TROISIÈME QUARTIER
LX GBAND-HABGHÉ.
Neuvième bannière.
Section du Marché-au-Gharbon 114 hommes.
» de la rue des Pierres 171 »
>» de la rue des Teinturiers 111 »
ToUl 396
DE BBUXELLE& 363
Bepori 396
Dixième btmniàre,
Seclion de la porte de Saiat-Jaoques 123 hommes.
» d'Overmolen 129 »
)» de Gruyskeoe 130 »
Total 402
OnMième batmière*
Section de la Chaussée de Flandre 136 hommes.
n de Jéricho 121 »
" de la rue de Sainle^atherine 124 »
Total 401
Douzième bannière.
SecUoo du Béguioage « 132 »
» du Quai 103 iv
Total 233
TreiMième bannière.
Section du tfarché-au-Lait 03 hommes.
du Puits de Saint-Nicolas 102 »
» de la Fontaine Saint-Antoine 109 »
Total 300
Total du troisième quartier 1760
Toul général 3061 '.
Pour rapprécialîon de ce chiffre, il iaut observer qu'on n'y a probablement pas compris les membres des serments, qui étaient rangés sous les bannières de leurs compagnies, les hommes valides de la banlieue, les bourgeois absents, et enfin tous ceux qui n'avaient pas le moyen de s'équiper à leurs frais.
Pour juger de l'importance et de la richesse de chaque métier, on doit consulter les ordonnances fixant le nombre de torches qu'ils devaient fournir à l'entrée du souverain ; ainsi, lors du voyage de la reine Éléonore à Bruxelles, les rues sur son passage étaient bordées par 40 bouchers, 50 marchands de poisson salé, 30 marchands de légumes, 16 orfèvres, 30 merciers, 56 graissiers, 16 bateliers, 16 marchands
> Farta concernant la ville de Bruxelles, Mss. aux Archives de la Fille,
de poisson d'eau douce, iO fruitiers, 12 plombiers, 6 tisserands, 56 tapissiers, 50 tailleurs, i6 chaussetiers , 8 pelletiers, 26 fripiers, 8 brodeurs, i 0 barbiers, i 0 forgerons, 8 tuiliers, i 6 couteliers, 6 serruriers, 8 peintres, i 2 selliers, 6 tourneurs, 4 teinturiers, 2 venoerscarpen (?), 8 tondeurs de draps, 4 sloptokers (?), 18 boulangers, iO meuniers, 50 brasseurs, 12 ébénistes, 6 couvreurs en tuiles, 1 6 détaillants de vin, 6 faiseurs de bourses, 1 2 tanneurs, 6 ceinturonniers, 6 gantiers, 12 cordonniers, 2 savetiers, 20 armuriers, 6 regrattiers, 8 arquebusiers, 16 tailleurs de pierre et 16 menuisiers ^ Cette cnumération prouve suffisamment qu'indépendamipent de ceux dont rindustrie consistait dans la vente des objets de première nécessité ou dans l'exercice des arts les plus usuels, les métiers les plus florissants étaient ceux des tapissiers, des orfèvres et des armuriers, fait attesté d'ailleurs par de nombreux témoignages historiques. Quant à la draperie, elle était tombée dans une complète décadence malgré les efforts de Philippe le Beau pour la faire revivre. En 1494, 0 avait défendu l'importation des étoffes étrangères et, en 1497, à la demande des magistrats et des chefs de la gilde, il avait publié un règlement rempli de dispositions minutieuses; maisons actes ne reçurent pas plus d'exécution que l'ordonnance du 8 avril 1502 sur la vente en détail du drap, et celle du 4 mai 1 505, provoquée par une démarche des appréteurs, teinturiers, foulons, tisserands, etc., qui allèrent au palais exposer eux-mêmes leurs griefs ^. Un octroi délivré en leur faveur, en 1 55 1 , n'eut non plus aucun résultat, et, hâtons-nous de le dire, il ne pouvait en avoir; ce qui manquait surtout à cette industrie c'était la matière première, et les Anglais, qui nous faisaient une concurrence redoutable, avaient grand soin de garder leurs laines ^.
Sous ce règne brillant , un grand nombre de monuments nouveaux et de splendides habitations firent de Bruxelles la plus belle ville des Pays-Bas. C'est de cette époque que datent la reconstruction de l'ancienne halle au Pain ou Maison du roi (1 51 5-1525), et de l'église de Saint- Géry , rebâtie sur un plus vaste plan (1 520-1 564) , la construction des nouvelles bailles delà cour (1509-1520), de la chapelle royale, corn*
* Geel CorrecUe Boeck.
» Archives de la Cliambredes Complet. Registre n» i36 derinventaire imprimé. 3 M. GACUAno, Rapport du jury sur les produits de l'industrie belge présentés à l'Exposition de i9ZQ.
mencée en 4 525; de la belle galerie du palais (i554), et de la chapelle du Saint-Sacrement à Sainte - Gudule (la première pierre fut posée en 1554). Beaucoup d*abbayes de différentes provinces s'y firent alors aussi bâtir de beaux refuges^ et les principaux seigneurs du pays, tels que les d'Egraont, les Mansfeld, les Taxis, les Lalaing, les Culembourg, les Boussu, les de Lannoy, achetèrent ou élevèrent des hAtels où ils étalèrent ce luxe que la politique jalouse de leur maître les forçait à déployer. L'hdtel de Granvelle, dont il reste encore quelques vestiges, construit dans le style de la renaissance, alors que l'ogive pure était adoptée pour la nouvelle église de Saint4xéry, et que la Maison du roi était reconstruite dans un style mi-gothique, mi-renaissance, peut être considéré cooune le premier édifice d'architecture moderne bâti ii Bruxelles.
L'étude des richesses scientifiques et littéraires de l'antiquité donnait & cette époque un nouvel élan aux esprits. Protectrice des lettres et poète elle-même, Marguerite fut toujours entourée de savants et de littérateurs distingués; c'est alors que florissaient l'historien Molinet, les poètes Jean Lemaire, Remacle de Florennes et Jean Second, le sceptique Érasme, Corneille Agrippa, emprisonné à Bruxelles, pour ses œuvres sur la magie, et qui ne dut sa liberté qu'à l'intercession de cette princesse, les peintres Bernard Van Orley, Franc-Floris, Michel Coxie, les architectes Keldermans, Van Bodeghem, Van Pede, etc. D'autres célébrités telles que Granvelle , le médecin Vésalc , les jurisconsultes Viglius et Mudée , remplacèrent auprès de Marie de Hongrie ceux de ces écrivains et de ces artistes que la mort avait emportés. L'instruction publique se ressentit du progrès général, et le nombre des écoles fut considérablement augmenté. Il y avait alors à Bruxelles une école supérieure, et six autres, dans lesquelles on enseignait le latin ; treize écoles flamandes et trois écoles waUonnes ou françaises ; en outre, l'église du Sablon {i 486), la communauté de Nazareth (1 51 i), et l'église de la Chapelle (1 550) avaient été autorisées & ouvrir des écoles latines '.
L'accroissement incessant des étrangers qu'attirait la présence de lu cour, et les rixes fréquentes qui s'élevaient entre ceux de nations différentes , et quelquefois entre eux et les bourgeois, rendaient de plus en plus difficile et pénible le service de la police; en i 5!2 i , par exemple ,
' Voyez la troisième partie.
on vit des Espagnols el d'autres étrangers se battre eontre des boudhers, et occasionner un grand tunuilte; pour piëvenîr le retour de pareilles scènes , le magistrat conunina une amende de 100 philippus contre quiconque prêterait main-forte aux combattants, et il fut de nouveau interdit d'aller dans les rues sans lumière, après la cloche de retraite, sous peine d'une amende d'un vieil ëcu. D'autres mesures de police furent également prises , et les registres de ce temps contiennent un grand nombre d'ordonnances réglant le prix des marcbandises et des denrées, et le commerce des grains, qu'il était défendu d'exporter de l'ammanie avant de les avoir mis en vente à la balle au blé; défendant d'acheter pour les revendre, le grain, le foin, la paille, les légumes, la tourbe , et instituant des primes pour l'importation des objets dont la nécessité se faisait sentir ; ainsi, en considération de la cherté du bois, une ordonnance du 1 9 octobre 1549, [ffomit une prime de i 0 sous à celui qui importerait de la tourbe ; le 20 février i 555 (1 554 Y.-S.), le magistrat décida qu'il serait donné i sou par muid de chaux provenant des Écaussines, de Feluy ou d'Ârquennes ^
Le 28 février 1546 (1545 V.-S.], la régente signa un décret qui prescrivait de nouvelles règles à l'administration communale, déterminait les attributions respectives des différents membres du magistrat, désignait les places dont la collation appartenait à ce corps ou aux receveurs , eH rappelait les mesures prises, en 1 528^ à l'égard des nations; entre autres dispositions nouvelles, ce règlement enjoint à l'amman ou & son lieutenant, d'assister à leurs assemblées ^.
Le 30 avril suivant, Charles, que la mort de François T' laissait momentanément tranquille du côté de la France, partit pour l'Allemagne où il gagna, sur les princes protestants, la fameuse bataille de Muhlbcrg. Ses prisonniers, l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, furent dirigés sur Bruxelles, ou ils arrivèrent le 17 septembre 1548, vers une heure de l'après-midi ; le premier était dans un chariot découvert , le second montait un petit cheval, et tous deux étaient escortés par de nombreux cavaliers et fantassins espagnols. L'électeur fut logé h la maison dite les Trois Fontainesy en face de la Chapelle, et le second au Bois {in 't woui), au Marché-au-Bétail. Leur impitoyable vainqueur, qui les faisait traîner
* Geel Correctie Bocck, passion.
* Luystcr, I. c, bl. 139.
ainsi de ville en ville, fit partir, le 20, le prince saxon pour le château de Pamele, et, le mémejoivjl entra triomiriialement à Bruxelles par la porte de Coudenberg ^. Il 7 assembla les étals généraux, et, le â 5 octobre, dans une séance à laquelle il assista avec Marie de Hongrie , il leur fit exposer par Phili^ie Negri, chancelier de la Toison d'or, les affiiires qui l'avaient retenu loin des Pays-Bas; il leur annonça ensuite k prochaine arrivée de son fils et demanda qu'ils ratifiassent la confédération défensive conclue par ses soins entre l'Empire et les Pays-Bas. Le pensionnaire de Bruxelles répondit au nom de l'assemblée qui autorisa l'empereur è choi* sir des commissaires dans les trois ordres, pour ratifier, de leur part, l'acte de confédération ^.
Le S décembre , anriTa à Bruxelles la veuve de François 1"^ , Éléonore , qui venait se fixer aux Pays-Bas. La réunion de ces têtes couronnées et l'annonce de la prochaine arrivée du prince Philippe attirèrent dans cette ville une telle foule d'étrangers que le magistrat dut prescrire de nouvelles mesures de police. Il ordonna, entre autres , aux centeniers d'établir dans leurs sections des gardes de trois hommes, depuis huit heures du soir jusqu'à quatre heures du matin, et de faire placer, aux frais des sections, de six en six maisons, des lanternes qui restassent allumées de six heures à minuit ^. L'appréhension des gens d'armes, des étrangers ou des bourgeois coupables de délits, soulevant d'incessants conflits entre l'amman et Yaleade ou juge de la cour, Charles-Quint, pour assurer le cours de la justice, décida que chacun de ces officiers pourrait arrêter les délinquants, quels qu'ils fussent, sauf à les remettre ensuite à Fautorité compétente ^.
Le â mars i 549, on ressentit deux fortes secousses de tremblement de terre ; mais elles ne causèrent aucun accident ^. Peu de jours après, Bruxelles reçut dans ses murs le prince qui devait consommer la ruine de la Belgique et de l'Espagne, le sombre Philippe II, alors âgé de ââ ansr II vint, le i*' avril, de Wavre au château de Tervueren, où il trouva la reine Marie et, après y avoir diné, il se rendit avec eUe au Harerh'Ifeyde^elt. Un spectacle magnifique l'y attendait : dans cette
^ DU niemoe Chronyeke van Brabandi,
* M. Gachard, Des anciennes assemblées nalùmcUes de la Belgiqtte,
^ Ord. da 7 novembre 1548. Geel Correctie Bœck,
« Ëditda27 mars 1548 (15i9 N.-8.) Ihid.
' Chron. van Brabant, Mss. no 10247. — Foppebs.
vaste plaine, d'où la vue est admirable, étaient rangés en bataille deux escadrons aussi remarquables par la bonne mine des gentilshommes qui les composaient, que par la beauté de leurs coursiers et la richesse de leurs uniformes. L'un, la bande verte, était commandé par le prince de Piémont, l'autre, la bande blanche, était sous les ordres du sire de Rœulx. Chacun de ces brillants escadrons était soutenu par cinquante arquebusiers à cheval et un corps de fantassins, et dans l'intervalle s'étendaient des retranchements défendus par une nombreuse artillerie. Trois galeries, ornées avec art, avaient reçu l'élite de la noblesse, et une foule immense couvrait les abords de la plaine. Philippe ayant pris place dans une somptueuse tribune, les deux troupes se livrèrent un combat simulé, qui coûta la vie à deux soldats. Le jeune prince, vêtu de noir et monté sur un superbe andalou, se dirigea ensuite vers Bruxelles. Il était précédé par son étendard et avait à ses côtés le cardinal dé Trente et le prince de Piémont; derrière lui, réunion singulière! venaient l'évéque d'Arras, Granvelle, et le duc d'Albe , ces deux hommes qui devaient tour k tour s'attirer la haine des Belges, par leur aveugle assentiment à ses vues. Le magistrat, u en costumes et bonnets de velours noir, » et les deux autres membres, en robes de drap cramoisi et nu-téte, le reçurent k l'entrée du faubourg de Louvain. et le pensionnaire le harangua k genoux. GranveUe traduisit le discours au prince et répondit en son nom ; puis les chefs, de la cité remontèrent k cheval et se joignirent au cortège , ainsi que i 2 à i ,5 00 bourgeois, portant les uns des robes de soie rouge k manciies pendantes a de jaune et blanc, qui estoient les livrées du prince, » et les autres des robes de drap rouge. Partout, sur son passage, les rues de Louvain , de la Montagne, de la Madeleine , de la Cour, étaient ornées avec magnificence; k chaque carrefour s'élevait un arc de triomphe; des tapisseries garnissaient les maisons, le sol était jonché de fleurs. Le chapitre de Sainte-Gudule et les ordres mendiants attendaient le prince au Treurenberg. Après l'avoir complimenté, le doyen le conduisita l'église, où étaient exposés, sur l'autel, le sacrement de miracle et la châsse de Sainte-Gudule , et entonna le Vient Spiritus Sanctus. La foule était partout si compacte que le cortège eut peine à se frayer passage , et il n'arriva que fort tard au palais. Les reines de Hongrie et de France vinrent recevoir leur neveu et le conduisirent dans la grande salle où se trouvait l'empereur '.
* Nieuwe Chronycke van Brabandt — El feUcûsimo viaje del principe Don PJielipe, desde Espana a sui tiermâ de la haœa Àlemana, con la deseripdon de
Le soir et une grande partie de la nuit, tous les quartiers de k ville resplendirent d'immenses feux de joie. Pour engager les Imbitants et les eorporattons à contribuer à l'ëclat de cette fête, le magistrat avait décidé de récompenser ceux qui feraient les plus belles illuminations par les prix suivants : pour les métiers,
l*'prix : 10 agneaux, 24 pots de vin. 5* prix : 2 agneaux, 8 pots de vin. 2* » 8 » 20 I» 6* » 2 )» 6 n
4* » in 12 H
pour les sections,
l*'prix : 16 agneaux, 33 pots devin. 6* prix : 4 agneaux, 10 pots devin.
2* n 12 » 28 n 7* Il 3 » 8 n'
3«)i 8» 18 » 8«iiS)i 6 »
4* «a» 16 » 9'nl,»4 n
Trois prix, le premier de 6 agneaux et 18 pots de vin, le second, de 4 agneaux et 12 pots, et le troisième de deux agneaux et six pots, furent destinés aux particuliers qui orneraient le mieux leurs maisons ; des récompenses furent également promises aux serments et aux chambres de rhétorique, et il fut décerné, en outre, des prix de 4â agneaux et 32 pots, 10 agneaux et 20 pots, 8 agneaux et 16 pots, 6 agneaux et 1 2 pots , 4 agneaux et 8 pots , aux métiers qui étaient allés , dans le meilleur ordre, à la rencontre du prince ^
Le lendemain , le magistrat fit présent à Philippe d'une coupe en argent doré, de grande valeur, sur laquelle on lisait l'inscription suivante, qui faisait allusion à la bataille de Muhiberg : Imp. Cjbs. Constan-
TIKUS , PROSTRATO AD PONTEM MlLVIUM TYRANNO MaXENTIO , POST GRAVEE TRECENTORUM FERA ANNORUM PERSECUTIONEV , AFFLICTAH ChRISTI ECCLBSIAM
LmERTATt ASSERuiT '. Lc même jour, les états de Brabant résolurent d'offrir au prince un don gratuit de 100,000 florins philippus, de la valeur de 23 sous chacun ^.
Dès les .premiers jours de son arrivée à Bruxelles, Philippe dévoila
todoÊ loi estadoi d$ Brabanle y Flande$, par J. Ghristotal Galvetti de Estbeua, Anvers, 1 333.
^ Ordonnance da 11 février. Geel Correctie Bœck.
* Die Nieuwe Chronycke van Brabandt, — El felicissimo viaje,
' Luyster van Brabant, I. c, bl. 147.
Ton I. 44
son bigotîsme. Le dimanche des Rameaux, après avoir entendu la messe i Sainte-Gudule , il accompagna la procession des chevaliers de Jérosalem, qui conduisaient un âne {die den ezel trœkm), en commémoration de l'entrée triomphale . de Jésus-Christ. Désireux de gagner les bonnes grâces de Thériticr de tant de couronnes, les courtisans se livrèrent à Fenvi aux pratiques d'une dévotion outrée , et ce fut alors que s'introduisirent dans nos provinces ces cérémonies, qui, inventées par l'exaltation des peuples du Midi, n'inspirent aux esprits sages et réellement pieux, qu'indignation et dégoût. Ainsi, le jeudi saint, on vit environ cent cinquante gentilshommes espagnols et italiens, sortir en procession de l'église des Dominicains, qui était garnie de tentures funèbres, et parcourir une partie de la ville en se flagellant jusqu'au sang.
Aussitôt après le carême les fêtes recommencèrent. Le 5 mai , il j eut sur la grand'place un tournoi auquel assista l'empereur accompagné de ses sœurs et de toute sa cour. Les juges étaient le duc d*Albe, François d'Esté et Renaud de Bréderode, et les tenants, les comtes de Mansfeld, d'Arenberg, de Hornes et le sire de Hubermont, qui portaient tous quatre de bnllants costumes en drap d'or. Philippe s'étant fait armer à la Maison du roi , se mêla à la foule des gentilshommes, qui se présentèrent pour combattre les tenants, et gagna un riche rubis, pour la lance des dames ; le prix de la plus belle entrée fut décerné au prince de Piémont, celui de l'épée au comte d'Egmont, et celui de la joute à François de Lambert, qui avait rompu trois lances. Les princes se rendirent ensuite à l'hôtel de ville où les attendait un somptueux banquet, et la fête se termina par un bal qui dura jusqu'à minuit *. Le 2 juin, Jules Ursino, chargé par le pape d'offrir à Philippe une épée et un bonnet, se rendit à Sainte-Gudule où il les déposa sur le maitre-autcl, et le nonce, évêque de Fano, après avoir célébré la messe, les donna au prince.
Quelques jours après, la cour se rendit à l'hôtel de ville pour voir passer l'ommegang , qui atteignit cette année l'apogée de sa splendeur. La marche était ouverte par les serments : les escrimeurs, qui étaient armés de piques et de hallebardes , étaient vêtus de blanc et de bleu ; les arquebusiers, de blanc, les archers , de blanc, noir et rouge, les arbalétriers de Saint-Georges, de blanc et rouge, et le grand serment, de vert. Ils précédaient une troupe de jeunes gens, montés sur des chevaux
* Die Nicuwe Chron cke van Brabandt
DE BRUXELLES. 57i
richement caparaçonnés, et représentant les ducs de Brabant jusques et y compris Gharles-Qoint ; ces jeunes gens, qui appartenaient aux premières familles de la bourgeoisie, étaient brillamment costumés et tenaient le sceptre et la couronne; chacun d'eux avait son porte-bannière, ses hommes d'armes et ses (uiges. Venaient ensuite les métiers; chaque corporation avait en tète sa keersse portée par le plus jeune maître, et, comme dans toutes les grandes cérémonies, les jurés, en robes de drap rouge, marchaient les derniers. Puis on voyait des chars de triomphe , sur lesquels étaient représentés les principaux épisodes de la vie de Jésus-Christ et de la Vierge; un enfant déguisé en loup et monté sur un courtaud, conduisant un diable, sous la forme d'un monstrueux taureau qui jetait du feu par les cornes , entre lesquelles un autre diable était assis; l'archange saint Michel, couvert d'armes brillantes, et tenant d'une main l'épée et de l'autre la balance, dans laquelle, selon de vieilles traditions, il pèse les Ames. Suivait un char , portant la musique la plus extravagante qu'on pût voir : c'était un ours assis qui touchait un orgue , non composé de tuyaux , mais d'une vingtaine de chats, de différents âges, enfermés séparément dans des caisses q^ ils ne pouvaient se remuer ; leurs queues, qui sortaient des cages, étaient attachées au clavier par des cordes ; l'ours, en appuyant sur les touches de l'instrument, faisait lever les cordes et tirait les queues des pauvres animaux, dont les cris, variés par l'âge, formaient une harmonie tellement bizarre, qu'elle mit en défaut Faustère gravité de Philippe. Au son de cette musique d'une espèce nouvelle, dansaient, sur un autre grand char, des enfants travestis en ours, en loups, en singes, en cerfs, etc. Plus loin, c'étaient Circé et les cmnpagnons d'Ulysse métamorphosés en bétes , des géants , le cheval Pégase , les quatre fils Aymon, montés sur Rose ' Bayard et chantant en flamand ; un char occupé par un arbre, dont chaque rameau portait un en&nt, représentant un des rois juifs, ancêtres de la Vierge ; un énorme griffon, des chevaux, des chameaux et des autruches montés |)ar des anges , un serpent vomissant du feu , et enfin seize chars de triomphe figurant les mystères de la vie de la Vierge. Les patriciens, les serviteurs de la ville et les membres du magistrat précédaient le cortège religieux, composé des trois ordres mendiants, du clergé des paroisses avec la châsse de Sainte-Gudule, de plusieurs abbés, et du curé, du diacre
* De roi, vieux mot flamand signifiant cheval.
et du sous diacre du Sablon, qui aecompagnaieut l'image de Notre-Dame honorée dans cette église. Sortie & huit heures du matiu, cette magnifique cavalcade ne rentra qu'à midi. On exécuta ensuite à lli6tel de ville un mystère en flamand , dont le sujet était tiré de la procession eOemême '•
L'emper^ir, qui désirait ardemment assurer i son fils la possession incontestée de ses états, avait proposé aux différentes provinces de le reconnaître pour leur souverain et de lui jurer fidélité. Il leur avait aussi demandé d*approuver sa pragfHotiqîêe èanetion, qui établissait une régie uniforme pour la succession aux différentes parties des Pays-Bas. Cette dernière proposition, i laquelle le grand eanseO de Malines (51 mai) et le conseil de Brabant (i'^juin) avaient hautement applaudie fut accudllie avec faveur ; mais il n'en fut pas tout à &it de même de la premi^, car, comme le disait l'ambassadeur de France, Marillac, les États étaient mécontents « pour vcoir le prince Phelippe si affectionné ii sa nation d'Es- M pagne, qu'il ne peust goûter ceux de ce pays : de quoi tout ce peuple » est sy indigné, que si le père, sans y donner ordre, venoit k décéder, » il y auroit apparence qu'ils se soustrairaient de son d)éissance pour » demander à seigneur l'archiduc d'Autriche, fils du roi des Romains '.» Cependant l'opposition n'ayant été que timide, le 5 juillet, Philippe fut inauguré à Louvain oomme due de Brabant, et jura d'observer la Joyeuse Entrée de son père; il revint ensuite à Bruxelles où il fit et reçut, le 8, les serments d'usage. A la limite de la commune, au lieu dit les deux Tilleuls {ten twee Xûiden), il jura sur un autd couvert de reliques, et entre les mains du chantre et pléban de Sainte-Gudule , Martin Cools , de maintenir dans leurs privilèges, droits, statuts et possessions, le chapitre de Sainte-Gudule et les autres églises de Bruxelles et de son territoire. C'est la dernière fois que cet ancien usage fut observé; les successeurs de Philippe prêtèrent ce serment dans l'église de Sainte-Gudule ^. Ayant été conduit à l'hôtel de ville, il y prêta, à la bretèque, le serment ordinaire, qu'on lui traduisit en espagnol, afin que plus tard il ne put prétexter d'ignorance; précaution fort inutile pour un prince de sa trempe. Toutes les trompettes de la cour sonnèrent alors des fanfares, et il retourna au palais précédé du due d'Albe qui portait devant lui une épée nue.
« Galvette db Estrella, Le.
> M. Gàghard, Des anciennes assemblées nationales de là Belgique,
' DieNieuwe Chronycke van BrabmnéU.-^ÀfMtaesmês. S. Gudiks; tk. xitir^e. 23.
L'empereur^ accompagné de son fils et de la cour, se rendit ensuite dans les provinces, et, à son retour à BnixeUes, il y convoqua les états généraux, pour leur annoncer son prochain dépari pour rAUemagne. 11 partit ensuite avec Philippe, le l**' juin de FaUnée suivante, au grand déplaisir des Bruxellois et surtout des Bruxelloises, dit un dhroniqueur '. Le séjour de ces princes dans leur ville avait été en effet une suite non interrompue de fêtes, dans lesquelles la brillante noblesse qui formait leur suite, avait lait assaut de somptuosité et de magnificence. Le dernier tournoi, qui avait eu lieu au palais, le 24 février, faUlit avoir une issue tragique. PhDippe, qui en était rappelant, fut renversé par don Louis ZunigadeBequesens, grand commandeur d'Akantara, qui lui porta un coup violent à la tempe droite, et son cheval le traîna défaillant dans l'arène ^. Le 34 mars, on avait vu revenir à Bruxelles, accompagné de vingt cavaliers mores, le dey de Tunis, Muley-Hassem, qui avait été précipité une seconde fois du trône sur lequel Charles-Quint l'avait rétabli en i555. 11 fut logé au refuge de Sain^Bavon, près le béguinage, et beaucoup de personnes sollicitèrent l'honneur de le voir diner, parce qu'à la manière des Orientaux, il se teuait accroupi pendant ses repas ^.
Ce fut peu de jours après le départ de l'empereur que furent commencés les travaux du beau canal de Bruxelles h Willebroeek. Des commissaires avaient déjà été désignés par le gouvernement et par la commune pour diriger et surveiller ce grand ouvrage, et, le 3 4 février i 550, les trois membres avaient voté de nouveaux impôts pour l'exécuter, lorsque les Malinois formèrent encore opposition; mais, cette fois, elle fut levée par l'empereur qui, le 3i mars, en présence de la reine et dea députés de Malines, permit aux Bruxellois de mettre la main à Fœuvre. Un acte daté du 50 mai et signé par la régente, confirma cette décision en leur interdisant cependant de percer la digue du Rupel et de faire entrer les eaux de la Senne dans le canal sans une autorisation spéciale. La plus grande activité fut apportée dans rcxccution de ces travaux, qui furent achevés au bout de onze années. Le premier coup de
< Daer zeer groote droefheyt in Bruessde omme was , ende principalyc ender 't YToawenvolc, wyCs ende meyskens, die haren troost verloren. Die Nieuwe Chronycke van Brabandt
* Ibid. — El felidsitmo viaje. — Dbwael, t* 152.
s Die Nieuwe Chronycke van Brabandt, — BrtuseUehe Eertriumphen,
pelle ftit donné, le 1 6 juin 4 5!S0, par le bourgmestre sire Jean de Locquengliien ^ et ce digne magistrat, dont les soins infatigables avaient préparé et amené l'exécution de ce vaste projet, présida, en qualité d'amman, aux fêtes brillantes qui signalèrent l'ouverture du canaille i â octobre i 56i ^.
Le 4 â juillet i 551, fut célébrée une fête des plus singulières : les fous des difTérentes sociétés du pays avaient été invités k se rendre a Bruxelles pour assister à un triompbe en leur honneur, et le magistrat avait mis plusieurs prix en argent k la disposition du peintre Jean Golyns, dit petit oncle, oomke, qui avait organisé cette bizarre cérémonie. Oomke, représentant le prince des fous et traîné dans un petit chariot , fit son entrée triomphale le mardi , avec tous les fous accourus à son invitation. Après s'être rendu processionnellement à Sainte-Gudule, en passant par la fontaine, dite le puits, de putUborre, près de Saint-Nicolas, où étaient placées les reines de Hongrie et de Portugal, et par le Marchéau-6ois, et après y avoir entendu la messe, le grotesque cortège retourna a la grand'place où eut lieu la distribution des prix '. Cette fête n'était pas nouvelle k Bruxelles ; dans le quatorzième siècle on la célébrait même tous les ans , et alors le prince joignait des présents aux prix offerts par le magistrat *.
Un revirement complet se manifestait alors dans la fortune de Charles-Quint , qui se vit tout i coup menacé par Maurice de Saxe et par le roi de France. Le i 7 septembre , l'ambassadeur de Henri II reçut l'ordre de quitter Bruxelles, et, le i 9, le même ordre fut signifié h tous les Français de la suite d'Éléonore. La guerre ayant été proclamée le 26 ', on ne négligea rien pour mettre Bruxelles à l'abri de tout danger. Le 23 décembre, le magistrat prit diverses mesures pour l'éclairage des rues et la garde des sections pendant la nuit ; le lendemain, il fut ordonné aux aubergistes de déclarer chaque jour à l'hdtel de ville les noms des personnes qui viendraient loger chez eux, parce
* Sire Jean de Locquengbien, chevalier, seigneur de Coekelberghe , fut boargmestre en 1549, 1550, 1553, receyeor en 1551, 1552, échevin en 1547, 15i8; il fut créé amman en 1554, et mourut le 12 ayril 1574.
* Notice historique et descriptive du canal de Bruxelles au Rupel, par M. Engels, ingénieur des ponts et chaussées. Bruxelles, Vandooren, 1843. — Historia Àquœductus Brux. (Uss. de la Bibl. de Bourg.), etc.
s jénecdota Bruxellensia, Mss. du xvi« siècle, à la Bibl. de Bourgogne.
* Comptes des fiefs aux Archives du Royaume. ^ Die Nieuwe Chronycke van Brabandt,
que, dit l'ordonnance, 11 7 a parmi ces nouveaux venus beaucoup d'espions^ de traîtres et dliommes infectes d'opinions mauvaises. Quelques dispositions réglementaires furent aussi publiées pour les cas d'incendie, et il fut prescrit au serment de Saint-Michel de se rendre au palais au premier cri d'alarme, pour y rester de garde jusqu'à ce que le feu fût éteint ^ Malgré toutes les précautions qu'on avait prises, l'approche du duc de VendAme, à la tète de 40,000 fantassins et de 400 lances, jeta dans la ville la plus grande terreur ; les reines Marie et Éléonore elles^ mêmes la quittèrent, le 25 décembre, et se rendirent à Bruges, où les états généraux furent convoqués ^. La gouvernante leur fit des demandes considérables et les états de Brabant, assemblés peu de temps après à Bruxelles, lui accordèrent une aide de 400,000 carolus (1 2 mars 4 552), dont cette ville paya sa part au moyen d'un impdt sur le bétail '. L'année i 552 ne fut pas moins désastreuse pour le vainqueur de Muhlberg, qui se vit arracher par Maurice toute son influence en Allemagne, et enlever par le roi de France Toul, Verdun et Metz. A Bruxelles, dans la prévision d'un siège prochain, il fut enjoint aux habitants de s'approvisionner de farine et de drèche ; des gardes furent placées aux portes ^, et on leva deux compagnies de piétons qui partirent pour Louvain , le 4 7 juillet, sous le commandement du châtelain, seigneur de Liedekerke ^, Déjà, en 1 554 , quelques travaux de fortifications avaient été commencés au sud de la viUe, dominée de ce côté par les hauteurs de Saint-Gilles ; des ingénieurs, consultés par la reine-régente, proposèrent d'abattre entièrement le cloitre de Sainte-Glaire, et, le 29 juillet 4 552, cette princessse écrivit au magistrat qu'il eût à fournir un autre local aux religieuses de Saint-Pierre, qui céderaient leur couvent aux clarisses. Dans l'après-midi du même jour, l'amman se rendit à Saint-Pierre et communiqua cet ordre aux religieuses; mais elles protestèrent énergiquement, en s'étayant sur les diplômes qui leur assuraient la propriété de leur habitation conventuelle ®, et ce projet fut de nouveau abandonné. Le 4 9 août, la reine, accompagnée des magistrats et d'un
* Geel Cùrreetie Bœck,
« PoMTUS Hbuterus, Rerum Auttriac. L. xiu. c. 12.
» Geel CorrecHe Bœck. — Die Nieuwe Chronycke van Brabandt.
* Ord.du magistrat, du mois de juillet 1532. Geel CorrecHe Bœck. » Die Nieuwe Chronycke van Brabandt.
« Cartulaire de Vhàpital Saint-Pierre.
ingénieur italien, alla examiner les positions du couvent de Sainte-Claire et de la porte d'Obbrussel ; elle fut d'avis qu'il fidlait restreindre la ville de ce cÀtë trop vulnérable et construire un rempart, défendu par des fossés, qui irait en ligne directe de la tour du Préaux-Laines à l'éduse d'Anderlecht, dite la grande édtise \ avis étrange qui ne fut heureusement pas suivi.
Le lundi, S 8, il y eut une grande revue de tous les hommes de âO à 60 ans en état de porter les armes. A sept heures du matin, les halntants de la banlieue arrivèrent en armes, et allèrent se ranger, ceux de Laekcn, de Schaerbeck, de Ten-Noode, au marché au bétail; ceux d'Anderlecht et de Molenbeek, au grand marché, et ceux d'Ixelles, de Saint* Gilles et de Forêt, au Sablon. Réunis aux compagnies bourgeoises, ils sortirent tous ensemble par la porte de Louvain avec quatorze pièces d'artillerie de campagne, longèrent les remparts et l'entrèrent parla porte de Namur. La tète de la colonne étant arrivée à k vieille porte de Cou-* denberg , les commandants firent demander à la reine si elle voulait les voir défiler, et elle les pria d'attendre qu'elle eût achevé de diner ; aussitôt qu'elle parut, les sections s'ébranlèrent et passèrent successivement devant elle. Elles formaient deux corps, l'un de 5,680 hommes, l'autre de 3,370, non compris les capitaines, les conducteurs (vuerders)^ les lieutenants, lesporte-<lrapeaux, les fifres, ni les tambours ; ils étaient armés les uns d'arquebuses ou de mousquets, les autres d'épées, de hallebardes, de piques, de haches-arquebuses. Il y avait en outre un corps de pionniers, 5 bonDbardiers ou canonniers, et âOO hommes armés de haches, spécialement chargés de veiller sur l'artillerie. L'amman, Guillaume Tourneur, commandait en chef, et avait sous lui six patriciens membres du magistrat et autres, et les six secrétaires. La cherté du grain occasionna, le â septembre, une émeute à la halle au blé, mais elle n>ut pas de suite. Trois jours après, la nouvelle étant arrivée que l'emperem* se préparait à attaquer la Lorraine, la reine fit diriger de ce oété une grande quantité de munitions de guerre et de canons. Le jour de Saint- André, il y eut une procession solennelle, et, le samedi suivant, dans l'après-midi, le sacrement de miracle sortit de Sainte-Gudule » afin d'intéresser le ciel au succès des armes impériales. Lorsqu'on sut la levée du siège de Metz, tout le monde & Bruxelles crut Charics-Quint mort,
* Die Nietiwe Chranycke wm Brabandt,
personne ne pouvait croire que, vivant, il eût renoncé à son entreprise. Pour dissiper Finquiëtude générale, il y fit, le 6 février i 555, une entrée solennelle, placé dans une litière ouverte et portée par deux mules; il se rendit au palais par Saintc-^udule et le marché-au*bois, au milieu des acclamations de la foule. Plus obéré que jamais, il assembla aussitôt les états généraux et demanda au Brabant seul une aide de 600,000 carolus, que les États se procurèrent en imposant cbaque feu à 20 sous dans les villes, et à i 5 sous dans les campagnes. À Bruxelles, ainsi qu'à Louvain, Anvers et Bois-le-Duc, dix-huit commissaires de la commune, auxquels les autres chefs-villes adjoignirent chacune deux députés, firent le dénombrement des feux, et, dès le i 0 juin, on y leva cette taxe, dont les ordres mendiants étaient seuls exempts ^. A Bruxelles, en outre, les impositions sur les denrées furent augmentées, et, le 3 novembre, les trois membres consentirent à la levée d'un dixième et d'un vingtième sur les maisons et les terrains , à condition que personne ne serait exempté de cet impôt, condition qui fut approuvée par le clergé, le i 6 décembre, et par le gouvernement, le 24 ^. Dans ces circonstances, on voulut donner à Fommegang un caractère plus guerrier et plus imposant, et, à cet effet, les magistrats décidèrent, le 26 avril, que, cette année, il y aurait des prix pour les serments qui y assisteraient en bon ordre et en équipement de guerre ; chaque compagnie ne pouvait amener plus de 52 membres armés d'épées et de hallebardes; tous les autres devaient avoir des piques ou des mousquets, et les confrères furent autorisés à prier leurs amis et leurs connaissances de les accompagner. Les prix consistaient en 8, 6, 5, 4 et 5 agneaux, et en 52, 28, 24, 22 et 20 pots de vin ; ils furent décernés le jour de l'ommegang, de grand matin, par les magistrats, les doyens et les jurés des serments, qui passèrent ces compagnies en revue sur le Sablon et lePré-aux-Laines^. Avantcetteépoque, les confrères assistaient à la procession vêtus de robes et la torche à la main ; depuis, ils adoptèrent de préférence Téquipement militaire, bizarrerie qui se représente dans la vie des peuples comme dans celle des particuliers : plus l'esprit guerrier s'éteint plus on affectionne les parades militaires. Le jour de Pentecôte, vers 7 heures du soir, des soldats espagnols ayant maltraité des bateliers, il s'ensuivit une rixe dans laquelle deux
^ Die Nieuwe Chronycke van Brabandt.
. s Placards de Brah, , T. III, p. 590.— ^nnal. m$$, B. Gudilœ, Ut. xxvi, c. 1 1 et seq. s Ord. du 26 avril 1553. Gcel Correctie Bœek,
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de ceux-ci furent tués. L'autorité parvint à temps à calmer refiervescence du peuple qui voulait courir sus à ces insolents étrangers; mais, le mardi suivant, dix à douze de ces soldats ayant assailli et tué un tapissier, les bourgeois prirent les armes. Plusieurs Espagnols furent arrêtés et livrés à l'amman qui fut autorisé par Fempereur à les retenir en prison. Un soldat, s'étant réfugié dans le chœur de l'église de Saint- Nicolas, en fut arraché par la foule, et des hallebardiers espagnols étant accourus pour réclamer le prisonnier, une lutte terrible allait s'engager lorsque le sire de Molembais fit rentrer les mutins dans le devoir ^ En même temps un ordre de l'empereur et de la reine défendit sévèrement aux officiers et soldats étrangers de quitter la ville sans payer leurs dettes, afin de ne pas donner lieu k de nouveaux désordres '.
Charles-Quint partit de BruxeUes le 30 août et y revint le mois suivant, après une campagne de peu de durée. Le 25 janvier i554, arriva dans cette ville, où il fut reçu avec grande pompe, le cardinal Renaud Pôle, légat a latere, qui tenta vainement d'interposer sa médiation pour faire conclure une trêve entre la France et l'Espagne. 11 accompagna les reines Marie et Éléonore et le prince de Piémont, qui allèrent à l'hàtel de ville voir passer l'ommegang. Pendant la marche de leur cortège une discussion pour la préséance s'éleva entre les ambassadeurs d'Angleterre et de Portugal, qui se disputèrent brutalement le pas, et la reine de Hongrie, courroucée du scandale occasionné par cette conduite, leur ordonna de se retirer immédiatement.
Des difficultés sérieuses agitaient en ce moment les états de Brabant. Les nobles et les prélats avaient consenti à imposer toutes les marchandises, mais les villes réprouvèrent cet impôt désastreux pour le commerce, et, après de vaines tentatives pour vaincre leur opposition, le gouvernement obtint 400,000 florins à lever sur le vin, la bière, la viande et le grain (18 juin 1554). Ces impêts, affermés le 25 octobre suivant, produisirent, dans le quartier de Bruxelles, environ 1 8,000 florins par an. Sur ces entrefaites, une brusque irruption des Français jeta l'alarme dans le pays qui n'était nullement préparé à la résistance. Le 39 juin, on décréta en Brabant la levée du sixième des habitants en état de porter les armes ^, et, le 9 juillet, il y eut à Bruxelles une revue
^ Die Nieuwe Chronycke van Brabandt.
s Chroniques de Le Petit.
' Die Nieuwe Chronycke van Brabandt.
générale des sections qui présentèrent un contingent de 5,260 hommes. Le i3, le magistrat arrêta diverses mesures pour la garde de la ville, où régnait beaucoup de rumeur et où se formaient des rassemblements, et, trois jours après, le bruit de l'approche de l'ennemi s'étant répandu, ordre fut donné aux sections et aux serments de se préparer au combat '. Les Français en effet s'avancèrent jusqu'à Blnche, qu'ils prirent et pillèrent, mais ils n'osèrent attendre l'empereur qui accourait à la tête de troupes rassemblées à la hâte. À son retour à BruxeUes, le 9 octobre, Charles-Quint alla habiter une maison qu'il s'était fait bâtir à l'extrémité du parc, près de la rue de Louvain, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le palais de la Nation.
Philippe, qui avait quitté une seconde fois FEspagne pour aller épouser la reine d'Angleterre, Marie Tudor, vint à Bruxelles, le 8 septembre i 555 , accompagné d'une suite nombreuse et brillante. Le i 5 et le 16 du même mois, on célébra dans l'église de Sainte-Gudule, qui avait été magnifiquement ornée, les obsèques de la veuve de Philippe le Beau, la malheureuse Jeanne, morte depuis peu en Espagne. Les trois messes furent chantées, la première par Guillaume de Houwere, évéque de Sarepta, sufiragant de Tournai, la deuxième par Martin de Guyper , évéque de Ghalcédoine, sufiËragant de Cambrai, et la troisième par l'évéque de Cambrai, Robert de Croy, assisté de ces deux suffragants. Du palais à l'église étaient placés 874 membres des métiers et des serments, la torche en main. Dans le cortège, qui était fort beau, on voyait les éco* 11ers de Sainte-Gudule, le clergé séculier et régulier, les magistrats suivis de 200 pauvres, en habits de deuil et portant des flambeaux, les tribunaux, les conseils du gouvernement, les bannières de tous les royaumes de l'empereur, un cheval de parade portant la couronne de Castille et conduit par le comte Maximilien de Boussu, Philippe, les yeux cachés par son chaperon et couvert d'un long manteau dont quatre seigneurs portaient la queue, parce que de fortes pluies avaient rempli les rues de boue, et les membres de la Toison d'or. Les hallébardiers de la cour formaient la haie et les archers fermaient la marche.
Le 1 3 octobre, les nations furent convoquées à l'effet de nommer, en vertu d'ordres supérieurs, neuf députés pour assister avec quatre membres de la loi, deux receveurs et deux membres du large conseil, h la session de»
« Geel Correcfîe Boeek.
états généraux qui devait avoir Heu le 1 4 , mais qui ne s'ouvrit que le 2 5 • Elles furent informées aussi des ordres donnés k Talcadede la cour, au maitredliôtei du palais, à l'anunan et au magistrat, pour rechercher le montant des dettes laissées en ville par les Espagnols , et aviser aux moyens les plus convenables de les payer ; mais cette mesure , commandée par le mécontentement de la bourgeoisie, ne produisit que peu de fruits '.
Bruxelles vit s'accompUr, en 4555, un des actes les plus remarquables de Thistoire moderne. Charles-Quint, se croyant abandonné par la fortune , avait résolu de céder ses états à son fils et d'aller finir dans un cloitre une vie qui, pour le malheur des peuples, avait été trop agitée. Le 22 octobre, dans l'après-midi, il réunit, dans la grande salle du palais, les chevaliers de la Toison d'or, et remit à son fils le grand collier de chef de l'ordre. Trois jours après , le 25, à trois heures de l'après-midi , les députés de toutes les provinces, munis de leurs commissions et pleins pouvoirs, furent assemblés dans la même salle; ceux de Louvain n!y vinrent qu'après protestation et réserve de leurs droits, déclarant qu'ils n'étaient pas tenus d'aller, « pour recevoir et adhériter un duc de Bra- » bant, » mais que, selon leurs anciens privilèges, u il fellait que le due » vînt tout premier en la ville de Louvain et y faire le serment pour y n être reçu. » On fit sortir de la salle tous les Espagnols, de quelque qualité qu'ils fussent, « et fut la dicte salle fort bien aornée et tapissée, et }» du côté de west (ouest), qu'est vers l'endroit de$ bailles, contre la » cheminée , fut dressé ung passet ou marchepied , hault de six à sept » degrez, bien richement tendu et sous ung dosseret (ou dais) des armes » de Bourgoigne, qu'on appelloit le riche dosseret, furent mises trois » belles chayeres a doz , $isscavoir : celle du milieu pour l'empereur, )> celle du costel droict pour le roy , et celle du costel gauche pour la » royne douairière de Hongrie, et estoit le dict passet si grand qu'il arri- » voit presque jusques aux deux aultres cheminées, et sur le même passet, » du costel droit, estoit mis ung bancq tapissé pour les chevaliers de 1» l'ordre de Thoison, et du costel gauche ung aultre semblable bancq }» pour les princes et seigneurs grandz. Et plus bas sur le dict passet n estoient mis d'aultres bancqz pour les trois consaulx edlateraulx, et » furent parmy la dicte salle, embas du passet, en face de Leurs Mages- » tez, dressez des bancqz non tapissez, pour les dictz estatz, qui se mirent
• Die Nieuwe Chronycke van Brabandt.
'> tous selon leur ordre, asscavoir les estatz de Brabant, sur le premier, » Flandres sur le second, et les aultres après chascun selon le rang qu'il n devoit tenir ^ » Une foule immense encombrait les avenues du palais. €harles-Quint, monte sur une mule, quitta à quatre heures sa petite maison du pare ; accompagné de toute la cour, et s'appuyant sur l'épaule du prince d'Orange, Guillaume le Taciturne , il entra, par la chambre des finances, dans la salle où les États étaient réunis. Quand il eut pris place, les députés, qui s'étaient levés à son arrivée, furent invités, par un héraut à se rasseoir, et l'empereur leur demanda s'ils étaient munis de procurations suffisantes. Leur r^onse ayant été alfirmative, Philibert de Bruxelles, membre des conseils d'état et privé, lut un long discours, dans lequel il exposa les intentions du souverain et les motifs qui avaient décidé son abdication; on rapporte que l'empereur, voyant l'orateur s'échauffer en parlant, l'invita à plusieurs reprises à se couvrir ^. La harangue de Philibert fut écoutée dans un religieux silence, mais l'atten* tion redoubla, quand on vit Charles-Quint se préparer à prendre luimême la parole ; son fils se leva et se tint debout tout près de lui pour mieux l'entendre. En annonçant sa résolution d'abdiquer , « il montra » une telle angoisse en son cœur, que les soupirs lui entrecoupoîent les » paroles, les larmes lui découlans des yeux, en quoi il fut accompagné n d'aucuns. » Après avoir recommandé son fils aux États et les avoir engagés h ne pas tolérer l'hérésie dans le pays , il se tourna vers Philippe, et l'exhorta à défendre la religion catholique et à s'occuper du bien-être de ses peuples. Celui-ci s'étant jeté à ses pieds, il lui donna sa bénédiction et l'investit de la souveraineté des dix-sept provinces; Philippe prit alors la parole et remercia son père, en protestant de sa ferme volonté de remplir, avec l'aide de Dieu, tous les devoirs de sa nouvelle position. Cette grande scène fit une profonde impression sur tous les assistants, et, plusieurs de ces vieux capitaines, qui avaient mille fois prodigué leur vie pour l'empereur, ne purent retenir leurs larmes.
Le pensionnaire d'Anvers, Macs, exprima, dans un discours plein d'emphase, les sentiments des États, et le roi, s'excusant sur son peu d'habitude à parler en français , chargea Granvelle de répondre en son nom. Après avoir dit que Philippe avait fait d'inutiles représentations à
^ La forme que usoit V empereur en faisant la ceaion et résignation des Pays- Bas au roy notre sire. M. GACHiiRD, Ànalectes belgiques, p. 75 et suivantes. ' Paquot, Mémoires littéraires, T. III, p. 304.
son père pour l'engager à renoncer à sa résolution, et promis aux États que leur nouveau souverain sëjournerait aux Pays-Bas le plus longtemps possible, et y reviendrait chaque fois que sa présence y serait nécessaire, il déclara que Fintention du prince était de maintenir la foi catholique, d'observer les coutumes et libertés des provinces et de faire rendre toujours bonne et égale justice; il finit en recommandant aux députés de rester fermement unis. La séance fut close par un discours de la reine Marie, qui annonça que , sur ses demandes réitérées , son frère et son neveu l'avaient déchargée de la régence, et remercia les États des bons offices qu'elle en avait reçus. L'empereur et sa suite se retirèrent alors dans le même ordre que celui qui avait été suivi pour leiu* entrée ^
Le lendemain, vers les neuf heures, les états de Brabant, réunis dans la grande galerie du palais, reconnurent Philippe II pour souverain ; les députés de Louvain n'assistèrent pas à cette cérémonie, ne voulant pas, dirent-ils, poser un précédent fâcheux ^. Le 17 janvier 1556, dans la même salle du palais, Charles remit à son fils la monarchie d'Espagne avec toutes ses dépendances dans Tancien et le nouveau monde, et, le 27 août suivant, il résigna l'Empire à son frère et lui en envoya le sceptre et la couronne par le prince d'Orange. Il se fit précéder en Espagne, où il voulait finir ses jours, par un ingénieur, nommé Sorbion, qui devait lui préparer un logement au monastère de Saint-Just, et par un jardinier bruxellois chargé de disposer le jardin qu'il voulait cultiver de ses mains, et dont il avait lui-même dessiné le plan '.
* M. Gachard, 1. c. — Le même, Dm anciennea asiemblées natUmaUi de la Belgique f etc.
' Die Nieuwe Chronycke van BrabandU,
* Chronique abrégée de la vUle de BruxeUes, Mss. de la bibliotbèqae de Boor^ gogae.