‹ Histoire de la ville de Brie-Comte-RobertChapitre 38 sur 58 · HISTOIRt: DE LA VILl.i · texte numérisé non relu

HISTOIRt: DE LA VILl.i

et négocia le mariage du roi avec Isabeau de Bavière (n, do;-:^ les actes néfastes mirent la France à deux doig-ts de sa perte.

Tous ces personnages de haut rang furent les hôtes de Jeanne d'Evreux ; après la mort de cette dernière, le duc de Bourgogne, trouva auprès de sa lille, la duchesse d'Orléans, la même hospitalité.

Jeanne d'Evreux mourut, au château de Brie, le 4 mars 1370 ( 1^71 1, Af?^*<-* d'environ (yj ans <*2i. Après un service solennel, célébré en l'église Saint-Etienne, le corps présent, ses restes furent apportés le samedi-saint à Tabbaye de

ni^ —Juin, 2(» (Jeudi). — N'enant de Naogis, giste à Brie-Comic- Robert. Le lendemain, 27, venu à Cocairix.

13S3 — Avrils 5 (Dimanche). — Venant de Paris, disner à Brie- Comtc-Robert avec M. de Hussy ; giste à N'incennes.

13K4. — Octobre, 2 1 (Vendredi). — N'enant de Boissy, giste à Brie* Comte-Robert ; le lendemain, 27 à Nangis. Décembre, 20 (Mardi). — Venant de Guigne Putain, (Gui* gnes-Rabuiin) giste et souper à Brie-Gomte-Roberc • le lendemain, 21, à Paris.

1 3.S9 — .irr/7, 27 (Mardi). — Avec Mons. de Nevers (fils aîné du duc), venant de Nangis, disner à Hrie-Gomte-Robert • souper et giste à Gréteil.

1 j9<». — Avrils /'V (Lundi). — N'enani de Granipuis, disner à Brie- Gomte-Robert : souper et giste à Gréteil.

139^. — AiH'il, i) (Samedi). — Séjour à Hrie-Gomte-Robert. (Mandements divers, Bib. Nat. coll. Bourgogne t. LUI 1® 542 et 572). Môme jour, les Bordes Brie-Gomte-Robert.

1 3cy>. — Avril, 6 (Jeudi). — Le duc disne à Paris. le comte de Nevers à Gharenion, leur commun à Gréihuel (Gréteil) et toos ensemble gistent à Brie-Gomte-Robert : letlendemain, 7, à Grantpuis. (3)

(1) Blanche de Navarre, nièce de Jeanne d'Kvreux et veuve de IMiilippe VI. tut chîrgée de régler le cérémonial de l'entrée d'Isabeau de Bavière a Paris, en i îS«^). O fut une fête splendide dont les chroniqueurs du temps nous ont laissé maints tlétails.

(2) La reine avait fait son testament dès le mois de juillet 1541. Klle donnait à l'église Saint-Etienne de Brie. 20 livres ih sols parisis de rentes pour être emploves en services religieux. Je donnerai la clause complémentaire réglant ce legs plus loin en parlant de Téglisr Saint-Etienne.

(3) Dans le chapitre qui traite du XV' siècle Je reviendrai a cette enumeration et aux séjours des ducs de Bourgogne à Brie-Comte-Robert.

DE BRIIt-CÎOMTE-RÔtîËÎ^T .I47

Saint-Antoine-des-Champs, à Paris, et de là à Notre Dame. « Le roi (Charles V) se joignit au convoi lorsqu'il passa devant 1 Hôtel de Saint-Paul 1 1 ), et le suivit à pied. Le corps était porté sur un lit de parade, le visage découvert ; le Prévôt et les échevins soutenaient sur quatre lames un drap d'or qui servait de dais au lit, qui était entouré de tout le Parlement en habits de cérémonie ; les présidents soutenaient les quatre coins du poêle ; le roi assista à la messe des morts que TEvèque de Paris célébra le lundi, et il conduisit à pied le convoi jusqu'à la porte Saint-Denis ; le corps fut porté à l'abbaye de ce nom où il fut enterré ; le cœur et les entrailles de la Reine furent inhumés aux Cordeliers de Paris, et le Roi assista à toutes les cérémonies funèbres. »

A lire ces détails, que j'emprunte à un historien anonyme de la ville de Paris, à la description de ces pompes officielles, il est vrai, mais rehaussées par la présence du roi et caractérisées par son attitude, on se rend compte qu'un personnage important de l'Etat venait de disparaître (2). Jeanne d'Rvreux avait eu, en eflet, dans les affaires de son temps une grande part et son influence pendant près d'un demi-siècle se fit sentir dans les conseils de la couronne. Il n'entre pas dans le cadre que je me suis tracé l'examen et l'exposé de l'action de la veuve de Charles-le-Bel ; c'est un sujet que j'ai seulement indiqué, surtout à propos des troubles suscités par Charles-le-Mauvais. Je constate, en passant, l'extrême déférence et l'unanime respect qui entourèrent Jeanne d'Evreux jusqu'à sa mort et les témoignages d'affliction qui accrmipagnèrent son cercueil.

L'afl*ection profonde que Charles V ressentait pour. sa vieille parente ne s'était jamais démentie ; nous en avons déjà constaté les effets. Ces deux natures, calmes, dignes et pondérées étaient faites pour s'entendre. On a dit (3) que

I ) l'alais ou résidait Charles V, situé rue Saint-Antoine.

'2i Charles V ne se contenta pas de suivre le convoi à pied Jusqu'à la porte Saint-Denis. La, il monta a cheval et l'accompagna jusqu'à l'abbaye. Jeonne d'Evreux avait ordonné par son testament qu'on ne lui rendit aucuns honneurs funèbres et supprimé les grands luminaires qu'elle regardait comme inutiles.

(3) Christine de Pisan. historiographe de Charles V.

Charles V avait « toutes les vertus d'un sage : prudence, justice, bénignité, clémence, débonnaireté, humilité, sage largesse, sobriété, chasteté. » Le même éloge pourrait être appliqué à Jeanne d'Evreux.

Tous deux avaient une grande dévotion à la Vierge. Charles rappelait « souveraine médiatrice », Jeanne l'invoquait en ces termes : « La dame qui estes la fleur de lis de virginité et de humilité, la rose de grâce et de douchouret lumière de toutes clartés. » J'emprunte cette invocation à un livre d'heures qui a appartenu à la veuve de Charles-le-Bel (1 ). On y trouve au folio 36 une pièce avec ce titre :

Chi sensient une orison belle et dévole, laquelle la royne Jehannc avoit p'our) espéciale dévotion et est bonne à dire à personne desconseillié et desconforié pour bavoir conseil de la glorieuse Vierge Maiic.

J'en détache le passage suivant :

.... l£i voulliôs en moy mettre humilité en ce que pour honneur n< pour joie terrienne, je ne puisse prendre aultrevoie que la droite voi( de humilité et voulliés moy envoier voire grâce que je puisse cognoistr présentement et aimer de tout mon cucur et detoutcs mes p)fen<ée ardanmcnt mon bon Dieu créateur et vous et recognoistre les bien que vous mavés fais et encore faites tendis en plusieurs manière et me donnés torche et povoir de bien gouverner ce que vous m'av^ balliei en garde à la loange de mon créateur et de vous et au pourt cl salut de mon âme et de mcn peuple que j'ai à gouverner < veuilles douce dame arouscr mon esprit, mes fois, mes dis et m pensée de vraye sapieuce cl de passience en contre toutes les lemp talions et adverï^ilés.

Dans un livre d'heures ayant appartenu à Charles V. •» lit une longue oraison à Saint-Louis, laite à son usage. « o' dans son indignité et son insuffisance, il prie son prédéce? seur d'obtenir pour lui un peu de cette lumière divine qui li est nécessaire pour gouverner son peuple. » X'est-ccpas 1 un écho de r « oraison » de la reine Jeanne. Si tous lesdeu étaient dévots, tous les deux étaient aussi amoureux debelles choses et versés dans les belles lettres. Charles ^ « maçonna » fort, c'était aussi le faible de Jeanne d'Evreux

(I; BibL Nal. Mv». Fonds hnin^nis. .\ouv. ac<|. 4412,

quoique peut-être, dans un ordre d'idées plus utilitaire. Mais l'un et l'autre s'attachèrent à s'entourer de trésors, d'orfèvrerie, d'émaillerie, de joaillerie et de tapisserie. Nous avons vu quels joyaux la veuve de Charles-le-Bel donna à l'abbaye de Saint-Denis en échange de services funèbres pour le repos de l'âme de son mari (i). L'inventaire de ses biens meubles dressé après sa mort justifie cette manière de voir. Il est certain que Charles V réunit une bibliothèque dont on conserve le précieux catalogue rédigé par Gilles Malet. Il mettait son nom sur les livres qui lui étaient le plus précieux, € comme les Ethiques d'Aristote, Tîte-Live, les Institutes, le Songe du verger, etc. Il ne nous reste qu'un souvenir très imparfait de la bibliothèque de la reine Jeanne ; un ouvrage en quatre volumes, les Décades de Tite-Live (2), c'est tout. On se dira, cependant, que cet ouvrage décèle la présence de plusieurs autres, d'une collection peut-être aussi importante et aussi riche que celle du roi. Un détail viendra justifier cette opinion, car il nous prouvera que, à l'instar de Charles V, la reine Jeanne aimait à apposer sa signature sur les livres qu'elle avait en sa possession. Sur le tome IV des Décades, on lit, en effet, ces mots écrits fort probablement par la reine elle-même.

S^c^neC^^^

Cette conformité de goûts, cette sympathie réciproque entre la veuve de Charles-Ie-Bel et le petit fils de Philippe

( I ) Ces Joyaux sont mentionnés dans un inventaire de 1505 et dans celui dressé le 3 Juillet 1739. — V., à cet égard, la notice de M. H. Omont, inventaires du trisêr de Vapbaye de Saint-Denis, publiée dans les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France) t. XXVIlIr p. 165-212., (2)(Bibl. Nat. Fonds Français, 273.

35o HSTOIRE DE LA VILLE

VPi», la respectueuse déférence que ce dernier ne cessa de témoigner à sa vieille parente expliquent la cordialité des rapports qui unissaient Jeanne à la cour de France. On ne saurait, dès lo»s, s'étonner qu'en vue de sa mort prochaine, elle ait commis spécialement (Charles V à la surveillance et à la garde de ses biens, après sa mort.

Est à scavoir que le rov nostre sire (2) qui longtemps avant le trespassemeot de ma dite dame ^3) avoit à sa requeste pris et misa sa sauvegarde tous ses biens meubles quelconques elle avoit au jour de son trespassemeot en quelconques lieux que ils feussent. si comme par ses lettres patentes scellées en cyre verte et en soye peut àppaioir. envoyast tantôt après le trespassemcnt de ma dite dame la dite royne ou chastel de Bric Comte Robert ou ma dite dame trespassa noble homme M. Philippe de Savoisy, son chambellan et nous doyens de rEgli>e Notre Dame de Paris dessus dicte pour faire retraire en lieu seure ou dit chastel tous les biens et joyaux de ma dite dame estant illuec pour la conservation diceux jusques à ce que bon inventaire en feust fait, lesquelz biens ainsy retraiz furent scellez du sel de son secret si comme il avoit commandé estre faict pour greigneur, seureté et demourance

Tel est le préambule de l'inventaire dressé après la mort de la reine Jeanne, inventaire qui a été reproduit par Leber. Il fut dressé, nous apprend-il, par :

Guy, abbé de l'église Mgr Saint Denys(4) en- France. Jacques Le Riche, dosyen de l'Eglise N. D. de Paris, Hugues Boylau naguère conseiller, Regnault de Coulons (5), maistre de la chambre aux deniers et Jean de Juerre (6) secrétaire de ma dite dame (Jehanne de Evreux) exécuteurs du testament faiz. nommez et ordennez par elle si comme il apport par la teneur du dict testament et d'un codicille en yceluy, laquelle exécution nous exécuteurs cy dessus ûommez désirons, comme droict est faire et accomplir l'intention et bon propos de ma dicte dame et par l'ordre et commandement du roy nostre sire, avons entrepris et faict en la manière qui s ensuit.. .

i, On pourrait fort bien supposer que Jeanne d'Evreux fut appelée à être la marraine de ce prince et qu'elle lui donna, en mémoire de Charles IV, a laquelle elle ne cessa d'avoir un inlassable attachement, le prénom de Charles. (2) Charles V.

; ' Jeanne d'hvreux.

4j l.e même dont il acte question dans la donation faite par la reine Jeanne pour le service anniversaire de son mari, v^; (Coulombs, canton de Lisy-sur-Ourcq y^arr. de Meaux; Seine-et-Marne. (6) Jonarre. canton de la Ferté-sous-Jouarre 'arr. de Mcaux).

On conçoit que je ne reproduirai pas ici l'intégralité du document recueilli par Leber. Je crois, cependant, devoir signaler quelques-uns des articles de l'inventaire qui nous donneront une idée de Tameublement du château à cette époque (i).

Comme on a pu s'en rendre compte Jeanne d'Evreux aimait les joyaux, les pièces d'orfèvrerie. C'était, du reste, la manie du temps de posséder et d'échanger des chasses, reliquaires ou tableaux pieux, en matière précieuse ornée et enrichie de pierreries.. Dans l'inventaire des joyaux de Charles V, il s'en trouve qui lui ont été donnés par Jeanne d'Evreux; par voie de réciprocité, Jeanne en avait reçu du roi à ce que nous dit l'inventaire fait après sa mort.

l ne aullre tableau dor à pierrerie et a dedans une Trinité enlevée el daultre part à une Annonciation escueillée lequel label le roy nostre sire donne à la dite dame^ prisé iiij*^ xl frans (2) d'or.

Un tableau d'or garny de pierreries que le roy, oostre sire, donne à la dite madame la royne Jehannex^ et en iceluy tableau a amont (au dessus, au faîte, dans la partie supérieure) une image de la Trinité et d'autre part a un cristal où sont plusieurs sainctuaires (reliquaires) et est nommé LeFretel (3), damont a un drapel qui est dun balay : prisé mil francs d*or.

I) Il est regrettable que l'inventaire n'ait pas été fait, pièce par pièce, à Brie-Comte-Robert même. Nous eussions eu ainsi une description du château avec ses arrangements intérieurs. Mais il nous est dit expressément dans le document visé ci-dessus qu'une fois les objets mobiliers recueillis par Philippe de Savoisy et mis sous scellés * les dits bijoux et autres meubles restés à Brieam't^à Parti, on procéda au dit inventaire. »

(2) Le ^ranc est une monnaie d'or du XIV* siècle et non le franc de la monnaie actuelle. Dans l'ordonnance de 1374, Charles V, fixant les biens à venir de ses enfants, décida que Louis plus tard. duc d'Orléans et seigneur de Brie-Comte-Robert) n'aurait pour tout droit de partage, que 12000 livres tournois de rentes en terre, avec titre de comte et 40000 /raocs en deniers ; ses filles devaient se contenter: l'aînée de j< 0000 francs ; la seconde de 60000 francs. Les deniers dont il s'agit ici, sont des deniers d'or aux fleurs de lys. Les premiers francs d'or« frappés en l^, par Jean portaient le nom de francs c cheval; on les appe'le francs à cause delà devise Francorum rix qu'accompagnait le nom du roi. Sous Charles V furent frappés des francs dits à pied. Ottc monnaie était très recherchée à cause de la fixité de sa valeur. Elle valait exactement 20 sous soit une livre. Le franc cessa d'être frappé en 1641 : le mot resta toutefois comme monnaie de compte.

(3 11 est nécessaire d'appeler l'attention sur ce mot. Le Fr^f^/ était un instrument à vent en usage au moyen-àge. C'est, dit Leber, le nom d'une flûte en tuyaux d'orgues, la syrinx des anciens. Il est a peu près certain que la syrinx ou flûte de Pan adaptée à un sommier, avec un soufllet destiné à le mettre en jeu fut l'orgue primitif. Cet instrument devait être de petite* proportions. Tel il était au début de son existence (le plus ancien connu est celui qui fut envoyé en 757 à Pépin-le-Bref par Constantin Copronymc) tel il resta pendant plusieurs siècles. Çc n'est qu'en 1470 que furent inventées les orgues à pédale par l'Allemand Murede. Jusque-là l'orgue ne fut autre chose qu'une petite boîte portative comme on en voit dans quelques peintuf« • anciennes et dans certains manuscrits du XII* et du XIII* siècles. «M. Fétis, dit Larousse, parle

3b2 HISTOIRE DE LA VILLE

On voit le prix é\efé auquel étaient évalués ces dons faits

par Charles V à la reine, (i) mais on se rend compte aussi des

richesses que contenait le château. Je relève notamment au

milieu des articles d'orfèvrerie :

Un reliquaire dor ou milieu duquel a ij angelots (statuettes repr6sentant des anges) qui tiennent une couronne d'or où il y a ua gros balay ou milieu iiij saphirs aux iiij coins et est garny de xxxij grosses perles, viij diamants et iiij petits balays pendans à une chaisne d'or ; prisé Vl^ francs d'or.

Cela ferait un joyau valant à notre monnaie actuelle 24,000 fr. un chiffre assez royal, en vérité. Il en était de même des tapisseries ; on y remarque :

iiij pièces dun drap d'or de Chipre pour le clotet (creux, enfoncement, niche) à mettre reliques et est le dit drap doublé de cendal (étoffe de soie) en graine (teinte en cochenille, en écarlate) ; prisée xxiiij francs (960 fr. de notre monnaie).

Une chambre de brouderie veluel (velours) vert à compas (à compartiments) de velue» vermeil et ou milieu du compas avoit besans des armes de Navarre, cest assavoir ciel, dossier et courte pointe

d'un petit orgue de regai\e (regabellum ou rigabellum) qui parait avoir été exécuté au TV« siècle, peut-être même au XIV* siècle, car les peintures dont il est orné sont exécutées au blanc d'oeuf. La largeur de la boite dans laquelle sont rcnlVrmcs le clavier, les tuyaux en cuivre et le mécanisme des soupapes n'est que de 8 pouces environ et sa hauteur de 7 ; deux soufflets, dont les cavités lui servent d'enveloppe, lorsque l'on veut transporter l'instrument d'un lieu à un autre, s'adaptent à de petits porte-vents saillants ; les tuyaux dont le plus long n'a pas plus de 4 pouces et demi de hauteur et 8 lignes de diamètre, sont placés horizontalement... »

De tels instruments qui ne mesuraient, on le voit, que deux ou trois dizaines de centimètres étaient facilement transportables. C'est évidemment ainsi qu'il faut entendre ce passage d'un compte d'isabeau de Bavière.

m A messirejean Poincin,chappellain de la Royne, pour ses dépenses d'avoir esté du dict Saint- Germain au bois de Vincennes querre et fere venir les orgues de lachappelle d'icelle dame (Isabeau) xviij s. p. pour les despens et salaire d'un homme qui a y celles orgues apportées du boisau dict Saint-Germain, viij s. p.... »»

Le nom de Fretel, donne par les exécuteurs testamentaires de la reine Jeanne à un tableau en sa possession laisserait croire qu'il s'agit en l'espèce d'un de ces orgues portatifs richement décoré et peut-être celui dont on se servait dans les chapelles Sai't-Jean ou Saint-Denis.Peut-ètre cet instrument se fit-il entendre à la dédicace de leg ise Saint-Etienne, de Bne (156?). Dans tous les cas, il était intéressant de constater l'existence à Brie de l'un de ces orgues anciens sur le principe duquel sont fondées les orgues actuelles.

(1 ■ Si nous appliquons à ces évaluations la méthode comparative dont nous nous sommes déjà servis, en mettant en parallèle le coût du fauchage de l'arpent à cette époque et aujourd'hui, nous obtenons les résultats suivants. Le fauchage d'un arpent coijtait 3 sols, au minimum ; il coûte aujourd'hui 6 francs dans les mêmes conditions. Or, dans un franc d'or, il y avait exactement 20 sols. Donc, proportionnellement et pour la rétribution identique d'un travail s'accomplissant de la même façon au XIV» siècle et aujourd'hui, la dépense est aujourd'hui .^o fois plus forte, d'où cette conclusion que le franc d'or vaudrait 40 fois notre franc d'argent. 11 s'ensuivrait que le Frrul cité dans l'inventaire vaudrait 40.000 francs de notre monnaie, puisqu'il est cote, en IJ70. mil francs d'or. L'autre tableau, par suite, vaudrait 17,600 fr.

(ensemble des rideaux enveloppant le lit) cl viij carriaux (coussins) de même et ij pièces de courtines (rideaux) de tartane rayez pour la dicte chambre ; prise v francs d'or (200 fr. de notre monnaie).

ij aulnes et demyc de tartane rayée pareille aux courtines et dessus des las devisié ; prisé un franc et demye (60 fr. de notre monnaie).

iiij sièges de drap d'or pareil brodez de veluyau violet semé descussons des armes de France et de Navarre dont il y en a ij doubles et iiij pièces de bordure de la longueur de diz sièges et de mesure ; prise vij"" fr. (5600 fr. de notre monnaie).

Un drap de couvertoire descarlatte sanguine fourrée d'une panne de menu vair (i) contenant xxxviij tiers de Ion et Ixiiij de lé (large) prisé c fr. (4000 fr. de notre monnaie), etc., etc.

(]ette cnumcration serait fort long-ue et, en fait, elle ne touche que d'une façon indirecte à l'histoire de Brie. Je m'en voudrais tiïutefois de ne pas la compléter par le détail des vaisseaux de cuisine trouvés au château après la mort de la reine.

xj grans paelles (poêles, poêlions ; signifie anssi pelle) à bous queue) prisé xvij francs d'or (600 fr de notie monnaie).

xvj paelles à ances (chaudrons, bassines) prisé xij francs (480 fr.).

iij paelles à queues, prisé i franc (40 fr.).

iiij grils de fer prisé 1 franc et quart (50 fr.).

viij conlrecotiers (grils), prisé 2 francs et demy (100 fr.).

j broche de fer, prisé iiij sols parisis (8 fr.).

iij culiers darein (d'airain) percées, prisé 2 francs (80 fr.).

ij culiers de fer percées, prisé v sols (10 fr.).

j musel de buef (probablement muselière de bœuf) prisé iiij sols (8fr).

iij paelles de fer mauvais prisé xij sols (24 fr.).

iij pincettes darein, prisé un franc et demy (60 fr.)

ij paelles de fer, prisé v sols (10 fr.).

ij grandes chaudières, prisé x francs d'or (400 fr.)

iiij autres petites chaudières, prisé iiij fr. (160 fr.).

xij chauderons tant grans que moyens xv francs (600 fr.).

XV petites chaudières prisé iij francs (i2o fr.).

j roabble (large pelle à tirer la braise des fourneaux) de 1er, ij s. p. (4 fr.).

I) Le vair était une fourrure blanche et grise, mais probablement fort rare et réservée par suite aux personnes de rang royal. On connaît la légende de Cendrillon qui avait, dit-on, perdu, en se rendant au bal. sa pantoufle de verre. 11 est probable que verre est ici pour vair. ce qui donne un sens à une expression sans cela ridicule. Cette opinion, fort juste, a été suggérée par Balzac.

ij lèchefrites, prisé x sols (20 Ir.).

j trépied de 'er pri^^é ij fr. i8o fr. ).

j mortier de cuivre et le pilon de fer sans pris {sic)

j escumoire prisée ij s p. (4 fr.)-

j pot de cuivre, prisé iiij s. p. (S fr.).

zxxvj /.irs qui estoient en la dite exécution dont le roi en a xvj cl M-' d'Orléans (i) x qui ont esté vendu chacun lart iiij francs valcni vj** iiij Iv et les autres demourés sans pris à la dite exécution Iesqoel> furent despensez en faisant des obsèques de ma dite dame.

Leber ajoute après ce dernier article :

" Si Lus était ici pour /j;\/, il faudrait entendre une provision de p«>rc salé remplissant '^h tinettes... Comme chair de porc, cette réserve a pu être distribuée en aumônes. »

L*aumr>ne, dans tous les cas, ne serait que de ciîjq tinelteSi pour employer l'expression de Leber, puisque ni le roi, nik duchesse d*(.)rléans, n'ont décaig"né de faire vendre les 3i autres. Il est vrai que cette vente a produit un assez for chitïre : 4 francs ( \G > fr. de notre monnaie) par i incite, soit ur total de 3.'Ma) fr. de notre mr>nnaie pour le roi et de i.ôlX"* fr pour la duchesse. Les six iineitcs « dépensées en faisan les obsèques » furent consommées tout simplement pari; foule des assistants.

Il ne resta à Hrie de tout le mobilier royal que les article suivants :

ii;z orfèvrerie. « une chasse faite de maçonnerie (2) d'ar gent doré, où il y a dedans un cristal à six carrés où il v ; des os de Saint-Ltienne et de Saint-\'incent et poise (pèse j marc vj onces et demyes. Laissié à l'église parochiale d< Brie-(^(»mte-Roberi (S). »

Le marc (S « )nces) d'argent valait environ ? livres iG sols, c( qui donne au cadeau fait a l'église une valeur vénale d( 321') francs comme poids d'argent.

I) l.a duchc.ssf il'Orléans, tille de Jeanne il'Evreux. (V. à la page suivante, j (2; Leber ilit a ce snjet et je ne suis pas éloiiiné lie partager son avis : a Le mot maionnerU ne serait-il pas employé dans le sens de « fabrique, édifice, église » ? On a beaucoup d'exemples d'fx-volo et de reliquaires d'argent ou dor représentant des églises et d'autres monuments religieux.

.,3) Dans les inventaires subséquents de> biens mobiliers de l'église Saint-Etienne, il n'est pas question ni du reliquaire ni du tapis dont mention est faite ici. Comme ces inventaires sont postérieurs à 1» prise de Frie par les Anglais ^1450'. on peut supposer que cet objet -lira disparu à cette époque et lois du pillage de i'eglije et de la ville.

En tapisserie, l'église Saint-Etienne eut en partage un tapis qui figure, dans l'inventaire, après « Tinventoire des vaisseaux de la cuysine de la dite Madame la royne Jehanne d'Evreux ^). Il est indiqué comme suit : « Un tapis noir, armoyez aux cornes des armes de la dite Madame la royne Jehanne ; prisé demy franc d'or 120 fr. de notre monnaie). Il fut baillé jux curés de Hrye-Comte-Robert pour ce qu'il avoit esté porté en leur église quand le service de ma dite dame y fut faict et pour ce néant en argent ( ij. »

En objets de cuisine, le château garda une boutique à poisson (probablement quelque objet destiné à conserver le poisson encore vivant). L'inventaire s'exprime ainsi : « Y avoit à Brye-(]()mte-Robert es fossez (les fossés du château) (2), une autre boutique à poisson appartenant à la dite exécution dcmourez es fossez de Brye. »

Hlanche de France, qui succéda à sa mère Jeanne d'Evreux, comme dame de Brie-Comte-Robert, était née le V avril i1vj8, deux mois après la mort de son père, Charles-le-Bel. Elle avait épousé, le i3 janvier i3-i-i, Philippe, cinquième fils de Philippe VI de Valois, et apanage par ce dernier, du duché d'Orléans, des comtés de Beaumont et de Valois. Blanche fut veuve peu d'années après avoir perdu sa mère, en i375. Son mari était mort sans postérité, encore dans la force de Tâge. Dès qu'elle lut maîtresse de ses biens, elle les céda à Charles V. Cette donation est du 2G septembre 1^76 (3). Je crois devoir reproduire ce titre, parce qu'il est un document intéressant l'histoire de la ville de Brie-Comte-Robert.

Lettre faite soubz le scel du chastelet de Paris, scellées du scel de la duchesse d'Orliens, par lesquelles elle code et transporte au Roy la propriété des chastiaus et chastcUenies de Braye-Comte-Robert, de Gournay et de la Ferté Alez et des fiez, fermes etc. du bailliage de Caen et de la vicomte d'Auge, lesquels elle tiendra sa vie durant tant seulement.

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront Hugues Aubriot,

O) C.e tapis pourrait être celui qui figure dans un inventaire des biens de l'église du 4 novembre 1614, sous cette mention : « A la chapelle Nostre-Dame... Item ung ancien tappy servant au-dessus de la chaire de M* le curé. »

{2} Nous l'avons déjà vu, cette expression s'applique expressément aux /ojS(fî du château pour les distinguer des /os;« de la ville.

3r»*i HISTOIRE DE LA VIIXE

chevalier, garde de la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons qnc par devant Pierre de Montigny et Jehan Fourquant, alors notaires jurez du Roi nostre seigneur ou Cha-stellet de Paris, fut présenie noble, haulic et puissante dame, madame Blanche fille de Roy de France et de Navarre, duchesse d ( )r;iens, laquelle afferma pardevast ycculx notaires quccomme. à cause de la succession de feu très noMe mémoire madame Jehanne d'Evreux, jadis Royne de France et de Navarre sa môre. el!e ait tiengué, possidé et lui appartieonenl entièrement à héritage perpétuel les villes chasteaux et chastelleoies de Hraye-Comtc-Kobert de la Ferté-Aales et de Goumay-sa^ Marne lequel Gournay fut de l'acquest de ladite Madame la Roysc Jehanne sa mère, t toutes leurs revenues, dépendances et appartenances, tant en terres, prez, vignes cenz. rentes, champars, bois pasturages. hostcs. ho-^iises hommes et femmes de corp«, fiez arrêtiez, nobleces. ressors. patronages, e<^paves, forfaitures, justices seigneuries haultc*^, basses et moiennes, comme en autres, posses siens tt choses quelconques. .. . ycelle madame la duchesse de s bonne volonté, propre mouvement et certaine science, sanz fora contrainte ou induction aucune, lecognut et confessa par devai yceulx notaires de toutes les dictes chastcllenies, possessions ( revenues, en considcracion à la vraye affection que elle a envers 1 coronne et le royaume de France, mesmement pour son trds grau et évident prou lit, sanz fraude ou decevance et comme de ce bic avisiée. prouveue et consilléc par bonne, longue et meure délibén cion par elle eue sur ce avecques les gens de son conseil et plusieu autres sages et discrez que pour ce faire avoit et a plusieurs foiz par plusieurs journées assemblez, avecques elle si comme elle poi vérité disoit avoir trailtié. accorde, transigé et composé et fait accoi traitlié, composition et transi^ction perpétuelle au r<o\-, nosire sir en ceste matière : c'est assa\(»ir que la ditte madame la duchesse transporté, baillé, octroyé, quiltié. ctâc, délaissiè et par ces présente transporte, baille, octroyé, quitte, cède et délaisse de tout en to dès maintenant à tou/iours pcrpétuelement au Roy, nostre c seigneur, pour lui, pour ses successeurs Roys de France, et ccd qui de lui ou de ses successeurs, auront cause, toutes les dess dictes villes, chasteaux et chastellenies. . . et leurs appartenance revenues et appendances. m^blesses et possessions telles comr dessus est dict et en autres quelles que elles soient, comment dit et nommées seroient et de quelque chose et valeur que elles sont ourroient estre et généralement tout ce que ycelle feu madame <oyne sa mère poxoit avoir et qui luy povoienlet devoientappartec au jour du trc^passemcnt d icelle en toutes les dessus dittes villes chastellenies cl tcnoucrs, appartenances et appendances d'icellessai riens en toutes cc< choses excepter ne retenir y. Ensemble tous 1 droiz de propriété, saisine, pc^ssession, seigneurie et toutes I actions réelles, persoînelles. directes, expresses et autres quelconqu qui en toutes les dessus dittes \ illes, chasteaulx et chastcllenies ( leurs revenues appartenances et appendances. ... et envers quelcoi ques pcrs(>nne^ et biens pour raison, occasion ou a choison de to' ce luy peveni et doivent, pourroient et devroient. à quelque cau: ou liltre et en quelque manière feust. de fait ou de droit, ne autn ment, comment que ce soit ou feust competer, aflerir et apparteni Retenu à la ditte madame la duchesse les conques que fit en autn choses que Gournay et ses appartenances, la dite madame la Royr Jehanne, sa mère, en son vivant, pour les quiex elle doit acquitt<

DE BRIE-COMTE-ROBERT 35j

et deschargier aussi tout ce de quoy la ditte Madame la Royne Jehanne avoit et a en son vivant chargié le domaine et recepte de feraye-Conte-Robert et autres choses dessus transportées (i ) ; de toutes lesquelles villes, chasteaulx, chastellenies, appartenances, revenues et appendances et rentes, ycelle madame la duchesse du tout en tout, par devant les diz notaires, dès maintenant à touziours perpetuelement, pour elle et en son lieu fit, constitua et establit sanz rappel le Roy, nostre dit seigneur, pour luy et ses diz successeurs Roys de France et leurs aians cause, vray seigneur propriétaire, acteur, demandeur, possesseur et quonque miex estre peut en toute manière comme de son propre héritage et domaine. Mandons par ces présentes à tous les tenans fiez, arrière fiez et autres possessions quiexconques d'elle pour raison des choses dessus devisées et esclarcies que dès maintenant en lieu d'elle, de tout ce qui en tiennent et dont ils sont en foy et hommage ou souffrance du Roy nostre dit seigneur et luy facent toute révérence, service et obéissance teles et par la manière que ils sont tenuz comme a vray sei- Ijneur et propriétaire de ce. Et aussi à tous les autres subgicz de tous les diz lieux que doresnavant luy facent toute obéissance comme il appartient à vray seigneur propiiétaire et demeneur et lui paient les rentes et aultres debvoirs qui pevent et pouroient devoir, sanz nul reffuz, après son décès, comme cy après sera dict ; c'est assavoir tant parmi ce que le Roy nostre dit suigneur luy a baillé, assis, assigné et délôssié dès maintenant tant comme elle vivra tant seulement toutes les fiez, fermes rentes et fermes muables tant en grains, deniers comme en autres choses quelconques que tenoit feu de noble mémoire Monsieur le duc d'Orléans, son mary, au jour de son trespassement ou bailliage de Caen et en la vicomte d'Auge, tant à cause de la recompensacion qui lui fut faite pour raison de la Comté de Beaumont-le-Rogier comme de ce qui luy estoit venu à cause du douaire de la dite feu Madame la Royne Jeanne en pris et en la v^aleur que elles pevent valoir à présent et que elles pourront valoir en quelque manière durant son dit viager de laquelle valeur ycelle Aladame la duchesse, en la présence des diz notaires, se tint et par ces présentes se tient à bien contente, paiée et agréée à tenir par ce lever et recevoir les dittes rentes et revenues quelconques du jour de la date de ces présentes et doresnavant par elle ou son certain commandement et par sa main et contrainte, comme fesoit madame U Royne Jehanne, en son vivant, et à cause d'elle, le dit monsieur le duc en son vivant tant et si longuemment comme elle aura vie ou cops (sic) tant seulement, comme par ce, elle, durant sa vie tant seulement et comme viagère, aura, percevra, lèvera et rece-^ra par elle et par son commandement sanz nul contredit, tous les proufiz revenues et émolumens quiexconques des dites villes, chasteaulx et chastellenies de Braye-Comie-Robert, la Ferté-Aales et Gournay, de leurs appartenances et appendances. . ou en la forme et manière que elle en jouissoit etpossessoit avant ce présent accort durant sa ditte vie et comme viagère, et après le décez d'elle, ycelles fermes fermes muables, rentes et toustes les dittes revenues des dites villes, chasteaulx, chastellenies, de leurs appartenances et

(\) Le document vise, ici. certaines donations faites a l'église Saint-Etienne de Brie-Comtc- Robcrt et au chapitre Saint-Denis. Nous avons dit un mot de ces dernières ; nous y reviendrons à l'article des fiefs, de même que nous parlerons des donations à l'Eglise Saint-Etienne en parlant de cette dernière.

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