‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 11 sur 51 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Depuis lafnort de Jean H, jusqu'à l'élévation d'Antoine de Bourgogne à la digniU de ruward de Brabant. — 4313-4404.

La mort de Jean II laissait le duché k un jeune prince qui n'avait encore ni la force, ni la sagesse nécessaires pour gouverner par luimême. Les troubles qui déchiraient les pays voisins , les guerres des Français et des Flamands, la lutte de deux prétendants à Tempire, de grandes calamités, contribuèrent à rendre difficiles les commencements d'un règne qui devait jeter un vif éclat sur le Brabant. Jean III fut le portrait vivant de son illustre aïeul. On admirait en lui toutes les qualités du vainqueur de Woeringen : son audace, sa magnanimité, sa libéralité, qui, cependant, dégénéra souvent en prodigalité. Tous deux se virent recherchés par les plus puissants monarques; tous deux eurent h combattre des ligues formidables ; tous deux enfin ont cultivé, non sans succès, la poésie flamande. Jean I^ chanta les dames; son petit-fils fut inspiré par la passion des combats : au défi de dix-sept princes, il répondit par un chant de guerre.

A Tavénement de Jean III, le trésor ducal se trouvait dans une situation déplorable. Son père , qui avait emprunté de tous cAtés, devait h sa mort 12,000 livres à des marchands de Pistoie \ 3,100 livres tournois au comte de Hainaut ^, et des sommes considérables à des mar-

* Le comle de Flandre s^était constitué caution pour lui, le vendredi avant la Saint-Marc, 18 avril 1309. Saimt-Gemois, Monumefits esserUiellemenl utiles, etc.,

p. DGGCCXU.

s Le iO décembre, mercredi après la Saint-Nicolas 1315, les villes de Louvain et de Ba(JXEU£s autorisèrent, le comte de Hainaut à lever, en remboursement de cette somme, 2 sous sur chaque pièce de drap envoyée par leurs habitants aux foires de Champagne et de Brie. SAiirr-Geiiois, les Pairies du Hainaut, p. cclxxv.

chand6 d'Angielerre ^ De réconomie et une 6tir?eillaiioe sévère auraient conservé le crédit; les fêtes somptueuses du mariage de Jean III avec la fille de Louis de France, comte d'Évreux ^^ accrurent au contraire le déficit. Louis d'Évreux avait amené lui-même la jeune fiancée, comptant s'assurer une large part d'influence à la cour du jeune prince, mais il ne conserva pas longtemps la puissance qu'il avait d'abord acquise. Les trésoriers gaspillant le produit des impAts ne purent faire honneur aux engagements contracCés au dehors, et pour obtenir le remboursement de leurs créances, les marchands étrangers firent partout arrêter les voyageurs et les marchands brabançons. D'un autre cAté les conseil-* lers de Jean III et les cours de justice mécontentaient le peuple par leur négligence i se conformer à la charte de Gortenberg, mettant même tout en œuvre pour l'annihiler et refusant de la laisser lire '•

€ette eonduite révolta les esprits, et les villes prirent des mesures énergiques pour protéger leurs libertés, leurs prérogatives et leur commerce. Louvain et Beuxblles condurent un traité semblable à celui de l'an i36i ^, et Tirlemont, Léau, Anvers, Bois-le^Duc, Maestricht, etc, entrèrent bientôt dans leur alliance '. Pour rétablir les finances du sou verain et rendre aux Brabançons le libre accès des contrées étrangères, les bourgeoisies offrirent de payer, jusqu'à concurrence de 40,000 livres tournois, les dettes du trésor, à condition toutefois d'en avoir la direction et de pouvoir nommer, pendant six années, les officiers de justice : ammans, maires, éooutètes. C'était annuler entièrement l'autorité du souverain et de ses conseillers; aussi les nobles s'opposèrent-ils d'abord k cette proposition. Mais les villes ayant dédaré que, sans cette concession,

« Rthei, FoederOf U II, partie 111, p. 74.

* Van Velthem, 1. c, c. 3, p. 566. — Les auteurs se sont évidemment trompés en pariant de Jean III comme mineur à son avènement ; c'est Tauteur des Brabatitêche Yeeiten qui les a tous induits en erreur, en ne donnant à Jean IH que 12 ans lors de la mort de son père (Uvre V, c. 9, 1. 1, p. 459). il place à tort son mariage après les fléaoi qui désolèrent la Belgique (1. c.,c. 1 1, p. 441). Nous avons suivi Van Velthem, qui était contemporain et qui raconte les ùlïIs avec plus de fidélité. Bntkens dit que Jean 111 mourut en 1355, ftgé de 59 ans ; en 1313, il en avait donc i 7.

> Van Vbltbbh, l. c. •

* AUlance en date du S8 )aillet, samedi après la fête des SS. Jacques et Christopbe 4313. LuyHer^ 1. c , p. 75.— Conf. Divjehs, Rer. Brabant., XIV, p. 143.— BoTiENS, 1. 1, p. 584. — HAaAin.-~A Thymo, 1. c, titre 3, c. 3.

^ Hss. n« 47353 de la ElbUothèqae de Bourgogne.

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elles ne payeraient rien, et le domaine étant entièrement hypothéqué, il fallut céder ^. Deux chartes connues sous les noms de charte flamande et oharte wallonne, contre-signées par les comtes d'Évreux, de Los, de Juliers, les sires de Fauquemont, de Malines, de Diest, de Wesemael et de Bréda, consacrèrent cette révolution, qui plaça le pouvoir aux mains de la partie de la nation la plus imposée dans les charges publiques. Par la charte flamande, il était stipulé, en extension des anciens droits du pays, que les premiers fonds disponibles seraient employés à délivrer les Brabançons arrêtés à l'étranger; qu'il ne serait plus battu monnaie sans le consentement des villes ; que l'argent levé pour améliorer les chemins ne pourrait être employé à d'autre usage ; que les maires, sous-maires ou forestiers ne seraient plus nommés à titre viager ou à terme fixe '. La charte wallonne, qui ne devait rester en vigueur qu'aussi longtemps que les bonnes villes, les abbayes et les autres gens du duché seraient chargés du payement des dettes, porte que le conseil du duché choisira un sénédial, des justiciers et des rentiers ', les nudndres et les plus pro/itabhs que l'on puisse trouver; que les justiciers et les rentiers rendront compte de leurs recettes au conseil et aux villes, les premiers deux fois, et les seconds une fois par an ^; qu'aucune afiiedre importante ne sera scellée sans le consentement des villes, et qu'outre les fonds fournis par elles, tout l'argent levé sur les lombards et les juifs, ainsi que le produit des biens domaniaux, sera consacré à l'extinction des dettes. Enfin, il est déclaré formellement que le pays ne s'engage pas pour plus de 40,000 livres tournois ^. En vertu de ces transactions importantes, les rênes de l'administration furent remises au sire de Diest, au chevalier Daniel de Bouchout, et à quelques députés des villes. Le duc promit de ne jamais les inquiéter du fait de leur gestion, et chargea du soin de les

< Van Velthem, 1. c , c. 7, p 373.

s Selon le droit du pays, tout officier restait en place Jasqu*à forHUtare.

* Et non pas routier$, comme le porte le texte du Luyster.

* Les Jasiiciers (ammans, maires, écoutâtes) percevaient les amendes Jadiciaires et le produit des confiscations ; les rentiers ou receveurs avaient dans leurs attributions la rentrée des fermages, des cens, des redevances.

> Luy$ter, 1. c, bl. 70. — A Thyio, 1. c., c. 5. — Dbwez, Histoire de la Belgique, t. Uî, page 231 • a porté la valeur actuelle de cette somme à 47,943 marcs d*argent. Quelques auteurs, Dlvaens et Butkens, entre autres, ont vu dans ces diplômes une Joyeuse entrée ; il faut supposer qu'ils n'avaient pas lu Van Yelthem.

défendre, envers et contre fous, Louvain, Bruxelles, Anvers, Bois le-Duc, Maestricht, Nivelles, Tirlemont et Léau '.

Poursuivant les vues ambitieuses de ses prédécesseurs, le roi de France, Louis X dit le Hutin, se préparait alors à envahir la Flandre. Déjà uni au comte de Hainaut e< de Hollande, U désirait ardemment, pour fermer aux Flamands toute issue, attirer le duc de Brabant dans son alliance. Il l'invita à venir à Paris; mais, dès les premières ouvertures qu'il lui fit, Jean supposa un prétexte pour partir et revint à Bruxelles. Il y fut suivi par un « savant clerc » et par le comte de Hainaut. Le premier ayant osé avancer que le duc était obligé de soutenir son maître ' et qu'il était son vassal ', Jean s'écria avec colère : « Celui qui a dit cela en a menti, » et le malencontreux orateur, qui ne s'était pas muni d'un saufconduit, fut arrêté par ordre de Renaud de Fauquemont. Les villes ayant été consultées, quelques-unes, influencées par les intérêts de leur commerce, montrèrent peu d'éloignement pour une alliance avec la France, mais leurs vues intéressées, l'argent et les promesses que de hauts personnages prodiguèrent ^, ne purent empêcher l'opinion contraire de prévaloir. Le duc, qu'une sage politique dirigeait, ne permit même pas de lever dans ses états des hommes d'armes contre la Flandre. Attaqués sur divers points par une armée puissante, les Flamands eussent succombé si le Brabant avait fait cause commune avec leurs ennemis ; Bruxelles, dont l'accès leur resta ouvert, leur fournit abondamment des vivres et fut le refuge d'une foule de nobles qui s'y retbèrent avec leurs serviteurs. Arrêté par les pluies, par la disette et par les maladies, le roi se vit bientôt contraint de brûler ses équipages et de licencier son armée.

L'année i515.fut des plus désastreuses pour la Belgique et les pays voisins. Depuis le mois de mai jusqu'en février 1516 il ne cessa, pour ainsi dire, de pleuvoir. Au mois d'août, époque de la moisson, il tomba, durant quatorze jours, des torrents de pluie, et les grains qu'on s'était empressé de récolter, mais qui n'avaient pu être rentrés, furent emportés

« Lwyiter, I. c, bl. 81. — A Thtxo, 1. c, c. 6.

* Le roi de France s'appuyait sur le traité de paix de 1304, par lequel le duc s'était engagé à le soutenir contre les Flamands s'ils contrevenaient aux conditions acceptées. Voyez Ordonnances des Rais de France, t. I, p. 619.

V En 1504, le duc Jean II s'était déclaré homme lige de la France pour un fief de 2,SM>0 livres. Brabanisehe Yeesten^ Codex, n^" 107, p. 719.

* On désigne évidemment ici le comte d'Évrenx.

par les eaux ^ Une épizootie enleva les bestiaux en même temps que la fomine produite par la perte d'une grande partie des récoltes et la mauvaise qualité de celles qu'on avait pu sauver, désolait les populations. De mémoire dliomme, disent les contemporains, on n'avait vu pareille détresse. A la Toussaint le muîd de blé, mesure de Louvain, se vendait déjà 5 livres; à la Saint-André il monta à 7, à la Purification à iO, à Pâques à 12, à la Saint-Jean à 16, somme énorme pour ces temps '; le prix de toutes les denrées suivit la même progression. Les riches se procuraient avec peine des aliments; les pauvres mouraient d'inanition dans les rues et aux portes des églises; ces fléaux en engendrèrent bientôt un plus terrible encore : la peste vint porter le dernier coup aux populations épouvantées. Le nombre de décès était si considérable que les villes furent obligées d'établir de vastes cimetières dans des plaines ou hors des lieux fréquentés ; les morts y étaient inhumés avec précipitation : on en enterrait jusqu'à soixante ou quatre-vingts dans la même fosse'. Louis le Hutin, qui n'avait pas renoncé à ses projets contre la Flandre, fit de nouvelles tentatives pour s'associer le duc de Brabant, et le comte de Hainaut vint une seconde fois le presser de se déclarer le feudataire du nri. Il trouva cette fois Jean III assez disposé à traiter, et il parvint à gagner quelques villes, entre autres Bruxelles, intéressée à conserver à ses drapiers le débouché de la France» Louvain ne se prononça pas, mais Anvers s'étant obstinément refusée à tout projet d'alliance, les négociations échouèrent. Van Velthem, qui était contemporain et qui va malheureusement nous manquer, exhale son indignation contre ceux qui voulaient enlever au duc son indépendance : u L'or, s'écrie-t-il, leur a été le

« Van Velthem, 1. c, c. 10, p. 570.

* Dans les Brabantsche Yecslen on lit que le setier oa veertel de seigle se vendait alors h Anvers 60 vieux gros tournois.

■ Yak Ybltheh, 1. c, c. 21, p. 590. — Brabanisehe Fee»een. — Divjkis. — C'est alors sans doute que fureni consacrés à Bruxelles quelques cimetières éloignés de toute église, par exemple : celui de St.-Marlin {Atrium S. Martini; S, Mertenskerckhof), où sont aujourd'hui la rue dite Montagne du Parc et les bâtiments 'Occupés par la Société Générale pour favoriser Tindustrie naUonale; et œlaî dit le cimetière des pauvres, rue des SIx-Jetons. (Een huys voor s'ieeuirs Wycket tegen over het kerckhof van den armen , tegen over de Ses-Penninck straet) Acte de 1455 aux Archiva de Sainte-Gudule,

Le Carpentier, dans son Histoire de Cambrai et du Cambrësiê, oavnge rempli de foits inexacts ou exagérés, dit que Bruxelles perdit alors 56,000 haMlants. Nous ne comprenons pas qu*on ait pu répéter de pareilles assertions.

DE BRUXELLES. n

H courage, les villes sont maintenant trop riches ^ » Louis le Hutin ne pouvant faire entrer les Brabançons dans ses projets s'en vengea sur leur commerce ; il défendit dans ses états tout négoce avec eux, parce qu'ils portaient en Flandre, dit^il, du blé, du vin et des armures achetées en France^. Mais sa mort, qui arriva peu de temps après, suspendit momentanément la guerre de Flandre et les relations, commerciales reprirent aussitôt leur cours.

Les villes jouèrent encore un grand rôle dans les autres événements politiques de ces années. Quand Févéque de Liège Adolphe de la Marck, chassé par ses sujets, vint en Brabant demander protection et secours, il s'adressa à Louvain et à Bruxelles, qui s'engagèrent à le soutenir, et qui n^ocièrent ensuite la paix de Fexhe (juin i3i 6) '. L'évéque de Liège ayant vendu Malines au comte de Hainaut ^^les Brabançons craignirent de voir ce puissant voisin s'établir dans le cœur du pays, et ils conclurent avec la cité cédée une alliance par laquelle les deux parties s'engagèrent à se défendre mutuellement *. €e traité fit naître quelques différends avec le Hainaut; mais ils furent assoupis par la rétrocession de Malines à révéché. Pour mettre un terme aux exactions du sire de Fauquemont, qui accablait ses sujets de contributions et rançonnait durement les marchands forcés de traverser son territoire, le duc résolut, de concert avec Févéque de Liège, d'envahir les terres de ce seigneur. Jamais plus formidable armée n'avait été vue entre le Rhin et la Meuse : chaque ville, ^aque mairie avait fourni son contingent ^. Craignant que les métiers ne tournassent contre eux les armes distribuées à cette occasion, les lignages de Bruxelles exigèrent du duc un acte qui, en maintenant une disposition de la charte de i 306, leur laissa la faculté de reprendre ces armes après la guerre ^. Vers la fin de septembre, la ville de Sittard

* Stede syn nn al te rike. Van Vbltbbm, 1. c, c. 28, p. 398.

> Èditdu dernier févr. 15i5(13i6N.S.). Ordonn. des Hins de France, Ul, p. 619. s Vah Velthem, 1. c, c. 26, p. 396.

* 9 octobre 1313.

^ Convention entre les commune-mattres, échevins, jurés et conseil de Malines, d*ime part, le duc de Brabant, les échevins, Jurés et conseil de Louvain, Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc, Haestriclit, Tirlemont, Léau et Nivelles, de rsutre,en date du 1 5 octobre, lundi après la Saint-Denis 131 S. Luyeter pan Brabant, 1. c, bl. 83.

* BrabanUche Yeestent L c, c. 13 et sniv., p. 449.

7 Acte du 8 Juillet, samedi après TocUve de SS. Pierre et Paul 1318. luy»ter, Lc.,bl.85.

fut prise et incorporée au duché ^ ; Févéque de Liège de son côté emporta la forteresse de Haren et en fit passer la garnison au fil de Tépée. Réduit h Textrémité, le sire de Fauquemont vint à Louvain se mettre à la merci de Jean III et consentit à y rester prisonnier jusqu'à parfait accord.

Jean III montra toujours une grande prédilection pour son palais de Bruxelles, ainsi que le prouve le nom de Jean de Coudcnberg, qu'il prit en plusieurs occasions. Il l'agrandit et acheta des terres au dehors de l'enceinte, vers la porte de Sainte^udule, pour y former un parc ^. En 1 5 SO il reçut, dans sa résidence favorite, Jean, comte de Luxembourg et roi de Bohême qui lui fit hommage du marquisat d'Arlon ', et qui revint quatre ans après exiger la part de sa mère Marguerite dans l'héritage de Jean-le-Victorieux. Cette réclamation n'était rien moins que fondée, attendu que cette princesse avait eu sa dot ; aussi Jean III la repoussa-t-il, et Roger de Leefdael, chef du conseil ducal, déclara au comte que ses prétentions étaient contraires au droit brabançon. Jean de Bohême, qui était parti en menaçant de faire valoir ses droits les armes à la main, fut néanmoins bientôt de retour à Bruxelles, où il vécut plusieurs mois dans les fêtes et dans les plaisirs. Il y tint même sur les fonts baptismaux un enfant du duc et il conclut en outre avec celui-d un traité d'alliance ; mais cette amitié apparente fut de courte durée, et Jean ne tarda pas à voir son hôte se joindre à ses plus ardents ennemis ^.

La nécessité de recourir sans cesse aux villes pour obtenir des aides, obligea plus d'une fois Jean III à leur faire de grandes concessions. Bruxelles, dont l'influence n'était balancée que par celle de Louvain, en reçut de nombreuses. Pour reconnaître les services des bonnes gens, c'està-dire des patriciens de sa ville de Bruxelles, le duc leur accorda la faculté d'admettre, selon qu'ils le jugeraient convenable, les gens de métier à jouir des droits de la ville ; c'était à la fois reconnaître l'importance croissante des plébéiens et permettre aux lignages de les contenir en gagnant leurs chefs par les faveurs et les emplois '. Un diplôme du i 8 octobre 1326, autorisa Bruxelles à établir des accises ou droits de

> 14 sept, jour de TExaltation de la Sainte-Croix 13i8.B!nrKENS,t.I,p.l50.

> Voyez la troisième partie. .

5 BuTKENS, Trophées de Brabant, preuves.

* BoTKEifS.— De DYMTER.—Bro^. Yeesten, L. V, c. 1 7, p. 465 et suiv.— DiViEOS, etc. s Charte da 8 janvier, mercredi après le treizième Jour 4325 (1326 N.-S.). Luyster, 1. c, bl. 86. — A Tbtmo, 1. c, c 15.

febrication pour faire face aux dépenses de la commune, et l'exempta de toute taxe arbitraire, sauf trois cas exceptionnels : lorsque le duc était armé chevalier, était fait prisonnier ou mariait sa fille aînée. Ce privilège lui fut octroyé moyennant i 20,000 livres, payables en vingt années par parties égales ; i ,000 livres devaient être annuellement mises en réserve pour rendre à la liberté les bourgeois qui pourraient être arrêtés à l'étranger pour les dettes du duc, ou pour les indemniser de la saisie de leurs biens ^ Un autre diplAme du même jour dota les bourgeois de Bruxelles de privilèges qui garantissaient leur liberté personnelle. Il fut défendu de les détenir ou de saisir leurs biens, avant qu'ils eussent été convaincus du crime dont on les accusait; Tamman et ses valets avaient seuls le droit de les arrêter ; ils ne pouvaient être incarcérés qu'à la Vrunte ou h la Steenporte, et être exécutés qu'en plein jour. II fut déclaré en outre que les biens des parents ne seraient plus confisqués par suite des crimes de leurs enfants ; que si le duc faisait mettre en liberté un étranger arrêté pour dettes contractées envers un bourgeois, il les payerait lui-même ; que les doyens et jurés de la draperie juge» raient toute contestation en matière de dettes et réclamations de ce genre. Enfin, le duc Jean III s'engagea formellement à ne plus influencer les décisions des échevins ^.

Cette même année, Bruxelles fut firaippée d'un grand désastre. Un incendie terrible éclata dans le quartier du Sablon, et dévora plus de 2,000 maisons, baraques et ateliers de tisserands ^.

Par un diplôme du 10 juin 1528, le duc arrêta que les personnes qui quitteraient Bruxelles sans payer leurs dettes seraient citées par Famman à comparaître à VÉUnU ^ endéans 40 jours, et que les débiteurs fugitifs ne pourraient rentrer en vQle sans avoir les moyens de satisfaire leurs créanciers. Une clause de cette charte porte aussi que les pères ne seront plus arrêtés pour les dettes de leurs fils ^.

« Charte da 18 octobre, Joar de Saint-Luc 1526. BmbanUehe Yeeifen, Codex n* 144, p. 770. — A Ththo, I. c, c. 38. Cette concession fut souvent renouvelée.

« Luyiter, L c, bl. 87.

s Gbakatb, BrtUMifo, p. 2.— CAronîçuecIif xv««t«e[e.aux^rrMvet(iuros(atime. —La chronique de Rouge-Clottre place cet événement en 1317.

« Maison de la Grand* Place, séparée seulement de Thôlel de ville par la rue qui porte son nom.

» Brahaniiche Yeesten, I. c, n* 140, p. 777. — A Tht«o, I. c , c. 42. TOXl î. 10

Quelques jours après, Bruxelles, Louvain et Anvers se confédërèrent de nouveau, afin de puiser dans leur union de nouvelles forces pour défendre leurs privilèges \ Nous ignorons les causes qui provoquèrent cette mesure. On peut supposer toutefois qu'elles se rattachaient aux embarras financiers dans lesquels se trouvait Jean III. Ce prince, qui devait entre autres de fortes sommes au comte Adolphe de Berg, deman* dait k ses villes de nouveaux subsides, que celles-ci refusaient de lui accorder, en se fondant sur leurs immunités. Bruxelles cependant, après avoir obtenu un acte de non-préjudice, consentit à lui venir en aide '.

£n 1551 , le duc joignit le village de Laeken k la ville de Bruxelles et ordonna que ses habitants jouiraient des mêmes lois et coutumes que les bourgeois '.

Cependant la puissance et la fierté de Jean III, fierté qui dégénérait souvent en hauteur, armaient contre lui tous ses voisins. Il avait irrité le roi de France en recevant k sa cour Robert, comte d'Artois, et en refusant de le faire sortir de ses états. Depuis quelques années une sourde inimitié régnait entre lui et Tévéque de Liège, et poiu* anéantir dans le duché la juridiction ecclésiastique étrangère, il avait demandé au pape la création d'un évéehé à Bruxelles. Cette proposition d'une utilité incontestable ne put prévaloir sur les intérêts de quelques particuliers. L'évéque de Cambrai dont l'autorité spirituelle s'étendait sur Bruxelles, Malines, Anvers, etc., et l'évéque de Liège, auquel obéissaient Nivelles, Louvain, Tirlemont et grand nombre d'autres localités, nûrent tout en œuvre pour faire avorter ce projet. Us furent vivement appuyés à la cour de Rome, par quelques ecclésiastiques influents qui possédaient des dignités dans ces deux diocèses, et la demande du duc n'eut aucune suite ^. Une

* 20 juin 1"28. Luysfei*, 1. c, bl. 91.

> 20 décembre, veille de Saint-Thomas 1328. Brabanfsche Ycestcn, 1. c, n<> 152, p. 781. — Â Thyho, 1. c.« c. <44. — Original aax Archiva du royaume. Chartes de BrabatU, armoire 7, layette 0, coté 89.

s 22 juillet, jour de Sainte Madelatne 1351. SiLiiiHiuos, Chorûgr» êoera Brab.^ U 112, p. 272. — A Thtmo, 1. c, Utre 5, c. IG.

* MiRAus, Opéra Diplomal.^ t. III, p. 150. L*archiUiaconé de Bruxelles formait une des six divisions du diocèse de Cambrai, et se partageait en trois décanats : Bruxelles, A lest, Pamele-lez-Audenarde. Le doyen, qu*on .surnommait doyen de la chrétienté, par opposition au doyen du chapitre de Sainte Gudnle on doyen du chœur, portait aussi le nom d*officlal; il présidait une cour connaissant de tous les délits commis contre les lois de Téglise et siégeant d'ordinaire à l'hôtel de Févèque, situé rue d'Or (Voyez troisième partie).

même ligtie réanit conire le Brabant la plupart des princes belles et quelques seigneurs de la Basse-Allemagne, ennemis constants du Brabant, dont ils enviaient les richesses \ et le comte d*£u, connétable de France, qui était venu, au nom de son souverain, prendre le commandement de l'armée des coalisés, entra dans le Brabant- Wallon. Jean III ayant conyoquéaussitôt ses chevaliers et ses hommes des communes, accourut a Hejlissem avec des troupes nombreuses et pleines d^ardeur. Après y avoir reçu et donné à plusieurs deses chevaliers Tordre de la chevalerie^, il oBriijimrde batailk k ses ennemis, qui, étonnés de son audace, acceptèrent une trêve proposée par le comte de Hainaut(li mai 1352). Le roi de France, admirant sa yaillanoe, se réconcilia avec lui et accq[>ta le l'oie de médiateur*

Jean III perdit en 133S sa fenmie, Marie d'Évreux, qui fut enterrée dans réglise des Réoollets. Il ne se remaria pas, mais il vécut entoure de maîtresses et d'une cour somptueuse à laquelle U donnait l'exemple du luxe et de la lieence. La même année, il alla assiéger Ains Mon\joie llniraitable sire de Fauquemont, qui, dans un assaut, fut mortellement blessé. Cet événement entraîna la reddition de cette citadelle ^«

Jean III avait confirmé en i 33â la charte de Gortenberg et ordonné une enquête annuelle sur la gestion de tous ses officiers : di*ossards, baillis, ammans, écoutètes, maires ^. £n 1333 il dédara qu'à Bruxelles personne ne pourrait être réélu aax fonctions d'échevin, doyen, Atrà, derc ou valet de la gilde, doyen d'un métier dépendant de ce tribunal, ou doyen des tisserands et des foulons, s'il ne s'était écoulé un intervalle de six ans depuis sa sortie de charge. Il défendit aussi de distribuer de l'argent pour obtenir un office, et ce, sous peine d'être déclaré inhabile à remplir aucun emploi ^.

Cependant un violent orage menaçait une seconde fois le pays. Plusieurs princes s'étaient détachés de la première ligue, mais le duc s'était £EÛt un nouvel ennemi dans le comte de Flandre, en annulant ® la vente

« BrabarUselie Yeestcn, Livre V, c. 25, p. 487. — De Dyntsk, etc. . * Lorsque le duc fui armé chevalier, la ville de Bruxelles lui paya lâ,000 livres. Brabantsche Yeeiieti, Codex, n« 184. p. 820.

3 BuTKENS, I. c. . p. 405, ad. a. 1332. A roccasion de cette guerre, la ville prêta aa duc d,000 livres en avance sur la somme qu'elle devait pour roctroi des accises. BrabanUehe YeegUii, L o.

« Bruxelles, 16 août, lundi après T Assomption. Luj^ter, 1. c, bl. 93.

' Bruxelles 21 septembre, jour de Saint-Malbieu 1333. Luysterf 1. c, bl. OG.

^ En qualité d*avoué de Téglise de Liège.

100 RISTOIRE

de Malines, que Louis de Nevers avait achetée à réréque de Liège, el eo prenant possession de cette ville, où l'avaient appelé les habitants. Les coalisés conclurent i Valenciennes un traité d'alliance, dans la nuit du 6 janvier i 334 (i 555 A.-S.), et les hérauts de presque tous les princes de la Basse-Allemagne vinrent, au même jour, porter au duc le défi de leurs mattres. Pendant neuf mois le pays vit les armées ennemies l'entourer de toutes parts, et pourtant pendant tout ce temps les denrées n'y manquèrent jamais, preuve évidente qu'il pouvait suflSre à ses besoins '. Les hostilités commencèrent sur les frontières de Flandre. Le duc étant parti pour aller au secours de Rolduc, au delà de la Meuse, les Flamands, au nombre de â 0,000, profitèrent de son absence pour brûler le bourg d'Assche et le château d'Aa, appartenant à Thierry de Walcourt ^ ; ils projetaient également l'incendie des foubourgs de Bruxelles et la destruction du village de Lennick, lorsque arrivés à Ten-Uellekene ', ils furent attaqués à l'improviste par une division brabançonne ayant & sa tète Thierry de Walcourt, le duc de Bar, le comte de Vianden sire de Grimberghe, le comte de Salm, les seigneurs de Lecfdael, de Huldenberg et de Manderscheit. Malgré leur supériorité numérique, ils furent forcés de battre en retraite, après avoir perdu i 50 hommes de tués et un grand nombre de prisonniers. Selon une chronique récemment publiée, les Flamands avaient l'avantage, lorsqu'un chevalier brabançon remarquant que leurs visages n'étaient pas protégés par leurs casques allongés et appelés vulgairement huven met kaken, cria à ses compagnons : « Frappez- » les à la figure ! » Les Brabançons, se servant avec adresse de leurs courtes épées, suivirent cet avis et leurs adversaires, couverts bientôt du sang qui leur coulait de la figure, furent mis en déroute. Depuis lors, ajoute le narrateur, quand on voit en Flandre un homme blessé au nez, on lui dit : Ja ghi hebt ten Hellikene ghezyn (Oui ! vous avez été k Hellekene) ^

* BrabanttcheYeesten, Livre V, c. Si, t. I, p. 5i3.

* Chronicon anonymi, p. 64. — Cbapeauville , Gesta PmUif, Leodiem, t. H, .p. *07.

s Ten Hellekine. Brabantscke Yee$ten, L. V, c. 36, 1 1, p. 529. — Chron. Comit. Flandr. ubi infira.— Ten Helkenen, Chron. de Rouge-Cloitre. Nous croyons qu*on ne peut placer ce combat à Zellick , sur la route d*Alost à Bruxelles, mais plutôt au lieu ditTen-Hellekene, près Lennick, sur le chemin allant de Bruxelles à Ninove.

« Chron, Comitum FTaftdrmitum, dans le Corpus Chrome, Flandr., 1. 1, p. 239. F^it. De Smet.

DE BBUX8LLES. 101

Cette victoire garantit k sûreté de rammanie. De retour en firabant, le duc fut joint par le roi de ?(ayarre, le comte d'Étampes son frère, et le comte d^Alençon frère du roi de France, avec lesqueb il fit une entrée magnifique à BruxeUes. U se disposait à marcher une seconde fois sur le liimbourg, et les gens des communes étaient allés dans leurs foyers se préparer à cette nouvelle expédition, lorsque des négociations furent ouvertes. Elles furent longues et difficiles ; ce ne fut que le S 7 août que le roi de France fit connaître sa décision, et, pendant tout cet intervalle, le Brabant resta complètement bloqué ^

Pour satisfjftire aux obligations imposées par la paix d'Amiens, Jean III dut de nouveau recourir aux états, ou pour mieux dire aux nobles et aux villes, qui lui accordèrent une aide considérable, en y mettant toutefois à peu près les mêmes conditions qu'en 1314. Les deniers à recueillir devaient être levés par deux seigneurs, par deux Louvanistes et par deux Bruxellois, délégués à cet effet par les états. L'administration du domaine leur fut confiée, ainsi que l'emploi des deniers provenants des amendes et des confiscations prononcées en suite de l'enquête sur les officiers de justice ^. Un règlement communal, émané des échevins et du conseil de Bruxelles, institua en 1334 deux receveurs qui devaient être nommés tous les ans & la Saint-Jean-Baptiste, et rendre leurs comptes en sortant de fonctions. Le cumul fut dtfendu, et les doyens et huit de la gilde astreints i justifier de l'emploi des deniers qu'ils percevaient '• Une disposition qui ne se retrouve pas dans le texte imprimé de cette ordonnance exclut les cheviUiers des fonctions de doyen de la gilde ^.

Le pays était alors vivement occupé par l'enquête établie en conformité de la charte de 1 332 et par la levée de l'aide. De concert avec les villes de Louvain, de Bruxelles et de Tirlemont, le duc modifia le mode de

< BmbanUe^ Yeerim, L. V, c. 20 et suiv., p. 508. — De Dyntbe, L. Y, c. 10, U II, f 1353. — Chran. anonymi, p. 65 à 69. — DiViEOS, ReruniBraba»U.,U\l\, p. 153. --Mbtee. Rerum Flandric., t.XU, p. 157. — Botkens, L. lY, p. 408 et suiv.

s Les délégués de Bruielles furent Walter Eggloy et Henri ditSwaef. Acte daté de BruxeUes, le 16 octobre 4334. Luyster^ I. c, bl. 08.

s Charte du 5 Juillet, mardi après SS. Pierre et Paul 1331. Luyster, 1. c, bL 97.

* Voert hebben y/y geset dat negeen ridder nemmermeer namaels guldeken syn en sal binnen BrusseL Note marginale dans le Root Staiuyt Bœck aui Archives de la vtUe.

lot BISTOIRE

l'enquête et ordonna entre autres dispositions que les délégués jugeraient dorénavant seuls et non f^us avec tous ceux qui se présenteraient ^ En 1554, il délivra à la ville de Bruxelles des lettres de nonpréjudice k regard des coupables qui avaient été distraits de leurs juges naturels ou ordinaires, pour être traduits devant la commission de Tenquéte ', et, l'année suivante, il confirma toutes les confiscations pro^ nonoées par cette commission '.

Les prélats brabançons ayant été taxés dans Taide à 50,000 réaux d*or, la plupart refusèrent de payer leur quote; mais Jean III ne recula pas devant ce refus et recourut contre eux aux mesures les plus énergiques. Les abbés s'adressèrent alors au pape, en se plaignant des charges énormes, des oorvées et des taxes arbitraires qu'on leur imposait ; le pape leur promit sa protection et menaça des foudres spirituelles ceux qui les opprimeraient \ Le comte de Hainaut qui, ainsi que son fils, intervint fréquemment, à cette époque, dans les afiaires du Brabant ', fut pris pour arbitre et amena les parties à une transaction qui fut signée k Bruxdiles, avec l'assentiment des nobles et des villes. Les abbayes durent s'engager k payer 50,000 florins de Florence^, et leurs corvées furent réduites b i 600 par an, sauf le cas de guerre nationale ^. Les droits de gîte des chiens du souverain furent restreints, et les monastères furent déclarés francs de toutes tailles, exactions, subventions, services inaccou-

1 Acte du 14 octobre 133î. Inventaire de$ Chartes de Brabant, n<> 13, f> 62. aux jérchives du royaume,

< Bruxelles, 13 décembre, mercredi après la Saint-Nicolas 1334. Luyster^ 1. c, bl. 101.

^ 2 août 1533. Brabanisclie Yeeêten, Codex, n» 165, p. 800.

« Bulle du pape Benott Xll, datée du 50 Juin, 2 des calendes de JuUlet. 1535. Hetlen, Mémoire sur l'époque où le clergé entra aux états de Brabant, pag. 46, 47 et 62.

^ Le mariage de Jeanne, Allé aînée du duc, avec rhéritier d« Hainaut avait été arrêté dès la naissance de cette princesse, et, en 1331, lean III demanda de ce chef on subside à ses villes. Bruxelles, pour sa part, paja 312 Uvres 10 scfaellingsgros tournois. Brabantsche Keesten, Codex, n*" 184, p. 820.

^ Décision du comte de Hainaat, de son ftls et de son frère, datée da Quesnoy. le 4 novembre, lundi après la Toussaint 1336. Sarit-Gbiiois, Pairies du Mai- $iaut.

^ In expeditionis nostris et Calvacaturis publicis cum nos aut successores nos • tros guerram apertam habere contigerit sine dolo, qusB vulgariter, guerre ouverte nuncupatur. Accord daté de Bruxelles, le 24 octobre 1336. Piaoesietem van Brabant, t. III, p. 160 et alibi.

DE BRUXELLES. i03

tumés et autres usages onéreux. Les villes de Bruxelles et de Louyaîn scellèrent cette transaction, et le comte de Haînaut la confirma, en déclarant qu'elle ne portait aucun préjudice aux droits du duc ^ Ainsi finit cette contestation qui, pendant deux ans, avait troublé le pays. Les charges qui pesaient sur les monastères ne furent guère allégées; mais ils étaient devenus asse^ riches pour les supporter. La discipline 7 était tout à fait tombée en désuétude et avec elle avaient décliné la considération et la vénération dont jouissaient autrefois ceux qui s'y retiraient. Bruxelles ne consentit à ratifier cette transaction qu'après que le duc eut déclaré que, si les monastères refusaient dorénavant d'acquitter leur part dans les aides, le pays ne serait pas plus imposé qu'auparavant ^.

A l'instigation de Robert d'Artois, le roi d'Angleterre s'était décidé à taire valoir ses prétentions à la couronne de France. Des négociations actives, appuyées par l'offire de subsides considérables, attirèrent dans son alliance un grand nombre de princes aDemands, entre autres l'empereur Louis de Bavière, qui embrassa chaudement sa qu«*elle. Pour décider les populations commerçantes de la Flandre et du Brabant à se prononcer en sa laveur, Edouard III défendit à ses sujets d'importer de la laine dans ces contrées, et cette mesure répandit la roisè;re chez les artisans '. Au commencement de l'année 1538, Edouard III, accompagné de sa femme, vint à Anvers, et, pour les influencer, il accorda aux principales villes brabançonnes des privilèges commerciaux. Les marchands et bourgeois de Bruxdks furent autorisés à parcourir l'Angleterre, à y séjourner et à y trafiquer. Leurs marehandises ne pouvaient y être saisies que pour dettes ou contravention aux lois du pays ; en cas de guerre, il leur était accordé quarante jours pour se retirer ; enfin, la révocation de ce privilège devait être notifiée à la ville un an d'avance ^.

Après avoir perdu près d'un an à décider à la guerre les princes de la Basse-Allemagne, Edouard vint au mois de juin à Bruxdles, et, selon les expressions de Froissard, u toutes manières de gens passèrent au

< Au QaesDoy, li décembre, mercredi après la Saint-Nicolas 1356. InoMiaire des Chartes de Brabant, n"" 16, f> 63. Archioei du rùyawne,

* BnixeUes, 28 décembre, jour des Innocents 1336. Luyster^ 1. c, bl. lOS. s Chronique de Rouge- Clcitre, ad. a. 1537.

* Charte doniiée à la ville de BruxeUes, datée d'Anvers, le 18 août de Tan XII da règne d'Ëdonard. Luyster^ 1. c. , bl. 60; dans ce recneiUon a attribué, mais à tort, ce diplôme à Edouard 1", Voyez A Tnmo, 1. c, tlt. 3, c. 64; Bmhani$e1ie Ycesten, Codex, n« 173, p. 812.

i04 HISTOIRE

n dehors '. n II en partit bîcntAt pour entreprendre le siëge de Cambrai, où Jean raccompagna à la tête de 7,000 combattants, parmi lesquels on comptait 1,200 cavaliers ^. Au nombre des guerriers qui s^étaient engagés à le suivre dans cette expédition, une liste officielle nomme : René Eggloy, Guillaume Pipenpoy, Walter Pipenpoy, Giselbert et Rodolphe Taye frères, Godcfroid Rode, Guillaume Pipenpoy fils de René, Godefiroid de Mons et Henri Boet, bourgeois de Bruxelles ^. Après une campagne sans résultats, Edouard revint à Bruxelles et y fit crier une joute dans laquelle il combattit ainsi que plusieurs princes d'Allemagne ^. Une assemblée plus grave s'y tint ensuite. Le fameux tribun gantois Jacques Van Artevelde y parut avec les députés des villes flamandes, pour négocier leur union h la ligue ^ ; quelque temps après, le due lui-même et plusieurs grands d'Angleterre allèrent k Gand, où fut conclue, le iS décembre, une alliance défensive et offensive, entre le Brabant et la Flandre. Un conseil commun fut institué pour juger des différends qui s'élèveraient entre les habitants des deux pays. Ce conseil, composé de dix personnes : deux conseillers du duc, deux du comte de Flandre et un échevin de chacune des eités de Louvain, Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges et Ypres, devait se réunir trois fois par an, à Gand, à Bruxelles, ou à Alost. Cet accord fut scellé de part et d'autre par un grand nombre de seigneurs et par les principales villes ^.

Après avoir anéanti la flotte française à l'Écluse, Edouard, qui s'était rendu en Angleterre pour activer le zèle de ses barons, débarqua une seconde fois à Anvers et tint avecses alliés une assemblée générale à Vilvorde (juillet 4340). Là fut resserrée Talliance du Brabant et de la Flandre, alliance dans laquelle entra le Hainaut; là aussi fut décidé le siège de Tournai. Cette ville se défendit avec vigueur contre une armée de 1 00,000 hommes, parmi lesquels on comptait 20,000 Brabançons ; d'autres disent 40,000. Dans une escarmouche périt Guillaume- Pipenpoy ^,

* Froissard, Chroniques, t 1, c. 39, p. 41.

* Ibid., 1. c. — Meyer, Rerum Fland., p. 461. — C&ron. ZarU/Uet apud Mar- TENE, Àtnpl, Coll., l. V, p. 221. — DivjEUS, Rer, Brabant. — BuTKEifS,etc.

s Inveniaire des Cliarles de Brabant , u? 2, f> 691, aux jérchives du royaume.

* Chroniques de Flandre, publiées par Sauvace, c. 76, p. 148. s Frois&ard. I. c , c. 44, p. 48.

« Luxster, I. c, bl, iù9 . -^ Brabantsche Yeesten, L. V, c. 49, p. 561. — Frois sard, 1. c.

^ Chron, Zaniftief, 1. c.

membre d'une des plus illustres familles patriciennes de Bruxelles, d'une race qui, pendant cinq cents ans, du xiii" au xvii" siècle, donna k la ville un grand nombre d'ammans, d'échevins, de bourgmestres, de receveurs. Pendant cette expédition, un vif dissentiment s'éleva entre les Louvanistes et les Bruxellois, qui se disputaient le poste d'honneur k Tarmée. De l'avis de ses nobles, chevaliers et sergents, après avoir déclaré que nul, pas même lui, ne pouvait prendre d'autre position que celle qui lui avait été assignée par le maréchal, le duc ordonna que dorénavant les milices de Louvain se placeraient près de lui, dans les expéditions dirigées vers Malines, Anvers, la Flandre et le Hainaut, et que les Bruxellois occuperaient cette place, dans celles qui seraient dirigées vers l'évéché de Liège et le comté de Namur ^

Une trêve ayant suspendu les hostilités, Edouard repartit pour l'Angleterre et Jean III revint dans ses états, où sa présence était devenue très-nécessaire. Ces guerres nombreuses avaient exigé des aides extraordinaires et presque toutes les villes étaient obérées. A Bruxelles, un règlement émané des échevins, des receveurs et du conseil, restreignit les dépenses, fixa les gages et les habits à donner aux magistrats et à leurs subordonnés. Il fut aussi décidé que les receveurs entreraient dorénavant en fonctions à la Noël ^. L'année suivante, le duc régla ses comptes avec le magistrat. Il conste de sa quittance que la ville lui avait payé, en 12 années, depuis Pâques 1528 jusqu'au 15 mai 1540, plus de 100,000 livres tournois ^, somme qui équivaudrait aujourd'hui à dix millions de francs. Ces charges considérables et l'interruption du commerce avec la France causèrent beaucoup de mécontentement. A son retour dans le Brabant, Jean III apprit que plusieurs habitants de Bruxelles avaient eu l'intention d'amener forcément la levée du siège de Tournai. Il fiit prouvé en effet que le roi de France avait gagné les principaux habitants u de cette cité, dit un chroniqueur, qui a l'audace de vouloir )i être la capitale du duché, bien que Louvain en soit la première ville, » et qu'ils avaient décidé leurs voisins à quitter le camp en désordre. Si les princes avaient tardé encore deux jours à renoncer à leur entreprise, les communes brabançonnes et les communes flamandes seraient retour-

* Binche, le 5 août 1340. Luyster, l. c , bl. 116. — AThymo, l.c, c. 59.

* Règlement en date du ii mai, mardi avant la Pentecôte 1539. Luyster^ 1. c, bl. 105.

' 15 mai 1540. A Thymo, I. c. c. 68. — Brabanisclie Yeeslen, Codex, n" 181.

TflWC 1 . 11

nées dans leurs foyers, exposant ainsi les alliés à une retraite honteuse.

Plusieurs Bruxellois furent arrêtés, d'autres quittèrent le pays. Les prisonniers ayant avoué leurs desseins, furent pour la plupart mis h mort, et de fortes amendes furent prélevées sur les biens des fugitifs^. Parmi les premiers se trouvait le chevalier Nicolas Zwaef, qui fut livlcé au duc par le comte de Namur ^. Un chanoine de Sainte-Gudule, Franc de Coudenberg, également accusé de trahison, quitta la ville et alla vivre en solitaire dans la forêt de Soigne, avec un de ses confrères, Jean Hinckaert, et le célèbre mystique Jean de Ruysbroeck ^« Ces trois amis fondèrent le prieuré de Groenendael, qui fut pendant longtemps une pépinière d'érudits.

Dans ces circonstances, cent quatro-vingtrcinq habitants de Bruxelles vinrent devant les échevins déclarer « qu'ils voulaient rester unis au » duc, aux magistrats et aux patriciens; que si l'un d'entre eux s'éle- )i vait contre ceux-ci , ils feraient tout pour l'en empêcher, et que si )« leurs efforts étaient inutiles, ils avertiraient de ses desseins les chefe )« de la draperie et les échevins, qu'ils aideraient de leurs corps et de » leurs biens aussi longtemps qu'ils vivraient ^. » Les chefs de la cité donnèrent, quelques semaines plus tard, une preuve évidente de leur aversion pour la lutte contre la France : Philippe de Valois ayant fait saisir des draps appartenant à un de leurs bourgeois, Amoul Crayemblic, et estimés à 6*80 écus, la ville le pria d'en ordonner la restitution, en lui représentant « que les habitants avaient dû servir leur souverain, » mais qu'ils voyaient la guerre avec déplaisir ^. »

Les années suivantes ne furent pas moins agitées. En 1541 le due destitua l'amman Walter Pipenpoy, et le remplaça par Othon comte de Nassau, sire de Dillenbourg. Sur le refus de ce seigneur, il investit Josse d'Ophem de cette charge, qui fut, peu de temps après, rendue à Pipenpoy ^. Ce qui nous dévoile surtout l'état d'irritation dans lequel la commune se trouvait alors, ce sont les ordonnances de police publiées

* Chron, CoRNEL. Zantfliet, l. c.

< L'acle de remerclment du duc est daté du 25 octobre 1341. St-Genois, Monuments essentiellement utiles, p. 971.

5 Gramate, Bruxella, p. 30.

*> Lundi après la Toussaint 1340. Registre aux Archives de la f>ilU de Bruxclfes intitulé : Copye Autentiek van de originele privilegien der stad Brussel, f«» cxlix.

» Lettre datée du 31 décembre 1340. A Thymo, I. c.

0 Liste des ammans de Bruxelles dans Puteanus.

en 13 4â. De sévères châtiments y sont comminés contre ceux qui contreviendront k la tranquillitë publique. Il est défendu de loger un banni ou un ennemi de la bourgeoisie sous peine de mort et de confiscation. Quiconque blessera un bourgeois avec des armes aiguisées sera chassé de la ville pour un an, après avoir eu la main traversée par ces mêmes armes. Les personnes habitant la ville depuis au moins un an et un jour peuvent seules être armées ; pour pouvoir porter un couteaà, il faut y posséder un bien de la valeur de cent livres ; pour se faire accompagner par ses meysemeUeden \ il faut une autorisation spéciale des chefs de la dté. Il est expressément interdit aux valets au vin ^ de porter ou couteau ou stylet. Enfin, l'accès de Bruxelles n'est ouvert aux personnes venant de l'extérieur qu'après qu'elles ont déposé leurs armes. Entre autres mesures de police, ces ordonnances défendent de se trouver dans les rues après la dernière cloche, de débiter de la boisson après la cloche dite drabbe-clocke, de jouer à l'oie, de se baigner en ville, u de mettre » une nouvelle mariée dans la chaise de noces, » d'aller aux octaves, trentaines et anniversaires ^ ; cette dernière défense avait aussi pour but d'interdire les funérailles trop somptueuses. Ces mesures de précaution furent commandées peu^être par l'événement suivant, qui dut causer une grande fermentation. A la persuasion de quelques favoris, Jean III avait fait arrêter et décapiter un bourgeois nommé Gérard Planckman, de Clèves. Vivement émus de cette- atteinte à leurs privilèges, les habitants lui adressèrent d'énergiques remontrances ^. Les autres villes intervinrent, et le duc, redoutant une explosion générale, ordonna que le corps du supplicié fut rendu à ses parents ou à ses amis, pour être enterré en terre sainte; il bannit Jean Blanckaerde, le principal auteur de la condamnation de Planckman. Une récompense de cent florins de Florence fut promise h celui qui le livrerait, dans le cas où il reparaîtrait sur le territoire brabançon. Sa tour d'Âa fut abattue jusqu'aux fondements, et la ville s'empara de ses biens, pour indemniser ceux qui avaient été lésés par suite de la mort de Gérard. Enfin, le duc déclara que la condamna

* Od appelait ineysemeliedçn d'un seigneur ceux qui avaient droit de manger à sa table ou à ses frais, comme attachés à sa personne ou chargés de la défense de son château.

> Valets au vin ou débitants de vins en détail. 5 AThymo, l. ce. 75.

* 10 novembre 1342. Archives du royaume.

tion de ce dernier^ ayant été prononcée par d*autres que par Famman et

les ëchevins, était tout à fait contraire aux privilèges de la commune ^

Pour éviter les malversations dans le maniement des biens et revenus de la ville, on prit le parti, en 1 5 45 , de les a£Fermer annuellement au plus offrant et dernier enchérisseur, et de faire cette adjudication à la maison dite rÉtoile^. Les fonctions des échevins s'étant considérablement augmentées, un nouveau tribunal fut institué pour juger les rixes et les délits. Les meurtres et autres crimes punissables de mort ou de mutilation restèrent dans les attributions échevinales. Ce tribunal fut composé de dix personnes, appelées 1^ pacificateurs jurés {gesworene paysmaekers) ou simplement les pacificateurs. Pour faire respecter ces nouveaux juges, le bannissement pour trois ou dix ans fut comminé contre quiconque les maltraiterait en paroles ou actions. Celui qui refusait de comparaître devant eux devait être chassé de la ville et ne pouvait y rentrer qu'en faisant acte de soumission '. C'est la dernière institution créée pendant la période de la domination des patriciens. Les sept échevins et leur conseil, les deux receveurs, les deux doyens et les huit de la draperie, constituaient alors, avec les dix pacificateurs, les juges de la bourgeoisie. Toutes ces places étaient conférées par les échevins patriciens ; aussi la puissance des lignages était^Ue alors h son apogée; mais cette puissance mémo devait leur être fatale. Ardemment convoité par les métiers, devenu le but d'ambitieuses menées, d'audacieuses entreprises, le pouvoir municipal était déjà miné dans sa base et les appuis qu'on lui donnait ne pouvaient que retarder la catastrophe en la rendant plus terrible.

Cette période de troubles fut suivie de quelques années paisibles pendant lesquelles Bruxelles s'enrichit de nouveaux édifices. Un des plus intimes confidents du duc était alors Guillaume de Duvenvoorde, seigneur d'Oosterhout, qui avait été longtemps le favori, le chambellan et le trésorier de GuUlaume, comte de Hollande, position dans laquelle il avait acquis une immense fortune. Il acheta plusieurs héritages situés à peu de distance du palais ducal et s'y fit construire une splendide habitation.

< 24 mars, lundi après la mi-carême 1342 (1343 N.-S.). Luyster, 1. c, bl. 118.

* 28 mai, mercredi après rAscension 1343. A Tuymo, 1. c, c. 77.

s Ordonnances du 26 mai et du 20 septembre 1345. T'Root Staluyt-Boeck metten Taetsen, f* 13 y. et 17 (Cartulaire de la YÎlle copié d'après les originaux). — A Thymo, c. 79.

II fonda aussi h Bruxelles un couvent d'Urbanistes ou de Ricbes^laires, qui fut bâti près de lliôpital de Saint^Pierre^ux-Lépreux, au lieu nommé Coudenclooster ou Gouyent-Froid, à côté du terrain sur lequel on bâtit, en 4 581 , la porte de Hal ^

On doit rapporter à Tannée 1348 l'origine d'une cérémonie qui joue un grand rôle dans notre bistoire : celle de Yommegang ou procession so lennelle delà commune '. De temps immémorial il y avait eu à Bruxelles deux paroisses, celles de Saint-Micbel et de SaintJean4-Molenbeek, se partageant le territoire écbevinal aux deux côtés de la Senne. Cbacune de ces églises avait sa procession ou cavalcade, à laquelle assistaient le magistrat et les métiers. La procession de Saint-Micbel conserva longtemps sa splendeur, et nous aurons plus d'une fois occasion d'en parler ; mais celle de Saint-Jean perdit son éclat vers le xvi* siècle. Une coutume bizarre distinguait cette dernière. Les malades de i'bôpital Saint-Jean l'accompagnaient, précédés de musiciens, et, pendant l'octave, parcouraient les rues en demandant l'aumône. On comprit enfin ce que ce spectacle avait de rebutant,et cette coutume fut abolie'. Ces deux processions furent complètement éclipsées parcelle de la nouvelle chapelle du Sablon. Selon les légendaires, une pauvre femme d'Anvers, appelée Béatrix Soetkens, vit en songe la Vierge qui lui ordonna d'enlever une petite statue, vénérée depuis longtemps sous le nom de Notre-Dame-à-la-Branche [Onze'Lieve'Vrouuyop'Stocxken). Le sacristain de l'église d'Anvers, qui voulut s'opposer à l'exécution des ordres du ciel, fut frappé d'immobilité, et Béatrix, montée sur un léger esquif, parvint rapidement à Bruxelles. Elle y fut reçue par le duc, son fils Henri, le magistrat, les métiers et les arbalétriers, qui transportèrent avec pompe la statue dans la chapelle du Sablon *.

^ Voyez dans la troisième partie la description du musée qui occupe aijgourd'hui remplacement de cet hôtel, et celle des boulevards (porte de Hal).

« Ommegang, de gaen, aller, et omme, par, autour; littéralement par-cours, pro-ces9%o.

5 Ordonn. du magistrat du 19 juin 1527. Archives de la Fille.

En 1423, le chapitre de Sainie-Gudule avait défendu aux vieillards et aux infirmes d'accompagner les processions de cette église. Archives de Sainte-Gudule.

* WiCHMANS, Brabanlia Mariana, L. I. p. 159 et L. Il, p. 290. — Sanderus, Chorog. Sacra Brab., t. Il, p. 18 ; IMd., t. III. — Van Gestel, Histùria Archiep. MecMin,, L II, p. 50^.— Gramaye, Bruxella, p. 8.— Le souvenir de cet événement a été conservé par des traditions, des tapisseries, des sculptures et de vieux Ubleaux ; dans réglise du Sablon on voit encore représentée, au-dessus du portail de Vest, la nacelle qui porUit Béatrix et la statue miraculeuse.

L'anniversaire de cet événement fut célébré tous les ans, le dimanche avant la Pentecôte, par une procession solennelle, qui prit, vers la fin du xiv^ siècle, un développement considérable. A Fimitation de ce qui se pratiquait dans la plupart des autres villes, ce jour fut choisi pour fête communale, ce qui contribua beaucoup à rehausser la splendeur de la cérémonie. La gilde des arbalétriers et les autres serments institués plus tard, escortaient la procession dans laquelle figuraient en corps les magistrats et les membres de toutes les corporations, lignages, gilde de la draperie et métiers, ainsi que le clergé et les ordres mendiants. Les magistrats et les doyens y assistaient en robe rouge, couleur de la ville, et les métiers s'y faisaient précéder par leurs bannières dites keersêe^ espèce de lance dont l'extrémité était ornée des emblèmes du corps; enfin, on y ajouta des chars, des géants, des animaux et d'autres symboles religieux ou grotesques. C'était l'^se qui supportait les frais de cette cavalcade, mais la ville lui accordait un subside ^. Quelquefois le souverain donnait une gratification à quelques-uns des personnages figurant dans la fête : ainsi, en 1379, la duchesse Jeanne paya les costumes des eniants qui y assistaient, déguisés en diables ^ ; en i 52 9, Marguerite d'Autriche gratifia de 4 carolus d'or les enfants qui, montés sur le cheval Bayard, avaient chanté devant elle le 9 mai, jour de la procession^. Pendant huit jours, à dater de la veille de la fête, les ducs avaient coutume de donner de l'argent à i 3 pauvres et à une recluse *.

Le plus ancien acte qui nous ait fourni quelques détails sur Vommegang, est un accord fait entre le chapitre de Sainte^udule et les arbalétriers, concernant le droit de sépulture au Sablon. On y lit que les chanoines enverront des bannières, des eniSBuats de chœur et des chapelains pour assister à la procession de Notre-Dame ^. La cavalcade était dirigée par

* Ce subside, destiné à la fois à couvrir les frais de la cavalcade et du repas des arbalétriers, était d*abord d*une livre de gros. Ordonnance de 1359. A Tbyho, 1. c, titre 4, c 23.; il fut porté au double en considération des avantages que la procession procurait aux accises. Ordonnance de 1 428 . A Thymo, partie VI, litre 3, c. 5; en 1448 on Téleva à 5 livres. Perketnent Boeck metten Taetscn, aux Arcïiives de la ville.

■ Comptes des fiefs, aux Archives du royaume (1379-1380).

5 M. Altheter, Fie de Marguerite dAutriclui. Revue belge, t. XV, p. 63.

^ Comptes des ducs de Brabant, années 1428 et suiv. Archives du Royaume,

'Accord conclu en janvier 1365 (1366 N. -S.) avec l'approbation des échevinti jurés, consuls (ou conseillers) et commune de Bruxelles , ainsi que du duc et de la

DE BRUXELLES. lit

les chefs des serments; partant de Pëglise, elle se rendait à la Grande- Place, et revenait par la Chaussée (aujourd'hui rue de la Madelaine). D'ordinaire, quand le souverain ou un étranger de distinction se trouvait à Bruxelles, le magistrat l'invitait à venir à la maison échevinale vmr passer le cortège, qui s'arrêtait sur le Grand-Marché, où un banquet était servi. Un règlement de 1448 supprima ce repas et y substitua une distribution de deux stœp de vin à chaque lance , qui venait saluer l'image de la Vierge. Après la rentrée de Yommegang^ les arbalétriers tiraient l'oiseau, qui était placé sur le docher de l'église , puis ils choisissaient de nouveaux doyens et jurés. La plupart des métiers donnaient des festins k cette occasion ; mais cette coutume fut abolie au XV* siècle, à cause des frais qu'elle entraînait. Â cette époque, les ornements de la cavalcade étaient déjà si nombreux que la ville dut acheter une maison dans la rue d'Or pour les y placer. Dans le même temps, le magistrat déclara que, l'après-midi h deux heures, on exécuterait sur le Marché un jeu ou mystère dont le sujet serait une des douleurs de la Vierge, «< en sorte, dit l'ordonnance, que tous les sept ans on recom- » menée le récit des a£Dictions de la mère du Sauveur ^ »

S'il faut en croire les chroniqueurs, le dérèglement des mœurs était parvenu & son comble, quand une peste terrible vint frapper l'Europe; le Brabant seul ressentit h peine la c(mtagion ^. Au milieu de la stupeur générale, on vit paraître des bandes de pèlerins qui, demi-nus, portant des croix rouges sur les épaules, se flagellaient impitophl^nent. Leur frénétique enthousiasme se communiqua aux masses, et les malheureux juifs, objet constant de la haine populaire, furent les victimes de ces fanatiques, qui les accusaient d'empoisonner les fontaines. Les juifs étaient en grand nombre à Bruxelles, où le duc, qui avait conçu une profonde estime pour un de leurs coreligionnaires, les couvrait de sa protection. A l'approche des flagellants, ce juif, ra|^rte la chronique, alla trouver son protecteur et lui dit : «< Seigneur, l'apparition de ces hommes est » pour moi et pour tous ceux de la nation juive, le signe d'une pro- « chaine extermination. — Ne craignez rien, répondit Jean III, je ne

dncbesse. Archwct des Hospices, — Annales Mss, S. Gudilœ, litre XI, c. 10. — A THmo, 1. c, titre 4, c. 38.

* Règlement du 19 février 1447 (1448 N.-S.). Perkement Boeek metten Taetsen aux Archives de la Fille. Voyez Revue de Bruxelles, juin 1841, p. 32 et suivantes.

* SmoNlffi I» SisiOKDi, Histoire des h^ffubUçues italiennes, L \, di. xxxvn.

» connais homme qui vive, assez hardi pour mettre la main sur vous. » Connaissant ces dispositions , la commune s'adressa au prince Henri , qui lui permit de tuer les juifs, se chargeant de l'excuser auprès de son père. Ces malheureux furent alors activement poursuivis, et il en périt, dit-on, plus de 500. Le favori du duc, qui avait simulé une conversion, fut accusé de profanations et brûlé vif '. Il semble que le ciel ait voulu punir la conduite tenue par le prince Henri dans cette circonstance : il fut tué dans un tournoi donné à Bruxelles, le 29 novembre (dimanche avant la Saint-André) 1349 *.

Jean III avait eu de Marie d'Évreux trois fils et trois filles : Jeanne, née le 24 juin, jour de la nativité de Saint-Jean-Baptiste, 1322 ; Marguerite, qui épousa Louis de Maele, née le 15 août 1323; Marie, depuis duchesse de Gueldre, née en 1325 ^; Jean, né en 1324 ^, Henri, le 25 décembre 1327 ^, etGodefroid. Jean était mort depuis plusieurs années et Godefroid ne survécut que seize mois i^son frère Henri ^. Aucun de ces princes ne laissa d'enfant l^itime, et en eux s'éteignit la postérité mâle de Lambert comte de Louvain ^.

La halle aux draps que possédait alors Bruxelles, et qui était située près de la boucherie, appartenait au prince, et depuis longtemps elle était devenue trop petite. Les opérations communales prenant chaque jour plus de développement, la commune résolut d'en faire construire une nouvelle. Les receveurs achetèrent k cet effet plusieurs habitations situées derrière la maison des échevins, dans la rue allant de l'hôpital Saintr Jean à la rue aux Pierres, en face de la prison actuelle, dite Amigo. Les considérants des actes d'acquisition signés par les échevins, les receveurs

*■ Chronique de U Muisis dans le Corpuê Chron, Flandr., t. II, édit. Deshet. La Chronique manuscrite du xy* siècle, aux Archives du Royaume, place en Tannée 1 349 Tarrivée des flagellants et le massacre des jaifs.

* AzEYÉDO, Chronyk van de stad enprovintie Mechelen, ad ann. 1349. — Buteens, Trophées de Brahant, p. 446.

5 Chron, de Rouge-Cloitre.

« Lors de la naissance de ce prince, il y eut des contestations entre le chapitre de Sainte-Gudule et les religieux de Condenberg, qui réclamaient une part dans les offrandes faites par la duchesse à Toccasion de ses relevailles. Florent Berthoat, choisi pour arbitre, déclara leurs prétentions non fondées, 15 Juin 13â4. Annales mss. Sanctœ-Gudilœ, Ut. X, c. 13.

^ Chron» de Rouge-Clottre,

A BUTKENS.

^ Ils sont enterrés dans le choeur de Téglise paroissiale de Tervueren.

et le conseil, sont ainsi conçus : u £n considération des maux, périls et )» infortunes qui pourraient survenir à nous et à notre postérité parce que >» nous manquons de maison de commerce et spécialement de maison » aux draps, dite vulgairement une halle ; considérant en outre la grande M et évidente utilité et la commodité manifeste de semblables édifices, » nous, après bonne et mûre délibération et de commun accord, avons » acheté, etc^» Les constructions existantes furent abattues et remplacées par d'autres, dont Jean III posa la première pierre, au mois d'avril 1555^. La halle formait un vaste bâtiment occupant l'emplacement de l'aile du fond de l'hôtel de ville. L'étage servait aux séances de la gUde de la draperie et à la mise en vente des draps; le rea^e-chaussée fut réservé pour les ateliers des travaux de la commune, et ses différentes parties prirent les noms de maison de la menuiserie {timmerhuyse)^ maison du fer {yserhuyse), maison des chariots {wagenhuyse)^ et maison des quatre galeries {merpanhuyse) ^.

En 4547 Jean III marcha au secours de l'évéque de Liège, et, le 21 juillet, il remporta, sur les communes liégeoises, la victoire de Walef.^ Une paix avantageuse en fut le résultat : deux mois après, le duc et les députés de Louvain et de Bruxelles conclurent à Tirlemont, avec les délégués de Liège et de Huy, un traité par lequel ils se promirent mutueUement aide et assistance, et s'engagèrent k protéger réciproque-

1 Universis Scabini, receptores» consules, ceterique opidani ac tota univer-

sitas opidi Bruiellensis salutem cum nolicia veritatis, Noverint universi quod nos considérantes et diligenter animadvertentes dampna, pericula et infortunia quae nobis et successoribus nostris evenire possent ex eo quod caremus in opido nostro pnedicto domibus mercaturae et specialiter domibus pannoram quae dicuntur vulgariter een Halle; praeoculisetiam habentes magnam etevidentem utilitatem, manifestumque commodum talium domorum in opido nostro antedicto ; bona et matura super hoc deliberatione prsehabita, de communi et generali consilio.et assensu omnium nostrorum ad structuram et edificationem domorum praefatarum, comparavimus et acquisivimus ac comparare et acquirere nobls légitime fecimus..,. domistadium cum domibus superstantibus situm in opposito domui dictœ vulgariter de Nonnaert, supra conum ibidem, inter bona quondam Gosuini dicti de Vythem dicti Uterwildergans et bona mansionis dicte de Leeu retrorsum, erga dilectam nostram

Hariam dictam dsjoncheren Datum anno Domini 1353 die altéra mensis julii.

La ville acheta encore plusieurs autres héritages. Archit>es de la tnlle.

* Aneedota bruxellenna, Mss. du xyi« siècle à^la Bibliothèque de Bourgogne. — TBoeck der Tyden in t'Corie, p. 171. — Chronique mss. aux Archives du Royaume. — Gramate, Brux., p. 2.

» Voyez la troisième partie, article hôtel- de- ville.

TOHBI. 12

ment leurs marchands ^ Cette union et les alliances formées par Jean III montrent combien étaient déjà fortes, à cette époque, les tendances vers une fusion intime d'intérêts ; c'est aux viOes qu'est dû tout l'honneur de ce rapprochement : en se liant pour la défense de leurs droits, elles avaient appris aux peuples du Brabant, de la Flandre, du Hainaut et du pays de Liège, & se regarder comme frères.

Charles de Luxembourg, dont le frère Wenceslas était devenu gendre de Jean III par son mariage arec Jeanne, veuve de Guillaume II de Hainaut, étant monté sur le trAne d'Allemagne, confirma toutes les concessions fiiites au duc par ses prédécesseurs. Il déclara en outre que nul sujet brabançon ne pourrait, dans toute l'étendue de l'empire, être distrait des juges de son pays et cité devant un tribunal civil ou ecclésiastique '. Ce privilège, connu sous le nom de btdle d'or^ était un puissant moyen de soustraire nos concitoyens à des condamnations injustes. Malgré les réclamations auxquelles il donna lieu de la part des habitants d'autres contrées, plusieurs empereurs en confirmèrent la possession au Brabant.

Jean III ne laissant pas d'héritier mâle, les villes craignirent de voir s'élever après sa mort des contestations entre les maris de ses filles. Pour prévenir les difficultés qui pourraient entraîner le démembrement du pays, quarante-quatre d'entre elles firent déclarer par leurs députés, assemblés & Louvaîn, qu'elles voulaient rester unies sous un même seigneur, mais qu'il fallait donner & toutes les princesses un apanage convenable (8 mars 1354.1355, N.-S.) '. Les nobles et le duc approuvèrent cette décision **

Jean III mourut le 5 décembre 1355, après un règne glorieux de quarante-trois années; il fut enterré dans l'église de l'abbaye de Villers. C'était le quinzième de nos comtes, et le neuvième de nos ducs de la maison de Louvain.

Issu de la maison de Luxembourg, qui, depuis Woeringen, avait gardé rancune aux descendants de Jean-le-Victorieux, fils de ce roi de Bohême

* ai septembre 1347. Luyster van Brabant, 1. c, bl. ISO.

> BuTKEMs» 1. 1, p. 438. — De Dtnter.

s Luyster van Brabant, I. c, bl. 123. — A Thtmo. Un diplôme impérial de rannée 1204, confirmé à plusieurs reprises, avait admis les fiOes à succéder an duché à défaut de mâles. Butkos, p. 168, et preuves, p. 85.

« 17 mai 1355. Hss. de la RibL de Bourg., &<» 17333.

DE BRUXiXLES. 115

qui, deux fois, ayait armé contre le BraiMint une coalition formidable, Wenceslas avait bien des préventions à détruire avant d'obtenir l'amour et la confiance de ses nouveaux sujets. Loin de l'essayer, il ne fit qu'accroître leur animadversion : léger, prodigue^ insouciant, il laissa déchirer par l'anarchie ses villes les plus importantes; il fevorisa l'existence des partis qui s'y disputaient l'autorité, et prolongea leurs luttes en leur vendant tour & tour son approbation et son appui. Humiliation au dehors, scissions au dedans, tel est le tableau qu'ofre, sous son régne, le pays dont les ducs, de la maison de Louvain avaient fiiit une puissance, et où jamais ils n'avalent toléré le désordre permanent. Jeanne, malheureusement trop tendre , et fidble envers son mari, ne prit aucune part à l'exercice du pouvoir. Les qualités qu'elle déploya en plusieurs circonstances lui con* servèrent pourtant l'affection des peuples ; elle était doublement chère aux habitants de Bruxelles, qui l'avaient vue naître le 24 juin 4322, jour de la Saint^Jean-Baptiste ^

Les anciens ducs avaient toujours été reconnus dans leurs états, en prêtant un serment général de maintenir les libertés de leurs sujets ; avant de reconnaître Jeanne et Wenceslas, les villes dressèrent une longue série de points capitaux, dont les nouveaux souverains durent jurer Tobsen^ation. Ce sont ces dispositions qui, réunies, reçurent plus tard le nom de Joyeuse^Enirée {Blyde-Jnœmpste), parce que leur acceptation était accueillie par les acclamations des députés du pays. Après avoir juré solennellement k Louvain ^ l'exécution de cette charte, Jeanne et Wenceslas se rendirent dans les principales villes pour y recevoir le serment des bourgeois, et leur promettre le maintien de leurs privilèges particuliers.

Ils avaient à peine pris les rênes du gouvernement que l'ambition du comte de Flandre, Louis de Maele, alluma la guerre. Il réclamait, au nom de sa femme, un tiers du duché, ainsi que la ville de Malines, dont Jean III ne lui avait pas payé le prix d'achat. De pareilles prétentions étaient faites pour étonner les Brabançons, et ils y répondh-ent en prenant les armes '. Les Malinois seuls, que leurs dissensions avec Anvers

< Ghroniqae des ducs de Brabant. Seconde partie, inUtolée : Ineipit secunda pars de origine nobiliamorum ductwi BrabanHœ proiapiœ. Mss. du xv« siècle, Bibliothèque de Bourgogne.

• 3 Janvier 1356 (1353 V.-S.).

. > Voyez la chronique de Zaiitfliet. Àmplissima colUctio, t. V, p. 261 et suiv.

séparaient des cités brabançonnes, se rangèrent du parti des Flamands. Les Bruxellois se chargèrent de défendre les frontières du comté d'Alost \ et les états votèrent une aide de 430,000 vieux écus d'or ^. Cependant des négociations furent entamées et les deux princes eurent une entrevue à Assche. Ils étaient même parvenus à s'entendre; du moins, par un traité conclu le 28 juin, le comte de Hainaut et de Hollande avait été accepté pour arbitre ^ ; mais les villes jugèrent sans doute les conditions du traité déshonorantes pour le Brabant, car aussit&t après les hostilités commencèrent. Un chroniqueur attribue la guerre aux Bruxellois, qui se seraient soulevés, accusant de trahison tous ceux qui avaient pris part aux négociations , et les auraient empri-^ £punés ^.

Profitant de Fabsence du duc, qui s'était rendu à Maestricht, Louis de Maele, à la tête d'une forte armée, envahit le pays h l'ouest de la Senne, tandis que le comte de Namur ravageait les environs de Nivelles et de Jodoigne, et que les Liégeois s'emparaient de la petite ville de Landen. Ne trouvant aucun obstacle, les Flamands parurent bientèt en vue de Bruxelles. Ils assirent leur camp entre les villages d'Anderlecht et de Molenbeek, près du hameau dit Mortenbeek ^, dans la plaine appelée la Haute-Culture (dm Hoogen-Cùuter), et plus tard Scote ou Scheut ®.

1 De Dynter, Chron, des ducs de Brabant, L. VI, c. 3, t. III, f^ 1596. Mss. de la Bibliothèque de Bourgogne. — Brabantsche Yeesten, L. YI.

* A Bruxelles, le 6 juin 1356. Luystcr, 1. c, bl. 137.

' Cet acte, ainsi qu*un grand nombre d'autres non moins importants, sera publié dans le codex du second volume des Brabantsclie Yeesten, dont M. WHIems, membre de la commission royale d^histoire, prépare la publication. Ce savant philologue nous en a donné communication avec une rare obligeance.

* Zantfliet, I. c, p. 264. — Il est le seul qui parle de cette sédition. Toutefois, 11 paraît avoir raison, puisque dans un acte que publiera M. Willems, il est dit que les délégués chargés par le duc de traiter de la paix avaient été retenus.

^ Ce nom vient, dit-on, des cadavres qui y restèrent après la bataille. Toorneur, Liber fundationis Carthitsiœ Dominœ nostrœ de Gratia, P' 1 , Mss. de la Bibliothèque de Bourgogne.

® Selon les uns, ce nom vient de ce qu'un archer aurait atteint ce lieu en tirant des murs de Bruxelles; ils ajoutent qu'on conservait son arc à Tbôtel de ville; selon les autres, il y avait en cet endroit un Ur à Tare près d'un arbre appelé Schietbootn, Tarbre du tir. Liber fundationis, 1. c— De Wael, Historia Carthusiœ B. Mariœ de Gratia, t. I, p. 40, Mss. de la Bibliothèque de Bourgogne. ~ Dans un acte de Tan 1401, cet endroit est appelé loc^im dictum te Scote. Archives de Sainte- Gudule.

Louis de Maele conduisait, dit-on, 100,000 Flamands et Lillois ^ A BruxeDes, où Jeanne était restée, il n'y avait que les milices de la commune .que vinrent renforcer celles de Louvain, conduites par Bernard de Borgnevai, et les hommes d'armes du comte de Berg. Ne voulant sans doute pas laisser les faubourgs de la ville et ses environs exposés aux ravages de l'ennemi, les capitaines brabançons résolurent, malgré l'infériorité de leurs forces, de l'attaquer dans ses positions. Suivant un auteur flamand, cette résolution fut le résultat d'une ruse de ses compatriotes. Ayant surpris un espion sorti de la ville, ils l'attachèrent à un tronc d'arbre, dans une tente, et allèrent se placer près de 1&, de manière qu'il pût les entendre sans les voir : « Notre position est mauvaise, » dirent-ils; si les Brabançons nous attaquent, nous sommes perdus. » Partons demain matin k huit heures et emportons en Flandre notre » butin. Ici nous n'avons rien & gagner, car la ville est forte et bien » munie de défenseurs. » Un des interlocuteurs rentrant ensuite dans la tente, traita le BruxeUois d'espion, et, comme celui-ci s'en défendait, suppliant au nom du Christ qu'on ne lui fit aucun mal, les autres survinrent et, feignant une grande colère, ils s'écrièrent qu'U fallait mettre & mort cet espion qui avait surpris leurs projets. Saisi de terreur, le mal* heureux jura par tout ce qu'il y a de plus sacré qu'il n'avait rien entendu ; les Flamands néanmoins continuèrent& le menacer jusqu'à ce quequelquesuns, paraissant émus de compassion, inter\inrent en sa faveur et obtinrent sa mise en liberté. Le Bruxellois n'eut rien de plus pressé que d'aller tout raconter à ses concitoyens, qui virent en effet, le lendemain, les Flamands lever leurs tentes et faire tous les préparatifs d'une retraite. Trompés par ce stratagème, les Brabançons s'élancèrent à leur poursuite; mais à peine sortis de la ville, ils rencontrèrent l'ennemi rangé en bataille. Pendant le combat, un corps d'élite, caché dans un bois voisin, se jeta inopinément sur Bruxelles et s'en empara avant que la victoire fût décidée ^. Les relations ordinaires disent que le i 7 août, les Brabançons attaquèrent avec tant d'impétuosité l'armée flamande, que la victoire parut d'abord se prononcer en leur faveur. Le jeune et valeureux de Berg enfonça l'aile droite, mais au centre la supériorité numérique l'emporta. Au moment le plus décisif, le sire d'Assche, porte-étendard héréditaire du

* Chron, Comitutn Flandrensium, dans De Smet, Cwrpuê Chnm. Flandr., t, ï, p. 229.

* Corpus Chron, Flandriœ, 1. c.

118 HISTOIIIE

duché, jeta le drapeau confié & ses soins, et prit honteusement la fuite. Se croyant trahies, les milices se retirèrent en désordre, et furent chargées avec fureur par la cavalerie flamande. Beaucoup de bourgeois, qui avaient échappé au tranchant de l'épée, périrent dans la Senne et les étangs voisins. Cette journée désastreuse resta longtemps gravée dans le souvenir des Bruxellois, qui l'appelèrent le mauvais mercredi {quadm gœnsdag) ^

A la nouvelle de cette défeite, la duchesse quitta précipitamment le palais de Goudenberg, et, montée sur un agile coursier, s'enfuit à Binche, ville de son douaire, accompagnée seulement de quelques dames et écuyers ^. Arrivés devant la porte de Sainte-Catherine, les Vainqueurs y mirent le feu et pénétrèrent bientôt dans la ville. Le comte planta rétendard de Flandre à FÉtoile ', puis se rendit au palais, où il s'occupa immédiatement des moyens de conserver sa conquête. Il remplaça Tarnman par sir Siger de Heetvelde, nomma de nouveaux échevins, et reçut le serment de fidélité des habitants. Des ordres sévères enjoignirent à ses troupes de payer tout ce qui leur serait fourni et de respecter les personnes et les propriétés. Par un acte daté de devant Bruxelles, le i 8 août, le comte promit de rendre les otages que lui avait remis la ville, aussitôt qu'il aurait reçu l'acte de soumission qu'elle s'était engagée à lui donner ^. n alla ensuite occuper le bourg et le château de Tervueren, où il mit garnison, et entra dans Louvain, Malines et Anvers. Nivelles, Tirlemont,Léau, lui ouvrirent également leurs portes, et, & l'exception de quelques petites villes et chAteaux forts, tout le Brabantreoonnut son autorité.

Dans un acte du SO août, Louis de Made s'intitule comte de Flandre, de Nevers et de Rethel, seigneur de Bruxelles et de Malines ^ ; dans un autre, postérieur de quelques jours, il se dit seigneur de Louvain, de Brouxelle, d'Anvers et de Malines ^. Enfin, à la prière des villes, U prit

« SrabanUche Yeesten. — De Btntbr, L. VI, c. 4, t. III, ^ 1599. — Chronic. anonymi, p. 78.— Botkens. ~ Ghapeauville, t. III, p. 6.— Zantfliet est encore id en opposition avec les auteurs; il substitue au sire d*A8sche le sire de Schoonvorst, et dit, qu*après la bataille, le duc et sa noblesse, craignant la fureur du peuple de Bruxelles, se retirèrent à Louvain.

* Zamtfuet, 1. c.

' En die Vlamyngen volcbden al vectende tôt ZInter Kateline poorte die ver^ brandon zy...., en grave Lodewyc quam binnen Brusele en stac zjn bannière in de Sterre op te marct. Chronique mss.. Bibliothèque de Bourgogne, n^ 18001.

* Brab. Yeesten, t H, codex.

s A Thtiio, 1. c, c. 5.

« iWd., I. c, c. 6.

(y^'^?ùe^yr7€^

DE BRUXELLES. ft9

le titre de duc de Brabant \ et les députés des six chefis-villes, réunis à Bruxelles, annulèrent les ordonnances rendues, quelque temps avant la guerre, pour restreindre la juridiction de Févéque de Liège ^»

Louis de Maele ne jouit pas longtemps de sa yictoire. Informé de rissne de la bataille de Poitiers, il était allé trouver & Paris le duc de Normandie, régent de France ^, quand un patricien de Bruxelles lui enleva la possession de cette ville, dont ïexemple souleva tout le Brabant contre les Flamands. Indigné de voir sa patrie entre les mains de Tétranger, ÉverardT'Serclaes résolut de la délivrer par un coup de main. Ayant appris que la garde s'y faisait négligemment, il réunit, dans la nuit du 34 octtrinre, quelques hommes intrépides, pénétra dans le Warmoesbroek, et escalada la muraille non loin de la chapelle de Saint-Laurent, près de Fendroit où se trouvait la maison de sa famille, au fond de rimpasse dite alors Eetengat^. U pénètre, sans être aperçu, jusqu'au Marché, ou il arrache l'étendard de Flandre, et ses compagnons se dispersent dans la ville en criant : « Brabant au grand-duc. n Les habitants prennent aussitôt les armes; voyant des ennemis surgir de toute part, terrifiés par les clameurs de la foule, les Flamands fuient éperdus vers la porte de Sainte-Catherine ; mais ils la trouvent gardée, et toute issue leur étant fermée, ils se précipitent du haut des remparts, ou sont forcés de mettre bas les armes ^.

« ArUcle 5 da traité d*Ath.

* 14 octobre 1356. Dans la suite, les villes de Louvain et de Bruxelles donnèrent à Wenceslas et à Jeanne une déclamtion contraire à celle-là. Diplôme des ducs, daté de Bruxelles, le 18 no?embre 1556. A Taiso, 1. c, c. 10.

» Zantfldet, L c.

* Aujourd'hui la rue de Berlaimont.

' De Dthter, 1. c, c. 6, ^ 1606. — DiVAUS, Rer. Brabant,, L. XV, p. 160. — Hauccs. — BoTKENs, 1. C, p. 471. — OuDEGHEBST, AnnaUt de Flandre, t. IL — Le chroniqueur Zantfliet raconte encore le ftiit tout autrement : il avance que les Louvanistes rappelèrent le duc qui revint avec 1200 cavaliers, et qu*alofs seulement Bruxelles reçut son souverain légitime.

On lit dans Foppens, ad ann. 1376 : « Les Flamands firent une tentative pour » surprendre Bruxelles, mais la popufaice s*étant attroupée, surtout les marmitons » et les cabaretiers, qu*on nommait alors êpite-fiel^enê, les chassèrent honteuse- » ment, n y demeura environ 1500 Flamands sur le carreau. En mémoire de cet » événement on a vu depuis longues années deux figures de marmiton avec leurs » broches, exposées sur le toit de la porte de Flandre. » Cet auteur 8*est trompé de date en rapportant à 1376 un dit arrivé en 4356. L*abbé Mann a copié son erreur.

Éverard TSerdaes fut créé chevalier et jouit d'une grande influence, jusqu'au moment où un afEreux assassinat vint l'enlever à sa famille et à ses concitoyens ^ .

Le Brabant était perdu pour Louis de Maele : Wenceslas et Jeanne se hâtèrent d'y revenir, et pendant l'octave de la Toussaint, ils furent solennellement reçus dans les deux principales de leurs conununes ^.

La guerre toutefois était loin d'être terminée ; tout le pays «ntre la Senne et la Dendre, ainsi que les environs de Malines, furent, pendant plusieurs mois, le théâtre de luttes sanglantes ^. L'intervention de l'empereur, frère de Wenceslas, arrêta les hostOités du comte de Namur et de l'évêque de Liège, mais il fit acheter au Brabant sa protection et ses secours, en exigeant du duc et de la duchesse qu'ils le reconnussent pour leur héritier. Cette prétention était formellement contraire aux droits de la comtesse de Flandre et de la duchesse de Gueldre, mais les Allemands considéraient le Brabant comme un fief dévolu à l'empire par défaut de mâles. Jeanne donna des lettres de dévolution en &veur des parents de son mari ^, après avoir obtenu l'approbation des com* munes de Louvain, Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc,. Tirlemont, Léau, Nivelles, Heusden, Yilvorde, Herenthals, Jodoigne et Lierre, dont

' On a trouvé au siècle dernier, en rebâtissant Thôtel de Berghes, au bas de la rue d*Âssaut, une pierre sur laquelle était rinscription suivante :

EVERHAROO T'SeRCLAES VlCT.

PAtR. UBERAT.

Qui IX Kalemd. nov. MCCCLYI hoc nogtu COk LXX soc. abm. crb. imvas. expugm.

YeXILL. PRIIIAIUUB GaNDAV. E CHRIA SENAT. DIRUPIT ET

Concertant, cnr. host. interruptos

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