‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 13 sur 51 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

de Maele obtint, outre Malines, la possession d'Anvers et d'autres biens jusqu'à concurrence d'un revenu annuel de 10,000 florins d'or, et le droit de prendre jusqu'à sa mort le titre de duc de Brabant. Une clause de ce traite imposa aux viUes de Louvain, Brdxblles, Nivelles et Tirle* mont, l'obligation de lui fournir chacune, pendant la durée de son règne et en cas de guerre , une bannière accompagnée de deux barons, deux chevaliers et vingt-cinq valets ou écuyers bien armés; enfin, le commerce entre Louvain, Bruxelles, Malines et Anvers, fut rétabli sur le même pied qu'avant la guerre *.

Une des principales causes des revers des Brabançons avait été le défaut de places fortifiées. La plupart des cités étaient entourées d'im* menses faubourgs sans défense, que l'ennemi dévastait impunément, ou dans lesquels il pouvait s'établir pour attaquer le corps de la place. Aussi vit^on, immédiatement après la conclusion de la paix, presque toutes les communes commencer des travaux qui devaient les protéger eontre toute agression. Bruxelles, entre autres, décréta la construction d'une nouvelle enceinte, qui fut commencée dès i 5 57 et achevée en 1379^. Partant de la Senne, à l'extrémité du Warmoesbroeck , elle gagnait le sommet de la colline dont la ville occupe le versant occidental, se rapprochait de la première enceinte, après avoir décrit une courbe près de la porte de Coudenberg, poussait vers le sud en enfermant Fimmense quartier de la Chapelle, se dirigeait alors à l'ouest à travers les prairies et les jardins arrosés par la Senne, coupait le chemin d'Ander- Iccht à l'extrémité du quartier dit Tcn-Cru} skene, le chemin de Moleubeek un peu au delà du couvent de Jéricho, le chemin de Laeken, plus loin que le Béguinage, et revenait à son point de départ. Un grand nom bre de terrains furent achetés par la ville, qui les acquit au prix moyen d'un sou de rente par verge '.

^ Traité d*Âlli concla le A juin 1357. Buteens, 1. 1, p. 475.

^ Gramate, Bruxella, p. 1 . — Chronique du xv*" siècle aux Archives du Royaume. — Chronique de Rouge-Cloitre. — Vaernewyck, Historié van Belgis, L. IV, G. 54, f<* 135. — Cet auteur dit, mais à tort, que rénceinte a été commeDoée en 1340. Par suite d^ane faute d'impression, sans doute, on lit, dans Puteanus, 1369 au lieu de 1379, Bruxella Septenaria, p. 140.

' Les terrains achetés par la ville pour la construction des remparts, et dont nous avons vu les titres, sont les suivants .

4 verges de terre au Warmoesbroeck (desoper porUm dictam Goelksporte), moyennant une rente annuelle de 4 sous.

La nouvelle eaCeinte Gonsistait en un large fossé, restant h sec

dans la partie supérieure de la vlUe, plein d'eau dans la partie infé-

48 verges et 35 verges au même lieu, moyennant 28 liv. 15 sous et il liv.4 sous. Un héritage avec maison et 11 verges, encore au Warmoesbroeck, moyennant 30 livres 4 sons 6 deniers.

5 verges à la Moleostrael ou rue du Moulin (près de la porte de Louvain). 77 verges derrière le Parc.

60 verges de jardin hors la porte de Sainle-Gudule , près la Longue-Haye (prope longuni dumum).

41 verges de Jardin , hors la porte de Sainte-Gudule, an chemin de Nivelles (prope viam dictam de Nyvelsche wech), moyeonant 10 livres 6 sous 0 dealers.

24 verges au chemin de Nivelles.

Un héritage et 20 verges au chemin d'Eiterbeek (super viam sicnl itur versus lelterbeke).

Un journal et une maison, hors de la porte de Sainte-Gudule, au Lindedriesch, ou Pré-do -Tilleul, moyennant 7 livres.

88 verges au même endroit (prope locnm dictam de Lindedriesch), moyennant 10 livres 16 sons il deniers.

Un héritage au Lindedriesch, appartenant à Elisabeth T'Serhuyghs, moyennant 20 livres 16 sbns.

Un bien appartenant à Béalrix Clating, fille do chevalier Franc, et situé ho» de la porte de Ooudenberg, moyennant 66 livres 5 sous 4 deniers.

Un héritage et une maison, hors de la porte deCoudenberg. moyennant 40 sous.

Un journal, 30 verges, au lieu dit de Délie, à Goudenberg.

3 journaux et demi et 15 verges, en face du Nouveau-Bois (in opposite nemoris dicUde Nouweboscb), moyennant 21 livres 7 sons 9 deniers.

Un demi-bonnier en face dn Nouveau-Bois.

Un journal et 1 8 verges de terre, près TEIsbeke, moyennant 9 livres 8 sous 10 deniers.

6 Journaux et 37 verges de jardins et prés, au lieu ter EUbeke (relro MolendinumdeOfobruxella), vendus par le couvent deSaint-IHerre-aux-Lépreux, moyennant 100 livres 8 sous 4 deniers.

53 verges et une maison à Obbrussei (Saint-Gilles) (propre locum dictum de Noawestraete), moyennant 25 livres 6 sous 1 denier.

Un journal 3 verges et une maison, au même endroit, moyennant 32 livres.

82 verges de jardin à Obbrussei, moyennant 21 livres 5 sous.

2 verges et un jardin encore en cet endroit.

48 verges à Obbrussei, près le Siypmolen ou moulin à aiguiser.

85 verges à la Blanchisserie , près de la rue Golyns Straetken, vers rexlrémité de la rue actuelle des Tanneurs.

70 verges, au lieu dit Ten Cruyskene ou rue d*Anderlecht (in opposito furoi dicti Coereel-Oven), moyennant 6 livres.

43 verges de prés, près la Senne de Ransforl, moyennant 4 livres 6 sous.

Un journal 90 verges de prés, au lieu dit Ten Cruyskene, près la Senne de Ransfort, moyennant 25 livres 12 sous 4 deniers.

iS4 HISTOIRE

rieure, et en un mur, percé de sept portes et muni de tourelles '. Les portes étaient appelées de Cologne, de Sainte-Gudale, de Coudenberg, d'Obbrussel, de Gruyskene, de Flandre et de Laeken ^; plus tard les premières changèrent de noms et adoptèrent ceux de portes de Schaerbeek, de Louvain, de Namur, de Hal et d'Anderlecht, parce qu'elles conduisaient h ces localités. Parmi les tours, deux étaient remarquables : la Grosse-Tour, entre les portes de Namur et de Hal, et la Tour-Bleue, entre celles de Louvain et de Namur. Deux écluses, la

Uo Journal et 76 yerges de terres et prés à CrayskeDe, moyenaaDt 10 livres

8 8008 11 deniers.

53 verges de pré an Drieschmolen, derrière le Treefl, et un journal 78 verges de prés à Overmolen, près des terres de Tinfirmerie du Béguinage, moyennaDi 20 livres.

5 journaux 70 verges et demie de prés au lieu dit ten Tnefî, 5 bonnlers 56 verges de terres (contiguae viamqua Itur versus Molenbeke), un journal 74 verges déterres, CCD ligués au même chemin, 66 verges de terres et 37 autres verges de terres adjacentes; un journal 60 verges et demie de terres, près la Senne, au Marais (supra Zennam in palude) ; 5 journaux et 77 verges contigoês, le tout acheté à rinOrmerie du Béguinage, moyennant une rente de 186 livres 6 sous 2 deniers.

60 verges à la chaussée de Flandre (supra vicum dictum Steenvrech) moyennant

9 livres.

2i verges de prés, près le Béguinage, 34 de terres appartenant au curé de Molenbeek, et encore 12 de prés.

83 verges de prés, près le pont Philipsbrugghe (situé rue de Flandre), et 57 autres près le jardin légumier du Béguinage ( prope ortum dictae curtls Begfainarum noncupaium vulgariter Coelbof), appartenant à l'inOrmerie du Béguinage et vendues 15 livres 14 sous 2 deniers de rente.

Voici la teneur des lettres d'acquisition, datées presque toutes de la veille de la nativité de Saint-Jean-Baptiste 1360 : c Universis praesentes litieras inspecturis Scabini, consilium, caeterique oppidani universi oppidi Bruxellensis salutem cum notilia verilatis. Moverint universi quod nos ad perpetuam dicti oppidi urgentem necessitatem, ejusdemque munitionem firmiorem, assumpserimus et acquis! vimus erga, etc. • Il est ordinairement stipulé que la Uvre de rente est racheuble moyennant 5 deniers d*or, dits éeus, monnaie d* Anvers. Ces renseignements proviennent des archives de la ville, de celles de Sainte-Gudule, des hospices, et d'un cartulaire de la Cambre (manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne).

* Celles-ci étaient au nombre de 74 (Grajuye) et non pas de i77 (Putsanus).

* Pour distinguer quelques-unes de ces portes de celles de Taocienne enceintei qui s'appelaient de même, on ajoutait le mot nova, nltima, ou d*aiitres dénominations semblables : Prope ultimam porlam Scarebeke juxla fossam, 1360. Cartul. de Coudenberg. Extra portam extremam Frigidimontis, 1380. Comptes de fief tux Archives du Royautne. Infra novam portam B. Gudilas supra conum ibidem juxta nova fossala. Archives de Sainte-Giidule, 1367, etc.

grande et la petite, retenaient à l'entrée de la ville les deux principaux bras de la Senne, et une troisième était placée à la sortie de la rivière, à côté de la porte de Laeken. L'ancienne enceinte était encore intacte, mais on commença bientèt à en louer par parties les murs et les fossés.

Les nouveaux remparts occasionnèrent d'immenses dépenses pour achat de terrains, acquisition de matériaux, salaire d'ouvriers. Afin d'y subvenir, les échevins et les conseillers ordonnèrent la levée de deux quatre-vingtièmes sur tout objet vendu en ville, payables l'un par le vendeur, l'autre par l'acheteur *. Ensuite, de concert avec les receveurs et les chefs de la gilde, ils réduisirent ou fixèrent avec plus de précision le salaire des magistrats communaux et de leurs subordonnés. Ils décidèrent aussi que les receveurs rendraient publiquement leurs comptes, tous les mois, à la maison dite de Meerte ^.

Depuis que le duché était passé dans des mains inhabiles, le parti populaire s'était ranimé; l'agitation, qui régnait dans plusieurs villes et surtout à Louvain, gagna bientôt BruxeUes. Les métiers tinrent de secrètes assemblées où fl fut résolu d'attaquer de nouveau les patriciens et de modifier l'administration '• Ils étaient décidés & prendre les armes, le lendemain de la Sainte-Marie- Madelaine, 23 juillet 1560, quand des employés de la ville découvrirent leur projet, confié à trop de monde pour pouvoir rester secret. Ceux-ci allèrent aussitôt , au milieu de la nuit, éveiller les échevins et les patriciens qui se réunirent en armes devant la maison de ville ^, tandis que les mécontents couraient se ranger, sous leurs bannières. Dans un conseil, où les magistrats avaient appelé le sire de Vorselaer, chevalier prudent et expérimenté , il fut convenu de s'enquérir d'abord des chefs de l'insurrection et d'appeler devant les échevins la puissante corporation des boudiers. Mais ceux-ci répondirent qu'ils viendraient quand il en serait temps *, et l'envoyé du

* Ordonnance datée du 2 octobre, jour de Saint-Bavon 1359. A Timio, 1. c, c. 20. •

* Règlemenl de l'an 1550, /&Û2., c. 22.

> Il est inexact de dire, comme font tous les bistoriens, que les métiers youlaient abolir tout à fait le pouvoir des patriciens, après avoir obtenu de ceux-ci le parlage de Tantorité. 11 est évident que le peuple voulait seulement une part dans Tadministration, comme en 1306 et en 1337.

* In basse foro, an te domum villse. De DnrrER.

' Qui (macellarii) nuntio ad ipsos misse taie dederunt responsnm, quod ad ipsos venirent dum tempus esseL De Dtnter.

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i36 HISTOIRE

conseil , effrayé de leur attitude menaçante , 8e retira en toute hâte.

Cependant Tinsurrection n'était pas générale et se bornait, parait41, aux bouchei*s et aux nombreux tisserands qui peuplaient le quartier de la Chapelle. Ce furent ceux-ci qui commencèrent la lutte en attaquant la Steenportc. A cette nouvelle, les patriciens montent à cheval, et pour prévenir la jonction des deux corporations, courent attaquer les bouchers. L'escadron des enfants de sire Hugues, qui formait Tavant-garde, les rencontre au Marché-aux-Tripes ^, et une lutte terrible s'engage aussitôt. Armés de larges coutelas, les bouchers combattent avec vaillance, mais leurs ennemis ont pour eux l'avantage des armes et l'habitude de les manier. Ils tombent en grand nombre sous le glaive, et sont enfin refoulés dans leur quartier où les vainqueurs les poursuivent et s'emparent de leurs armes.

Pendant ce temps les tisserands et les foulons continuaient avec fureur l'attaque de la Steenportc. Des monceaux de paille et des tonneaux de goudron portaient l'incendie sur les flancs de cette redoutable tour dont la multitude s'efforçait d'enfoncer les portes et d'escalader les lucarnes. Deux prêtres vinrent, au nom du magistrat, l'engager à rentrer dans le devoir, mais ils ne furent pas écoutés ^. Les patriciens alors, d'après les conseils du sire de Yorselaer, se divisent en quatre corps : le plus considérable reste à la maison communale pour repousser les attaques que pourraient tenter les métiers et pour disperser les rassemblements ; le second va renforcer la garde de la Steenportc, tandis que le troisième sort de l'ancienn'e enceinte par le guichet des fiogards', pour aller mettre le feu h la rue du Châssis ^. Le quatrième corps se rend par le guichet de Ruysbroeck ^ au Sablon, avec ordre de sonner de la trompette dès qu'il apercevra les flammes s'élever sur les bords de

> Achler beide die beckeryen.... op die Peosmerct. Brabantsche Yeesten. Pensirate. De Dyiiter. Foram inlestÎDoram. Haiusus. Op die Scoenbeke, tusscben twee beckeryen. Chronique, mss. n» 18001. — Le ScSenbeke, c*esl le Marché-aax- Tripes d*aujourd*bui.

* BrabanUdie Yeesten. — Fan Brabant die excellente kronyck.

> WîDcketum Bogardoram. De Dyicter. Overmolen-Wikel. Chron., mss., n'* 18001.

* Raem-Slrale. De Dy.ntër. Ce n'est pas l'impasse aciuelle de ce nom, mais la rue des Chats, conduisant aujourd'iiui au Vieux-Marché. Voyez dans la troisième partie la description de ce quartier qui a totalement changé de face après Tincendie dont il est ici question.

> Rue de Ruysbroeck.

la Senne. Les défenseurs de la Steenporte repoussaient avec peine les assauts réitérés qui leur étaient livrés, lorsque tout k coup les assaillants voient le feu dévorer leurs habitations et entendent le clairon annoncer l'approche de nouveaux ennemis. Us hésitent, s'arrêtent, et au moment où leur courage faiblit, ils sont attaqués de trois côtés par un adversaire d'autant plus implacable qu'il a été plus menacé. Les malheureux que la fuite ne put soustraire à la vengeance des patriciens furent livrés à d'atroces supplices. Tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir participé k cette émeute furent bannis ^

Les patriciens s'occupèrent aussitôt des moyens de contenir leurs nombreux ennemis. Un nouveau règlement remit en vigueur les principales dispositions de celui de 1542 et en prescrivit de nouvelles. Il fut défendu aux bannis de rester plus de huit jours dans une église delà franchise de Bruxelles, sous peine de prolongation de bannissement, pour autant d'années qu'ils y resteraient de jours au delà du terme fixé. Une amende de cinq schellings fut comminée contre quiconque leur porterait de la nourriture; mais ils pouvaient obtenir un sauf-conduit pour quitter le pays. Tout individu qui serait trouvé porteur de couteaux, poinçons, etc. , devait avoir la main percée par la même arme ou payer dix schellings. Une année de bannissement punissait toute blessure faite avec un couteau. Nul ne pouvait porter l'épée ou d'autres armes, sans l'autorisation de l'amman ou des échevins. Le ribaut ou valet qui blasphémait ou jouait dans l'ancienne enceinte, avait l'oreille traversée par un anneau attaché au poteau du marché; défense était foite de loger un ribaud dans un hôpital , sous peine d'une amende de 40 schellings ^.

Cette ordonnance Ait bientôt suivie d'un autre règlement, conçu dans le même esprit. Insulter un échevin ou un receveur, blesser quelqu'un avec des armes cachées dans ses manches ou dans ses bas, étaient des crimes contre lesquels la nouvelle ordonnance comminait, dans le dernier cas, le bannissement perpétuel, dans le premier cas, un bannissement d'un an, outre un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et une amende de cent moutons ; attaquer un juré pour les affaires de son métier, tenir

< De Dtnter, 1. c, c. 21, f i69S,^ Brabantsche Yeeiten.-^Chronieonanonymi, p. 94 et 95. — Fan Brabant die excellente kronyck, — Haiubus, t. I, p. 538. — DiVAcs, Rerum Brabant, L. KV, p. 175. — Poteasius, BruxeUa Septenaria, p. 46.

« A Thyvo, 1. c, c. 44.

des réunions ou donner des repas à Saint-Gorneille-sur-la-Chaussée ' ou à Saînt-Josse-ten-Noode ^, étaient des délits punis d'une amende de dix schellîngs. Il fut aussi spécialement interdit aux tisserands, aux foulons et aux bouchers, de porter des couteaux aiguisés ou des armes, sous peine d*une amende d'une livre pour chaque infraction. Un grand nombre d'autres articles concernaient la tenue des marchés, Thygiène publique et la police '.

L'année i 5 62 fut marquée par plusieurs incidents. L'amman PhUippe de Tudekem ayant fait couper la main h un bourgeois qui avait blessé un de ses sergents, les échevins refusèrent de reconnaître cet officier comme représentant du duc. Ils cédèrent cependant après avoir obtenu la promesse que les droits de la bourgeoisie seraient maintenus ^, et l'année suivante, Tudekem fut remplacé par Thierry de Heetvelde. Peu de temps après, Wenceslas et Jeanne demandèrent une aide considérable pour payer leurs dettes, en s'engageant envers leurs bonnes gens, barons, chevaliers, villes et franchises, à ne plus en réclamer, sauf dans les cas exceptionnels de captivité, de mariage ou d'admission dans la chevalerie. Cette aide leur fut accordée et Bruxelles reçut quittance de sa quote part ^. A cette occasion Bruxelles et les autres villes renouvelèrent l'alliance contractée eu 1261 ^.

De nouveaux troubles à Louvain ayant eu pour dénoùment le bannissement des chefs populaires, les patriciens de Bruxelles, à la demande des magistrats louvanistes, firent publier, entre la Pentecôte et la Saint- Jean 1564, la sentence d'exil de Coutrel et de quarante-quatre de ses partisans. Au mois de juin de la même année, ils bannirent de leur côté Jacques de Meyere, et cent et un autres bouchers bruxellois, ainsi que seize (K)mpagnons bouchers de Ninove^. Les massacres de la Sainte-Marie- Madelaine et les proscriptions qui la suivirent pouvaient bien affaiblir

* L*hôpilai de Saint Corneille, rue de Flandre.

* La chapelle de Saint-Josse-Ten-Noode, Douvelletnent fondée sur le chemin de Louvain.

* A Thymo, c. 46.

* Tervueren, le 20 juin i^^.Luyster, i. c, bl. i39.

» Bruxelles, le 6 novembre 1362, lUd , bl. 137. — A Thymo, I. c, c. 31.

« Louvain, !•' novembre, jour de la Toussaint 1362. Ceuren van Brussel, P» 84, aux Archives de lu ville. — PioT, Mliance des Cofnmunes dans le duché de Brabant. (Messager des Sciences historiques, ann. 1841, p 465.)

7 AThymo, 1. c.,c 56.

DE BRUXELLES. 12d

momentanément les métiers , mais ils ne firent qu'ajourner une révolution devenue inévitable. Aussi les praticiens craignirent-ils de pousser au désespoir un parti qui réparait promptement ses pertes et rentrait si vite dans la lice.

Après avoir firappé les plus intraitables de leurs ennemis, ils cherchèrent k se réconcilier avec les autres. A cet effet, les échevins, les receveurs, les doyens et les ^uit delà gilde, et tous les membres de^ lignages, convinrent arec les jurés et les gens des métiers qu'un oubli génér&l mettrait fin aux troubles occasionnés par les querelles, les exécutions judiciaires et les débats de toute nature. Quatre patriciens et deux ou quatre membres de chaque métier furent chargés de s'enquérir, près de ceux de leur ordre, des violences, menaces ou attaques à main armée , dont ils auraient été victimes. Quiconque ne se conformerait pas aux sentences prononcées à la suite de cette enquête, devait être déclaré inhabile à jouir des privilèges, franchises et libertés de la commune, et privé de l'office dont il était revêtu ou du droit d'exercer son métier, jusqu'à pleine et entière soumission. Le serment d'observer ces dispositions fut imposé h tous les magistrats ^ On essaya en même temps de remédier aux désordres qui s'étaient glissés dans la gilde et « qui faisaient tort h la renommée de la ville ^. » Voulant sans doute êter à leurs adversaires tout sujet de réclamation, les magistrats avisèrent ensuite aux moyens de maintenir l'ordre dans les finances. La ville qui auparavant était accablée de charges et de rentes viagères, pouvait alors se féliciter d'être dans un état florissant, « grâce au fidèle entretien de ses biens, n Pour rester dans cette voie, il fut ordonné qu'à l'expiration du terme fixé pour la mise à l'enchère des accises, personne ne serait plus admis h hausser et que l'adjudication serait remise h l'année suivante ^. Il fut interdit aux échevins, receveurs, doyens et huit, valets jurés de la ville, de se rendre adjudicataires des accises ou de cautionner les adjudicataires, dont l'élection à la magistrature devait, le cas échéant, être déclarée nulle *. Presque toutes les rentes viagères ayant été insensiblement remboursées, il fut décidé qu'il n'en serait plus créé, à moins que ce ne fût pour une guerre décidée par le pays entier, pour une aide destinée h la rançon, au mariage ou à l'admis-

« 19 juin. 4568 Luyster, l c, bl. i40. — A Ththo, I. c, c. 45. — « V. p. 160. 3 Ordonnance des échevins, receveurs, jurés, conseil el bourgeois de Bruxelles, du 39 mai 1369. Siatuyt Boeck, fol. 3^.

« Ordonnance du 8 septembre 1369. Ibid. — A Tbtvo, 1. c, c. 47. TOMB I. . 14*

i30 HISTOIRE

sion du souverain dans la chevalerie, ou pour réparer les désastres que le feu pourrait occasionner à la ville ^ Un demi-siècle de prospérité non interrompue (1570-1420) fut le résultat de cette sage administration. Le cours des événements politiques ne nous a pas permis de nous arrêter sur des faits d'importance secondaire, tels que l'arrivée h Bruxelles du roi de Chypre, qui 7 vint, en 136G, solliciter des secours contre les Turcs ^, la décapitation sur le marché du sire d'Adegem ^, et l'écroulement delà tour de Saint-Nicolas ou beffroi (1567), à la suite d'un furieux ouragan. Il en est un surtout qui est fameux dans nos annales, mais sur lequel malheureusement nous ne possédons que des documents récusables où même les relations varient. La seule pièce qui soit officielle est signée par des ecclésiastiques, juges et partie dans l'affaire, dont le moins âgé a 60 ans. Nous devons donc nous borner k rapporter cet horrible incident d'après la tradition et d'après ces mêmes documents, bien qu'ils soient empreints d'un aveugle fanatisme qui fut sans doute exploité par de basses passions. En 1569, un juif d'Enghien, nommé Jonathas, aigri par la conversion de quelques-uns de ses coreligionnaires, conçut, dit-on, le projet d'outrager les chrétiens dans ce qu'ils ont de plus sacré. Il gagna un habitant de Bruxelles nommé Jean de- Louvain, qui avait abandonné le culte hébraïque, et lui persuada de voler quelques hosties en lui promettant soixante moutons d'or ^. Vers la fête de Saint- Bavon, Jean de Louvain pénétra dans la chapelle, aujourd'hui église paroissiale de Sainte-Catherine, et y déroba une grande hostie et quinze petites. Jonathas assembla aussitôt ses amis et livra ces hosties à leur dérision et à leurs outrages. Quelque temps après, ce fanatique fut trouvé poignardé dans son jardin. Effrayée de cette catastrophe et croyant y voir uile punition du ciel, sa veuve porta les hosties aux j uiis de Bruxelles, qui habitaient le quartier où leur souvenir s'est conservé dans le nom d'escaliera des Juifs ^. Ceux-ci, réunis lejour.de Pâques, 12 avril 1570,

< OrdoDDince des échevins, receveurs, jurés des méliers et boargeois, du 16 décembre 4386. A Thtxo, I. c, lit. K, c. 12.

* Fétus Chronicon Belg., apad Mattemuh^ Feteris .£m Analecia, T. I, p. 50.

» Boeck der tyden int Corte, p. i 74. — Fetut Chronicon Belg,, I. c.

^ Le mouton d*or valait, suivant quelques-uns, 8 florins 6 deniers argent de change. Jean de Louvain aurait, par conséquent, reçu 481 florins 6 sous, ou environ 1000 francs.

» Les plus anciens documents, savoir : renquéte faite en 1402 et le récit de Thierry Loer, frère charlreai de Cologne (Prœtantûsima quœdam ex innumeris

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voulurent éprouver leur caractère sacré. Aveuglés par la fureur et proférant mille blasphèmes, ils les jettent sur une table, les percent de leurs poignards; mais ils reculent épouvantés en voyant des gouttes de sang jaillir du pain consacré. Redoutant les suites de cette afiaire, ils résolurent d'envoyer les hosties dans une autre ville ^^ et chargèrent de ce soin une femme juive de naissance, nommée Catherine, qui avait été récemment baptisée. Frappée du prodige opéré par les hosties, ou déterminée peut-être par d'autres motifs, Catherine alla trouver le curé de la Chapelle, Pierre Van den Eede, et lui remit le dépôt confié h ses soins, en lui faisant un récit circonstancié des faits parvenus à sa connaissance. Le curé communiqua cette révélation à Michel de Backer, vicepléban de Sainte-Gudule, à Jean d'Yssche, chanoine et écolâtre de la même église, et à Jean de Woluwe, l'un des recteurs de Sai^t-Nicolas. Ils interrogèrent de nouveau Catherine, qu'ils enfermèrent dans l'église de Sainte-Gudule ^ et informèrent le duc de cet événement. Wenceslas convoqua aussitôt son conseQ, dans lequel quelques chanoines furent appelés, et le résultat de leurs délibérations fut l'arrestation de tous les juifs qu'une prompte fuite ne put soustraire h la persécution. Ils furent enfermés à la Steenporte, puis interrogés, torturés, et condamnés à mort. La veille de l'Ascension, 22 mai 1370, après avoir été promenés dans la ville sur une charrette et tenaillés à diverses reprises, entre autres sur le Grand-Marché et devant la chapeUe de Sainte-Catherine, ils furent brûlés vife, suivant l'opinion commune, sur la place dite Wollendries ou Pré-aux-Laines, entre les portes de Namur et de Hal ^.

miraeula quœ Bruxellis,... Circa venerabilem EucharxsHam hactenus multU ab anniê ad Chriêti gloriam fiunt, collecta et édita per R. P. Theodoriguii LoEaiUM de Stratis. Goloni» Àgrtppinae, aaa. i5S2, typis Geonepsi, in-S*"), ne parlent pas de Jonalbas ni de Jean de Louvain ; mais ils disent que les juifs étaient plusieurs lors du vol des hostie^. Pour le reste du récit, ils nous ont servi de guides.

* Les récits modernes disent à Cologne.

* M. Marckz, archiviste de Sainte Gudule, croit qu'elle fût détenue dans la chapelle Saint-Jean, aujourd'hui baplistère.

s Une tradition erronée, qui compte encore des partisans, prétend que le supplice des juifs eut lieu sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le jardin de ThMel d'Aremberg, et qu'en commémoration de cet événement on y planta un arbre d'un port singulier et qui a été déraciné depuis peu. Il faudrait plusieurs pages pour donner le titre de tous les ouvrages qui parlent des hosties miraculeuses et qui se copient pour la plupart. M. Garmoly, qui a été pendant quelques années grand-rabbin à Bruxelles, est le seul qui ait traité cette affaire dans un

On n'est pas d'accord sur le nombre des juiis mis à mort, les uns disent trois, les autres cinq et sept. Ce qu'il y a de certain c'est qu'ils furent chassés du Brabant, et que leurs biens confisques rapportèrent au duc 1415 ^ moutons d'or '• Catherine fut relâchée quelque temps après.

Une contestation fort vive s'éleva alors au sein du clergé de Bruxelles. Le chapitre de Sainte-Gudule réclama les hosties ensanglantées, tandis que le curé de la Chapelle, chez qui elles avaient été portées, prétendit les garder et se vit soutenu par ses nombreux paroissiens. Les chanoines étant venus le sommer de les leur remettre, les habitants du quartier accoururent en foule pour s'y opposer, et Pierre Van den Eede, déposant les defs du tabernacle de son église sur le maitre-autd, laissa le chapitre discuter avec la multitude. Quelque temps après cependant il fut convenu que neuf des hosties seraient solennellement portées à Sainte- Gudule, et que les autres resteraient à la Chapelle. Mécontents encore de ce partage, les chanoines s'adressèrent à l'évèque de Cambrai, Robert de Genève, qui chargea, le 4 juin 1370, le doyen de chrétienté k Bruxelles, d'enjoindre au curé et aux paroissiens de la Chapelle de remettre toutes les hosties au chapitre. Mais cet ordre ne fut pas exécuté; du moins, en 1402, l'église de la Chapelle n'était pas encore dessaisie de la part qui lui avait été faite '•

A la même époque, quand l'évèque Pierre d'Ailly ordonna une enquête sur la réalité du miracle, les hosties ensanglantées étaient déjà portées dans la procession annuelle qui, le jour de la Fête-Dieu, sort en l'honneur du Saint-Sacrement. Nous verrons plus loin k quelle occasion Marguerite d'Autriche institua une procession spéciale, le dimandie après la fête de sa patronne (20 juillet), et quand commen-

sens opposé à l^opinion commuDe. V. le lome I de la Revue orientale. On cooçoit qu'en rabsence t)e l'acte de coadamoation, il soit difficile de se prononcer.

« Soit 7065 florins deBrabant ou i 4,000 francs. Receptum a Judaeis in Brabantia commoranlibus boc anno, de eoriim annuaU censu, eleiiam de bonis eornmdem poslquam combusli fuerant circa Ascensionem Domini 1370 et diffamali fuerunt de Sacramento punclo et furtive accepto ex capella Beats Calbarinse apud Brux. in quantum eadem bona pervenerunt ad meum Receptum, etc. GOmputatio

Godefridi de Turri Receploris Brabantiae anno 1369 usque ad 1370

Archives de la Cour des Confies aux Archives du royaume.— Cafiiayer, Fénérakle histoire du TrèsSaint-Sacremcnt de Miracles, traduite en français, par G. D. B. Bruxelles, George de Backer, 17iO, tn-8".

* Voyez l'enquête faite en 1 iO^.

eèrent ces jubiles si splendides, dont le dernier a été célébré en i 820 '.

En 4570 la ville paya à Wenceslas 5,000 moutons d'or pour des privilèges que la quittance de cette somme n'indique pas ^.

Pressé de mettre un terme aux brigandages qui désolaient le commerce, brigandages que iavorisait le duc de Juliers, Wenceslas déclara la guerre à ce prince. Une nombreuse armée, dans laquelle on comptait beaucoup de chevaliers français et liégeois, se réunit sous l'étendard au Lion d'or ^, et le Si août, elle rencontra l'ennemi dans les plaines de Bastweiler, près de Gelenkirchen. Un contemporain attribue la perte de cette journée aux Bruxellois, «qui, dit-il, autour du duc, » estoient sur les champs montés les aucuhs à cheval et leurs varlets » derrière eulx qui portoyent flacons et bouteilles de vin troussées à » leurs selles, et aussi parmi ce fourage et pastez de saumon, de truites » et d'anguilles enveloppés de belles petites tovailles (serviettes) et em- » peschoient là durement ces gens la place de leurs chevaulx, tant qu'on » ne se pouvoyt ayder de nul costé ^. » On prétend que c'est k cette occasion qu'ils reçurent le surnom de mangeurs de poulets {kiekeeters). Cependant plusieurs de nos concitoyens déployèrent dans cette journée une grande valeur. L'un d'entre eux , sir Jean de Relegem ou Redelgem, commença la bataille; un autre, Jean de Diedegem, fit prisonnier le duc de Juliers ; un troisième, sir Cérard Rolibuc rencontra au milieu de la mêlée Eustache Vandenbogarde, chevalier du pays de Juliers, avec lequel il avait eu, la veille, une dispute, et tous deux s'attaquèrent avec tant de fureur qu'ils s'entre-tuèrent ^.

* C. Désuet, Histoire de la religion catholique en Brabant, p. 157.— Le dernier coDtinaateor des Brabantiche Yeesten dit aussi à rannée i 435, qa*on portait ces hosties daas cette procession, et en parlant des juife condamnés, il dit qn*on les brûla tous vieux et jeunes,

* 50 octobre 1570. Luyster, bl. 145. — A Ththo, 1. c, c. 51.

> Les principaux Bruxellois qui firent partie de cette expédition furent : Jean de Bonchout, châtelain, Henri de DufTel, Robert d*Asscbe, Siger d*Oostkerque, Henri de Quaedrebbe, Arnoul de Selleke, l'amman lean de Redelgem, Jean Van> dermeeren de Saventhem, Siger de Heetvelde, Walter et Gfselbert Pipenpoy, Jean et Guillanme de Meldert, Jean de Hellebeke, Jean de Béer ou l*Ours, Nicolas et Franc Swaef, Guillaume d'Aa, Gérard Vander Eist, Edmond de Roovere, Gérard et Florent Rolibuc, Jean d*Ophem, Jean Van Harame, Walter de Beerthem, Daniel Vandertommen, Henri de Bouchout, Robert de Berlaer, Walter de Lathem, Gilles de Leeuw, Henri Vandermeeren et Pierre Pascharis. Butkens, t. I, p. 490.

« FaoïssARD, t. IV, c. 91, p. 328.

* Brabantsche Yeesten,

D'autres relations accusent Wenceslas d'avoir attaqué avec sa cavalerie, sans attendre les archers et les arbalétriers qui devaient former sa première ligne *. Il eut d'abord l'avantage, et le duc de Juliers fut pris, mais l'arrivée inattendue du duc de Gueldre changea la face du combat. Wenceslas fut fait prisonnier et ses troupes furent mises en déroute. Les Brabançons eurent sept mille hommes de tués, parmi lesquels on comptait ôept cents nobles ^ et deux mille prisonniers '. La joie des vainqueurs fut altérée par la perte du duc de Gueldre, Renaud, qui mourut, trois jours après la bataille, des suites d'une blessure. Wenceslas resta en prison onze mois et ne dut sa délivrance qu'aux préparatifs menaçants de son frère, l'empereur Charles IV. Mis en liberté au mois de juin 1372, il se rendit aussitôt en Brabant où son autorité était sérieusement menacée ^.

Le peuple avait témoigné la plus grande indignation contre les chevaliers qui avaient survécu k la captivité de leur prince ; il les accusait de hicheté et de trahison', et fl s'en était suivi de profonds dissentiments. D'un autre côté les communes avaient profité de l'absence du duc pour étendre leur puissance. On avait vu se réunir à Bruxelles, de leur propre mouvement, les députés de quarante-quatre cités et franchises qui d'ordinaire ne prenaient pas toutes part aux délibérations des états. Dans cette assemblée, l'observation de la charte flamande et de la charte wallonne fut énergiquement réclamée, et les députés se promirent mutuellement aide et assistance ^. Forcé de recourir & ses sujets pour le payement de sa rançon, ainsi que de ceUe de ses chevaliers et de ses alliés liégeois, namuroîs et français, Wenceslas, dès son retour, convoqua les états; les nobles et les villes, réunis à Cortenbcrg, lui accordèrent un subside extraordinaire de 900,000 moutons ^. Les monastères, qui furent taxés au neuvième de cette somme,

^ Çhronicon G. Zantfliet, 1. c, p. 297.

* Eolre autres, les chevaliers bruxellois Franc Swaef, Walter Pipenpoy, Gérard Uolibuc, Jean de Redelgem. Butkens, 1. c, p. 489.

' Zantfliet, I. c.

^ Pendant la captiTilé de Wenceslas, Jeanne fit dire tous les jours des prières publiques pour la délivrance de son mari. Comptes des fiefs, 1368-1388.

^* Brahantsclw Yeesten,

6 Bruxelles, le 18 février 1371 (137â). Luyster, i. c, bl. 144.^A Tsinio. i. c, c. 34.

7 Représentant, selon Ghesquière, 3,926,000 florins de Brabant, ou environ 7,000,000 de francs.

ayant refusé de payer lear part, il en résulta de longs débats. Sur la foi d*un vieux manuscrit, Divœus ^ prétend que chacune des 100,000 familles du pays fut taxée à deux moutons et un quart.

Pour obtenir le consentement de rassemblée, il fallut que Wenceslas publiât un décret comminant de sévères punitions contre ceux qui ne se soumettraient pas aux décisions du conseil de Gortenberg. Il dédarâ que, si lui-même commettait quelque infraction à cette charte, ses sujets seraient, par ce fait seul, relevés de leur serment de fidélité, et il s'engagea à ne se faire jamais dispenser de son exécution par le pape, l'empereur ou le roi de France ^. Les enquêtes étant encore un moyen de se procurer de l'argent, parce qu'elles forçaient à des restitutions les administrateurs concussionnaires ou dilapidateurs, il en fut ordonné une sur la gestion des oflBciers publics, depuis 15 SI jusqu'à la Saint-Jean 1372. Trois commissions extraordinaires furent créées à cet effet ; elles se composaient de dix enquêteurs, besueckers: deux nobles et huit bourgeois ; de onze justiciers et Uxtiteurs, jugeerders ofi taxeerders :, trois nobles et huit bourgeois, et de six receveurs, rentmeesUren : deux nobles, deux Louvanistes, deux Bruxellois. Ces derniers devaient percevoir les amendes prélevées sur les coupables et les employer à éteindre les dettes du due; ils étaient astreints à rendre compte de leur gestion ^. Le duc s'engagea à ne plus gracier aucun de ceux que condamneraient ces tribunaux, et à faire exécuter leurs décisions ^. Peu de temps après, parut un édit fixant les émoluments du conseil de Gortenberg, dont les membres jusqu'alors avaient exercé gratuitement leurs fonctions. Aux termes de ce règlement, cinquante-deux livres furent prélevées annuellement «ur les revenus généraux, pour payer les quatre chevaliers, les dedx clercs et les deux valets; les villes réglèrent Tindemnité k accorder par elles à leurs députés '.

Toutes ces- mesures ne purent calmer le mécontentement qui était devenu général et la guerre civile ne tarda pas à éclater. Wenceslas ayant voulu faire percevoir l'aide par ses receveurs, rencontra une vive oppo-

« Rer. Brahant., L. XV, p. 184.

' 1 7 sepiembre, jour de Saint-Lambert 1372. Luyster, 1. c, bl. 146.

* Les commissaires de Bruxelles étaient : Hugues Van Goudenberghe et Bernard Vaqderspoat, enquêteurs ; Nicolas Swaef et Barthélémy Seraerls, justiciers -, Jean Vandenhane dit Vilayn et Jean Fraeybaert (ou Belle-Barbe}, receveurs.

*Luy«fer, Le, bl. 156.

s Bruxelles, 13 avril 1375. Jlnd., bl. 163.

sition de la part des villes, et ce dissentiment s'envenima bientôt au point que les députés de Louvaîn ne vinrent plus aux assemblées nationales qu'escortés par une troupe d'archers \ Irritée d'un ordre récent de Wenceslas qui , modifiant son organisation municipale , tendait à y détruire complètement l'influence des métiers, cette ville refusa de payer sa quote-ppirt dans la grande aide. Craignant un mouvement k Bruxelles, le duc et la duchesse sortirent de cette ville, à la fin de i 573, et se retirèrent au château de Genappe, où ils rassemblèrent des troupes qui rava« gèrent les environs de Nivelles. La lutte, sans aucun doute , eût été violente et les conséquences en eussent été funestes pour le pays; mais l'intervention de Jean d'Ârckel, évèque de Liège, prévint d'incalculables malheurs. Sous ses auspices, des négociations furent ouvertes à Braine** l'Alleud, où il vint accompagné de députés du chapitre de Saint-Lambert, des communes de Liège et de Huy. Le conseil ducal, le conseU de Gortenberg, les nobles, Louvain, Bruxelles, Tirlemont, y envoyèrent chacun de leur c6té leurs mandataires '• Les deux parties se firent mutuellement des concessions : les villes consentirent à faire acte de soumission en venant au-devant de leur souverain implorer leur pardon, et à annuler l'union de 1372 en ce qu'elle pouvait avoir d'attentatoire aux prérogatives du prince. Elles accordèrent en outre un nouveau subside de 40,000 moutons dont 1 5,000 payables par les monastères. D'autre part, la perception des deux aides fut confiée à des commissaires nationaux. La paix arrêtée le 30 avril 1374, fut scellée par le duc et la duchesse, les médiateurs, les sires d'Agimont et de Rotselaer, les conseillers du duché et vingt-tHHs villes et franchises '. Deux membres du conseil de Gortenberg, deux nobles, deux bourgeois de Louvaîn, deux de Bruxdles, un de Bois-le-Duc et un de Tirlemont furent nommés receveurs ; on leur alloua pour indemnité le quatre-vingtième de la recette ^.

Toutes les difficultés étaient loin d'être aplanies. Les monastères qui avaient été, en cette circonstance, taxés sans leur consentement, refusèrent

^ DivjEUS, Rerum Lauan,, L. III , c 26.

s Les députés de la ville à Braioe furent : les chevaliers Éverard TSercIaes, Jean de Leeuw et Nicolas Swaef ; les échevins Henri Uertexvyck, Siger de Woluwe, et Jacques Timmerman ; Gilles de Loose, Engelbert Van der Noot et Nicolas de Saint-Géry. Bdtkens, T. I, p. 495.

5 Luytter, bl. 164. — A Timio, c. 63. — De Dtnter, I. c, c. 40, fol. 1790. — DiViEus, Rer, BrabatU,, L. XV, p. 186. — Biitkens.

* TervuereU; 4 juillet 1374. Luyster, bl. 171. — A Thyxo, c; 65.

de payer et recouniïe&i à 2a «sour de Rome. Par les ordres de Grégoire XI, l'évéque de Liège el le cardinal de Nimes amudèrent Timposition, et, oomme on n'en tint pas ooiiipte, ils jetèrent rinterdit cor le firabtnt. Alors un traité signé à Liège maintint l'annulation des taxes, et les sommes perçues en sus de la première aide furent restituées aux monastères; à ee prix la sentence d'excommunkation fui levée ^ C'est à cette époque qu'il fout rapporter l'introduction des prébts^ ou efaefe des monastères, dans les États qui n'étaient formés antérieurement que des nobles et des villes, amsi que le prouve évidemmeni l'acte de non-pr^'udice accordé en i36â^ à l'occasion de k demande d'une grande aide. Mais, à la fin du règne de Wenoeshs ti sous le gouvernement de Jeanne, les chefr des principales abbayes d'hommes furrat appelés a ces assemblées nalionaies, oA, 4 titre de prêtres, ils occupèrent le premier rang. Cest alors aussi que ces assemblées prirent le nom d'États, et se formèrent en trois ordres : les prélats, les nobles, les représentants des villes K

Pour affermir sa puissance et s'assurer un refuge moins kolé que la forteresse de Genappe, Wenceslas fit commencer, en 4375, le château de Vilvorde, qui fut btti entre l'église paroissiale de cette ville et la Senne, au lieu où est aujourd'hui la maisan de correetion. Ce manoir formidable, construit à peu près sur te même pian que la Bastille de Paris, devait contenir les indomptables cités de Louvain et de Bruxelles '.

Après la paix de Braine, le duc et la dndiesse vinrent tenir leur cour k BhnxéDes et y déployèrent heaucoup de magnificence dans des teiunois et des lâtes^. L'empereur Charles IV et son fils Wenceslas, roi desHomains, se rendant en France, y firent le 30 novembre, jour de SatnUAndré i 5 7 7 , une entrée triomphale^ et^la comomne four offrit de superbes «uvrages dWfévrcrie \

Pendant les années qui suivirent, Bruxelles jouit d'une certaine tranquillité dont on profita pour raviver fiadustrie drapière, pour réorganisa

* 21 février 1377. De Dynter, I. c, L. V, c. 16, t II. ^ 1553.

* Voyez Ad. Hetlen, Commentarius de origine tertii status, édité par M. De Rah : mémoires couronnés de rActdémie, t. XV, p. S4. En 156S te Clergé pSiya slii» oppofilifoti 55,000 écus.

« ChAHATC, Brmxetia, p. ^

« De Dtnter. 1. c, L. VI, c 42, 1. III, f 1802.

B Ckrtff^, uMnymi, p. ICI. -^ Un loanioi ftudoeiié k cette occasion, et le duc et la duchesse payèrent 4 moutons d*or à des mimes et histrions, qa*ils avaient fait venir pour égayer l*emperenr. Comptes âsèfUfê.

Tom I. 15

i38 HISTOIRE

les lignages et prendre diverses autres mesures d'intérêt général '. Les malheurs d'une cité voisine donnèrent à Bruxelles une nouvelle importance. Louvain, depuis tant de siècles la première ville du duché, était redevenue la proie des plus affreuses divisions. Les patriciens, dépouillés encore une fois de leur omnipotence par les métiers, avaient fui ou s'étaient retirés dans les châteaux environnants, d'où ils ne cessaient de ravager le territoire de la vOle insurgée. A leurs vengeances les métiers répondirent par de terribles représailles : dix-sept membres des lignages, précipités des fenêtres de l'hàtel-de-ville et massacrés, servirent d'holocauste au bourgmestre Walter Vanderleyden, assassiné k Bruxelles, par ordre de sir Jean de Calstcr (novembre 1379). Wenceslas, qui était k Paris, revint en toute hâte et assembla des troupes, menaçant de sa colère la ville mutinée. Craignant de voir les troubles se propager, il fit désarmer les métiers de BruxeUes et ordonna qu'on lui apportât les clefs de la ville ^. Cependant, après de longues négociations et grâce aux efforts du magistrat de Bruxelles *, la paix fut conclue à Ter-Banc, dans une assemblée des États (mai i380).

Les partis étaient trop irrités pour que cette paix fût de longue durée. Le â5 décembre 4 580, Pierre Herenmaes, Pierre de Voshem et le maïeur Jean de Montenaeken, furent délégués à Bruxelles pour démentir le bruit qui attribuait aux Louvanistes l'intention d'y venir soulever le peuple ^. Déjà l'aigreur la plus vive se manifestait entre les habitants de cette malheureuse ville, et bientôt les hostilités se rallumèrent. Un ferment de révolte agitait alors toutes nos communes : Gand, la puissante cité, se trouvait en guerre contre son comte Louis de Mâle, et Bruxelles, ainsi que Liège, manifestait hautement sa sympathie pour les insurgés; au dire des bourgeois de ces villes, la cause des Gantois était la meO-leure et ils ne combattaient que pour leurs privilèges et leurs vieilles lois ^» Les villes du Brabant, du Uainaut et du pays de Liège envoyèrent , même des députés k l'assemblée d'Harlebeke , afin d'obtenir une paix

* Voyez le chapitre saivant.

* Dux cum Bruxelleoses ac Lovanienses secreto quaedam agere comperisseï, ademptis plebl armis, claves etiam portanim ad se deferri jussit. Diyjeus, Rerum Lùvaniens.

< Ubi fido BruxelleDsiam opère efrectum nt pax LovanieDSis concluderatar. Ib,

* Ditjeus, I. c, L. IV, p. 31.

B Meyeb, Rerum Flandr. L. XIII, p. 203,

honorable ; mais cette démarche n*eut pas le succès qu'elles en attendaient, et les princes, entre autres Albert de Bavière et Wenceslas, défendirent à leurs sujets, sous peine de mort, toutes relations avec les insurgés. Réduits à la dernière extrémité, ne trouvant plus de grains dans la Flandre dévastée, les Gantois résolurent d'aller solliciter eux-mêmes les secours de leurs amis. Pendant le carême de i382 (1381 A.-S.), ils arrivèrent au nombre de douze mille sous les murs dé Bruxelles; les patriciens firent aussitôt fermer les portes et garder les murailles; mais ils ne purent empêcher qu'on leur donnât des vivres pour trois semaines. Après avoir été bien accueillis à Louvain, les Flamands se rendirent à Liège d'où ils amenèrent six cents chariots de grains. A leur retour, Ackerman et deux autres de leurs chefs furent députés à Jeanne, qui, touchée de leur détresse, essaya vainement d'apaiser le farouche Louis de Maele ^ La désastreuse journée de Roosebecke ayant abattu le parti des communes, Wenceslas profita de l'efiet qu'elle avait produit pour attaquer Louvain, qui se soumit le 27 janvier 1383.

En 1383, selon quelques chronique^, un second enlèvement d'hosties eut lieu k Bruxelles dans l'église de Sainte-Gudule, par un nommé Clément ^. Nous n'avons trouvé aucun détail sur cet événement.

Le duc et la duchesse avaient passé à Bruxelles l'hiver de 1382 et l'été de 1 3 83 . En proie à une maladie de langueur, Wenceslas cherchait à oublier, dans les plaisirs, les maux et les revers qui avaient marqué sa funeste administration : les tournois, les parties de chasse ou de balle, dans lesquels ce prince u gentil, noble, joli, fresque, sage, dameret et » amoureux ^, » faisait briller son adresse ^, ne purent calmer son mal. Les médecins lui conseillèrent de se rendre à Luxemboui^, pour y res-

' Froissard. — Meter. — Chapeadville, etc.

* Item doen men Schreef mggclxxxiii wareo te Bmesele joden die cyborien

gestolen metten heyligen Sacramenten. In 'tselve Jaer was Clément gheberrent die de ciborien stoL Chron, du x^êièclewa. Archives du royaume. Item in 'tselve jaer (1384) waeren de ciborien te Bruessele te Sinter Goedelen gestolen metten heyligen Sacramenten. Chronique de Houge-Cloitre.

' Froissard, L. II, c. 21 S.

* Hinc Bmzellam duz reversas, qanm aliqaamdia spectaçalis, eqnorum eertaminibus, venatu et pila, qua optime lusisse traditur, aliis lusibus se recreasset. Barlandi Chronic., c. 65.— On trouve dans les Comptes des Fiefs maintes sommes payées à des histrions venus à Bruxelles pour distraire le duc, à des marchands qui lui amenaient des chevaux de r%ce, des chiens dressés, qui lui fournissaient de belles armures, etc.

iiO UiSTOlRK

fàrer l'air natal; mais à peina y était-il amré qu'il mourut (7 déco»*

bre 1385). Son corps fut enaerdi dans l'église de l'abbaye d'Orval.

En prenant en main les rênes du gouTeniraient, leanne trouva k pays dans une situation déplorable ; des gaerves désastreuses, de sauvantes réi^olutions, araient singulièrement affaibli la eonf ance de la nation dans ses farces, et ce n'était pas la yeuve de Wenceslas qui pou» vait remédier à ce mal et arrêta les progrès de i^marcbie. EMe avait cependant un jugement sain joint à un ooeiir exeeUent. On ne doit pas. oublier ffue ce fut elle qui prépara k réumoQ des provinces belgiques gous un seul souverain, en a|4anis8ant tous les obstacles au mariage des enfents de son neveu, Pbîlippe4e-Hardî, devenu comte de FlandrO) avec ceux d'Albert de Bavière, régent des comtés de Haînaut, de Hdknde et de Zélande. Par cette allknee, conclue k Cambrai en I5S4, tom-bèrent les projets de Richard, roi d'Angleterre, projets qui amraôent peut^tre entraîné de fâcheuses collisions ^, Jeanne se montra grande encore quand elle implora le duc de Bourgogne en fiiveur des Gantois, trop fi^rs pour plier le genou devant leur souverain. Cette noble action, qui ferait oublier bien des fautes, mit fin à une longue quer^e dont le Brabant avait souvent ressenti les effets.

la duchesse qui, en 4?85, avait obtenu de ses sujets une Mde de 80,000 écus ^, leur accorda, qudques mois i^s tard, une charte des (dus importantes : eUe promit qu'aucune prise d'armes n'aurait lieu dorénavant sans te consentement des villes ; qu'elle réunirait quatre fbfe par mi, et, chaque fois, pour huit jours, les barons et seigneurs, afin qu'ils prissent connaissance des affaires qu'elle ou les villes pourraient avoir, et que tes pays d'Outre-Meuse, confiés à des hoBEunes sik*s, resteraient indissolublement unis au Brabant ^. Il n'est fait dans cet acte aucune mention des prélaf3„ iwX sans doute l'intervention n'était, vequjse que pour le vote de sdlxsides.

L'ambftion du duc de Gu^dre suscita de nouveauix embarras k Jeanne. Son héraut se présenta au palais de Coudenberg et Ait introduit dans la chambre qu'elle n'avait pas quittée depuis un an. En entendant cette déelaraition de guerre k furiAcesse s'éeria : «t U e&t temps ^pe je

>• Mistoire d» Bourgogne, psr «fi reKgiem bëDédiclhi, t. III, pu ia. ^ Vote du It juiD isas. Comptes deê akbM mx Jkehwes du royêmme. » LoQvaîD, 12 jaavier «3^5 (1586). A Tsnio, 1. c^, litre'4, c. ft. CeUa durte est ' scellée par 22 seigneurs et 20 villes.

DE UlUXfiLLES. 141

» sorte! • BBe oonvoqn aussitôt les Étais et «ppeèm soa peuple aax armea. Les premier» efforts des Brabançons furent dirigés cmtre la irilledeChnive, qui avaR ëCë livrée au GueMrois. La meiUede Saint-Midiel, 28 septembre i58&, les Bruxellois, sous la conduite do chétdain Jean sÂre de Bouehout, d'Éverard TSerciaes, de Nicolas Swaef et de Thierry de HeetveMe, allèrent joindre Farmée que la duehesse conduisit jusqu'à Bois-le-Due; eQe aurait même marché plus k)io si ses conseillers ne l'en avaient détournée. Grave fut investie, mais les attaques furent moHenent dirigées. Irritées de leur inaction, les communes se pMgttirent vivement de leurs di^, surtout du sénéchal sire de Witthem eC du sire cto Bauehonl. Enfin, un jour qu'un fort vent d'ouest s'était âevé, le bmxeUois Daniel Spoermaker s'écria : « Que les seigneurs » attaquent la ville par Passant et l'incendk, et les habitants dans le » désordre nous la livreront eux-mêmes t » AussitÀt toutes ks comnMUMs se rangent en bataiHe et s^âuranlent pour monter' à l'assaut. Indigné de ce qu'on a douté de son courage, Boudiout court se placer au ]Nremier rang. Tandis que les mSces des autres villes balaient les remparts avec leurs canons et leurs arbalètes, les Bruxellois se jettent sur la HampoiMrte avec tant dtepétûosilé qu'ils emportent le boulevard protégeant les fbssés, et donnent k peine à ses défenseurs, qu'ils assaillent rudement à coups de lance et d'épée, le temps de se sanver par un petit pont, le seid qui soit resté baissé. Craignant que les vainqueurs ne s'en servent pour pénétrer dans la viMe, les assiégés veulent le lever ; Je brux^ois Jean Storm s'y cramponne et le retient si fermement que c'est avec la plus grande peine que deux hommes, d'une force pen ordinale, R^rntjen Vanderheyden et Sehoenaert, parviennent à le repousser. Les assaillants alors essaient d'incendier le pont; mais l'eau qu'on jette de là place empêche le fen de s'allumer. Pendant ce temps, Thierry de Heetvelde escalade les remparts et met f ennemi en fioite; malheii^ reusement sa troupe ne peut le suivre, et les assiégés revenant en nombre Je {M'écipitent dans le fossé. Cen était fiiit de l'intrépide guerrier, si ses compagnons ne s'étaient dévoués pour le sauver ^ Enfin, les parents et les amis du jeune sire de Uéverlé, qui vient d'être blessé, renoncent à l'attaque pour l'altor voir, et les Bruxellois se retirent épuisés de fatigue. Si un autre corps avait continué l'assaut, nul doute que les assiégés égale-

* BivAUs. — PoNTANOs, ffUtoricB GêhrioÊ L. VIII, p. 325.

14â HISTOIRE

ment affaiblis et blesses pour la plupart, n'eussent succombé. Voyant' la ville réduite aux abois, le duc de Gueldre se hâta de conclure une trêve, et Tarmée brabançonne fut licenciée. Les milices de Bruxelles revinrent dans leurs foyers, la veille de SS. Simon et Jude, 27 octobre, réconciliées avec leurs chefs et surtout avec Bouchout et Ileetvelde qui, dans la dernière attaque, s'étaient fait remarquer par leur bravoure ^

Un événement qui pouvait avoir les suites les plus funestes pour le pays entier, vint tout à coup troubler la tranquillité dont jouissait la ville. Depuis quelques années, toute la contrée qu'on appela depuis pays de Gaesbeek, ne formait plus qu'une seule baronnie. Sweer ou Sweder d'Apcoude, sire dePuttenet de Stryen, avait hérité de sa mère, Jeanne de Homes, le manoir féodal de Gaesbeek et tous les domaines circonvoisins qui, depuis le commencement du xni^ siècle, avaient été possédés par une branche de la famille des ducs ; puis il avait cédé à son frère Guillaume, sire de Wyck-te-Duerstede, les biens qu'il ayait en Hollande, en échange des domaines de la famille d'Aa, patrimoine de Marie de Walcourt, femme de Guillaume ^. Par là, il était devenu possesseur de toute la contrée, qui, des portes de Bruxelles s'étend jusque près de Ninove : contrée riche et fertile, ayant plus de cinq lieues dans sa plus grande largeur, et pouvant armer trois mille hommes ^. Il y avait partout la haute justice et les droits les plus étendus; cent quatre-vingt-dix-sept fie&, parmi lesquels on comptait quarante-six pleins fiefe, relevaient de son manoir ^. Tant de puissance ne satisfit pas l'ambitieux baron, et il traita avec la duchesse de l'achat de quelques villages dépendants de la mairie de Rhode.

Informés de ses démarches, les échevins craignirent de voir s'étendre jusqu'aux pieds de leui*s murs une baronnie redoutable, que de nouvelles concessions pourraient accroître encore. Us protestèrent contre tout nouveau démembrement de l'ammanie, qui, selon eux, devait rester unie à la ville. Éverard T'Serclaes, alors premier échevin pour la cinquième fois ^, porta à la duchesse les réclamations du conseil de la com-

• De Dtnter, I. c, c. 53, f 1909. — ChrorUcon anonymi, p. 109. > L'échange entre Sweer et Guillaume eut lieu le 27 juin, mardi après la Saiot- Jean-Baptiste 1381.

s Gramaye, Bruxeîla, p. 33 .

^ Livres des fiefs de Brabant, passim .

s II avait été premier échevin en 13G5, 1313, 1377 et 138i. En 1380, il avait

mone et parvint à foire échouer les projets d*envahissement du sire de Gaesbeek. Sweder d'Apcoude et sa femme Anne de Linange en furent vivement irrités, et le premier se trouvant un jour à table avec sa famille et ses amis, jura de tirer vengeance de l'auteur de cet afiBront. Quelquesuns de ses serviteurs, entre autres Guillaume de Clèves \ son fils naturel, et le chevalier Àmelius ou Melis Uytten £nge, bailli de la terre de Gaesbeek, recueillirent ce serment et se promirent de l'accomplir. Pré* venus que des affaires avaient appelé T'Serclaes h Lennick, ils allèrent l'attendre à son retour, le 26 mars i 388, jour du jeudi saint. Surpris à rimproviste, renversé de dessus sa mule et percé de coups, le héros et le libérateur de Bruxelles vît s'acharner sur lui la rage des meurtriers qui le laissèrent pour mort, après lui avoir coupé la langue et le pied droit. Sweder était si redouté qu'aucun de ses vassaux n'osa porter secours au blessé; heureusement le doyen de chrétienté à Hal, Jean de Stalle, vint à passer avec son clerc Jean Goremans. Ge digne prêtre ayant aperçu le chevalier gisant au mUieu d'une mare de sang, le plaça sur son chariot et le ramena ainsi à Bruxelles, entre trois et quatre heures de l'après-midi.

A la vue de ce corps sanglant, l'indignation et la fureur s'emparent de tous les esprits. La fotale nouvelle se transmet de bouche en bouche et le praple accourt au marché, avide de vengeance. Informée de l'irritation des bourgeois, la duchesse alla visiter T'Serdaes, qui avait été transporté dans la maison dite l'Étoile, mais les mutilations dont il avait été victime ne lui permirent pas de donner des détails sur le crime ni sur les meurtriers^. Jeanne promit au peuple de foire justice des coupables; mais des promesses ne pouvaient le calmer, il voulait une prompte punition. A l'instant une armée se forme : k cinq heures, elle sort de la ville sous le commandement de l'amman Nicolas d'Ursene * ; arrivée le même soir au vUlage de Ylesembeek, eUe déploie le lendemain de grand matin la bannière de Saint-Michel sur les hauteurs qui couronnent Gaesbeek.

acquis de Jean, sire de Wesemael, le ch&leau et la seigneurie de Cruyckenbourgi appartenant aujourd'hui aux comtes de ce nom, et s*étendant sous Temath, Wambeke et LombelLe-Sainte-Catherine. Il possédait encore d'autres fiefs moins importants.

A Guillaume de Glèves était alors très-jeune, dit Fauteur des Brabanttche Veesten.

s Brabantsche Yeeiten,

» Cronyck van Brabant, mss. de la bibliothèque de Bourgogne, n« 10247.

ÎAA HISTOIRE

Déjà le baron, ainsi qne les assassins, aTait fui, hissant dans la forteresse Anne de Linange avec trois chefs dévoues, Jean de Lombdce, Jean de Hellebcàe et Jean Storm, Bien garnie d'hommes d'armes et de vivres, la plaœ pouvait résister longtemps ; aussi les Bruxellois se bomèrenwils'% la bloquer, dévastant les terres du baron, tonfisquant ses revenus seigneuriaux et destituant ses officiers, hauts et 6(M. A la demande de la commune, la duchesse envoya à l'armée le sénéchal Jean sire de Witthem avec rétendard ducal S et la ville invita toutes les communes brabançonnes à seconder ses efforts. A l'exception de Bois-le-Duc, qui avait assez de surveiller la frontière toujours menacée par le duc de Guddre, toutes répondirent à cet appel \ Quelques barons et quelques nobles vinrent également se joindre aux milices bruxelloises. Malgré l'arrivée de ces renforts, le stége n'avançait pas, et les assaillants voyaient leurs flèdies et leurs bombardes impuissantes contre les énormes murs du mandr féodal. D'un autre côté, on apprit que Sweder et ses parents réunissaient des hommes d'armes près de Diest, jet se disposaient à secourir la place '. Les assiégeants résolurent alors de demander des mineurs aux liégeois afin de l'attaquer par la mine et la sape. Inquiétés sur les suites de cette guerre d'autant plus pernicieuse que la trêve conclue avec la Gueldre allait expirer^ la duchesse et son conseil mirent tout en œuvre pour amener les parties k un accommodement. Grâce b leurs efforts, il fut permis k Anne de Linange et à ses gens de sortir sains et saufs du château qui fut abandonné aux bourgeois. La baronne se retira k Braine-le-Cbâteau, en Hainaut, et les communes ae séparèrent, le 50 avril, après que la liacbe et la pioche eurent abattu les tours orgueilleuses et les murs crénelés de ûacsbecà. Éverard T'Serclaes était mort des suites de ses blessures, le 9 du même mois ^ et avait été enterré à Ternath; k 4, un de

< 27 mars. Div^xis, Rêr. Lomn. L. IV, p. 54.

* Les LouTanistes arrivèrent au siège le i9, sous te commandement de Jean de Calster, Walter de Quaedebrugge, Louis Pinnock, Godefroid de Lymmingen. Ibid,, L c. Le 17 avril on promena à Louvain la CramfM Cfups, afin d'ametter la reddition de la place. Le ^^ les magistrats de oetle ville écrivirent à lears concitoyens qu'ils ne devaient pas revenir avant qne le château fût Jeté bas* Ckttmi^ fnss. de Louvain, blbl. de Bourgogne.

^ s DiVAUS.

* DeDtnter, t. in, r»-. 1940-1951, L. VI, c. 57.--BOTKEifs, 1. 1, p. 509.— €*rai. anonymi, p. i 13. — A Thymo, 1. c, c. 14. — Brahantsche Yeestm. — Divces, 1. c. — Messager des Artê et <29« iScMMce^, ann. 1855, p^ 367, etc.

ses neveux, Jean, fib de Jean, appelé à le remplacer dans le conseil cornmonal, ayait prêté serment sous les murs du château du meurtrier ^.

L'année suivante, Sweder et sa femme furent remis en possession de leurs biens, après avoir déclaré, tant en* leur nom qu'en celui de leurs descendants, amis et altiés, et avec l'approbation des principaux de oeux-ci , qu'ils étaient récondUés avec la duchesse, les barons, chevaliers, valets (ou écuyers), bonnes villes, franchises et tout le pays du Brabant. Ils avaient promis de ne rien réclamer pour les dommages qu'ils avaient éprouvés et de ne jamais inquiéter ceux de leurs sujets ou tenanciers qui avaient pm parti contre eux '. Peu de temps après, le baron voulut relever son manoir, mais les députés des villes, assemblés h Louvain, le lui dâèndirent formellement (avril 1 S 8 9) '. Quelques années plus tard, Jean de Hellebeke, un des défenseurs de Gaesbeek, fut déclaré ennemi de la ville et déchu du droit de bourgeoisie, comme le seraient dorénavant, dit la sentence, tous ceux qui se rangeraient du côté des ennemis de la commune \

Dès que cette affaire eut été étouffée, une expédition fut dirigée contre la Guddre. Le pays se leva en masse, et les Bruxellois partirent, le 26 juin, sous le conmiandement des chevaliers Jean de Leeuw, Nicolas de Saint-Géry et Thierry Loose. Mais le succès ne répondit pas à l'enthousiasme des Brabançons, et le roi de France, Charles YI, par les conseils du duc de Bourgogne, résolut d'intervenir dans leur querelle. II pénétra dans le pays de Juliers à la tète d'une armée formidable, et força l'intraitable ennemi de la duchesse à conclure une paix qui malheureusement ne dura guère.

Le mauvais esprit qui avait présidé à l'administration de Wenceslas planait encore sur le Brabant. Gouverné par des conseillers inhabiles ou indignes de la confiance de Jeanne, ce noble duché, qui avait bravé les efforts de tant de princes, était alors en proie à la plus déplorable anarchie* Les villes étaient déchirées par des haines de famille, et les campagnes ravagées par quelques sdgneurs turbulents. On vit, en 15d0, les

* Juravit ante castrum de Gazebeke anno pnedicto 4 aprilis. Liste mss. des magistrats de Bruxelles. Voyez les Brahantsche Yeesten.

s 6 mars 4588 (1389 N.-S.). AThymo,]. c. » DivjEUs, 1. c, p. 3B.

* Ordonnance du 2 jain 1391. Bœck met den Maire, aux Archives de la ville, f84.

TOIE I. 16

li« HISTOIRB

seigneurs de Jauche, de Heynsberg et de Louverval, ineendier et piller la bourgade dTssche ^. Sous prétexte qu'Q ne recevait plus une rente de vingt^nq aimes de vin du Rhin, assignée à un de ses aïeux par Jean T', Michel de Ligne, sire d'Estambruges et deThumaide, vint, en 1396, à la tête de quelques-uns de ses alliés et de ses vassaux, piller Goyck. Il poussa même jusqu'aux portes de Bruxelles, mais la commune en armes sortit aussitôt et le força à une pi^ompte retraite ^. Un traité ménagé parle comte d'Ostrevant, Guillaume de Bavière, condamna Michel de Ligne à rester six semaines prisonnier k Genappe, et k prendre ensuite Fécharpe et le bourdon dans Téglise de Sainte-Gudule pour aller en pèlerinage à Saint*Jacques de CompostcUe. Cette dernière obligation fut également imposée à la duchesse dans la personne de Guillaume de Ranst et de Jean Yanderdussen. Elle se reconnut, en outre, débitrice du sire d'Estambruges pour plusieurs sommes, entre autres pour deux mille florins de Hollande, arrérages de la rente créée par le Victorieux '. On comprend, que dans cette situation, Jeanne devait chercher Tappui des villes ; aussi Bruxelles en obtint-elle de nombreuses faveurs. En lui donnant quittance de sa quote-part dans une aide de 200,000 florins-écus que le pays avait accordée pour la guerre de Gueldre , la duchesse déclara que le receveur ducal devait indemniser, suivant estimation faite par deux receveurs, les habitants qui souffriraient des hostilités ^. Quelques jours après, les sires de Breda, de Berg-op-Zoom, de Wesemael, de Witthem et de la Leck, déchargèrent les villes de Brabant, et Bruxelles en particulier, de la responsabilité des pertes qu'ils auraient essuyées dans la dernière guerre ^. Pour récompenser, dit-elle, d'une manière spéciale les services signalés que lui avaient rendus les habitants de Bruxelles, la duchesse s'engagea à ne jamais aliéner aucune des six mairies situées dans l'ammanie, Yilvorde, Campcnhout, Rhode, Assche, Merchtem et Capelle-au-Bois, ou leurs dépendances, et k les laisser unies k la vUle ^. Les villages d'Anderlecht et de Forêt furent admis k participer aux coures, libertés et privilèges de la ville, avec réserve

* BuTKENs, 1. c, p. 519. —• Divins.

* BUTKENS, I. C.

s Bruxelles, 7 août 1 307. Inventaire des chartes de Brahant, ii« 3, f> 6S4.

« 44 août 1391 A Thtvo, 1. c, c. 17.

B SO août 1392. Boeck met den Hairc, f* 83.

« 31 août 1392. A Tnnio, I. c , c. 19.

toutefois des lois qui régissaient les biens, et des droits seigneuriaux du chapitre d'Ânderlecht et du seigneur de Walcourt, dans le premier de ces villages; de l'abbaye de Forêt, et de René Eggloy dans le second \ Ces aoeroissements du territoire communal furent les derniers : jusqu'à la fin du XYU!*^ siècle, il se composa de l'espace entouré de murailles et des villages de Ten-Noode, Schaerbeek, Ixelles, SaintrGilles, Forêt, Ànderlecht, Molenbeek et Laeken* En vertu de la charte de i 295, le conseil municipal avait en outre la perception des accises à Etterbeefc et à Coeckelberghe.

La guerre ne tarda pas à se rallumer. En 4398, quarante mille hommes, le cinquième de la population en état de porter les armes, mardièrent sur la Gueldre \ La même année, les villes du Brabant et de la principauté de Liège renouvelèrent leur antique alliance, et leurs forces réunies envahirent le pays de Juliers '• Le Gueldrois, voyant ses états attaqués de toutes parts, s'adressa alors au nouveau chef de l'empire, Rupert, qui lui promit des secours; mais le duc de Bourgogne, ayant ordonné de grandes levées pour soutenir les Brabançons, Renaud se hâta de recourir aux négociations. Sweder d'Âpcoude, Guillaume de Craenendonck, Jean de Calster et René Goether, prévèt de Maestricht, acceptèrent au nom de la duchesse des conditions peu avantageuses, et la paix fut condue à Ravenstein, le jour de Saint^Boniface 4399, anniversave glorieux d'une glorieuse époque. Ce traité exaita l'indignation du duc de Bourgogne, qui avait dépensé plus de 42,000 couronnes en préparatifs de guerre, et le prévôt n'osa jamais reparaître en sa présence. Les trois autres n^ociateurs ne durent leur grâce qu'à l'intercession de la duchesse ^.

Il se présenta, lors de la dernière invasion du pays de Juliers par les Brabançons, une circonstance assez singulière. Quatre des échevins étaient à l'armée, quand arriva l'époque du renouvellement du magistrat. Dans le nombre des bourgeois choisis par la duchesse pour former la nouvelle

* La charte d'union d'Anderlecht est datée du 37 mars 1393 ; roriginal fut remis le A avril par les bonnes gens de la paroisse aux échevins de la ville qui en firent faire une traduction flamande. La charte de Forêt est du SS-avril 1394. A Thtko, 1. c. c. SO.

< Brabantsehe Yeetten,

' Bb DT!iTEa, c. 67, f 20i4. — Botkeks, t. I, p. 519.

« De BmTEa, 1. c, c. 68, T 2025. •— Divkus, Her. Bradant,

ti8 HISTOIRE

administration, six accompagnaient aussi Texpédition ; le dernier en rang prêta seul le serment exigé, entre les mains de Tamman, et partit ensaite pour aller recevoir le serment de ses collègues. La ville fut quelque temps «ans autres magistrats que les receveurs ; trois échevins revinrent ensuite de l'annëe et les autres arrivèrent à la fin de la campagne ^.

Bruxelles était alors à son apogée de gloire et de splendeur; sa population sViugmentait avec son importance, et sa maison conmiune, dont la première pierre fut posée en i40â, est encore «n témoignage irrécu* sable de la puissance de cette ville. L'esprit républicain de ses magistrats se montrait de plus en plus ombrageux. Le sire de Hoogstvaefeen ayant, sans le consentement des villes, impesé les boissons, dans la firandiîse d'Herenthals, fut, ainsi que ses descendants, privé de son droit de bourgeoisie. Les magistrats insérèrent, en outre, dans la sentence une défende expresse à leurs successeurs de jamais la lever ^. Unie par des liens étroits aux autres villes brabançonnes, on vit aussi à cette époque la commune bruxelloise intervenir dans presque tous leurs différends. En 1400, ses députés et des délégués louvanistes allèrent rétablir la tranquillité k Tirlemont, dont les finances se trouvaient dans le plus grand désordre '.

Depuis longtemps le duc de Bourgogne travaillait à se fiilre solennellement reconnaître comme héritier de Jeanne, qui avait désigné pour lui succéder sa nièce Marguerite, femme de Philippe, fille de Marguerite de Brabant et de Louis de Maele ; espérant que sa présence ai^anirait tous les obstacles et ferait cesser les irrésolutions, il vint à Bruxelles où les états étaient assemblés ; mais ceux-ci, usant d'une sage circonspection, lui répondirent qu'il ne convenait pas de prendre une décision à cet égard, du vivant delà duchés^, et qu'après sa mort, les droits de ses héritiers seraient examinés avec justice. Il ofiErit en vain de rendre aux Brabançons Anvers et Malines, et de leur remettre Termonde en attendant qu'il eut repris Graveetla tertedeCuyck; ilsrefusèrentdese prononcer plusexplidtement^. Le roi des Romains, Wcnceslas, fils de Chartes IV, qui envoya une ambassade k Louvain pour faire valoir ses prétentions, ne fut pas plus heureux dans ses démarches ^. Attribuant sans doute cette conduite k la répugnance

* Brabantsche Yeesten.

s A Tetmo.

> DiViEUS, AnnaleM Lovan., L. IV, p. 37.

* De DtnTER, I. c, c 69, f> 3041.

* Ibid., c. 70, f» Î047.

DE BRUXELLES. liQ

qae 1« éUto éprouvaient 1^ Voir passer le findwnt dans une maison dégà trop puissante pour la sécurKë de leurs privilèges, Philippele-Hardi fit, en 4401, un nouveau partage de ses biens entre ses enfmts. Par une disposition qui fut otHifirmëe par Jeanne ', Painé, lean, qui avait re3q>ectative de la succession de la duchesse, dut la céder à son frère Antoine, comte de Réthel et châtelain de Lille \ En 1405, Philippe-le-Hardi voyant la fin de sa tante approcher chercha à lui faire résigner le pouvoir à Âtftoine. Il vinit à cet effet à Bruxelles, à la miavril 1 404. Ses démarches cette fois furent couronnées de succès, grâce au sire de Wesemael et à quelques bourgeois influents; mais il ne vit pas commencer l'àdminiêlralion de son fib '. Au sortir d'une fête somi^tueuse k laquelle il avait appelé tous les joueurs d'instruments du Brabant, de l'Artois et de l'Ostrevant (1 6 avril), i) se sentit pris d'une maladie qui régnait à cette époque et qui attaquait les hommes les plus robustes. Quelques jours après, suivant son désir, Q fut transporté à Hal dans une litière à bras, et mourut dans cette petite ville le 27 avril. Ses enfants ne trouvèrent pas assez d'argent pour payer les frais de ses funérailles et durent emprunter sur sa vaisselle ^.

Le mois suivant, par une donation entre vifs, Jeanne résigna le duché à sa nièce, en se réservant quelques revenus, le droit d'habiter à Coudenberg, la possession du château et du moulin de Nuwermolen (à Obbrussd ou Saint-Gilles), etc. Elle lui imposa pour condition le maintien des privilèges des prélats, des nobles et des villes '. Marguerite, à son tour, constitua son second fils Antoine, gouverneur des duchés de Brabant et de Limbourg, et lui en abandonna les revenus ainsi que la collation des emplois ®.

Après avoir vécu encore deux ans dans la solitude, Jeanne mourut le 1** décembre 1 406, k l'âge de quatre-vingt^atre ans; elle en avait régné cinquante. Elle fut enterrée au milieu du chœur de l'élise des Carmes à

*• Bruxelles, 30 septembre 1401. Histoire de Bourgogne, t. III, preuTes, p. Gcmi.

> 27 septembre 1401. Ibid., i UI, p. 180.

» De Dynter, c. 73, T 2076.

« Hiitoire de Bourgogne, t. III, p 1 90. De Dronaidit qu'il mourut le 36. Une chronique mss. de Tabbaye d*Afflighem (bibl. de Bourg.) prétend quMl Ait embaumé à Ruysbroeck, e/t» corpue in Ruyibroyck balzamo condUue.

* Bruxelles, 7 mai 1404. Boteens; preuTcs, p. SOS.

• 19 mai 1404. Di Dyiiter, 1. c, c. 74, ^ 3079.

Bruxelles. Sa tombe, que surmontait une statue, fut détruite par le bombardement de 1695, et il ne reste plus de vestige du règne de cette bonne princesse , à qui il n'a manqué qu'un mari digne d'elle ^. Dans la personne dé Jeanne s'éteignit cette illustre maison de Louyain, qui, pendant trois siècles, fournit au pays une liste non interrompue de vaillants guerriers et de princes babiles.

* Les Comptée des fiefs foomissent d'éclatantes preayes de sa bienbisance : ce sont de nombreuses aumônes faites à de vieilles fenunes, à des infirmes, à des lépreux, à de pauvres religieux malades; des secours donnés à des femmes en couches , h des pèlerins que des voleurs avaient dépouillés, à des soldats captifs des Sarrasins, à des malheureox dont les habitations avaient été incendiées, etc.

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