INSTITUTIONS DIVERSES. MOEURS
Les chambres de rhétorique, institutions que notre pays paraît avoir empruntées à la France, étaient, au moyen âge, des corps spécialement privilégiés. A leurs membres appartenait le soin de représenter publiquement des mystères , des scènes dialoguées , essais informes de l'art dramatique, mais qui avaient l'avantage d'éveiller dans les masses quelques idées de morale. Empreintes de l'esprit démocratique, leurs poésies éveillèrent souvent les craintes du pouvoir : ainsi, en 1445, Philippele-Bon défendit aux chambres de rhétorique de chanter ou de déclamer des vers factieux ; Philippe- Ic-Beau voulut leur donner une organisation qui les plaçât sous sa dépendance; le duc d'AIbe les persécuta, et lorsque l'autorité de Philippe 11 eut été rétablie en Belgique, presque tous nos poètes émigrèrent en Hollande. Les entraves mises à la pensée étouffèrent l'imagination, et les chambres de rhétorique, qui avaient quelquc-
» Quatre des totirs élevées entre la porte de Laeken el celle d'Obbrnssel, vers l'ouest, étaient gardées chacune par un de ces soldais; el six de celles qui se trouvaient de l'autre côte avaient chacune deux gardiens. Perkement Boeek nielle Taetscn. Ces seize lorre-wachters furent abolis vers 1510. Luystcr van Brabant, V deel, bl. 83.
« On les appelait vier ende licht roepers, crieurs de feu et lumière. Ils répétaient ces mots, pour annoncer sans doute l'heure du couvre-feu.
' On Ut dans Puteancs, p. 109, que, de son temps, Bruxelles était parcourue la nuit par des gardes de nuit el par des hommes armAs de piques et menant avec « iix des chiens de forte taille.
fois soulevé, dans leur audacieuse liberté d'esprit, les plus hautes questions de philosophie , se transformèrent en simples confréries qu'on ne voyait plus figurer que dans les cérémonies religieuses. A Bruxelles, pour être admis dans une chambre, il fallait anciennement être marié depuis un an et un jour (ordonnance du 1 1 avril 1 57 5) et adresser au magistrat une requête en vers, afin de prouver ses talents en poésie ; la décision du magistrat était également en vers. Les rhétoriciens étaient exempts du service des sections, moyennant une composition annuelle de douze florins ; comme cet avantage augmentait leur nombre dans de trop grande» proportions, une ordonnance du 20 décembre 1657 restreignit chaque chambre de rhétorique à soixante membres, y compris le prince, les prévôts, les anciens et les autres dignitaires. Il y avait à Bruxelles trois chambres de rhétorique : le Livre, la Fleur de Blé ou le Bluet, et la Guirlande de Marie. La première, qui fut fondée en 1401, avait pour devise : Om beters teille (pour vouloir mieux); elle se rendit aux concours d'Anvers, en I h 96, de Yilvorde, en 15G0, et de Matines, en 1620. La seconde (de Corenbloetn) parut aux concours de Vilvordc, en 1 560, d'Anvers, en 1561, et de Malincs, en 1620 ; sa devise était : Jeugd sticht vreuyd (de la joie nait la vertu) \ La tradition disait la Guirlande de Marie (de Mariëmramke), la plus ancienne de ces associations, bien qu'elle ne remontât pas au delà des dernières années du xv* siècle. Elle fut formée à cette époque par les membres de deux chambres dites le Lys et la Violette, qui toutes deux assistèrent, en 1 496, au concours d'Anvers, et se réunirent ensuite pour former, dans l'église de Saint- Géry , la confrérie de Notre-Dame des Sept-Doulcurs. Dans un acte daté de Bruxelles, le 1 9 mars 1 51 0, par lequel il leur accorde sa protection, Maximilicn déclare qu'il est un des fondateurs de cette confrérie, que sa chapelle est sa chapelle particulière et que ses membres sont ses propres serviteurs 2. La Guirlande de Marie, dont nous avons vu la magnifique entrée à Anvers, en 1561, se rendit aussi au concours de Malincs, en 1620 *; elle avait pour devise : Minnehjk accort (accord
1 M. Sehrdre, Nederduytsche Lelleroefeningen. — M. Ssellaert, Mémoire sur la poésie flamande, — If. Van Hasselt, Mémoire sur la poésie française en Htt- (jique. — De la Ssbna-Santander, Mémoire historique sur la Bibliothèque dite de Bourgogne, p. 1 69.
* Pièces concernant différentes corporations de BruxeUes. Mis. de la Bibliotb^ue de Bourgogne — * De i.a Serna-Saxtanw;!», I. c.
DE BRUXELLES. (US amical). 11 y eut ù Bruxelles des concours ou landjuweel en 1 420, 1491, «532, 1534, 1531 et 1565. En 4 491, ce fut la Violette d'Anvers qui remporta le prix. En 1532, le concours qui était provoqué par la Guirlande de Marie, attira quatorze chambres; la Pivoine de Malincscul le premier prix, la chambre de Diest le second, et celle de Mons le troisième. Le premier prix de la plus belle entrée fut décerné aux Malinois et le second aux Anvcrsois. Lors du concours de 4 334, il y eut une contestation pour la préséance entre les rhétoriciens de Lierre et ceux d'Hercnthals ; le prince, le hoofdman, les doyens, les jurés, les rhétoriciens et les frères de la Guirlande de Marie, qui avaient été pris pour arbitres, citèrent vainement ceux d'Uerenlhals « tant à la petite breloque » que dans les grandes et petites salles de l'hôtel de ville, * et dans une réunion tenue le 4 février 1 534 ( 1 533) dans la belle chambre, ils donnèrent gain de cause aux Licrrois *. La première joie de Marie est la plus ancienne composition des rhétoriciens bruxellois qui nous ait été conservée; elle parait avoir été jouée à Bruxelles en 1444, par ordre du magistrat 2. Au xvi" siècle, les mystères le plus en vogue à Bruxelles étaient : Les sept douleurs de la Vierge, qui fut joué en 1 522 par la Guirlande de Marie 3, et le jeu du saint Sacrement, qui fut représenté en 1522 ou 1523, en 1547 et en 1555 *. En 1650, des amateurs de poésie représentèrent à l'hôtel de ville l'élégie de fiosemonde, par G. Vandcrborcht, et Ton mit au concours la question : Que vaut-il mieux, la paix ou la guerre? Le prix fut remporté par le chef de la Guirlande de Marie 5. Une nouvelle chambre de rhétorique, te Vignoble, fut fondée en 1657; mais l'esprit qui animait les anciennes chambres était perdu , et celles qu'on vit se former depuis, telles, par exemple, que la société des poètes de la Toison de Gèdèon (de Rymminnaers van Gedeon-Vlies), qui existait encore au siècle dernier, n'eurent plus ni vogue, ni popularité.
Tout musicien et maître de danse, toute personne, disent les anciens documents, « allant jouer aux banquets, noces, fêtes, donnant des » leçons de danse et de musique, ou dirigeant des bals, festins et jardi- » nets, » était tenue de se faire admettre dans la confrérie de Saint-
1 Vas Lom, Beschryving van Lier, bl. 256.
1 M. Serrure, Le Jeu dEsmore'e Mettaijtr des Arts vt des Sciences, aunéc 1 8."i.*i).
s Die nieuwe Chronycke van Drabant.
* Archives de Sainlc-Gudute . — » De Uleve.
TOUtt 11. 82
Job. Celle confrérie était dirigée par un Hoofdman, tics doyens et des anciens (règlements des 2 6 août 1606, I I octobre 1662 et23 mai 1682), et chaque récipiendaire devait donner aux confrères un repas dont le taux était fixé à cinq patacous (ordonnance du 21 juin 1690). Il était loisible aux comédiens d'employer des musiciens a leur choix 1 . La commune avait à ses gages sept musiciens qui, d'après un ancien usage, confirmé par une ordonnance du 29 avril 1682. devaient, tous les vendredis , faire musique à l'hôtel de ville.
L'horticulture paraît avoir toujours été en grand honneur à Bruxelles; nous avons vu qu'au moyen âge on y rencontrait beaucoup de roseraies, et Gramaye rapporte que de son temps on y voyait des jardins estimés h 8,000 florins2. En 1660, le conseiller Maes, seigneur de Stcenkerque, fonda dans l'église des Carmes la confrérie de Sainte-Dorothée. Le jour de la féte de la patronne, son autel était paré de fleurs naturelles ou artificielles : le narcisse, la violette, la jacinthe, le lilas, la tulipe, l'anémone, y occupaient une place usurpée depuis par des richesses végétales de découverte récente 3. Cette confrérie n'existe plus aujourd'hui, mais une exposition semblable a lieu dans l'église de Bon-Secours par les soins de la Société Linnéenne.
Les maîtres d'école laïques formaient aussi une confrérie ; lorsqu'ils avaient été nommés par le surintendant des écoles avec l'agréation de l'écoliUrc, il leur était prescrit, en vertu d'un règlement de 1598, de se présenter aux chefs de la corporation et de leur payer 6, 4 ou 5 florins selon qu'ils enseignaient le français ou le flamand, ou qu'ils tenaient une école de filles ; ils devaient aussi assister tous les ans à la messe de Saint-Grégoire et à l'office qui était célébré le lendemain pour les instituteurs trépassés. Le surintendant des écoles était nommé par le chapitre et par la commune ; il avait sous lui deux prévôts qui étaient renouvelés tous les ans, huit ou dix jours avant la Saint-Grégoire, « selon l'ancienne coutume ; » leurs successeurs étaient choisis par l'écolâtre dans les quatre candidats qu'ils lui présentaient à l'expiration «le leur terme. Les couvents où l'instruction était donnée , étaient tenus de contribuer aux frais de la confrérie, mais non de participer à ses festins.
< Archive» de Ut Filie. — * Bruxella, p. 4. 1 Samiehus, Chonyr. Sacra Brab., Il, 30 t.
Le règlement de 1398 contient plusieurs dispositions qui caractérisent bien l'époque où il a été fait. Ainsi on exigeait des maîtres d'école une profession de foi devant le chapitre de Sainte-Gudule , et il leur était interdit d'apprendre la lecture, l'écriture ou les éléments de l'arithmétique aux domestiques et aux servantes sans une permission spéciale. Quelques années après (14 février 1605), on les exempta du service des sections et du logement des gens de guerre et des courtisans, à condition de conduire leurs élèves au catéchisme Sous le règne des archiducs, on comptait à Bruxelles environ 45 écoles5; dans un rapport du 17 avril 1781, ce nombre est porté à 47 : 21 pour garçons, et 26 pour filles , non compris les fondations pour l'instruction des enfants pauvres, qui avaient été établies dans les différentes paroisses.
La bienfaisance éclairée de quelques particuliers ouvrit aux jeunes Bruxellois les voies de l'instruction supérieure. Ainsi, en 1579, Grégoire Van Dieveu annexa à l'université de Louvain un collège dit de Bruxelles. En 1629, Henri de Bronchorst, châtelain de Vilvordc, mort le 21 juin de la même année, institua à l'université de Douai sept bourses co faveur d'autant de patriciens pris dans chacun des lignages de Bruxelles,
prêts à étudier la rhétorique, » et âgés de quinze ans au moins. Il était aUoué h chaque élève un revenu de 250 florins de 20 patars, cl ils devaient rester neuf ans à Douai, sous la surveillance du prévôt de l'église de Saint-Pierre de celte ville 3. En 1751, les revenus de cette fondation dont le plcban de Sainte-Gudule et l'amman étaient les col laleurs, ne montaient plus qu'à 725 florins 4. Par son testament daté du 9 septembre 1 650, un orfèvre de Bruxelles, Jean Jacobs, qui avait fait fortune à Bologne, fonda dans cette ville un collège auquel il légua tous ses biens, à charge d'y admettre gratuitement trois ou quatre brabançons, et de préférence des Bruxellois ou des Anversois, pris dans sa descendance, dans celle de H. Willeins, parmi les enfants des orfèvres, ou dans la famille de P. Vanderliepe d'I'trccht. Pour être admis au collège Jacobs, il fallait être présenté par les doyens des orfèvres et le curé de la Chapelle, être âgé de seize à dix-huit ans, et savoir le latin. Celte collation est passée aujourd'hui au magistral de Bruxelles qui met
« Ordonnaiicie en Statuten vwr de tchoolmeesters van lirntsel, mss. de la Bibliothèque de Bourgogne.
* Gramayc, I. c, p. 8. — Uuhxiardin, édil. 1 659, p. 1 14. 1 Registre* du pensionnaire Tax. — * Mans, T. Il, p. 120.
nu concours les places vacantes. Les jeunes gens envoyés a l'université de Bologne y étudient pondant cinq ans *. Dans le principe, ils étaient loges rue de Pratellis; en 1660, on leur donna une maison près l'église Saint-Barbatien, et enfin, en 1684, on les plaça dans l'hôtel de la rue Cartolerîa Nttova qu'ils occupent encore aujourd'hui. Ils ont en outre pour se délasser de leurs travaux, une maison de campagne dite // Palazzino, a trois milles de Bologne 2.
La ville de Bruxelles a fourni à l'Université de Louvain plusieurs primus qui étaient nés dans ses murs, ou dont les parents y étaient domiciliés. On cite, en 14 46, Guillaume de Bruxella, né à Louvain; en 1 554, Henri Croeart; en 1575, Antoine Scxagies ou T'Scstich; en 1582, Gabriel Hunart; en 1589, Uenri Van Asbroeck; en 1610, Guillaume Vandevelde; en 1652, Corneille Faes; en 1695, Pierre Van Hammc; en 1 698, Pierre Hellinck ; en 1 702, Jossc Schits ; en 1727, Jean Vander Cappen ; en 1751, Jacques-François Trudet ; en 1744, Pierre-Joseph Sauvage, de Luxembourg; en 1748, Martin Vander Bclen, de Louvain; en 1764, J.-B. de Sraet; en 1775, Martin Fery; en 1775, Christophe, baron de Bartenstein et Drault en l'an 111. Au xvn" siècle l'usage s'introduisit de célébrer avec éclat la victoire de ces lauréats. Le premier qui fut reçu avec pompe, fut Van Hammc. Il entra à Bruxelles, le 1 5 novembre 1695, escorté d'une cavalcade d'étudiants, sortant la plupart du collège des Jésuites où il avait fait ses humanités. Il se rendit d'abord à Sainte-Gudule, puis aux bailles du palais. L'électeur de Bavière lui envoya une chaîne d'or de la valeur de 500 patacons, cl une pièce de vin. De là le cortège se rendit aux Jésuites, où un Te Deum fut chanté, et ensuite à l'hôtel de ville; le magistrat gratifia le primu» d'une aiguière en argent, d'une valeur de 512 florins, et d'une aime de vin; les bouchers et les merciers, corporations dans lesquelles se trouvaient son père et son parrain, lui donnèrent , celle-ci une salière d'argent de 120 florins, celle-là, une paire de flambeaux de 1 50 florins 3.
Plusieurs populations errantes sont successivement venues s'établir dans le pays. Malgré les persécutions soulevées contre eux par le fanatisme et la cupidité, malgré la réprobation populaire dont ils étaient frappés, les juifs y restèrent constamment établis. A Bruxelles, ils n'étaient
« Opéra Dipl., T. IV, p. 605. — » Mcstatjcr des Sciences et Arti, 183-1, p. 41. » Ccsrhieticnitscn van Brusscl, mss.
DE BRUXELLES. 649 pas admissibles à la bourgeoisie, et l'anaman Rapédius de fierg ayant enfreint cette coutume en faveur d'un nommé Nathan (28 décembre 1783), le magistrat fit entendre de vives réclamations. Les Bohémiens ou Égyptiens, dont l'apparition dans le Brabant date de 1 4 1 8 ou 1 4 1 9 1 , y devinrent si nombreux qu'on inséra contre eux une disposition spéciale dans l'addition à la Joyeuse Entrée de Charles-Quint. Jusque dans le siècle dernier on vit leurs bandes parcourir nos campagnes, et pendant longtemps il fut d'usage que les villes donnassent des aumônes à leurs chefs, qui prenaient les titres les plus pompeux, comme, par exemple, ce « prince d'Arabie, » Monderas Àbaischy, auquel le magistrat donna dix pistoles, par résolution du 30 décembre 1728. C'est en 1496 qu'on vit pour la première fois à Bruxelles des ramoneurs de cheminée; ils venaient de la Lombardic 2. Probes et laborieux, beaucoup d'entre eux parvinrent rapidement à s'assurer une existence heureuse. Le magistrat les autorisa à vendre « des anneaux, des perles et » d'autres gentillesses ; » mais les merciers réclamèrent contre cette mesure, prétendant qu'elle était contraire à leurs usages, que les savoyards ne pouvaient vendre que des pendants de cristal, des anneaux de cuivre, des perles fausses, etc., et ils parvinrent a la faire révoquer (14 mai 1666).
Les traits généraux du caractère bruxellois subsistent encore dans le peuple malgré les fréquents mélanges de race, qui se sont opérés en Belgique. L'histoire contemporaine a vu les Bruxellois donner maintes preuves de ces instincts charitables qui les ont toujours distingués, de cet esprit d'indépendance dont leurs annales fournissent tant de faits éclatants, de ce courage trop bouillant peut-être qui ne leur fit jamais compter les ennemis et fut quelquefois la cause de grands revers. Les proscrits de tous les partis ont trouvé chez eux. asile et protection, et jamais ils ne furent sourds au cri de l'infortune. Attachés, à l'excès peutêtre, aux habitudes de leurs pères, ils ont gardé leurs qualités et leurs défauts ; s'ils sont toujours braves, hospitaliers, généreux, ils sont également restés frondeurs, querelleurs même; ils ont conservé une ardente passion pour les plaisirs, surtout pour les plaisirs de la table. Aussi ontils donné à leurs bières un haut degré de perfection , et maintes baga-
« G ha HAVE. Gallo-Brabantia, p. 38, dîl 1419; le Boeck der tydvn, bl. 189, dit 1418. — «DeBleye.
telles gastronomiques sont-elles sorties des mains de leurs boulangers. 11 faut que leurs caves soient toujours pleines, les moulins sans cesse en activité, les jardins constamment travaillés, car chaque mois a sa fête et chaque fête est une occasion de réjouissances et de festins. Le premier jour de l'an, qui voyait autrefois les habitants riches élever devant leurs portes des échafaudages élincelanU de bougies1, est suivi du lundi perdu, employé par les ouvriers à quêter des étrennes chez les pratiques de leurs maîtres 2. Viennent ensuite la veillée des dames et le carnaval ; dans tous les pays de la communion romaine, le carnaval cesse au mercredi des cendres ; à Bruxelles où il ne s'arrêtait autrefois qu'après le dimanche suivant, dit le grand carnaval *, il ne finit aujourd'hui qu'avec la mi-caréme. Le printemps et l'été amènent les kermesses ; chaque quartier a la sienne qu'il célèbre, selon l'usage, par des bals toujours nombreux et animés. La petite kermesse de Bruxelles, que Vommegang embellissait jadis, a lieu le dimanche avant la Pentecôte, et la grande kermesse le jour de la procession du sacrement de miracle (juillet). Les ouvriers bruxellois et louvanistes se visitent encore réciproquement lors de leurs kermesses ; ils partent en voiture, drapeaux en tète, stationnant à tous les cabarets de la route, et reviennent à grand bruit et à la lueur des torches; mais ces voyages ne ressemblent plus aux mascarades du temps passé. Un autre usage que la bienséance est charmée d'avoir vu disparaître, c'est l'ignoble fétc du vossegat où le bas peuple allait rouler le mardi de la grande kermesse. La fétc des couronnes, qui est totalement tombée en désuétude, se prolongeait pendant trois ou quatre semaines; elle avait lieu a la Saint-Jean, et malgré la chaleur de la saison , les jeunes gens des deux sexes dansaient à la ronde autour de grands feux qu'ils allumaient dans les rues sous des couronnes de fleurs naturelles ou artificielles, dont le travail était parfois très-curieux 4. Cette coutume s'introduisit vers 1 455, ainsi que le dit le magistrat dans une ordonnance du 7 août de cette année, par laquelle il interdit, sous peine d'une amende d'un vieil écu, les jeux de couronnes (croenspel) qui s'étaient tellement multipliés qu'il y en avait dans toutes les rues, et qui
* Dk Saint-Martin, p. 250.
* Cette coutume existait déjà il y a 500 ans . on lit dans la Chronique manuscrite de Routjc Cloître que Marguerite d'Autriche naquit le lundi perdu.
1 Voyage a" un Amateur des arts. Amsterdam, 1 783, T. I, p. 20.
* Ibid., |. c, |>. 18.
occasionnaient de fréquentes disputes cette défense ne fut guère observée et ces jeux restèrent en vogue jusque dans le siècle dernier. Il n'est plus question depuis longtemps de créer des évêques des fous, des abbés de Sainte-Rome, ou d'autres dignitaires de même aloi 2 ; les amusements ont changé avec les mœurs : à côté des sociétés de tir encore florissantes, on voit se former partout des sociétés d'harmonie et de chœurs. Mais l'étiquette et les rivalités de luxe ont banni la joie franche et cordiale de nos pères; nous taxons leurs féles d'immoralité sans voir qu'une profonde dépravation se cache sous notre froide réserve.
« Zwertboeck, f» 89.
* Dans le compte de la ville de Matines pour 1445, on lit : « Item VI stooj» t wyns ghepresenteert der ghemaocle abd vao Bruessele, die hier lote bisscop » van SiatRom gecomewas, 10 januarii. » Uyselaer Tiits. Additions et corrections à la notice sur les Archives de la ville de Matines, T. III, i" partie, p. 43. — En 1441, Goswin Tbienpont, c qu'on appelle maintenant a temps l'évèque du > Warmoesbroeck , ■ et trois autres habitants, ayant causé de grands désordres en ville et insulté une dame qu'ils forcèrent ensuite à leur donner 2 sous de pourboire (drinepenninck), le magistrat les condamna à un pèlerinage à fiasle, qu'ils firent immédiatement (14 février 1440, 1441 N.-S.). Le même Tbienpont, Jean de Cromme, prenant le litre de cardinal, et six autres habitants, ayant causé de nouveaux désordres en appelant différentes personnes devant leur juridiction du Warmoesbroeck, furent condamnés à faire nn voyage à Tours en Touraine, ou à payer une amende de 25 (1. du Rhin (17 juillet 1447). Wil Correclie Boeck, aux Archives de la Ville.