‹ Histoire de la ville de BruxellesChapitre 45 sur 47 · GENT · texte numérisé non relu

GENT

DE BRUXELLES. 637 dit, soit à leur chambre commune, soit h leur jardin. Lorsqu'un membre du grand serment se mariait, décédait ou perdait un enfant, tous les confrères, s'ils en étaient priés, devaient assister à la noce ou aux obsèques. Le marie payait à la corporation un albert d'or et celui dont l'enfant était mort , un demi-elbert. Des coutumes analogues régnaient chez les archers ; afin que l'admission pût cire décidée eu connaissance de cause, il fallait, avant d'être reçu dans leur corps, s'être trouvé deux fois aux réunions du dimanche, qui avaient lieu à la Petite Peau (ten Huedekene). Les confrères des serments payaient un droit d'entrée et, ce qui est moins ordinaire, un droit de sortie \

Les schutters ou tireurs à gages de la ville étaient choisis par le magistrat et prêtaient serment entre les mains d'un échevin. lis recevaient de la commune, outre un salaire variable alors qu'ils étaient employés par elle, une indemnité fixe pour leur habillement ; cette indemnité était, en 1435. de 98 couronnes de France pour les grands arbalétriers et de 90 couronnes pour les archers 3. En 1659, il fut stipulé que la ville payerait : au grand serment, 46 florins 1 6 sous pour son tir annuel, et 545 florins 4 sous pour l'habillement de cent schutters, d'un clerc ou greffier, d'un valet et de sept musiciens ; au serment de Saint-George, 311) florins pour l'habillement de cent schutters, d'un greffier et d'un valet; aux archers, 545 florins 7 sous pour l'habillement de cent schutters, d'un greffier, d'un valet; aux arquebusiers, 596 florins 8 sous pour l'habillement de cent schutters, de vingtquatre quartier-maîtres et d'un valet, et 72 florins pour les gages des quartier-maîtres ; aux escrimeurs, 527 florins 12 sous pour cent schutters. Chacune des quatre dernières compagnies touchait en outre une livre de gros (14 florins 8 sous) pour ses frais de corps, et chaque chefdoyen 50 florins pour ses vacations au conseil de guerre. Ainsi les serments coûtaient annuellement 2,151 florins 19 sous; plus tard, cette

« Perketnent-Boeck mette Taetscn, passim. Au xv' siècle, le droit d'entrée pour léseraient de Saint-George était fixé à uu vieux sou, et le droit de sortie au double; pour être admis comme archer, il fallait payer huit placques au serment, quatre aux doyens et jurés, et douze au valet. Ibid.

* Par uo acte émané des bourgmestres, échevin*, commis à la police, jurés des métiers et centeniers, en date du 22 avril 1479, les douze schutter» du serment de Saint-George obtinrent, au lieu d'une indemnité bisannuelle pour habillement, une indemnité annuelle, comme ( avaient demandée les rois, doyens, jurés et compagnons de ce corps.

TOUK II. 8|

somme fut augmentée de 40 florins accordés au maître d'escrime du serment de Saint-Michel.

Lors du tir annuel, celui qui abattait l'oiseau, était proclamé roi; mais cette dignité n'était qu'honorifique. Dans les assemblées des chefs du corps, le roi qui occupait la place d'honneur, n'avait pas voix consultative. Toute son autorité se renfermait dans les limites du jardin d'exercice, dont la police lui était confiée. Dans les processions et les cérémonies publiques, il avait la place d'honneur. Celui qui abattait l'oiseau, trois ans de suite, était déclaré roi perpétuel et occupait, dans les fêles, une place supérieure à celle du roi de l'année. Un arrêté de 1 6 ii décida que si le tir de deux gildes tombait le même jour, ce serait la plus ancienne qui tirerait l'oiseau, et, en 4 655, le magistrat restreignit les tirs annuels & un seul pour tous les serments. Le tir du grand serment avait lieu le jour de l'ommegang, après l'élection des doyens et des jurés, qui était suivie d'un grand repas. Le bedeau remettait à chaque confrère un jeton présentant sur la face : une chaloupe à voile portant la Vierge avec l'enfant Jésus, une femme à la poupe et un matelot à la proue, avec cette devise en exergue : 0 maler Dei, mémento nostri, et au revers : une arbalète, l'année du tir et la légende : Teekene van den grooter gulden in Brtteselc (jeton du grand serment de Bruxelles). Le bedeau reprenait ces jetons au fur et à mesure que les confrères tiraient, et une nouvelle distribution avait lieu ensuite Par une charte du 12 juillet i 425, Jean IV déclara les doyens, jurés eteompagnons du corps, libérés de toutes poursuites judiciaires et de toutes peines corporelles ou pécuniaires qu'ils pourraient encourir par suite d'accidents arrivés au tir \ Le vainqueur était conduit au maître-autel du Sablon, sur lequel se trouvaient déposes un oiseau d'or et un baudrier chargé d'orfèvreries ; après avoir béni ces ornements, un prêtre lui attachait l'oiseau au chaperon etlui passait le baudrier au cou. Le nouveau roi se promenait alors en ville précédé par les confrères et entouré des bourgmestres et des échevins, dont la présence, dans ces occasions, était obligatoire. Le cortège se rendait ensuite à la Maison au Pain, où le roi donnait à toute la compagnie un souper pendant lequel on sonnait la cloche de Saint-Nicolas. Le lendemain il traitait ses parents, et le surlendemain, ses voisins ; les

' Van Looî», Histoire métallique (les dix-sept province*, T. I. j». 37>. » Dipltmt. Rehj., mss., T. XIV.

DE BRUXELLES. 630 uns et les autres apportaient chacun un plat et du vin, et leurs femmes qui les accompagnaient , se chargeaient du dessert ; coutume simple et touchante qui entretenait des relations cordiales entre les habitants de la ville '. Le grand serment eut beaucoup de rois illustres, entre autres. Robert de Croy, évéque de Cambrai, en 1509 ; Philippe, bâtard de Brabant, sire de Crubcque, en 1510; Charles-Quint, alors prince d'Autriche, en 1512; Philippe de Clèvcs, en 1515; Henri, comte de Nassau, en 1 51 6 ; Marguerite d'Autriche, par son délégué Du Qucsnov, en 1518; Philippe de Lalaing, seigneur d'Hoogstralen, en 1525; Erard de la Marck, cardinal-évéquc de Liège, par son délégué Pierre Van den Cleygate, en 1537; Lamoral, comte d'Egmont, en 1551 et 1559; Philippe H, par son délégué Philippe de Croy, duc d'Acrschot. eu 1 557 ; le duc d'Acrschot, en 1 558 ; le duc d'Albc, par son délégué Gabriel Manriqucz, en 1508; l'infante Isabelle, en ICI 5; Albert de Croy et d'Arcnberg, prince de Chimay, en 1645, et le prince Charles, en 1751 . Le premier roi connu du serment de Saint-George est M. de Charolois (depuis , Philippe-le-Beau), que représentait l'amman Guillaume Estor (2 6 mai 1481); le connétable et les autres membres de la confrérie obtinrent de la chambre des comptes 1 2 livres de 40 gros, pour couvrir en partie les frais du dincr qui fut donné à cette occasion 2. Au nombre de ses rois, ce serment compta encore Marie de Hongrie, en 1 533 ; le duc de Parme, en I 587 ; Charles de Mansfcld, en 1592; le comte de Fucnlès, en 1595; Pierre-Ernest de Mansfcld, en 1 598, et l'archiduc Léopold, en 1 65 1 . Les rois tics archers furent : Charles-Ie-Téméraire, de 1466 à 1471 ; Jean de Bourgogne, évèque de Cambrai, de 1476 à 1480; l'empereur Maximilicn, en 1510; Marguerite d'Autriche, par son délégué Alard Benting, en 1512; Guillaume de Nassau, prince d'Orange, en 1564; Philippe, comte d'Egmont, prince de Gavre, en 1 577 ; Pierre Ernest, comte de Mansfcld, en 1 592. Anciennement le tir annuel des archers avait lieu le dimanche avant la Saint-Antoine ; leur màt, ainsi que celui des arquebusiers, était au sommet de la grosse tour. Les arquebusiers comptèrent parmi leurs rois : Louis de Luxembourg, comte de Ligny, en 1514; le seigneur de Monlfort, en 1 51 8 ; Robert de Croy, évéque de Cambrai, en 1 533 ; Charles Han-

1 De Saiiït-Maetin, Voyage*.

1 Registre aux Archive* rte la Chambre des comptes, n° Î9î.

naert, chevalier, châtelain de Bruxelles, en 1 558 et 1539 ; Maximilien d'Egniont, comte de Uuren. gouverneur de la Frise, chevalier de la Toison d'or, en 1 540 ; le duc de Savoie, en 1 558 ; Guillaume de Nassau, prince d'Orange, en 1562; Cliarles de Ligne, comte d'Arcnberg, baron de Zevenbcrgc, en 1577 et 1583 -, Antoine de Rubempré, seigneur de Vcrtaing, en 1 590 ; Pierre-Ernest, comte de Mansfeld, en 1 592; François de Lorraine, duc d'Aumale, en 1593 et 1599; Louis de Velasco, comte de Salazar, en 1606; Nicolas de Montmorency, vicomte d'Aire, en 1 627; le duc de Lorraine, en 1 649, et l'électeur de Bavière, en 1698 Il était d'usage que la ville accordât franchise d'accises à ceux qui étaient empereurs (ou rois trois ans de suite) au tir des arquebusiers (ordonnance du 20 décembre 1641). Les joutes des escrimeurs avaient lieu sur la grand'placc ; mais elles ne furent jamais entourées d'un grand éclat. Leur seul roi de haute noblesse fut le comte d'Egmont. en 1650.

Les serments ouvrirent quelquefois des concours généraux, appelés landjuweei. Les arbalétriers donnèrent de ces fêtes en 1444, 1448. 1459, 1461, 1463, 1483, 1495, 1500, 1505, 1516 et 1550, et les archers en 1424, 1441, 1460, 1484. 1531, 1561 et 1564 1. Les confrères de l'arbalète de Malincs gagnèrent, en 1 448, une assiette d'urgent aux armes de la ville, pesant trois onces, en 1459, le prix du plus bel èbattement, et, en 1461, une assiette de quatre onces pour leur entrée ; deux autres assiettes de trois onces , étaient les prix du tir et de Yèbattement*. Au landjuweei de 1 500 , il y avait 56 serment!» de tireurs et l'on rapporte que le 22 août, au moment où ils étaient réunis sur la place, un individu grimpa par les parois extérieures jusqu'au sommet de la tour de Saint-Michel, tira sa dague du fourreau, l'agita dans les airs, et redescendit par le même chemin aux applaudissements de la foule \ Les Anvcrsois qui étaient venus couverts de manteaux bleus et avec des chapeaux à l'Allemande, remportèrent le prix de la plus belle entrée 5. En 1 530, le prix fut décerné au serment d'Alost 6.

' PlITEASUS.

• Voyez Gramate, Bruxella. — Vas Lo», Beschryving van Lier. — Matines illustrée. — Die uieutve Chronyckc van Brabant, etc.

5 Matines illustrée, T. 11. — * Messager des Sciences historiques, 1841, |>. 2.1 S. •"• Bibliothèque des Antiquités bclgiques, par Marshall el UOGAERTs.

* Gra»aye, Alostum.

DE BRUXELLES. 641 Le landjuweel de l'arc, qui eut lieu en 1 531 et qui dura du 7 mai au 1 1 juin, fut un des plus brillants dont il soit fait mention dans nos annales. La grand'placc était plantée d'arbres et l'on y vit réunis quatre-vingt-six rois de serments. Il y avait vingt-sept prix à gagner; le premier, consistant en quatre assiettes d'argent, fut remporté par les Louvanistes ». En 1564 (20 mai), la victoire resta aux habitants de Braine-l'Alleud 2. Les principaux concours auxquels assistèrent les arbalétriers et archers de Bruxelles furent ceux de Mons, en 1387, de Tournai, en 1393 etl455, deMalincs,en 1393, 1404, 1458 3etl534; de Lierre, en 14C0, 1464 et 1 560*, de Lou vain, en 1 533 eten 1 551 \ de Gand, en 1 498. Pour cette dernière féte, les archers déployèrent une magnificence extraordinaire, ils conduisaient tant de chars et leur escorte était si nombreuse qu'ils mirent plus d'une heure à défiler; aussi obtinrent-ils le prix de la plus belle entrée 6. Marie de Hongrie, en sa qualité de reine du serment de Saint-George, se rendit, le jour de Saint- Laurent 1554, à la tète de trente et une compagnies, au concours de Malincs dont les habitants ne lui firent pas un accueil fort empressé ; le fou du serment de Bruxelles y remporta le premier prix 7. A partir de I 527 il y eut, mais plus rarement, des concours d'arquebusiers.

Déjà au siècle dernier, il s'était formé, dans la plupart des villages de la banlieue, des gildes («rticulièrcs dont le seul but était de s'exercer au tira l'arc ou h l'arbalète. Après l'abolition des serments, plusieurs sociétés de ce genre s'organisèrent en ville ; quelques-unes, telles que celles de Saint-Sébastien et de Saint-George, ont traversé heureusement toutes les crises de notre époque et elles se distinguent chaque année par l'adresse de leurs tireurs. Le 31 décembre 1814, les tambours et les fifres des gildes, ressuscitant un usage mort depuis quatre-vingts ans, se rendirent chez les différentes autorités pour leur donner des sérénades 8, mais ces compagnies ne purent se rétablir dans leur ancien lustre ; le temps des privilèges était définitivement passé.

1 Die nieuwe Chronycke van Brabant. • — * Chronique de de Potter, rass.

* Ils remportèrent en celle occasion, le il juin, le premier prii consistant en douze pots d'argent. Chronique du \y* siècle, aui Archiveê du Royaume.

* En 1560, les Bruxellois remportèrent le premier prix au tir. Vaîi Lom, I. c.

* Ces deux fois ils remportèrent le prix de la plus belle entrée. Die nieuwe Chronycke van Brabant.

« De Wakl, T. I, f° 168. — ' Die nieuwe Chronycke van Brabant.

" GOETVIEI..

04i HISTOIRE

Bruxelles avait son artillerie de siège cl de campagne, mais son mate riel de guerre lui fut plusieurs fois enlevé, entre autres par Maximilien. en 1489, et par Alexandre Farnèse, en 1585. En 1572, le duc d'Albe lui demanda huit pièces pour armer des bateaux \ et, en 1 573. il en obtint encore deux2; en 1578, six cortauwcn et une demiserpenlinc furent fournis à l'armée des États 3. Le maître de l'artillerie nommé par la commune jurait de bien garder le matériel qui lui était confié, de n'en vendre aucune partie sans le consentement des receveurs, de ne pas quitter Bruxelles pour plus d'un jour et une nuit, sans autorisation, « de ne porter les habits de personne, » et de ne montrer l'artillerie à qui que ce fût, sinon en présence ou avec l'agrément de trois échevius et d'uu receveur4. On nomma ensuite des maîtres de canon* (donderbusmeesters) ou artilleurs , auxquels il était iutcrdil de servir, sans autorisation, aucun souverain, prince, seigneur, ville ou franchise ; c'étaient eux qui fabriquaient la poudre et qui l'essayaient, ainsi que les pièces. Henri Van Kosmcer fut nommé à ces conditions, le 2 décembre 1410, et ses gages furent fixés à 2 livres 10 sous de gros, outre les indemnités d'habillement et de vecrgelt. Sous le règne de Philippc-lc- Bon il y eut (rois, puis quatre canonniers 5; enfin leur nombre fut porté à vingt-cinq. Ils formaient une confrérie sous riuvoeation de sainte Barbe, dont les membres jouissaient, depuis 1 G00 environ, de l'exemption de garde et d'une rétribution de 40 florins (ou 5 Si sous par homme) à charge de tirer des salves les jours de fête. Plus tard on leur accorda un demi-patacon pour chaque tir, excepté pour ceux qui annonçaient la féte de saint Jacques, patron des Espagnes, cl celle du roi (ordonnance du 25 octobre IG87).

Au commencement du xvc siècle 6 il y avait : quatorze portiers gardant les portes de l'ancienne et de la nouvelle enceinte ; douze portiers chargés d'ouvrir et de fermer les barrières (ameyde) placées à six des

* La demande du duc est du 28 décembre, la résolution du magistral du 3 janvier. Résolut ie Bovck.

* Résolution du ii juin. lbid. — 1 Oppinie Bocck.

* Perkement Bocck mette Tactsen. En 1 421 , il avail été décidé qu'il y aurait deux maîtres de l'artillerie, l'un patricien et l'autre plébéien; mais le règlement de l'an 1503 les réduisit à un seul. En 170i, l'office fui aboli et ses attributions données au maître-manœuvrier.

* J'crkcmcnt Bueck mette Tactsen .

0 Compte du mois d'octobre H05.

portes de la nouvelle enceinte, et seize soldats (knechten), qui veillaient sur les remparts 1 ; un garde veillait à l'hôtel de ville et quatre autres, un flambeau à la main, parcouraient les rues pendant la nuit 2; enfin, il y avait trois hommes placés en vigie sur les tours de Saint-Nicolas et de la Chapelle. Au siècle dernier, les portiers avaient été remplacés h chaque porte par des commissaires ; le service des gardes des remparts était fait par les compagnies bourgeoises et la surveillance de l'intérieur était confiée à des agents dits handuyten *. Depuis la chute de la tour de Sainl-.Nicolas, il n'y a plus qu'une vigie ou cricur au feu a l'église de la Chapelle.

Page 1