DÉPENSES
A la ville de Ixmvain, pour fourniture de pains. . . . 2,007 8
A la ville d'Anvers, id. ... 2,776 4
A la ville de Malines, id. ... 2,448 4
A divers. id. ... 48 16 Pour enlèvement des décombres, y compris 5,250 11. 3 s. payés aux soldats qui avaient travaillé pendant le siège aux
remparts et aux ouvrages extérieurs 96,797 5
Repavage des rues 8,236 16
Nouvelle horloge à Saint-Nicolas 1,573 12 1/8
A divers pour fournitures et travaux divers 18,704 »
Réparations a l'hôtel de ville 27,017 2
Au receveur Vanderhaegen . . . . • 820 »
Vacations diverses 371 16
Excédant des dépenses sur les receltes 44.689 7 1/2
DE BRUXELLES. 159 '< faire nos retranchements qui puissent être soutenus par un corps de
• 1 2 à i 4,000 hommes, et qui donnent le temps à l'armée de s'appro-
• cher en temps, lorsque les ennemis voudraient intenter sur ladite » ville, nous avons résolu d'y foire travailler incessamment, le roi d'An- » gleterre nous ayant accorde les troupes à ce nécessaires, mais cela ne
• se pouvant exécuter sans une somme de 130,000 florins, par dessus
• les palissades que nous ferons livrer par le bois de Soignes, nous vous
• faisons cette pour vous requérir, au nom du roi, de vouloir accorder » et consentir ladite somme à trouver sur les moyens que vous trouve-
• rez le moins à charge au peuple (22 juin i 697). » Celte somme fut accordée parles trois membres et levée au moyen de deux nouveaux sous sur le chauffage des fours, et d'un demi-sou sur chaque rasière de braie (27 juillet). Le roi d'Angleterre vint couvrir Bruxelles, que menaçait le maréchal de Boufllcrs et que sauva peut-être d'une ruine complète la cessation des hostilités '.
Le 31 octobre 1697, vers midi, parvint à Bruxelles la nouvelle de la conclusion de la paix de Byswick, et le lendemain elle y fut solennellement proclamée. Un Te Dettm fut chanté à Sainte-Gudulc par l'archevêque de Malines, et des fêtes publiques célébrèrent cet heureux événement 2. Le 6 août, 1 clcctricc était accouchée, au palais, d'un fils qui fut empereur malheureux sous le nom de Charles VII. Nonobstant les calamités dont la ville venait d'être frappée, ses magistrats votèrent des fonds à l'unanimité pour faire un présent au nouveau-nc, et ce fut avec une vive émotion que l'électeur reçut le magnifique berceau offert à son fils. Cet enfant fut baptisé, le 1er février 1698, dans la chapelle de la cour, par l'archevêque de Malines ; il eut pour parrain le roi Charles II, qui se fit représenter par l'électeur de Cologne, Clément de Bavière 3. Le i" mai, Maximilicn-Emmanuel abattit, au sixième coup, î'oiseau des arquebusiers placé sur la grosse tour. Il fut proclamé roi du
1 Archives de la Fille. — Plan de Bruxelles et de ses environ* avec les campement» de l'année des allies, leurs retranchements et les nouveaux ouvrayes qu'ils y ont dresses, par ordre de S. M britannique, pour prévenir let insultes des en nemis, l'an 1697, dédié au prince de Vaudcmonl, par G. De Backer, gravé par J. Harrewyn. — *Vervolgvan Âytzcma.
s Foppkns. — Le quatrième Ois de l'électeur naquit aussi a Bruxelles. C'est Clément-Auguste, né le 16 août 1700, qui devint, en 1 723, archevêque de Cologne el fut aussi évéque de Munster, d'Osnabrug, de Paderborn et grand-maître de l'ordre teutonique.
serment et reconduit au palais au milieu des acclamations et des démonstrations de joie de la foule. Le même soir, accompagné de la duchesse, vétuccommelui «à la bourgeoise.» ils se rendirent à la salle du serment où un somptueux banquet leur fut offert A cette occasion, la ville fit don à ce prince d'une somme de 25,000 florins (3 mai)*, et de son côté il donna à tous les confrères des costumes de drap bleu de Bavière, gracieuseté qu'il étendit jusqu'à la statue de saint Christophe, qui se trouvait au-dessus de la porte du jardin de cette compagnie, et jusqu'au Manneken-pixs 3.
A l'occasion de la paix de Ryswick, on résolut d'organiser une brillante cavalcade, et les habitants donnèrent à cette fête un éclat extraordinaire. Les étrangers affluèrent de toutes parts à Bruxelles, autant pour s'assurer par leurs yeux si réellement cette ville, qu'on avait dit détruite, était déjà sortie de ses ruines, «que pour voir les géants, les chars de triomphe et les allégories de la cavalcade. » Elle sortit le 2 1 juillet i 098 : on y vit, pour la première fois, le beau char de triomphe qui avait servi aux obsèques de l'archiduc Albert. Des enfants, représentant des personnages historiques ou allégoriques, figuraient sur les chars, ou étaient montés sur différentes espèces d'animaux, dont la vue faisait « pâmer de rire les nombreux spectateurs. >» Les jésuites, qui ne laissaient échapper aucune occasion d'amusement pour leurs élèves, les firent participer à celle féte. Ces jeunes gens, appartenant aux meilleures familles de la ville et de la province, précédaient, richement costumés, cette cavalcade que suivaient les cinq serments ; ceux-ci faisaient, par pelotons, des décharges continuelles de inousqueterie. Le serment des arquebusiers portait l'habit bleu qui leur avait été récemment donné par l'électeur; les quatre autres avaient remplacé leur uniforme ordinaire par des coslumes romains, espagnols, turcs et campagnards. L'électeur était représenté dans cette cavalcade accompagné d'une cour brillante; on y voyait aussi le prince électoral de Bavière escorté de nobles et de gardes. Sur un autre char, construit aux frais de la ville, figurait le prince Albert-Maximilien, entouré des Vertus. La dernière pnrtie du cortège représentait la cour de Charles II. Maximilicn-Emmanucl s'était rendu à l'hôtel de ville pour y voir passer la cavalcade, et le magistrat lui
» Foi*PfcNS. — Geschied. van Bnissel. — * Archiva de ta t'illc. * Foppf.>s.
DR BRUXELLES. Ut offrit une collation. Toute la ville était en fête, et, en apercevant ces visages épanouis, « on eût dit qu'on avoit oublié les malheurs des der- » nières guerres et les désastres du bombardement '. »
Bruxelles, ainsi que toutes les provinces, eut beaucoup à souffrir, en i 698, de la cherté des grains. Le froment était à 1 1 florins le setier, et le>seigle a 7. Toutefois grâce aux mesures de prévoyance adoptées par l'autorité, cette disette n'eut plus ce caractère effrayant des siècles précédents. Seulement la populace, qui ne laisse échapper aucune occasion de désordre et de pillage, se rua sur quelques magasins de grains et sur les boutiques des boulangers. La fermeté du magistrat arrêta bientôt le tumulte : quelques-uns des pillards furent châtiés sévèrement, et la vue de la potence, dressée sur la grand'placc, contint les autres 2. Afin de prévenir de coupables spéculations, le gouvernement publia, le 29 novembre, un édit fixant, pour toutes les provinces, le prix des céréales. En conformité de cet édit, la rasière de froment devait se vendre ù Bruxelles 7 florins, celle de seigle 3 florins 1 0 sous, et la boucquette 3 florins 3 sous *.
La tour dépendante de la maison dcsOrfévres, dite den Sptegel (le Miroir) , marché aux Herbes, ayant été ébranlée par le bombardement qui avait tout détruit aux alentours, les syndics des nations, immédiatement après la retraite des Français, voulurent s'assurer si leurs litres, auxquels clic servaitde dépôt depuis longtemps, n'avaient pas été endommagés. Dans la visite qu'ils avaient faite à cet effet, ils avaient trouvé, dans un caveau voûté, un petit coffre renfermant de vieux papiers que le magistrat, par ordre du gouvernement, n'avait jamais voulu laisser examiner 4, et ils l'avaient confié au doyen Henri T'Kint. Lors de la reconstruction de la maison des Orfèvres, la tour sciant écroulée, le 7 novembre 1696, à 5 heures de l'après-midi, en écrasant deux maisons contigues*, les archives qu'on y avait laissées, furent retirées des décombres et déposées provisoirement à la maison des Poissonniers °. Le magistrat ordonna au greffier Jacobs d'en faire l'inventaire (16 novembre), et enjoignit ensuite
« Foppexs. — « Ibid. — Geschietlmissen van Briuscl. » Plac. de Brabant, T. VI, p. 09.
* Mémoires du comte de Mérode- ffestcrloo, T. I, p. 1 4 f .
5 Relation du bombardement par un bourgeois de Bruxelles, mss. précité.
• Les frais de transport, «"élevant à 98 fl. 1 8 iji s. et 3 fl. S s., furent payés par la ville en suite d'une résolution du magistrat du 1 « mars J 697.
nux syndics sortant de charge, de remettre à leurs successeurs, endéans les deux jours, tous les documents concernant les nations qu'ils avaient entre les mains (5 décembre); puis il fit enfermer le tout, lié et cacheté, dans un nouveau coffre fermé de neuf serrures, dont les clefs furent confiées aux syndics, avec défense expresse de l'ouvrir sans sa permission. Quelques-uns de ces documents ayant été lus par des doyens, ils soupçonnèrent le gouvernement et le magistrat d'avoir mainte fois enfreint leurs privilèges, et, malgré la défense, ils résolurent d'ouvrir le coffre. Au mois d'août 4 698, à l'instigation du doyen Pierre Van den Putte, disent les rapports officiels, les syndics Marc Duvivier, Laurent Jacobs, Pierre De Cliever, Antoine Dcpré et Henri T'Kint se rendirent dans la chambre des archives, et, après les avoir parcourues, malgré l'opposition des syndics Mathieu DcSneghcr, Jean Michicls, Antoine Mocremans, et de quelques doyens, ils firent prendre copie des pièces les plus intéressantes par un notaire que Van den Putte fit appeler et se chargea de payer. Ce travail fut achevé dans le courant d'octobre, à la maison des Orfèvres, où le coffre des privilèges avait été replacé.
Cependant les nations ayant été convoquées pour voter l'impôt des neuf mites, elles avaient rejeté la proposition, en se plaignant de la vénalité qui régnait dans la collation des emplois ; elles avaient chargé, en outre, leurs syndics d'adresser à l'électeur une requête pour lui demander de faire cesser ce scandaleux trafic et d'ordonner que les magistrats entrant en fonctions fussent tenus, conformément à la Joyeuse Entrée , de jurer que pour être nommés ils n'avaient rien donné ni promis, directement ou indirectement. Le prince accueillit favorablement les députés et les assura qu'à l'avenir il ferait scrupuleusement exécuter les dispositions delà Joyeuse Entrée. Celte assurance satisfit les nations; elles votèrent l'impôt et nommèrent une députation pour remercier l'électeur. Cependant, dès qu'ils eurent toutes les copies qu'ils désiraient, les syndics et Van den Putte persuadèrent aux nations de les faire imprimer afin de leur donner une publicité qui serait une forte garanlic pour le maintien de leurs droits et de leurs privilèges trop souvent méconnus. Cet avis fut adopté, et Van den Putte, Arnoul T'Kint et le syndic Antoine Dcpré chargèrent un ecclésiastique, nommé Jean-Baptiste Ansems, de coordonner les documents dont l'impression avait clé décidée, et d'y joindre des sommaires historiques. L'avocat Jean Vandcrmeulen, conseiller fiscal réformé de l'amirauté et du commerce, eut mission de revoir l'ou-
vrage. Ce fut au roi lui-même que les syndics dédièrent leur publication à laquelle ils donnèrent le titre de Luyster van Brabant \ Dans une dédicace pompeuse, sortie de la plume de Vandermculen, et placée en téte du volume, en français, en flamand et en espagnol, les nations disent n'avoir d'autre but, en publiant cet ouvrage, que de concourir avec le prince à la bonne administration de la ville et de donner une meilleure direction à la justice. La première partie du Luyster van Brabant, qui ne parut que vers le milieu de 1699, fut imprimée chez Zacharic Dcltens, la seconde chez N. Stryckcwant, et la troisième chez Jacobs; mais aucun de ces imprimeurs n'osa y apposer son nom.
Pressés d'obtenir le résultat qu'ils attendaient de cette publication , les doyens qui l'avaient conseillée, voulurent préparer les esprits |>our les conduire plus facilement à leur but. Comme l'impression avançait lentement et que la cherté de l'ouvrage ne pourrait le placer que dans un petit nombre de mains, ils firent imprimer et distribuer des livret* contenant des extraits des principaux privilèges qui devaient faire partie du recueil. Le moment était bien choisi par les chefs de la démocratie dont le vieil esprit se réveillait partout. La grande catastrophe de 4 695 avait un instant détourné l'attention des malheurs publics, mais elle n'avait pu en faire disparaître les causes ; l'affection que les Bruxellois portaient à l'électeur, aurait été cependant un gage de tranquillité, si son antipathie prononcée pour les libertés communales, sa fierté , son entêtement ne l'avaient pas refroidie. On accusait ses ministres d'accorder souvent à la faveur ce qu'ils avaient refusé au bon droit, de gérer sans ordre et sans économie les subsides votés par les provinces, de laisser l'armée dénuée de tout, sans vêtements, sans pain, de l'exposer au mépris et à la raillerie des étrangers. C'étaient les membres du magistrat surtout qui étaient l'objet de l'animadversion publique ; le premier bourgmestre François Van Paftenrodc était généralement détesté, et les bourgeois se plaignaient de la mauvaise administration de la justice et de la dilapidation des revenus de la commune employés en dépenses excessives et inutiles.
Averti de la fermentation qui régnait dans la ville, l'électeur crut pré-
* Den Luyster en de glorie van het hcrtoghdom van Brabant, hersleli door de généalogique beschnjvinge van dcsselft touveryne princen ende door het ontdeeken van den ichat der privilégie», etc., der ttadt Brussel, upgedraghen aen den kotiingh door de negen natien, makende het derde lidt der $elver, in-folio.
m HISTOIRE
venir l'explosion en changeant le magistrat , bien que l'époque ordinaire du renouvellement fût passée (10 octobre 1 698). Cette mesure, bonne en elle-même, puisqu'elle était les fonctions de bourgmestre à François Van PnlTcnrodc, précipita la catastrophe qu'elle ne pouvait du reste plus reculer. Les nations ayant été convoquées pour présenter les candidats parmi lesquels devaient être choisis le second bourgmestre et les conseillers, cl pour procéder à l'élection des receveurs, quelques doyens refusèrent de se soumettre à cette convocation, attendu, disaient-ils, que leurs privilèges avaient été enfreints. Comme preuve de cette infraction ils citaient , eutre autres , l'admission dans le nouveau magistrat, des échevins de Decker et de Marselaer, et de l'intendant du canal, Florent Van Paiïcnrodc. dont le célibat était, aux termes de la charte de 4 484, un motif d'exclusion. Pour corroborer leur opposition à l'admission des célibataires , ils disaient : « Ceux qui ne » sont pas mariez, n'ont pas cet amour paternel, ny ce soin domestique » qu'ont les pères de famille ; ils ne sont pas douez de celle tendresse » qu'on doit avoir pour les citoyens, qui sont à réputer pour enfants » de la ville ; et ayant fait aulcun excès criminel ou pénal ils ne sont » bonnement punissables, car n'ayant point de famille, il n'y a rien qui » les retient, et, par une retraite à la sourdine, ils s'établissent ailleurs. » De plus, les deniers publics ne sont point en assurance entre les » mains des gens non mariez, qui d'ordinaire sont plus libertins et pro- » digues que ceux qui ont femme et enfants à gouverner. •> Toutes les nations se rangèrent à cet avis. Les syndics se rendirent à la salle du conseil échevinal, précédés par Henri TKint : « Messieurs, dit-il au ma- » gisliat en lui montrant un des livrets imprimés, il est interdit aux >» célibataires de faire partie de votre corps. — La charte que vous » nous exhibez n'existe plus depuis longtemps, répondit le bourgmestre: » les règlements de l'empereur Charles-Quint et des archiducs , dont » vous avez juré l'observation, lui ont fuit perdre force de loi , et vous » n'ignorez pas que, depuis deux siècles, le souverain est en droit de >• nommer des échevins mariés ou célibataires, suivant qu'il le juge à » propos. Et d'ailleurs, quelle est cette manière d'agir? vous saxczque » le conseil de Urabant est seul compétent pour décider de la légalité de » la nomination des échevins, alors surtout qu'ils sont entrés en charge. »• Au lieu d'employer les voies de fait, pour* oyez-vous donc devant ce » tribunal. — Le lexlc des privilèges, sur lesquels nous fondons notre
DE BRUXELLES. 445 •> réclamation, est formel, répartit T'Kint ; il est inutile de recourir à la >• voie judiciaire, d'ailleurs longue et coûteuse. Il importe qu'une déei- » sion soit promptement prise, car il s'agit des intérêts de toute la com- » mune. » Cela dit, les syndics se retirèrent et allèrent rendre compte aux nations de ce qui venait de se passer. Celles-ci prévirent bien que le magistrat ne se résoudrait pas à faire droit à leurs réclamations, et chargèrent leurs syndics de se rendre auprès de l'électeur pour lui demander qu'il nommât, ainsi que l'avaient fait les archiducs, des commissaires auxquels elles pussent exposer leurs griefs. Le prince, en présence duquel les députés avaient été admis, accéda à leur demande et forma une commission composée du chef-président Coxie , du comte de Tirimont et du conseiller Blanche. Dès le lendemain ( 1 2 octobre) , les syndics remirent à ces commissaires un mémoire dans lequel ils demandaient « 4° que personne ne pût cumuler deux emplois, ainsi que » Charles-lc-IIardi l'avait statué, par son ordonnance du 24 juillet 14G9; » 2° que nul ne fût admis aux fonctions de bourgmestre, échevin, rct- ceveur ou doyen, a moins qu'il n'eût atteint l'Age de 28 ans et ne » fût marié, conformément à la charte de \ 481 ; 5° que tous ceux qui » entreraient dans la magistrature ou qui seraient nommés à des fonc- » lions municipales, fussent tenus de prêter le grand serment, et » 4" qu'aucune personne dépendante du magistrat ne pût être revêtue » de la charge de doyen. »
Les commissaires s'occupèrent immédiatement de l'examen de ces réclamations; le point auquel les doyens tenaient le plus, était l'exclusion des échevins de Decker et de Marselaer, et du surintendant du canal, Florent Van Paffenrodc. Les commissaires ayant annoncé aux syndics que les célibataires réclamaient la voie de la justice pour prouver le peu de fondement de ces prétentions, et les ayant engagés à se mon- • trer sujets fidèles en remplissant leurs devoirs sans prétendre se faire droit par des moyens illégaux, T'Kint et Duvivier s'écrièrent qu'il était inutile de porter cette question devant les tribunaux, qu'il fallait que les privilèges fussent observés et qu'en les enfreignant, on les déliait, aux termes mêmes de la Joyeuse Entrée, de leur serment d'obéissance. Néanmoins le gouvernement ordonna que le procès s'instruisit devant trois conseillers de la cour souveraine de Brabant et que les délais voulus par la loi ne fussent séparés que par un intervalle de vingt-quatre heures, ce qui jKîrmcttait de juger cette cause en huit ou dix jours; quant aux
frais, il décida qu'ils seraient supportés par la généralité de la ville. Cette décision ne contenta nullement les doyens ; ayant été convoqués de nouveau pour présenter leurs candidats, ils s'y refusèrent et rejetèrent la proposition du gouvernement. « Nos privilèges sont positifs, répon- » dirent-ils, pourquoi les soumettrions-nous ù un débat judiciaire? » Le conseil d'état fut appelé alors à délibérer sur cette affaire , et les avis y furent très-parlagés. Quelques ministres voulaient qu'on rejetât les demandes des nations comme « injustes, irrégulières, tumultueuses cl
• contraires à l'intérêt du roi. — Mais, répondaient les autres, refuser de - faire droit aux plaintes des nations, c'est exposer la ville à une émotion <• populaire, dont les conséquences sont d'autant plus à redouter, que les
• troupes que le gouvernement tient à sa disposition ne seraient pas
• suffisantes pour faire respecter ses ordres : quand la tempête est forte » il faut caler les voiles pour mieux naviguer après le retour du calme.» Ces motifs étaient fondés , et , malgré sa fierté naturelle , Maximilien- Emmanuel adopta ce dernier moyen. Par acte du 15 octobre 16 «8, il déclara « que personne ne devait desservir deux offices de la ville, bien » entendu que ceux qui les tenaient a titre onéreux, pour deniers par >< eux fournis et portés en recette au profit de la ville, ne pourraient
• être démis jusqu'à ce qu'ils en eussent été remboursés, — qu'il ne pouvait excuser des fonctions les échevins non mariés étant par lui
" déclarés pour la présente magistrature, mais qu'il y prendrait égard a
• l'avenir ; — que le magistrat serait composé de gens mariés et qua- =• lifiés en conformité des privilèges; — que, à chaque renouvellement
• du magistrat, ceux qui en feraient partie, devraient prêter te grand serment, — et que personne ne pourrait être présenté par les nations,
» ni élu pour doyen, étant à serment de la ville, à quelque titre que ce » pût être. »
Le 1 8 octobre, le magistrat communiqua ce décret aux nations. On avait espéré les satisfaire par ces concessions ; mais aucune d'elles n'en lut contente. Instruites de l'incertitude que leur opposition avait jetée dans le gouvernement, elles ne voulaient plus d'une demi-satisfaction. Leurs syndics vinrent, le jour même, signiûcr au corps écbevinal qu'il leur fallait la retraite immédiate des célibataires. Le bourgmestre ayant pris la parole pour leur persuader qu'ils devnicnt se contenter de la gracieuse résolution émanée de l'électeur, il fut interrompu par le syndic Marc Duvivicr, qui s'écria « que cette résolution ne tendait qu'à les
DE BRUXELLES. 147 •> amuser, et que, si en effet la volonté du prince était de ne plus nommer » de célibataires à la Saint-Jean prochaine, il pouvait tout aussi bien le • faire dès le moment même. >» Appelés chez le chef-président Coxie, les syndics lui tinrent le même langage ; ils ajoutèrent, dans les termes les plus formels, qu'ils ne présenteraient leurs candidats à la magistrature municipale que lorsqu'on aurait fait droit à leur réclamation. Le gouvernement dut céder devant leur opiniâtreté, et les échevins de Decker et de Marselacr, ainsi que le surintendant du rivage Van Paffenrode, furent remplacés dans le corps du magistrat (1 9 octobre). N'ayant plus alors de motifs d'opposition, les nations nommèrent, le 20, les receveurs et les candidats aux fonctions de second bourgmestre et de conseillers. La chose se passa sans difficultés, sauf quelques débats qui s'élevèrent dans leur sein : la nation de Notre-Dame ayant voulu comprendre, parmi ses candidats , l'ancien bourgmestre Sophie , qui était célibataire, plusieurs doyens s'y opposèrent, et Sophie fut écarté.
Fièrcs de ces succès, les nations se préparèrent à en conquérir d'autres. Le même jour, vers huit heures du soir, leurs syndics se rendirent chez le conseiller Paepcnbroeck qui avait été chargé d'un rapport sur une réclamation du magistrat de Bruges tendante à ce qu'on livrât à sa justice un bourgeois et marchand de cette ville, détenu à la Steenporte pour cause de banqueroute ; ils le prévinrent qu'ils ne souffriraient pas que, sans l'assentiment des nations, il fût donné suite à celte demande qui était contraire à l'art, i S de la Joyeuse Entrée, et qu'ils avaient fait signifier leur opposition, par huissier, au cipier de la prison. Bien que celte conduite fût taxée d'extrême insolence par le conseil de Brabant, bien que le conseil privé la considérât comme « de dangereuse » conséquence, » on n'osa poursuivre « à cause de la gravité des cir- » constances. » La longanimité dans un gouvernement impopulaire ne calme pas les esprits ; elle les enhardit et les pousse à l'extrême. Bientôt en effet, les nations exigèrent une concession importante dans ses effets, mais inique de sa nature. Les ex-échevins de Decker et de Marselacr s'étaient pourvus devant le conseil de Brabant pour être réintégrés ' dans leurs emplois et pour obtenir des dommages et intérêts à charge de ceux qui avaient provoqué leur destitution. L'ancien bourgmestre Sophie prit le même recours contre le syndic Duvivier et les doyens Vandcrhofstadt et Mossclmans, comme principaux auteurs du préjudice qu'il prétendait lui avoir été causé. Instiguées, dit l'acte d'accusation, par
Duvivier et ces deux doyens, qui leur promirent à chacune , ajoutct— il , un qunrtaut de vin, si elles suivaient leurs avis, les nations exigèrent , avant de vouloir voter le gigot ( décembre ) , qu'il fût interdit au conseil de Urabant de donner suite aux requêtes qui lui avaient été présentées. En outre, par pétition du 1 5 décembre , elles prièrent le gouverneur géuéral d'interdire à ec tribunal la connaissance des causes qui altéreraient le consentement des chefs-villes en cas de demandes d'emprunt et de subsides. Elles restèrent deux jours assises (17 et 18). ci forcèrent le magistrat a leur délivrer un acte portant qu'à l'avenir nul office de la ville ne serait conféré par lui qu'à des Brabançons, qu'il ne nommerait plus aux fonctions de doyen des métiers, des célibataires, ni des personnes âgées de moins de 28 ans; enfin, qu'il leur serait remis une liste des personnes desservant plus d'un emploi, av ec faculté de désigner celles de ces personnes qu'il y aurait lieu de déposer immédiatement ou de conserver dans leurs emplois leur vie durante. L'électeur, de son côté, déclara qu'aucun de leurs membres ne pourrait, même en privé nom, être molesté en aucune manière, ni attrait en justice pour avoir réclamé l'exécution des privilèges ; ensuite, elles lui arrachèrent l'ordre de faire cesser pour toujours les actions et poursuites déjà intentées à ce sujet. Lorsque ce décret, signé le 1 8 décembre à 1 1 heures du soir, eut été lu aux nations, un des doyens, le marchand de vin .Morcau , voulut le relire lui-même, et après qu'on eut accédé à cette défiante demande, l'impôt fut voté et elles se séparèrent.
Ce qui exaspérait surtout les nations, c'était le gaspillage des revenus publics, et l'on ne peut douter que le mécontentement ne prit sa source dans le désordre qui régnait dans l'administration financière de la ville, désordre dont tant de gens profitaient et que le gouvernement lui-même semblait encourager en appelant aux fonctions municipales des hommes connus par leur cupidité. Le fait suivant tend à confirmer cette assertion. Le secrétaire Hobiano ayant fait observer à Arnoul T'Kint que le règlement de 1481 n'avait jamais été observé, de Decker affirmant que depuis l'année même de sa promulgation, des célibataires avaient constamment fait partie du magistrat, et qu'il avait eu tort de s'exposer, pour une cause aussi futile, à la colère « des souverains qui «• gardent longtemps le souvenir des choses, — Nous devions agir » ainsi, répondit le doyen, il n'y avait pas d'autre moyen d'exclure Van
» Paffenrodc. Cet homme n'appauvrirait pas seulement une ville, mais » une province et même tout un royaume. » D'un autre côté, les provinces belges n'avaient accepté qu'à contre-cœur la position que leur avait faite le traité de Munster et, depuis plusieurs années, elles s'agitaient pour en sortir. On projeta à la fois la création d'une compagnie pour faire le commerce des Indes, et l'établissement d'une grande ligne de navigation entre Ostende et les villes du Brabant, au moyen de l'approfondissement des canaux existants. Quelques mesures locales et générales répondirent en partie aux vœux que manifestaient tous les hommes industrieux. Le magistrat de Bruxelles, pour l'avantage du commerce et des courtiers, créa un tribunal composé d'un intendant et de quatre directeurs ( overluyden ) , qu'il chargea de surveiller ceux qui fréquentaient la bourse \ et le gouvernement permit aux nobles de faire le négoce , sans déroger à leur qualité , moyennant des autorisations spéciales qui seraient délivrées h vie durante 2; enfin, un décret du 7 juin 1698 autorisa l'érection d'une compagnie pour le commerce des Indes orientales et de la Guinée, et lui abandonna les terres qu'elle pourrait acquérir 3. Ce premier avantage détermina les députés de la Flandre et du Brabant à en solliciter d'autres destinés surtout & ranimer l'industrie. L'électeur les accueillit, et, par des circulaires datées du ïi janvier 4699, il invita les provinces et les principales villes à envoyer à Bruxelles des délégués chargés de délibérer avec les commissaires du gouvernement sur les mesures à adopter. Les nations crurent devoir prendre l'initiative en lui exposant directement, dès le 18' janvier, leurs vues et leurs désirs. Elles demandaient qu'on modifiât les droits d'entrée ; — que le gouverneur général et, à son exemple, la noblesse , les ministres et les membres des conseils ne se servissent que d'objets confectionnés dans le pays ; — que les contraventions que se permettaient les puissances voisines, aux traites conclus avec elles, fussent réprimées; — que l'on établit des halles publiques; — que l'on format un fonds pour fournir des avances aux fabricants ; —enfin, et c'était là le point sur lequel elles insistaient le plus, que Ion réalisât le plan conçu en 1686, sous le gouvernement du marquis
• Ordonnance du 17 septembre 1693. Archives de la t ille. » 23 août 1694. Registres aux résolutions du souverain conseil de Brabant > f 138 v°.
» L'octroi a été imprimé à Bruxelles, chez Fricx, en 1698.