MÉLANGE DE CES RAPPORTS AVEC LA CONSTITUTION FÉODALE
Nous avons décrit le bénéfice suburbain de l'évêché d'Orléans, dans toute son étendue ; nous ne reviendrons pas sur cette partie des riches concessions qui, plus tard, se sont étendues aux villes de Pithiviers, Jargeau et MeungV, mais il' en est d'autres qui, pour n'être qu'honorifiques, ont un caractère tellement considérable qu'ils exigent qu'on les fasse connaître avec quelqu'étendue.
L'un est le port de chaque évêque d'Orléans, le jour où pre-
nant possession de son siège épîscopal, il fait sa soleDDoIle^ m joyenae entrée dans la ville ; Tautrc est le privilège de df^iwrer les prisonHièî'ft, ne trouvant, en ce moraont, dans les prisons de la Ville.
Ces siiji^t:^ onl été longuement traites dans les œuvres des anciens historiens de la ville d'Orléans, nous estimons qu*i! est^ dans rintêrèt de l'entière vérité historique, de revenir sur cette douille prérogative, et de déterminer le véritable sens symbolique de la première j le sentiment qui a présidé à la eoncession de la seconde et à la persévérance de sa mise en pratique dans le diocèse d'Orléans*
roni DE L EVÊQUE K SA JOYEUSE ENTRÉE*
Cet acte consistait dans Taction, par quatre barons dont les fiefs faisaieut partie du territoire ou du détroit» conanie nn disait alors, du diocèse, de saisir le trùnc sur lequel l'évécfue était assis et de le transporter sur leurs épaules, de la collégiale de Saint-Aîgnjin, à [a porte de la cathédrale.
Cesquatrc barons ctaicut: celui d'Ycvre-le-Chàtel (situe à peu de distance de la ville de Pithiviers), de SuIIy-sur-Loire, de Cheray-les-Meung (fiel sur lerjue! nous nous sommes expliqué en traitant de la conliscation de ce fief au profit de levêché) et d'Aschères et Hougemonl, aussi situés près de Pithiviei's. (1)
Examinons maintenant, comment ces domaines, même celui d'Yèvre-le-Chdtcl qui dans quelques occasions alternatives, a fait partie du domaine du Roi, ont pu être grevés d*uji devoir de vassalité, équivalant à une sorte de corvée (seroitium corporis) envei^ le prélat occupant le siège épiscopal d'Orléans, et s'il existe une nuance qui sépare le fief possédé par le Roi, des trois autres, dans la pratique observée par les quatre délenteura de ces (iefs.
(1) Ce dernier fief dépendait de la terre de TheUlay^Saiat-Beiioist qui, originairement était chargé du port de l*êt>''que ; ce fief ayant été partagé et les deux domainca en ayant été «éparéa, la redevance a été attribuée â ces deux domamefi réunis dans la même main (1206).
PoUuche enseigne que Je port de Vé^éque ii*est que le stmu ^ larre de Télectiou des rois frauca élevés par les guerriei's, sur
le bouclier.
Ainsi lelévation de Tévéque comme celle du chef des Francs, ne serait que rexpression de la soumission au premier^ en reconoaissanl son autorité religieuse^ comme l'élévation de FauLre sur le pavois, n'était qoê rpxpress«ion de la soumission à son autorilé politique et surtout guerrière.
Cette proposition est justifiée |»!ir lu circonstance à la suite de laquelle la ret/ei?a«ce, le det'Oir des quatre barons envers Té veque a été fondée.
Cette circonstance est celle qui a donné lieu à la redevance des fjouitières de cire.
Ici on se trouve en présence de cinq et même de six débiteurs : les quatre barons et le Roi lui-même, pour sa terre dTèvre-le- ChâteL
Ce nombre, il est vrai, parait contestable ; dans la mise en pratique du droit on ne voit figurer que quatre barons ; le Roi ne pouvait être assimilé aux autres débiteurs; lorsijull ne détachait pas de son domaine, le tief d'Vévre-le-Chatel, il n'acquittait la redevance de la livre de cire que le jour anniversaire de l'invention de la Sain te -Croix,
D'ailleurs» le jour ou cette prestation était acquittée, le Roi se faisait représenter par un gentilhomme auquel Févêque donnait une indemnité.
Cette indemnité était ainsi détaillée : pour la chair (partie d'un repas), 3 sols, tournois ; 3 gélines (ou poules) ; 30 pains ; une jalaye de vin blanc ; le foin et Tavoiuc pour 5 chevaux, et une petite lh>re de cire.
C'est-à-dire quVin retour de la gouttière de cire le Roi recevait de Tévéque : la prestation que celui-ci lui devait, à son passage dans la ville diocésaine, sous le noai de gistunij procu* raiio^ cœnaiicum.
Et comme Tévèque ne devait rien aux autres débitears de la youUiêre de cire, cette prestation était un signe de soumission a Tévèque, de la part du Roi ; mais de son côté, Tévéque compensait, envers le Koi, riiommage qu'il en recevait,
par rîndemnllé qii*il donaail au genltlbomme qui le représentait.
Celle compeQâatioû coosbtail surlout dans la petite Gvrt de cire «{ni Qe pouvait avoir d'antre sem
Gea prélirainaira noua pennelleat de préciser i ongtue fie »a redetanee Aes^fouHèrts de cirB et de bire cofmaitre aoii «akNi a%*ec celle du port de CE^que.
On hésite, poar Tadoptioa de celle ori^e entre quatre récits qui, tous oui le caractère lé^tidaiiT le plus ai^eusé.
Le preimer est tiré de faeimim^ publiés dnos une gniTe eo»lestalioD èleirée à roccasioii de Tealrre solcunclle de œooaeigneor Denets. qui eut fieu le H octobre 1633, par nite da reftia que fit iDOoseigEieiir de Suit?, de se meltrer coamie ses prédéoesMU» et lui-oièiise s> étafeut mis, au nombre des porteurs du prélat.
Il motirail ce refus sur le titre de Dmcké pairie^ aaqnel mn fieTiviaît d'être éléré et qui af&andiêaait m terre de SaU?, de tans devoirs de vassalité envers te fief domi celte élévation^ c^est-ànfire, envers la tonr de ta Faneonneriev SuUt, ne relevant^ dèaoniais, que de la couronne.
Le premier de cm fmthmiM fait remnnter Torlpiie de la prestatiokn à Téfiiaeopat de saint Buverle.
Leseeond rêcU fait descendre rorî^*nedecedrail,anJottrde la bataille de M assonre, perdue par saint Louis, le S ftvrier de Tannée liSO.
On rscsonie que qnatre barons Orléanais^ faits prisonriers à cette bnlaille, liéâ H iarottés et destinés à être pCMlH ëès le
à Dien, el fireal i^9«, sUs
envers Fé^Use d'Orléans de la pre^alion de gooltières et cire, qnlb aequillersienl chaque année dans cette égfise, le jnnr aiUMvenaire de sa dédicace.
Ce TOt% knr nérila d'être transportés ée ee fien oA Ss ranienl formé, dans Féilise de Sainte-Croix, d^Orlénns, an Si se tronvèrenW k IpniJFmain, encare garsltés et liés { liaient la veOle, dans le camp desSnmsiiB,
du nom de Ferri, ou Frédéric, prince de la tnaisun de Lorraine qui, ayant déshonoré la fille d*uri des barons, possesseur du fief qu'on ne désigne pas, mais un de ceux, sans doute situés dans le diocèse d'Orléans, fut tué par ce seigneur assisté des trois autres barons, et qui furent, tous les quatre, en punition de leur crime, soumis à cette redevance.
Mais sans vouloir discuter les motifs qui doivent faire repousser celte origioe, nous lui 0[qiOsons cette circonstance qu'il aurait fallu que les barons meurtriers de l'évèque eussent accompli ce meurtre sur les terres du duc de Lorraine oii ce prélat est mort et où r) fut enterré, dans une église de la ville de Toul, ce qui est inadmissible, au moins très difficile à croire : et celte autre, que dès Tannée 1294, le seigneur de Sully était motivant de Tévéché d'Orléans et rendait foi et h<jniniage h lévéque.
De sorte que si, comme on le dit, le port de Tévèque est une institution du droit féodal, la terre de Sully aurait été soumise h la redevance, bien avant le meurtre de Fer ri de Lorraine, évèque d'Orléans, qui n'aurait eu lieu qu'à la fin du xuf ou au commencement du xiv* siècle.
Le quatrième récit est tiré d'un manuscrit intitulé : l'ota foriunœ, la roue de la fortune, antérieur à Tannée l:2i25 ; on y attribue Torigine de la redevance au vœu que firent trois barons tombés en captivité, si Dieti leur permettait d'en sortir, d'ûlTrir chaque année à Téglise d'Orléans, non pas seulement cinq gouttières de cire, mais cinq chevaux équipés et montés de leurs cavaliers, le tout en cire : offerent ecclesiœ sanctx cnwis quinque equos cereos ad morem equormn^ cum equiiibusarmaiis^ mots anciennement ainsi traduits : cinq chevaux en cire aussi grami^f aussi gros comme est chevaux quand un cavalier tout entier est sur lui*
Le premier de ces récits a pour but, en reportant l'origine du miracle h Tépiscopat de saint Euverte de rendre ainsi témoignage de Tauthenticité de la croix de Nolre-Seigncur Jésus-Christ, alors récemment et miraculeusement découverte par Hélène, mère de l'empereur Constantin, les nobles prisonniers ayant manifesté n'avoir d'espérance de salut que dans la vraie croix.
On invoque h ce siijol lo irjnt^ignago de tapisseries dont les isujels auraient représenté cesi IViits accomplis au lemps de sîiinl Euverte, et celui de vers brodés sur ces tapisseries attestant cette foi vi%*e, en la vraie croix, de ces seigneurs Irançaîs, alors en captivité, et c'est ainsi qu'on a attribué î\ révéché^ Thommage de ce» barons con^isUml h oiïvlr les gouttières de cire h 1 église < de Sainte-Croix et à porter Tévéque au jour de sa joyeuse entrée.
Le quatrième récit ferait renioutt'r le vœu des soigneurs de tieh situés dans le diocèse d'Orléans, h Tannée 12^6, pt à la croisade entreprise par le roi Philippe Auguste,
Comme on le voit, à que!qu*êpoque qu'on se place, quelque inoLîr que Ton adopte^ le merveilleux tombe dans Tabsurde.
Pour nous, ces contes doivi^ut être attribués au genre Utléraire de ces temps, aux formes des racontars des troubadours ou trouvLTcs, de tous les poètes de la chevalerie parcourant les campagnes, pénétrant dans les châteaux et dans les presbylèreSi y répandant avec plus d'exagération que de mérite les récits les plus fabuleux que la crédulité et l'ignorance de ces temps accueillaient comme articles de fui.
Nous tenons de Polluche, la description la plus complète des tapisseries dont il vient d'être parlé : mais cet écrivain, tri*s éclairé et très exact, démontre avec la plus parfaite évidence, que ces objetSt d'un art encore assez peu avancé, ne remontent pas au de là de Tannée 1469.
il ne peut donc rien rester de ses versions, pas même une tradition ; mais Polluche tire de ces récits rapprochés de l'acquit de la redevance des gouttières de cire, le même jour et par les détenteurs des mômes fiefs que Tacquit du port de l'évéque^ la conséquence de leur unique et même origine ; il ladopte et la maintient en présence de deux objections au devant desquelles il va.
Ces deux objections sont celles-ci : il y avait un assez grand nombre de diocèses où la prestation du port de Tévêque était accompagnée de colle d'un cierge, tenîuit lieu de la gouttière de cire à la(juelle on l'avait 8ul)stituée : Paris et Chartres, où il en était ainsi ; il ajoute, aussitôt, le petit commentaire suivant :
Avant, dit-iL que les conciles leur en eussent fait défense, les ^'Véques pouvaicol donner en Hef les biens ecclésiastiques ; ilâ se servirent de ce moyen pour se faire des vassaux.
Cette apinioti nous semble absolument erronnée, dès le rommenccment du chrislianîsnte rinaliénabilitê des biens ecclésiastiques, mis sous la j^.irde »lcs évèques, était absotunient ^consacrée; le concile de Tannée 511, fait foi de ce qui se passait à ce sujet il ans la Gaule centrale.
L'inféodation des bénèflces ou des fiefs ecclésiastiques a pu avoir lieu, depuis le règne de Charles le Chauve^ mais elle a toujours été considérée comme un abus ; et d ailleurs ces fondations de la prestation des goutières de cire et du port de Tévèque, si on admet le premier récit, sont antérieures à la constitution féodale, et les secondes à la facilité avec laquelle les seigneurs de fiel^ consentait k tour démembrement par Tabus de la sous-inféodation.
Polluche continue : < Les obligations de ces nouveaux feuda- « taires, outre quelques redevances pieuses et la prestation « de foi cl hommages, consistaient à secourir les détenteurs « du fief dominant dans les guerres qu'ils avaient à soutenir. c Devenus pairs, barons, grands ivllîciers, les lieutenants des € évéques les accompagnaient dans les grandes cérémonies « et les portaient à celle de leur entrée dans leurs villes épisco- € pales, usage qu'ils empruntèrent des barons du royaume « crivei's les souverains, il ne faut pas chercher ailleurs l'ori- « gine des deux redevances que dans cet usage et dans la ■ nature des terres qui y sont assujetties ».
Ces propositions ne peuvent être attribuées qu*à la confusion entre les droits préexistant à l'ère féodale et les usages [nés de celte constitulion.
Si on Ut, altenlivement, les longues consuUations données à
, ce sujet par riiistorien Lemaire, à messire Nicolas Denetz,
évêque d'Orléans, on voit que, tout en attribuant une toute
autre cause à cette redevance il revient à la pratique des actes
de la féodalité.
C'est ainsi que tout en considérant ce devoir des barons comme emprunté à rélévation des Rois francs sur le bouclier,
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il contrntîc h tognrÂf'r les détenteurs des ficfe comme à cet égard, cii qualité de vassaux do l*évéché.
Mais, en iiiéme temps, il reconnaît quuue charge annuelle^ celle de la prestation deg gouUièresde cire est : contre la nature des flefa ; et il Onit par admettre qu'elle procède : du miracle dont les barons cbi*étien9 ont été favorisés, après la bataille de Massoure.
On est qoelque peu confus en l'année !885, de Tère elii tienne de traiter un sujet historique, sur de pareilles bases, 1 mais les historiens qui nous ont précédé, dont nous avons fait connaître la haute situation scientifique et sociale n'ayant pas hésite f\ reproduire ces récits et à les commenter, il nous était dniîcile de nous en séparer entièrement, d'autant plus qu'ainsi ils sont devenus les éléments de Thistoire ellemétnede la vîîle.
Il faut cependant se hâter de sortir de cet ordre d'idées : si la création de ces droits était le résultat de llnféodatiOQ on pourrait être étonné du caractère religieux qol appartient cerlaiûèmeut fi ces deux prestations, ce caractère sépare les prestations de celles purement féodales.
Nous avons fait apparaître le Roi dans raccomplissemeat de CCS deux devoirs que nous avons considérés comme provenant de la même cause et comme unis par un lien indissoluble, et nous avons fait remarquer que si on leur attribuait le caractère de vassalité il faudrait y soumettre le Roi lui-même, envers 1 evêque, et admettre qu'il aurait été tenu à Tégard du prélat, à tous les devoirs auxquels a droit le seigneur dominant même celui «le le suivre en guerre, et de lui fournir des hommes, et c'est le cniitmiro <[oi avait lieu (1).
Et comme ces prestations étaient collectives et indivisibles,
(1) Voir co (|ui s'oBt passe etil^io \ù roi Philippe Augristo ot Manasses 111^ Celui-ci refusAnl: au Roi do lai t!oaner ses vassaux^ pour raider d^QB sa guerre qu*il faiâ^it ea Oretagne.
Le Roi fit saisir les hérîtfigeB de co prélat et de celui d*Auxerre, le pa|io interdit ïo royaume ; mais le roi ne céda pas et les prélats furent obligea de transiger et ils reconnurent qu'ils étaient, comme évcquesf obligés d'absiater le Roi, dans ses guerres. ( S. G.
P. 11 p. 6 et X)
gi elles étaient Téodales elles Tétaient pour tous les obligés et cela avec toutes leurs ccm séquences, ce qui n'nuroit pu avoir lieu eu présence du roi, à lï-gard de révûque d 'Orléans,
MaÎ8 elles étaient iodi visibles parcequ'elles avaient un autre principe; elles représentaienl rélévalion sur le pavnis. parla cire, symbole du pur et mystique hcunma^e réuîiâé matériellement par les quatre barons, comme le pape, à son avènement, est élevé sur son trùue ponlilical, in cathedra, c'est ainsi que Polluche citant /es antùjuifés de Màcon, justifie cette proposition par ce texte : « Dans cette ville le seigneur de Baulgey, dont la terre fut inféodée par Tévéque Theotclmus en 967 est tenu de présenter, tous les ans, un cierge appelé cbjpcm cerœ le bouclier de cire, i
Ici se renouvelle le sentiment féodal, présent h tous les esprîtjs et dominant toutes les origines et tous les droits de même que, dans tous les récits historiques, la légende explique tous les événements ; et alors, de même que lliommagc féodal apparaissait comme prineipe de toutes les institutions séculières, de même le merveilleux, le miracle, accompagnait la fondation de toutes les institutions qui, d'une manière quelconque, pouvait intéresser le sentiment religieux.
OBSERVATIONS SUR L^ÉPOQtfE A LAQUELLE ON DOIT PLACER LA llfSE lîf PRATIQUE DU DEVOIR DE PORTER l'ÈVÉQUE A SA JOYEUSE ENTRÉE.
Il faut reconnaître tout d'ahord qii on est ici, réduit à ce qu'enseigne la tradition ; rien dans les annales du clergé d*Orléans avant Tannée 1356 n'autorise à penser que les évêques de cette ville aient été portés à leur première entrée par un plus ou moius grand nombre de barons, ou de possesseurs de bénéfices, ni qulls aient reeu ou que l'église ait reçu Toblation de la cire à quelqu'époque de rannée que ce soit.
Le premier des évèques indiqué comme ayant exercé le privilège de délivrer les prisonniers est Sanction, sacré en Tannée 1U99.
Les prédécesseurs de ce prélat semblent n'avoir rien fait de
somblalilo «ippiiis l'illustn* Anlaiiiiï^ ; cépondant, iHsonl La Saussaie cl. Synipliort<'jj (iuvnu . t.-n printédanl k cette délivrance îU se conformaient h l'iisape de rùpiscopal d'Orléans : secundum morem eh Un fia AitreNanensis.
On comprend le Bjlonce gardé lorsqu^on verra que ces deux actes tHâient h ce point traditionnels c|ue les cliapitres et lea vlmnnAlcrws des évt^rhéâ ne pensaîentpasmcme fi en constalerj rubservance.
Ce n est, en effet, ipren Taiinéê 1300, à Toccasion de Tentrée de Bertrand de Saint-Denis qu'il est parlé des solennités qui ont pnkédc la prise en possession du siège épiscopal, aoee le cérémonial mile (LoLtin),
Eu Tannée lvJ56, Jeau V de Montmorency publia des lettres patoîitcs par lest|uelle.s, prenant en considération les circonslîiuces malhoureuse,s dau» lesquelles se tronvait le pays, il croit devoir conserv^er les droits de ! episcopat irOrléans, qu'il était dans ririifiossibilité de mettre en pratique.
Souvent dit-il, Toubli onrt à la mémoire, siepius nièmotiœ injuriaiur obiivio, et par la longueur du temps, ce qui est évident pour les contemporains devient obscur pour la postérité, et ionf/inquiktte fU lemporis quod res dura presenîibm redditur obi(Cura fuluris.
Il est inutile de le suivre dans les détails auxquels il se livre pour reproduire le programme et les divers incidents de celte entrée solennelle, nous les retrouverons bientôt. Recherchons quelle lut la marche de raccomplissement de ces solennités qui tenaieut une g;rande place dans l'esprit des populations de ces temps et dans leurs institutions.
ENTRÉE SOLENNELLE D£â ÉVÊQUES.
A Jean V de Montmorency, succéda Hugues de Fay, qui prit possession de st»n siège en Tannée 1304, à peu près dans les mêmes circonstances que celles oii son prédécesseur av^ait pris possession de ce siège.
De ces dates h Tannée 1448, ces entrées qui auraieût pu être
célébrées trois fois^ ne purent lètre pendant la guerre des Anglais et ses suites]; naais à partir de cette dernière date, elles ne subirent aucune interruption jusqu'à t'année 1758, où Tév^^que Sexlius de Jarente, le dernier évoque de la monarcliie jusqu'à la révolution de 1789, et jusqu'au Concordat de 1802, en présenee du sentiment public, dès ce temps, peu favorable aux pompes de cett<- nature, ne crut pas convenable tle célébrer celle de son entrée ; il prit î^ans doute en rrmsidéraliun deux circonstances graves qui amoindrissaient singulièrement TimporLance de cette cérémonie : le chapitre de Saijit-Aignan dont il devait garantir rindépendance df rautorité de Tévéque Tavait perdue, le Parlement, par un arrêt de lannée 1674, aviiit supprimé ce que Ton appelait te drffit iVexemplion consacré par les actes du souverain ponlîticat d'une date indécise mais spécialement reconnue appartenir h ce eliapitre par des patentes de Charles VII, dittées du 14 netobrc 1434.
De plus, le droit de délivrer les prisonniers venait d*ètre tellement amoindri par une ordonnance du mois d'avril 1758, qu'on pouvait le considérer comme supprimé, et l'évéque entrait en possession de son siège le 9 mai suivant,
La solennité perdait ainsi ses deux principaux motifs d'intérêt et du caractère qui lui avait appartenu, el ce prélat qui d'ailleurs a laissé d*assez tristes souvenirs j avait de très légitimer motifs pour borner son entrée à la cérémonie intérieure dont il prit possession par procureur.
I! semble inutile d'insister sur les détails de ces cérémonies; nos anciens annalistes, particulièrement Synipborien Guyon» et les écoUei*s de la nation germanique, qui ne mampiaientpas dV assister, nous les ont dojiués avec la plus minutieuse exactitude, il suffira de placer ici les circonstances principales nicnlionnées dans les lettres patentes de Hugues du Fay, évéque d'Orléans, qui en l'année 1357 (5 lévrier) ne pouvant faire sun entrée et s'en expliquant auprès des membres du clergé et des fidèles, voulut en conserver le programme, afin qu*il [uit être observé dons des temps meilleui*s.
Il établit d'abord, que la sur^^ille de bi fêle, le prélat doit passer la nuit au monastère de la Cour-Dieu, bourj^
ftUué CD GaUtiaU, foodé eu l'année 1118, h trois lieues d'OrléaQS,
La veille, Tévèque devait f^e rendre avec toute sa suite, à Tabbaye de Saint*Euvprle» h Orlénns, nmÏB hore de ta Tille, et y Mre di»frayè celle seule fois en sa vie, et y passer la nuit.
On a expliqué ce court séjour dans cette collt-crîale par cette raison que légîiî^e de Saiut-Euvcrte étant le lieu de sépulturo des évèques d'Orléans» îl était nécessaire de rapproelier le jour de la prise de posscasion de la haute digtiilé épigi^npale du jour où le prélat aurait à rendre compte de Tusage qa*il en aura fait*
Cette idée, tout h la fois rellgrieuse et philosophique est restée h Télat de leçon, aucun éviS^ue d'Orléans, depuis Sain t-Eu verte, excepté ManaBsès, dont l'êpiscopat a eomnieocé en Tannée 1146, et fini en 1187, n*a été inhumé dans cette église; mais aussi, avec le tempi?, cette première partie du cérémonial de la joyeuse entrée a été absolument abandonnée.
Ce jour, toutes les paroisses de la ville, réunies de grand matin, dans la cathédrale, sortaient en procession générale et se rendaient à I église de Saint-£uverte où elle était attendue par le prélat qui allait au devant d'elle, nu pieds.
Le cortège se mettait en marche et se rendait à la collégiale de Saint-Aignan ; Tévèque était introduit À la marelle, salle do K'union des marguilliersj et ceux-ci lui lavaient les pieds.
Après cette cérémonie Tévêque se mettait in cathedra, vaste fauteuil, et quatre prêtres le prenaient ainsi sur leurs épanleis.
Ils le portaient jusqu'à la porte du cloître regardant la vieille porte Bourgogne ; là un gentilhomme, pour le Roi, ou pour le duc d^Orléans, le seigneur de Sully, le seigneur d'Achères et le seigneur de Meung, on a été jusqu'à en nommer un cinquième^ le seigneur de Linières, fief situé en Berry, mais réuni avec ien fiefs d'Achères et Rougemont, élevaient la chaire conteiiatit révoque jusqu'à leurs épaules et le portaient depuis la porte du cloître Sainl-Aîgnan, jusqu'à la porte de la ville,
A cet endroit les magistrats et, particulièrement le Prévdt, recevaient Févéquc et la délivrance des prisonniers avait lietu
DÉLIVRANCE 0ES PWftÛÎÎNIERS.
A la porte Bourgogne était dressé iid échnffaud où étaient rangés les prisonniers gardés par îes geôliers qui^ avec le Prévôt, devaient jurer sur k' texte de l^Évangile rjue : tous ceux quiis iiemient pour quelque crime sont présents et qu*if n'en ont caché aucun par fraude.
Ce serment était exigé surtout, depuis Tan 13^:2, au cours duquel et à roccasion do Tentrée de l/évôque Roger le Fort, le Prévôt d'Orléans, nommé Nicolas Troillard^ avait refusé de présenter les prisonniers.
Le Roi Charles le Bel^ considérant que la Cour de Parlement était sufQsammcnt informée, Latit par plusieurs conseillers que par plusieurs autres personnes dignes de fui^ que la délivrance des prisonniei^, dans cette occasion, est une ancienne coutume et que le Prévôt est obligé de mener à la porte Bourgogne, en la présence de Té^'éque, les prisonniers détenus dans les prisons d'Orléans, afin que ledit évéque délivre lesdits prisonniers et leur enseigne le» pénitences salutaires, comme il jugera expédient : ilem que ledit Prévut doit au même lieu^ prester le serment, audit évéque, qull n'a caché, ni recelé aucun desdils prisonniers et n'en a point fait expédier plus tût, soit en les condamnant, soit en les cxéculant à mort ou en les envoyant absous depuis qu1l a sçu la future entrée dudit évéque, ordonne au Prévôt de conduire les prisonniers à la porte Bourgogne, et de prêter le serment dont il donne» lui-même, les termes.
Si on s'arrête à cette décision du Parlement, car cette ordonnance n'est que le résultat d'une décision de la Cour, on pourrait en tirer la conséquence que l'exercice du privilège de Tévéque ne s'étendait pns jusqu'aux condamnés , mais qu'il s'arrêtait a ceux des pri>oniiiers heulemenl soupçonnés et accusés d'un fait repréliensiblc, el \Kir conséquent, jusqu*à la sentence rendue, considérés (înoinie innocents, puisque le Prévôt doit jurer qu1l n'en a expédié aucun, soit en les condamnant y soit en les exéeu'ani à mort: cependant il semble que ceux qvii étaient condamnés à mort p roi liaient de la mise
en exercice du privilépe, puisque le Prévôt devait les présenter tous à révêque qui, du reste, a^^'issaîl corarae jugeait être ^ expédient.
Ainsi donc le privilège était reconnu et non seulement^ incontesté par la plus haute Cour de justice et par le Roi, mais il était protégô par eux, dans son exercice le plus étendu.
Si, nous pénétrant du sentiment historique et nous séparant du seutiment de charité qui a inspiré à répiscopat, l'œuvre des pontifes du paganisme^ ainsi que nous Fensei^e le laborieux chanoine de Sainte-Croix, Hubert, appuyant cette proposition sur le droit d^asile, et même sur quelques diâposi lions du code Théosien, on verra que le christianisme n*a fait que prendre son bien où il Tavail Irou^î^.
Dans les premiei's temps de rétablissement de la loi évangê lique, et de sa propagation chez les peuples encore idolâtres,! la terre gauloise à été soumise h Tautorité inquiète, avare et soupçonneuse des ofllciers de TE m pire, puis à la barbarie des premières races frankes, aux duretés du régime féodal ; Texercice du privilège des évoques a dû produire les plus heureux cfTets.
Mais après bi régularisation de la justice, la dénnition légale des crimes, et lorsque la procédure criminelle, quelqulmparfaitc qu'elle fût, eût donné quelque garantie aux accusés, ce privilège devenait exorbitant.
Les abus qu'on devait en faire se montraient surtout dans les derniers temps et le régime des prisons, tout inhumaia qu'il fut, alors, était tellement incomplet que les prisonniers se faisaient facilement renvoyer d'une ville à une autre et que les prisons d'Orléans étaient toujours pleines aux approches de la première entrée d*un évèque,
11 y en eut qui donnant carrière k leurs ressentiments ou à leur cupidité, commettaient le crime qu'ils jugeaient leur être nécessaire, et se constituaient prisonniers à Orléans avec la certitude d'être graciés.
Il en était de même pour ceux qui avaient de justes craintes d'être emprisonnés pour délitas : ils se dénonçaient comîiie coupables d'actions criminelles qu'ils n'avaient pas commises,
pensaol que !cur grâce prononcée pur rùv*^que avait la vertu déteindre les engagements auxquels ils ne pouvaient satisfaire.
Cet artifice a été d'autant plus souvent pratiqué que Fcxer* cice du privilège de révéque ne comprenait pas les prisonniers pour dettes. *
Ou a conservé le nombre des graciés du xvi5 siècle et à la fin du xvn* et la quantité de prisonniers rendus à la liberté à chaque prise de possession môme pendant ce court espace de temps, puisque cette solennité n*avait lieu que dans ce cas mlemonli présente un total vraiment effrayant.
L'acte de délivrance est ainsi établi par Lemaire, Symphorien Guyon et M, Lotlin ; il nous semble intéressant de les suivre dans les chidVes qu'ils ont recueillis.
Aucune monographie des évêques d*Orléans ne fait mention de la délivranec des prisonniers avant ravénement de Roger Lefort» qui eut lieu en l^annéc VMli, mais cette mention est muette sur le nombre des prisimiiiers ; il en est de même de la prise de possession qm eut lieu par Jean. 3* du nom, en rannée 1328 ; de ce dernier millésime à celui de 1439, pendant les- (jiielles onze évéques se sont succédé sur le siège êpiscopal d'Orléans» il n'est en aucune l'iléon parlé de la délivrance des prisonniers h la prise de possession de ces prélats ; quelquefois on dit : qu^elle eut lieu avec les cérémonies d'usage, mais le plus souvent on passe plus rapidement encore sur les détails qu'on y observa, et cela se comprend, si on se reporte à la sihiation de la monarchie et de la ville d*Orléans en particulier dans ce long espace de temps.
En rannée 14B9, et sous l'épiscopat de Regnault de Cbarti^es, en présence du roi Charles YII, alors à Orléans, où il réunissait les états, la délivrance des prisonniers eut lieu parfévéque mais on ne donne pas te nondu-c de ceux 4|ui pruliterent de ce privilège ; môme silence, à cet égard, à rentrée de François de Brilhfic ; en l'année 1473, Jean d'Orléans, fds légitime du Bâtard d'Orléans, comte [de Dunois, célèbre son entrée le 1*^ mai loi22, et délivre 114 prisonniers. On doit remarque;* ici, que parmi ces prisoouiersj se trouvait
un nommé Mathurin Raneé» de la proYioce du Limousin «aocuié d'homicide qui« après avoir été gracié par l'évéque d'Orléam, fut recherché par le juge séculier de Salignac et qui, ayant appelé de cette sentence au parlement de Bordeaux, obtint un Errôt ordonnant'qu'il jouirait du bénéfice de cette gràcei ^û Batisfaisant à la partie civile.
A son entrée, qui eut lieu le 25 octobre 1S3d, Antoine Sanguin délivra âol prisomiiers ; Jean de Morvilliers, le 29 novembre 1559, en délivra 29; Mathurin de la Saussaie, le 9 mars 1364, en délivra 14 ; le I*^ mai 1589, Jean de Laubespine, en délivra 34 ; Gabriel de Laubespine, son succeâseur immédiat, la 14 septembre 1508, en délivra 95 ; Nicolas Denets, le 24 octobre 1632, fit gràee h 340 prisonniers ; le 26 mai, Alponse DeU bene, en délivra 368; en 166G, Du Cambout de Coislin, en gracia 865; en 1707, Fleuriau dArmenonville, rendit la liberté à 854;NicDlas-Joseph de Paris, le 15 mai 1734, en délivra 11 50; et de Montmorency Laval, en 1747, 1200.
Son épiscopat cessa en 1757, et en 1758, le pouvoir royal intervint et, tout en conservant les traces de ce privilège à l*épi&copat d'Orléans, le restreignit dans les limites réclamées par le respect de sa propre autorité, de Tau lu rite de la justice, de la sécurité publique el eniln de Tintérèt des familles et de l'état des personnes que compromettait Texercice d'un tel droit.
DÉFINtlIOI? DE LA HEDEVANCE DES COtTTIËRIS DE CniB.
Jusqu'ici nous avons beaucoup parlé des gouttières de cire en les raltacbaiit, dans une certaine mesure, au transport miraculeux des barons prisonniers des Sarrasins^ à la bataille de Massoure, et qui se sont trouvés du soir au lendemain, à leur réveil, dans l'église Sainle-Croix d*Orléans ; mais sans qu' il soit apparu aucune définition de ce mot : goutHère.
Nous devons essayer de combler celte lacune ; les tentatives des anciens historiens d'Orléans ont été vaines et ce n*e«t pas sans quelque hésitation que noua entreprenons de suppléer à llnsufliaanee de ce qulls ont dit à ce sujet.
^S^mïïRew semble exprimer une caisso en boîs longue ci étroite couverte ou remplie de cire (1) ; du moius c*est ainsi que Polluche Texplique.
Il semble donc que la gouttière n'est autre que ce coffre portatif en usage dari-H les églises, pour transporter et conserver le» cierges^ avant ou après qu'ils ont été allumés et qui alTecte la forme d'une gouttière, et où les gens d'église, après les avoir éteints, fonL égouicr les cierges.
Cette défiuiLion semble être la seule acceptable, si comme on le fait, on rapproche cette prestation du miracle de Massoure» c'est* à- dire des colîres dans lesquels les barons chrétiens auraient été déposés eu attendant le supplice qu'ils devaient subir le lendemain, et dans lesquels ils avaient été transportés à la cathédrale d'Orléans. (2)
Cette version a eepeDdant été examinée soigneusement par Polluche.
Originairemenldit'il, les offrandes étaient de 210 livres et demie de "cire, déposées dans chacune des gouttières ; ces offrandes furent continuées depuis la fondation de la redevance, jusqu*au %yif siècle, époque à latiuelle Tévéque d'Orléans consentit^ à litre de transàriion, à ne recevoir des barons, que des gouttières vides couvertes de cire h la surface.
II nous apprend, d après un compte du receveur dekgrèneterie du duché d'Orléans de Tannée 1393 que la gouttière d*Yèvre-le-Chùtel était liée par une sangle et qu'il a été payé
(1) Nou8 CToyona devoir négliger une interprétation de t^nomgouttière donné a cette caisse, ropréacnté comme provenaat de ce que les barons devaient être pBodna aux gouttières des habitations de la ville de Maasoure, qui certainement n'en étaient pas garnies au xin^ siècle, al même ce mode d'écoulement des eauî de pluie est connu dans ces contrées au xix«.
(2J M. Littré, qui semble ici avoir copié Bescherelle», en donne une autre défiDition. il dit : pièces de cire blanche creusées en forme de bière que les quatre barons de révêché d'Orléans présentaient chaque année dans l'éghse de SaiQte-'Jrois, eu expiation du meurtre de Ferri de Lorraine (évoque d'Orléans en 1229^ piir les barons). On voit ici que cette déânition qui ne détinit rien, n'est acceptahld à aucun polBt de vue*
deux ckevesiriers (1) de chanvre par ce ronclioonaire. et qu'en 1409, il a acheté une sangle dont a été liée ladite gouttière j dô
thôfel du CîJ'ier jusqu^â V église de Sainte-Croix.
Il paraît certain que les barons, et même le gentilhomme qui représentait le Roi, devaient eux mèmea porter ces gouUiéres, ou au moins des cordes qui y étaient adhérentes.
Ces détails conduisent ceux qui ailoptent cette redevance | comuie rappelant k' souvenir de la délivrance miraculeuse de«^ guerriers de la Croisade à voir, dans la gouttière de chacun d*eux, le colTre où chacun d'eux était enfermé, et dons la sangle et les cordons adhérents à la gouttière, lesliens^qui les privaient de leurs mouvements.
Enfin» comme I evêque donnait à chacun des barons une paire de gants, on a considéré ces gants comme donnés en souvenir des menottes dont leurs bras étaient encore chargés, au moment où ils ont été rendus à la liberté dans la cathédrale ^Orléans.
A Toccasion de ces paires de gants nous nous trouvons en présence d*un symbolisme auquel on doit attribuer un tout autre sens, par la raison simple que cnt usage se rencontre dans presque toutes les cérémonies du moyen âge et qui nous semble plutôt tenir à l'usage féodal de rendre foi et hommage : ta main dans la main.
Il semble que ces recherches se réunissent pour protester contre les défhiittons que Ion prétend en faire résulter; qu'il faut, ici, se séparer de la litléralure légendaire qui a présidé à leur adoption ; et revenant à l'union d'origine de ces deux prestations inséparables, quoique Tune ne soit pas offerte le même jour que Taulre, quoique Tune soit annuelle et Tautre simplement accidentelle, ce qui ne pouvait pas être autrement, Tune étant un hommage anniversaire, l'autre un homumge ne se pratiquant qu'au renouvellement de chaque épiscopat, dire que toutes b»s deux étaient ainsi contre la nature des fiefs, puisqueUes sont d'une même originô etnées de la même cause.
(1) Chevestrier : cnpistraffium lieaa très forts et très solidea proro8 à transporter un lourd fardeau^ d'un lieu à un autre.
Il sembl*^ que les gouttières ou le bouclier de cire : Clppeus cer^, était le symbole, renouvelé chaque année, de rèlévatian, in cathedra^ de Tévêque, à son entrée dans sa ville diocésaine,
Cei3 propôsitiona se jusLifieni par celle circonstance qui ne doit pas être perdue de vue, que cotte oblation avait, lieu au jour anniversaire oij ou célébrait Tinveution de la Soinle-Croix, c*e8t-à-dire au jour oîi le signe de lu rédemption, enfoui dan» la terre, en est tiré pour être dressé et montré à Ions les yeux; comme le prélat, élevé au-dessus de tous, devient le guide qui doit les conduire dans la voie du salut.
Aussi, le devoir de porter Févéque dut être le sujet d*une grande émulation entre les seigneurs des grands fiefs du diocèse, c'est, sans doute, ce qui causa, à une époque relativement récente^ mais que nous ne croyons pas moins devoir rapporter ici, une rixe qui faillît être sanglante entre ces barons : en l'année 1646, à l'entrée solennelle de l'évéque Alphonse d'Elbene, et par conséquent a une époque où les questions d*origÎDe étaient perdues de vue^ le due de Sully, sous prétexte de la supériorité de son fief sur les trois autres, prétendit avoir le droit de mettre, le premier, la main sur Tun des bâtons du fauteuil oii le prélat était assis.
Ce diïTércnd apaisé avec quelque peine par Tévèque nVut pas de suite.
Avec le temps tout s'affaiblit, les intérêts dominent les dignités; les barons unissent par se dérober à raccomplissemenl de ce devoir^ et les choses, à cet égard, tombèrent à ce degré d'avilissement que lepiscopat consentit à transformer ces prestations symboliques rappelant les rapports les plus toucbants des peuples et des Rois et de !a grande famille chrétienne avec les chefs de la grande hiérarchie de ses pasteurs, en une redevance en argent; la redevance des gouttières, se réduisit au paiement d'une somme de 40 livres,
L*annéc 1758, Louis Sextius de Jarente de la Bruyère, le dernier évêque d'OiJéans avant la révolution de 1789 (1) et le
(1) Noua ne pouvons compter parmi leà évequea d'Orléans François-Alexandre d^ Jarente Senas d*Orgeval, neveu do Sextius do J&«
concordat de i802, prit possession de son siège le 9 mtii dçj cette année, inai« pur |»rocureur, ainsi qu'on Ta dit, et par > ^qnent mnê rnccompli^semcnt des solennitéB jusque-là en usage.
Nous n'avons plus à parler que d'un autre pririlége se rattachant comme le pori de Véi)éque au souvenir de l'éléTation du elief franc; r^^vècfuc pouvait, pendant toute la journée dfi la joyeuse entrée dans la ville, siège de son diocèse, armer ses gens en ne>rabre indéterminé, pour le protéger» pendaoi Taceom plissement de cette solennité et ajouter à sa pompe.
Cette première partie des rapports entre Télément religieux et Télément séculier, nous conduit à une seconde fondation d'un ordre tout particulier, il est vrai, dont Forigine toute religieuse, maïs avec le temps Lrans[>ortéê à une classe absolument étrangère à Tordre ecclésiastique, doit être l'objet d'un examea sjiéciat
DE LA MAILLE d'oR DE FLORENCE.
Le droit qu'avait la nation picarde étudiant à rUoivei^ité d'Orléans, à la redevance de la Maille d'or de Florence, est ù , ancien, dît Lemeire, que son commencement est immémoriaLl
Cet auteur, s'autorise pour exprimer cette propoeilion d'un ancien Litre regu par Fallu, notaire k Orléans, le 14 janvier 1416 ; on y lit : la nation picarde dit avoir le droit de Maille d'or^ et être en bonne possession de le recevoir, duquel commencement, il n^est aucune mémoire d'homme, tanio iempore quoé^ de iniiio memoria homiunm non exista.
Voici cependant ce que l on raconte à ce sujet.
L'an 687, le 13*^ jour de Janvier, sous le régne de Tliîerrv, roi de France, Saint Salve, évéque d'Amii'na, trouva miraculeusement le corps de saint Frrmin^ le martyr, dans l'église appelée présentement saint AcheuL
rente, coatljuteur dô son oncle consacré évoque % sa place dans Tégli»© de Saint- biphard de Aieung, le 18 février 1184. Il s'élève contre co prèkt UEO question d'indignité qui ne permet pas do lui donaer ce litre.
Un des principaux miracles qui se firent niors, fut la guérîson de Simon t seigneur de Beaugency, qui, étant Inivaillé de la lèpre, et se trouvant, au monicut que le corps fut levé de terre, à la fenêtre de son château, sentit une odeur qui lui rendit, sur le champ, sa première santé.
Eo reconnaissance de ce bienfait, il vînt à Amiens rendre grâce à Dieu et à saint Firmia, et donna à celte église plusieurs biens considérables et, eu outre, son chùteau de Beaugency»
Quelque temps aprcsi l'évéque et le chapitre d'Amiens les remirent aux successeurs de Simon de Beaugency, à condition qulis feraient hommage h Tévcque et paieraient, pour chacun an, 20 sous et une obole de cens seigneuriaL
L^évêque et le chapitre jouirent en commun desdits biens.
Environ l'an 875^ auquel la mense de 1 evéque ayant été séparée de celle du chapitre, la mouvance du château de Beaugency et les droits de fiels» échurent à l'évéque qui eut les biens domainiaux en partage* (I)
Ne soyons pas trop exigeante pour un texte que nous extrayons d'un manuscrit existant aux archives de la cathédrale d'Amiens intitulés : Mémoire touchant ies droits de l'église d'Amiens^ sur la terre de Beaugency^ et ne lui demandons pas trop compte de la contradiction qui semble exister entre la remise, à ses successeurs, des biens abandonnés par Simon, seigneur de Beaugency, à l'évéché d'Amiens et la jouissnnce, par ceux-ci, en commun, de ces biens, et entre le partage qu'ils se sont fait de ces mêmes biens, tenoos-nous, ici, au point de vue de la fondation du droit à la maille qui va résulter de ce partage.
Arrêtons-nous d*abord à !a cause du droit; elle n'est autre que la gucrison miraculeuse du seigneur de Beaugency, lui inspirant la donation de ses biens et de son château à Féglise d^Amiena.
Four rester dans ce sujet, rendons nous compte des rapporta au premier abord a^ssez inexplicables, qui ont pu exister entre cette église et ce possesseur d'un fief situé sur les bords de la Loire, au centre de la monarchie.
(1) Diffôreata des biena féodaux ou censiers ) ceux*ci restent au