‹ Histoire de la ville de Brie-Comte-RobertChapitre 53 sur 58 · SI · texte numérisé non relu

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laiiciliL-, symbolise, dans la rosace de Bric, le mois de juillet. Dans le manuscrit de la reine Jeanne, la mcmeactiim fait le sujet de la miniature- placée en télé du mois d'août,

Ce dernier mois, dans la rosace de Brie, est exprimé par ri.pération du battatîe des y:rains avec le tléau. L'artiste, en mettant à côté de son persunnaye un arbre avec luus ses rameaux, a bien voulu indiquer que l'opération du battage se fait en plein air et non dans une gran^je comme cela se pratique en hiver. Du reste, c'est bien la le grain battu pour les semailles, et l'on s'étonne peu alors que le manuscrit de la reine Jeanne nous fasse voir le mois de septembre sous l'aspect d'un cultivateur en train de semer.

Dans la rosace de lîrie, le mois de septembre se rapproche de Fnicti'iior, du calendrier républicain. C'est un homme qui, dans un véritable vei-ger,cueille des fruits de diverses natures, ce que semble avoir bien voulu marquer l'artiste qui dessina cette ligure.

.\vec octobre, nous avons le Vcniit.'>iiijirc du calendrier républicain, fi les vendanges qui ont lieu de septembre en octobre 11, Comme s'expi'imaitl'abre d'KglantiriC dans son rapport à la cYmventiim en date du (> octobre i7<p.

.\ vrai dire le sujet est plus clairement traité dans le manuscrit qui me sert de point de comparaison que dans la rosace

de Brie. Là deux personnages occupent la scène : l'un au premier plan dépouille un ceps de vigne l'autre, nu, debout dans un tonneau, foule la vendang-e.

Dans la rosace de Brie, la scène, comme toutes du reste, ne met en relief qu'un seul individu qui, tenant de la maingauche un broc, avec lequel il verse évidemment du vin dans unentonnoirplacé sur une cuve, porte de la main droite une grappe de raisin A sa bouche.

L'action encore parait se passer en plein air puisque on voit un arbre à droite, ce qui ne peut laisser aucun doute à ce sujet.

Il n'existe plus aucun rapprochement possible entre le manuscrit et la rosace de Bric pour les deux derniers mois de l'année. On sent peut-être mieux encorda dilïérence entre les deux climats de la région où se déroulent les scènes gui sont mises sous nos yeux. Dans le manuscrit, lespersonnaj^cs n'agissent plus quctians l'intérieur des maisons ; dans la rosace de Brie, ilsrestt-Tilen plein air. Les premiers s'nccupent de travaux sédentaires: les secnnds se révèlent à nous comme des chasseurs.

Le mois de novembre, par exemple, fournit au manuscrii de la reine Jeanne l'occasi'm de mettre en scène un homme égorgeant un porc dont une femme, à ses cotés, recueille le sang. Au mois de décembre, le miniaturiste a dessiné un individu menant au four des gâteaux, allusion, pcul-élre, au réveillon.

Dans ta rosace de Brie, nous voyons, en novembre, un personnage combattre, FépiL'U à la main, un sanglierqui sort de sa bauge. Il y a là, évidemment,

une 1res vague analogie avec l'idée qui a dicté le tableautin du manuscrit. Pour le mois de décembre, la rosace de Brie mcmlrc une chasse à l'ours très nettement caractérisée. La neige couvre le sol et les arbres ne se présentent plus : que sous la forme de pins, dans un pays plutôt montagneux. Le chasseur, particularité à nmv. n'est armé que d'une hache, mais il est visiblement défaidu contre le froid par une fourrure embrassant le col et se croisant sur la poitrine, comme.

dureste, le chasseur au sanglier qui symbolise le mois de novembre,

l^es différences, aussi bien dans les détails que dans les cadres de la vie courante, sont "1 lémoignage de la vérité, du réalisme, si nn peut s'exprimer ^"isi. apporté par l'artiste dans son iLUvre. A supposer que '^vitrier de Brie se fût inspiré du miniaturiste de Tournai, ''^J rccipn)quemcnt. l'un et l'autre nnt toutelnis modilié, ^■'«fiî le milieu où ils se trouvaient, le modèle qu'ils pouvaient ^Wiir sous les yeux.

H semblera fort probable après les rapprochements que je ^icns de faire qu'il y ait eu entre l'ieuvre de l'un et celle •^e l'autre quelque inspiration commune, d'où cette déduction 4ue la rosace de l'église Saint-ICtiennc de Brie peut fort bien avoir été exécutée sur l'ordre, sur les indications peut-être, 3c la reine Jeanne d'Evreux ou peut-être de sa mère Margue- -ite d'Artois (i).

La rosace de Brie serait, alors, des derniètes années du *CI1I" siècle ce qui la rendrait bien à peu près contemporaine les verrières de la Sainte-Chapelle.

I^es tableaux de la vie de l'époque, de l'emploi du temps.

nous sont, dans tous les cas, précieux parce qu'ils nous initient aux habitudes de la société d'alors ; il importe cependant d'observ'er que, plus peut-être que les miniatures du manuscrit de Tournai, les scènes offertes par la rosace de Brie sont la représentation des occupations des seigneurs du terroir ; le calendrier rural qui s'y déroule nous les montre partagés entre la direction des travaux agricoles et la chasse. plaisir noble par excellence réservée à la noblesse seule.

Mais, ce qu'on ne saurait trop dire, c'est le bel effet que produit l'ensemble de cette verrière aux tons chauds, et en même temps d'un éclat remarquable. C'est, évidemment, une page d'art, une des meilleures que nous ait laissées le XIII" siècle, car, il n'est pas douteux, à supposer que l'exécution de la rosace de Brie, date du commencement du XIV* siècle, que le dessin, le coloris, la tonalité et l'expression artistiques ne soient directement inspirés par l'école du XIV» si simple, si sobre et pourtant si prodigieusement forte dans sa conception et dans ses œuvres.

On ne saura m'en vouloir de passer de l'art à la littérature, cette autre richesse intellectuelle d'un pays. Aussi bien, nous avons déjà vu un seigneur de Brie, occuper parmi les écrivains de son temps une place particulière Je veux parler de Pierre de Dreux, dit Mauclerc ; j'ai donné dans un chapitre précédent (i), un fragment de l'un de ces poèmes. J'ai aussi signalé les goûts littéraires de la reine Jeanne d'Evreux en reproduisant quelques lignes d'une oraison qui sembleavoir été écrite par elle (2).

Mais ce ne sont là que des auteurs se rattachant indirectement à Brie-Comte-Robert. Il semblerait, au contraire, qu^ cette ville ait donné le jour à un écrivain, dont une œuvre, au moins, nous aurait été en partie conservée. Voici, à son sujet, comment s'exprime l'abbé Lebœuf.

«La ville de Brie a produit quelques personnages qu on

(2) Une preuve que Jeanne d'Hvrcux occupa parmi ses contemporains une place cstini<^' dans les lettres est que des auteurs du temps lui dédièrent quelques-uns de leurs ouvrage*- Le musée britannique, parmi ses manuscrits nouvellement acquis, possède : « L( '"^'"•^ mirouer des dames, dédié à Jeanne reine de France et de Navarre. (Bibl. de l'école des Ctiirt'^ t. XLIII. année 1882. p. 424-450),

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t distinguer du commun. Nicolas de Braie, dont le nom t être traduit par Nicolas de Braye, est celui qui a écrit en •s hexamètres, au XIII® siècle, la vie et les actions de Louis H, père de Saint-Louis, qu'il dédia à son évèque Guillaui d'Auvergne, qui fut assis sur le siège épiscopal de Paris, . 1228. Son ouvrage est imprimé dans le V* tome de jchêne ».

Il faut cependant noter que l'assertion de Tabbé Lebœuf 'est pas regardée comme probante. Dom Brial,qui, en 1818, fait réimprimer le poème de Nicolas de Braye semble lai- 2r entendre que celui-ci serait plutôt originaire de Braye n Champagne, Braye-sur-Seine.

« On ne sait, écrit M. Petit-Radel(i), concernantla personne ece poète, rien de plus ce positif queque dom Brial en a dit ans Tavant-propos, placé en tète des Gesta Ludovici VIII \ï\l a fait réimprimer, en 1818, dans le XIIP volume des istoriens des Gaules et de la France. Il lui a paru que ce oète est le même personnage que le Nicolas de Braïa, doyen u chapitre collégial de ce nom en Champagne, dont le P. lontfaucon a cité une lettre existant sous la date de l'an 202, dans le cartulaire des comtes de Champagne. » Petit-Radel appuie son dire par la reproduction de cette harte qui porte, en effet, la date du mois de janvier 1202. -ette pièce vise bien le chapitre de Bray-sur-Seine, car elle évèle un accord passé entre la comtesse palatine de Troyes, ominssam trecensem palatinam (2) et le doyen du chapitre. 'Ile débute ainsi : « Ego Nicholaus, decamis ecclesix Braia- -nsis,., » Dom Brial a parfaitement raison de voir dans ce srsonnage le doyen de Téglise de Bray-sur-Seine, puisqu'il ' qualifie tel et que l'église en question dépendait de la imtesse de Troye's. Mais, je cherche en vain pourquoi ce icolas, doyen de Téglise de Brie et Nicolas de Brie ne furent, ^cessairement , qu'une seule et même personne. Dans les Actes de Louis VIII, dont Nicolas de Braie est

î) Histoire littéraire de la France, t. XVIII, p. 63 (Article Nicolas de Brai ou de Braîa. poète

roïque.

l) Cette comtesse, dit Petit-Radel, est la même qui s'intinnle : Ego Blancha campanile

itina, dans une charte de Tan 1327 qui es: cité dans la Gallia ehristiana, t. IX, p. 106.

4^> HtSTOIRE DE LA VILl.K

lauteur, ce dernier parle de lui-même, au vers 24. S'adrc sant à Guillaume d'Auvergne, il dit :

Prœsidio que tuî Braiœ Nicolaus alumnus Gaudeat. . ..

Il me semble, pour ma part, voir une certaine différence entre V « E^oecclesix Braiacensis cité parMontfaucon » et/e « Ih'aix Nicolaus » du poème publié par Duchène. La traduction littérale Nicolas doyen de léglise de Draie et \\icobs de Braie accuse entre les deux expressions une nuance dont il faut peut-être tenir compte.

(]ette nuance s'accentuera si l'on examine attentivement les déductions suivantes que Petit-Radel a cru devoir tirer du poème lui-même.

«En dédiant son poème à Guillaume d'Auvergne, archevêque de Paris, écrit le critique érudit, dont la prélature est marquée entre les années 1228 et 1248, le poète fait connaitrc que c'est dans cet espace de temps que les copies de son poème ont dû se répandre. Or, cela marquerait une époque postérieure à celle de la mort de Louis VIII ; et ce n'est pas dom Brial qui nous a suggéré cette observation, mais seulement la lecture du 5" vers du poème où, parlant de cette mort, le poète s'exprime ainsi :

. . . Gui, ni natales fîliae sorores Tain cîtû rupisseat vitae, florente juventà, etc. . .

Louis VIII étant mort dans sa 41' année, le 3 novembre 122^, il paraîtra sans doute probable qu'à la date de la composition de son poème, Nicolas devait avoiv 60 aiis el même plus, car il faut bien supposer au poète cet âge avance, pour qu'il ait pu traiter, de jeunesse florissante, Tâge mûr d'un h<)mmedc4oans. Un poète, âgé de 3oaris, se seraitsans doute exprimé différemment. Si l'on admet ces conjectures. Nicolas serait né vers l'an iiGo; il aurait atteint l'iige de 4ans à la date de 1202 qui est celle de la charte du Nicolas de Braïa dont on cite l'existence au cartulaire de Champagne, et Von voit qu'a cette date le poète aurait eu Tâge compétent pour stipuler des intérêts au nom de son chapitre. Il suivrait de ces diverses combinaisons, que le chantre de Louis VIII

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t été contemporain d'Adam, chanoine de Saint-Victor. » dois avouer que ni « les conjectures », ni les « combins jo de Petit-Radel n'ont eu le don de me convaincre. rait-ce que la prétention de faire, en littérature, le conorain d'un homme que Ton fait naître en iiôod'un autre îst mort en 1177, cela suffirait seul à éveiller mon lion.

:it-Radel estime que Nicolas de Braie, celui du poème lort vers i23o, âgé suivant luide 70 ans ou environ. A date, Guillaume d'Auvergne venait à peine d'être élevé âge épiscopal de Paris (i). Ce prélat est mort en 1248. dire qu'en 1228, il ne pouvait guère avoir moins de 70 3PS lui-môme, ce qui le ferait mourir à 90 ans ou cente- , limite de la longévité humaine. Donc au calcul de Petit- I, lui-même, en 1228, Guillaume d'Auvergne eut été sment du même âge ou peut-être de dix ans plus âgé icolas de Braie. Comment expliquer alors ces vers dans 1 Nicolas de Braie détermine si exactement sa situation vis de Guillaume d'Auvergne :

Prœsidio que tuî Braia Nicolaus alumnus.

Jicolas de Braie, élevé par tes soins », ou, si Ton aime jc « Nicolas de Braie, ton élève ».

st-ce pas là, par le témoignage môme de l'auteur, ant été Télève du prélat, Guillaume d'Avergne, il devait ►ir entre eux deux une différence d'âge très sensible. Je 3 une autre invraisemblance dans les « conjectures de •Radel. » Il n'est pas douteux que le Nicolas de Braieir du poème sur Louis VIII ait participé au siège d' Aviquicommençaleô juin 1226. Parlant de cette campagne, it :

quoque, jam memini, volitans per inaae sagitla

lit ; at gentes egi, non corpore lœso.

loi aussi, je m'en souviens, je fus menacé par une flèche volant

'ers l'espace ; mais je ne reçus aucune blessure bien que je fus

ète des troupes ».

Lu'on me permette de relever cette étrange /apsus de Petit-Radel qui fait, entJsS, de ime d'Auvergne un archevêque de •'Paris. Paris n'avait, à es moment, que des évéques ants de l'archevêché de Sens.

Histomfe ofe u^ ^^'^''^

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Cession ne s^g";^;'J, ^ admettre qu en ^^; ' ^^ ^raie attev- Tnut cela me conduit .^ e, N^^oia -^^pUque

sonptme^^C.uiiUt;f;^,,^ au si.ge

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«'■"'"'nd«l !"-"'«""■ ''"' de"deuK premiers- Or. la phique ne - ;,é en de trieuse eonsio

490 • HISTOIRE DE LA VlLLli!

mouvoir la vie briarde, est tout tracé. Les obscurités de la première heure se sont peu à peu évanouies. Le domaine du seigneur a nettement apparu en même temps que se dessinait avec une clarté suffisante la distribution des liefs aux alentours. La bourgeoisie commence à poindre, un peu indistincte, il est vrai, mais déjà l'on pressent qu'on va la retrouver en pleine activité dans les rues qui se bâtissent, dans les faubourgs dont l'existence ancienne ne fait plus de doute.

C'est précisément parce que tout cet ensemble est établi à la fin du XIV' siècle que j'ai arrêté, là, la première partie de ce travail, parce qu'elle présente un caractère spécial de lente agrégation des éléments de la vie briarde. Mais avant de quitter ce siècle si fertile en renseignements multiples sur la vie de cette époque, on jettera un coup d'œil de regret sur ces établissements agricoles prospères, sur ces fiefs dont l'importance se devine, sur cette campagne fortunée, sur les richesses accumulées dans l'église paroissiale sortie toute neuve du vieux sanctuaire de Saint-Etienne. Tout cela va être, en effet, saccagé, pillé, ruiné pendant la funeste période de la guerre de Cent ans, où les Français, divisés en Armagnacs et en Bourguignons, ajouteront aux désastres de l'occupation étrangère les douleurs de la guerre civile.

A Brie, comme dans le reste de la région, durant l'ère pacifique qui avait succédé à plusieurs siècles de sanglantes convulsions et de calamités innombrables, les forces intellectuelles, artistiques et économiques du pays s'étaient épanouies dans la culture des lettres, dans l'architecture religieuse comme dans l'architecture civile, dans le développement de l'agriculture et l'accroissement du commerce. Pour n'avoir pas eu tout l'éclat que cette floraison du moyen âge a eu ailleurs, elle n'en a pas moins été assez marquée pour que son importance, jusqu'ici un peu négligée, méritât d'être mise en lumière.

Olil-:i,<iUl-:S MASCARONS DES CHAl'ITtACX

s.u,>p'Ji*faol les rttombées de la voûte principale de Saint-Elienn(

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