orientations, jusqu'à des distances atteignant de chaque côté plusieurs kilomètres.

Nous pensons que cette accrue définitive est exclusivement due au pouvoir royal et à raduiiiustration de la régente, qui accorda l'octroi d'un impôt p<»ur les travaux de cette enceinte de ces deniers à prendre sur chaque niinot de sel qui serait vendu, dans touie rétendue du royaume.

Cîrcnnwtnnce «li^** f!**Hn? !*i/?Tiaït'*p par sivn oiraetère géQénLl ipKiif|»i* npjiliqiM't* 8|i^*iiial^*meMt à uiir* m^uU* ville ri qui 4èler-

L'ouvragi^ qm* tioiH coDSultont^ nous déeril cetla dentïèffB eijcc*îfilc^ «arïîs n**ri iiji>vil*»r ii Iti di*ëcrlpiiciii ijtip hôus airoiii rcproduiïr iTaprevs Sjmplioricti Guyoo, niaiâ II entre émm pîm dt détajl:^ qu'il uouâ gemble intéresjsimt de* reproduira ici, oii nous résumons loul c».' qui a été écril à ce utijeL

Ea I4a0, la porte Saint-Poimiroii Saînl-Pateme commence à a'élever avec pês deux fortes toura deoii-cïrcuîaires, et €Q tr*t'i, il est probable que renceiote élalt à peu près icrminé^ ; on établit an courB de celle année un raveîiti < la porte Boii gogne.

En même temps on détruisait les anci^uies fortiûeatioiis, el au cours de l'année 1501, la porte Renard était sapprimée.

L'auteur fait remarquer le changement apporté à ces mm- ▼elles fortifications qui devant être diflSrentes des Ani*i<yn^ par suite des progrès que fit l'artillerie de la Vm dit xv^ alèele, où elle fut introduite jusqu'au milieu da xvr ; les bastioiia presque massifs, peu élevés, espacés, furent remplac^^ par les tours circulaires, élancées presque détachées dn mur ; des mâchicoulis couronnèrent les murs, on ouvrit des embrasures larges et peu nombreuses pour l'usage des canons et de la mousquetcrie : les fossés furent larges et profonds, leurs terres formèrent des remparts de 15 à 20 mètres d'épaisseur.

Les portes devinrent ehartières et accompagnées de guichets, mais défendues par des herses ouvrant sur les ponts levis.

Si nous consultons Lemaire, parlant de la nouvelle enceinte

(1) Le sel au moyen âge était l'objet d'un impôt direct^ quoiqu*il fut une matière de consommation; chaque habitant des villes était attribué d'une certaine quantité qu'il devait prendre et payer au grenier à sel du Roi.

Si on recherche la cause de cet impôt on la rencontrera dans l'abondance de la consommation au moyen âge des salaisons, viandes et poissons, par suite de la simplicité et de la frugalité des classes populaires et bourgeoises, encore très voisines les unes des autres, et de l'exactitude avec laquelle elles observaient les jours d'abstinence.

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et dôtui^ de mnraillcs, il nous «lit ; fWc a iHé faitfi par propnrtioù ffonrnétrir|ur', étniit ronde, dopiiis !e ravelin Saint- Laurcût fittoûant à la Lv*ire, jusqu'à celui de la porte Bourgogne, dnris lesijuelles murailles sont 26 tours fortes espcsses (épaisses) et de bonne maçonnerie, qui ont des casemates pour battre le fossé ; au dehors des murailles, il y a des fossés larges et profonds.

Et par dedans depuis ledit ravelin de Saint-Laurent jusffu*à la porte Bourgogne» les murailles sont garnies de remparts.

Lcmfiire mentionne les plantations d'ormes de ces remparts. mais comme il ne les place qn*ao temps où la reine Catherine de Médicîs, était duchesse d'Orléans, il n'en peut-être question encore ici où nous ne sommes parvenus qu'au rÎBgne de Charles VIII, il parle ainsi du beau jeu de pa!-mail, mais dont nous ne devons parler que pour mémoire, puisquH ne fui autorisé sur ces boulevards qui en prirent le nom de mail, que par litres patentes du roi Henri IV, datées du 4juili€t 1408.

Leniaire continue : le circuit de la ville est d'environ 3,300 toises ou 6,GoG pas ; sa longueur depuis la porte Bourgogne jusqu'à la porte Saint Jean de K2ÎI5 toises à prendre 3 pieds pour pas, et 2,470 pas.

Sa lîirgenr h prend re depuis la porte Jacquin-Rousselet (porte du pont ouvrant sur la vue Sainte-Catherine), jusqu'à la porte Bannier, de 574 ti-ises à prendre 3 pieds pour paiî, et 1,280 pas.

Si on eoni prend les faubourgs depuis Saint-Marceau, Saint- Laurent, la Miideleiue, Nolre-DamcHles-Aydes, Fleury, Saint- Marc et rOrbette (porte Bourgogne) il se trouvera plusde trois lieues.

Il termine sa description par cette phrase sentimentale que nous avons eu ToccasiMU de rapporter : la forme et figure de cette ville est en denn-lune ou plutôt d'un coeur; et il cite les deux vers latins du Scaliger rapportés et traduit déjà.

Autres, dit-it, encore la comparant à un arc tendu : la corde se trouve au milieu du coté de la rivière et les deux bouts à Fo rient et à roccident.

Il désigne les six portes de la ville et les noms des tours sur

lesquels il ne nous semble pas nécessaire dlasister aujourd'hui qu'il n'en reslc aucune trace.

Nous avons rru qu'il n^était pas sans intérêt de réunir tous les souvenirs de ce que fui progressivement, la ville d*Orléans jusqu'à rannée que nous avons (ait connaître où son enceinte et ménae ses voies intérieures ont été, la première absolument elîacée, les autres en grande partie, élargies et d'étroites et tortueuses qu'elles étaient , larges, spacieuses, et plusieurs d'entr'ellcs véritablement magnifiques.

Cependant il est impossible de ne pas donner un regret à l'ancienne cité d'Orléans : ponr quiconque, comme celui qui écrit ces ligues a vu cette belle enceinte de boulevards larges, et dominant la campagne environnante, ombragée d^ormes séculaires, inaccessibles au bruit des voitures^ et offrant une promenade h Taspeet sévère et méditatif, mais calme, saine et paisible, ces murailles élevées et tlanquées de tours transformées, elles-mêmes, a leur sommet en terrasses circulaires, jamais ce spectacle imposant ne pourra être remplacé par celui-ci que présente ces allées basses^ agitées et sans caractère qui depuis peu lui ont été substituées.

Nous avons atteint une ère nouvelle, dans laquelle nous devons pénétrer pour y suivre les destinées de la vieille ville qui sera longtemps» ainsi que nous venons de le dire, à quitter son antique revêtement mais qui, à Tintérieur, s associera à ce qu'on appelle la Eenaissaoce, mot dont le sens comprend la science du droit, la culture des lettres et des arts.

Avant d'accomplir cette lâche, saluons l'heureuse révolution, cette fois salutaire et pleine de bienfaits sous les auspices de laquelle l'histoire va a offrir à notre attention.

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