‹ Histoire de la ville de BruxellesChapitre 7 sur 47 · TO · texte numérisé non relu

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de Castanaga, de rendre navigables, pour les bâtiments d'un fort tonnage, les canaux qui existaient depuis le port d'Ostende jusqu'aux villes d'Anvers, de Bruxelles et de Malines. Elles nommèrent des commissaires, tires de leur corps, pour soutenir ces propositions, tant auprès du gouvernement que dans le sein de la conférence qui devait s'assembler elles en déléguèrent d'autres pour aller visiter les canaux qu'elles désiraient voir appropriés à la navigation maritime ", et elles choisirent Pierre Cardon, l'un des auteurs du plan de 4 686, ainsi que l'avocat Van der Meulen, pour leur servir de conseil dans celte affaire. A leur sollicitation, sollicitation fortement appuyée du reste par les députés d'autres villes, et accompagnée de menaces contre ceux qui se montreraient opposes à leur manière de voir, diverses réunions eurentlicu à l'hôtel de l'amiral duc de Holstein, puis à l'hôtel de ville et à l'hôtel du comte dcBergeyck ; mais ces conférences restèrent d'abord sans résultat.

Afin de les détourner de leurs préoccupations politiques et de les renvoyer à leurs projets industriels, l'électeur fit de nouvelles concessions aux nations. Des décrets du 1" avril 1699 défendirent, l'un d'exporter la laine et le lin non filé ou travaillé, l'autre, d'importer des draps ou autres objets manufacturés de laines étrangères, de quelque sorte qu'ils fussent, ainsi que des chapeaux, des étoffes d'indienne, de soie, coton, etc., etc. ; un arrêté du 8 du môme mois appliqua aussi cette dernière défense aux bouracans, camelots, etc. Des peines sévères furent

1 Le i 5 février, Jean Jacops, Pierre Moreau, François Jacops, Henri Van Corten. bergh, Nicolas Cachiopio, Pierre Dandelot, François Vandenberghen et Louis Bonuy, forent délégués pour assister aux conférences au nom des nations. N. Ca chiopin, Marc Duvivier et P. Vandenputle, de ia nation de Notre-Dame; Jean- Baptiste Van Turenout et N. Vandermeulen, de la nation de Saint-Gilles; Jean Francollet, P. Dandelot et Laurent Jacops, de la nation de Saint-Laurent; George Rimbaut, Pierre de Cliever et Christophe Slicheleer, de la nation de Saint-Géry ; Jacques Van Gallemai-rt, Pierre Pacque et Nicolas Frans Cornélis, de la nation de Saint-Jean; F. Vandenberghen, Antoine Depré et Jean Jambers, de la nation de Saint-Christophe; P. Moreau, de la nation de Saint-Jacques; H. Cortenbergh. Antoine Moeremans et Jean Van Mestraeten, de la nation de Saint-Pierre; Guillaume Leemans, Jean Michiels, C. Vandcneynde et H. Van Balen, étaient alors syndics ou boelmresters et commissaires du troisième membre de la ville. Dans une décision de la nation de Saint-Christophe datée du 20 juillet, et ayant pour but d'engager les syndics et commissaires à continuer leurs efforts pour le rétablissement des privilèges et du commerce, nous voyons figurer François Anneessens.

1 C'étaient P. Van Hamme, J.-B. Van Turenout, L. Jacops, G. Rimbaut, J. Gallemaerts, A. Depré, A. TKint, H. Van Cortenbergh et G. Leemans.

prescrites contre les infractions à ces ordonnances et de fortes amendes comminées contre les acheteurs de produits étrangers, contre ceux qui en feraient usage, cl contre les tailleurs qui en confectionneraient des habits (20 mai 1 C99) '. EnGn, un arrêté du 24 juillet \ 700 chargea les laines du pays d'un droit de 1 S pour cent à la sortie, et l'électeur se réserva d'élever encore ce droit si le besoin des fabriques l'exigeait 3. L'électeur ayant enjoint aux magistrats des villes d'accorder aux étrangers industrieux qui viendraient s'établir dans le pays, tous les privilèges et exemptions compatibles avec les lois et les coutumes, le magistrat déclara, le 4 6 octobre, qu'il suffisait d'être frère de la gilde de la draperie pour pouvoir fabriquer toute espèce d'étoffes en laine , soie , coton , etc. , et promit aux manufacturiers exemption de garde et d'autres droits, outre un subside proportionné à l'activité de leurs fabriques. Le 51, il fît l'achat de douze métiers et d'un moulin pour la fabrication des soieries; la direction de cette fabrique fut confiée à un nommé Léonard Pceters *. Mais, pour que ces mesures fussent couronnées d'un heureux résultat, il fullait le concours franc et énergique de tous les fonctionnaires; or, ces mesures protectrices du commerce étaient concédées de mauvaise grâce, et elles n'eurent pas plus de résultat que celles prises en 4 666, quand la ville leva 60,000 florins pour soutenir l'industrie drapière. Elles avaient aussi contre elles des intérêts puissants: la prohibition des étoffes étrangères excita les réclamations des états du Limbourg, du Luxembourg, du Hainaut et du Namurois; à Bruxelles même elle mécontenta les fabricants de dentelle, qui craignaient des représailles de la part des états voisins. Ils se réunirent aux marchands d'étoffes pour en réclamer, à grands cris, la révocation. Leur exaspération alla si loin que le comte de Bcrgeyck, trésorier général des finances, qui avait contre-signé les ordonnances , se vit obligé de quitter la ville et de donner sa démission.

Les nations revinrent aussi à l'ancien projet de faire un canal jusqu'à la Sambrc. Un octroi du 6 avril 1656 avait accordé à une société l'autorisation de creuser ce canal, qui devait, dit cet acte, donner du bé-

* Plac. de Brabant, T. VI, p. 430 et 438. Ces ordonnances Turent annulées par un placard du 24 juillet 1700.

* Plac de Brabani. T. VI, p. 462 ; T. VII, p. 463.

* Rapports au duc Charles de Lorraine, des 20 Juin 1 770 et 27 septembre ! 77 1 . trehivet de ta ville.

néfîce au commerce et des fortifications au pays ; mais les concessionnaires, ainsi que le fit observer le magistrat, n'étaient pas gens à mettre a fin une pareille entreprise, et, en effet, ils y renoncèrent bientôt. Quatre ans après, leur projet fut repris par la ville, et, le 25 juin 1 660, la chambre des comptes émit un avis favorable sur la demande d'octroi. Deux plans furent proposés : l'un faisait passer le canal par Nivelles, l'autre par Hal ; après de longues délibérations, ce dernier obtint la préférence. En 4 662, les trois membres décidèrent que les frais seraient prélevés sur les moyens généraux, et les choses étaient déjà si avancées qu'on supposait pouvoir, en un an, arriver jusqu'à Hal Mais les événements politiques rendirent inutiles toutes les mesures qui avaient été prises par le gouvernement et par la ville. D'après le nouveau plan que le magistrat présenta, en 4 698, à l'électeur, le canal devait longer Hal, passer près de Nivelles, afin de faciliter le transport de la pierre bleue dans le Brabant et dans les Flandres, arriver à Charleroy par Fleurus, « ce qui permettrait de livrer la houille en ces provinces à un prix » modique, <• et enfin, se diriger sur N a mur par la Sambre, que la province de Namur ferait approfondir pour la rendre navigable. L'électeur accueillit ce projet avec beaucoup de faveur, et l'octroi nécessaire fut délivré par un décret du 8 avril, qui fut secrètement porté à la connaissance du magistrat. Cette fois, plus rien ne semblait devoir arrêter l'exécution de cette entreprise; on résolut de creuser le bassin du nouveau canal dans les vastes prairies qui se trouvaient entre le Vieux-Marché et la porte d'Anderlecht, au lieu dit Rusbempt. Près du bassin on devait faire un grand marché, au milieu duquel il y aurait deux fontaines, et construire une belle galerie qui servirait de bourse u pour la facilité et » l'usage des commerçants et de leurs facteurs. » Déjà tout était préparé pour commencer cette importante entreprise, déjà l'on avait fait la pelle en argent dont l'électeur devait se servir pour enlever la première terre, et sur laquelle étaient gravés, d'un côté, les écussons des provinces, de l'autre les armoiries des nations entourant celles du roi, et le chronogramme suivant : AUsplCe CaroLo nation l M ConatlbUs baVaro gUbcrnantc brUXeLLœ patesCIt oCcanUs 2; déjà des invitations

« Registre» Tnx. — Registres des cliartes de la Cliambre des comptes de Brabant, n° VIII, P 58.

* Cette pelle, dont le dessin se trouve dans le Luyster van Brabant, est encore conservée à l'hôtel de ville.

DK BRUXELLES. 155 avaient été adressées aux états de Brabant et de Flandre, ainsi qu'aux députés des villes et à un grand nombre de nobles, lorsque la main égoïste de l'étranger, qui profita toujours de la faiblesse et de la corruption de nos gouvernants Gt évanouir toutes les espérances.

L'octroi du 8 avril avait été soigneusement caché à nos voisins, mais le projet du canal des Flandres s'était ébruité, parce que les députés des villes avaient été invités, par lettres circulaires de l'électeur, à envoyer, le G avril, des commissaires pour se joindre à l'intendantet au stalhouder de l'artillerie à l'effet de visiter les localités par lesquelles ce canal irait à la mer. Bientôt des négociants de Bruxelles furent avertis que plusieurs villes et maisons de commerce des Prov inces-Unies avaient adressé aux états généraux des réclamations contre cette entreprise, et que ceuxci, après les avoir invitées à leur présenter des mémoires sur cet objet, s'étaient réunis, vers la fin d'avril, en assemblée générale pour délibérer sur cette affaire. Dans cette assemblée il fut représenté que les canaux de Flandre et de Namur détruiraient entièrement le négoce avec les Pays-Bas espagnols, parce que , entre autres , les charges territoriales dans le Brabant et dans les Flandres, n'étaient pas aussi élevées que dans la Hollande et dans la Zélande qui verraient émigrer des milliers de familles, et que, par l'établissement du canal de Bruxelles à Namur, canal qui mettrait Bruxelles en commuuicalion avec la Meuse et le Rhin, la ville de Dort serait entièrement écrasée; enfin, les députés représentèrent l'exécution de ces projets comme contraire au traité de Munster. Habitués qu'ils étaient déjà à se voir sans cesse sacrifiés aux intérêts de l'étranger, les Bruxellois, à cette nouvelle, ne doutèrent plus un instant que le projet ne fût avorté. Au mois de mai 161)9, arriva un yacht amenant à l'électeur plusieurs députés hollandais, et il resta pendant sept semaines dans le canal. Les conférences entre ces députés et le prince étaient tenues secrètes -, mais toutes les lettres que le commerce recevait de la Hollande, témoignaient de la certitude que nos voisins avaient de l'emporter. « Enfin, dit le bourgmestre des nations, Adam de Blick, » il arriva ici un navire hollandais, qui stationna dans le bassin au sel » oucraye, près le marché aux Grains, vis-à-vis leBobyn, duquel navire • on déchargea une grande quantité de draps et étoffes riches, plus » cinq écrevis&es {sic) avec de l'argent, qui étoient fort grandes, et tout » fut transporté à la cour, ce qui étonna beaucoup de personnes avec » moi qui l'ont vu. » Ce puissant argument mit fin à toute indécision ;

» de suite toutes instances furent infructueuses, les députés furent ti apaises par l'attente de l'agréât ion du roi d'Espagne et tout resta sans suite ni exécution '.» De pareils faits n'ont pas besoin de commentaires.

Cette nouvelle déception excita le mécontentement général, et réveilla dans tous les cœurs de profonds ressentiments. L'affection que les Bruxellois portaient à l'électeur s'éteignit, et l'on put prévoir dès ce moment que la tranquillité qui régnait alors, ne serait plus de longue durée. Bientôt en effet commencèrent les troubles les plus longs qui eussent eu lieu depuis la grande commotion du siècle précédent. Les concessions faites au parti démocratique avaient excité en lui le désir de récupérer ses anciens droits et de reconquérir son ancienne puissance. Les nations ayant été convoquées, au mois de mars, pour le vote du fçigotjes syndics présentèrent, en leurnom, une série de demandes, au nombre desquelles il en était plusieurs relatives aux intérêts particuliers de quelques doyens. Ils demandaient, entre autres, qu'il fût donné décharge au doyen Mocremans d'une somme de 1,500 florins dont il était resté redevable à la ville par suite d'une acquisition qu'il lui avait faite, et que l'on remboursât à Arnoul T'Kint la valeur de certaines bières saisies chez lui, à la réquisition des marchands de vin, parce qu'il les avait brassées avec du froment. Les nations réclamaient, en même temps, un autre mode de perception de l'accise sur les vins, et insistaient vivement sur la cessation du cumul pour tous les offices dépendants de l'administration communale, quelque minime que fût leur produit. Cette conduite des doyens prouve qu'ils en étaient arrivés au point où, ne voulant pas encore tout oser, ils croyaient déjà pouvoir tout demander, certains de tout obtenir. On prétend que T'Kint dit, en pleine assemblée, que s'il était fait droit à sa demande et à celle de Mocremans, un repas somptueux serait offert aux doyens et à leur arrière-conseil. Le doyen Morcau ajouta que l'on ne devait pas traiter les bourgeois avec une pareille rigueur, et il proposa même de demander les pièces du procès de T'Kint, afin de connaître les motifs qui avaient donné lieu à la vente des bières. Soit crainte, soit faiblesse, ou plutôt par crainte et par faiblesse, le magistrat souscrivit à toutes ces exigences. Le 20 mars, il fut

• Mémoire inédit attribué au sieur Adam de Dlick , de son vivant ancien bourgmestre des nations. Nous disons attribué, parce que de filick mourut en 1 698. — Registres Tax. — Fowens.

DB BRUXELLES. 155 enjoint à toutes les personnes occupant plusieurs emplois de se rendre à l'hôtel de ville pour indiquer celui qu'elles voulaient conserver ; un autre acte du 23 déclara qu'à l'avenir les Brabançons bourgeois et majeurs seraient seuls admissibles aux fonctions publiques, et satisfaction fut donnée aux exigences de Moercroans, T'Kint et Moreau.

Sous le prétexte de s'occuper du rétablissement des manufactures et du commerce, les agitateurs tenaient de fréquentes assemblées au Miroir, où ils discutaient tout ce qui concernait la police et l'administration de la ville. Le magistrat s'étant plaint à l'électeur de ces réunions clandestines que les règlements défendaient, les doyens se récrièrent, disant qu'il était indigne de rendre leur conduite suspecte au lieu de leur savoir gré du zèle qu'ils déployaient pour le bien public. MaximJlien- Emmanuel renvoya les deux parties devant des commissaires choisis dans le conseil de Brabant, auxquels il recommanda de ne rien négliger pour les mettre d'accord (9 juin); mais tous les efforts de ces commissaires ne purent y parvenir, toutes deux se montrèrent intraitables. Ayant appris que l'électeur était blessé de ce que quelques-uns d'entre eux s'étaient adressés à l'ambassadeur d'Espagne, don Francisco de Quiros, pour obtenir sa protection, les doyens écrivirent au prince pour l'assurer que les auteurs de cette démarche n'avaient eu en vue que de prier ce seigneur d'interposer auprès de lui ses bons offices en leur faveur « pour » mettre à la raison le magistrat dont ils étaient las. » Ils protestèrent n'avoir jamais eu l'intention de désobliger l'électeur, « qu'ils avaient vu, « lors du bombardement, exposer sa personne en mille dangers pour » conserver la ville, » et que s'ils s'étaient servis de ce canal, c'était pour ne pas l'importuner journellement de leurs réclamations. C'est à tort, disaient-ils, qu'on nous accuse de vouloir exciter du tumulte, nous avons toujours employé nos soins a le dissiper, « au regard des mar- » chands de dentelle qui commençaient à s'attrouper, >» et nous avons prouvé notre dévouement au roi, en votant, nonobstant la misère où nous a réduits le bombardement, le subside de \ ,200,000 florins. Par une autre lettre, ils déclarèrent qu'à l'avenir ils s'adresseraient toujours directement au prince (12 juin). Parmi les signataires de ces lettres figure Anncessens.

Dans le même temps, les nations ayant été appelées à voler le gigot, elles exigèrent qu'on leur remît copie des comptes de la ville et du canal; le magistrat leur objecta inutilement que, pour éviter les Irais de copie.

il valait mieux qu'elles examinassent les comptes mêmes qui étaient, en tout temps, à leur disposition : elles ne consentirent h se séparer qu'après avoir obtenu la promesse qu'il serait fait droit à leur réclamation ce ne fut que le lendemain que l'impôt fut voté. Lors du renouvellement du magistrat, le gouvernement eut peine à le compléter d'une manière convenable « parce que, dit le conseil d'état dans un rapport du 20 juin, » parmi les candidats présentés, il y en avait très-peu de capables à » desservir la place de bourgmestre, les familles nobles s' étant retirées, » depuis quelques années, de vouloir servir dans la magistrature, à cause » que pour des avancements d'argent, on y a mis des personnes de peu « de naissance, ce qui fait que les peuples ont eu moins de déférence * et de respect pour eux, voyant qu'on leurdonnait pour supérieurs leurs » égaux, parents et alliés. » Il fallait un siècle encore pour faire tomber ces préjugés aristocratiques. Les échevins d'Orvillc et Cano ayant été continués dans leurs fonctions, les nations déclarèrent cette mesure illégale, attendu que, d'après les anciens privilèges, personne ne pouvait rentrer dans le corps du magistrat qu'après un laps de trois années. Lcsdoycns Cacbiopin, Vandermeulen, Francolct, Morcau et Lecmans, qui s'étaient rendus avec quelques-uns de leurs collègues dans la salle du collège, pour présenter celte réclamation, la soutinrent avec opiniâtreté et forcèrent le magistral à la soumettre & l'électeur. D'après l'avis du conseil d'état, ce prince ordonna aux nations, le 23 juin, de produire les titres dont elles se prévalaient et d'exposer leurs raisons sommairement et verbalement devant les conseillers Van Ileyembeke, Caverson et Papenbroeck, qui en feraient immédiatement rapport au conseil de Brabant pour qu'il statuât selon droit et justice. Ce décret ayant été communiqué aux nations elles répondirent qu'elles ne pouvaient s'y soumettre puisqu'il était contraire à ces mêmes privilèges qu'elles invoquaient, et elles résolurent de faire directement leurs observations au gouverneur général. Comme les syndics se rendaient au palais pour remettre à l'électeur la requête qu'elles avaient fait rédiger, il leur fut rapporté que Van Paûcnrodc avait dit au prince et au comte de Bcrgcyck qu'il fallait anéantir les privilèges du troisième membre et chasser les députés à coups de bâton. Irrités de ces propos, auxquels ils ajoutèrent foi, ils ne se laissèrent pas ébranler par l'accueil glacial qu'ils reçurent au palais, ni par les regards de

' Le lOjuio, après midi, le magistrat donnai des ordres en conséquence.

DE BRUXELLES. 157 mépris et de colère que leur jetaient les courtisans ; lorsque l'électeur leur demanda qui leur servait de conseil dans une affaire qu'il jugeait au-dessus de leur portée, le syndic Vandermculen lui répondit avec assurance : •< Nous n'avons pns besoin de conseil, monseigneur, nos >» privilèges sont assez clairs. — Cependant, dit le prince, l'objet de :> celte réclamation ne me parait pas d'une importance telle qu'il soit » indispensable d'y faire immédiatement droit, et il convient, pour cette » fois, de laisser les choses comme elles sont. — Non, monseigneur, » repartit aussitôt Vandermeulcn ; nous voulons nos privilèges, monsci- >• gnçur. » C'était justement là ce qui ne convenait nullement aux vues et aux intérêts des ministres 1 ; aussi l'électeur parut-il disposé à résister à ces volontés; mais il comprit bientôt que les forces qu'il avait a sa disposition, étaient insuffisantes, et le bourgmestre, mandé au conseil, déclara ouvertement qu'il ne fallait pas compter sur les serments, parce que les principaux membres des nations faisaient partie de ces compagnies et exerçaient sur elles une très-grande influence. L'indécision de l'électeur se prolongea pendant plusieurs jours et la ville resta momentanément sans magistrats légaux. Pendant ce temps, de nombreuses pasquinades, des caricatures de toute espèce étaient semées ù profusion et livraient à la risée publique les membres de l'ancienne administration. Enfin, le gouvernement comprit que toute résistance à la volonté des nations serait inutile et dangereuse, et, le 3 juillet, les échevins d'Orvillc et Cauo furent remplaces par François Van Gindertaclcn et Jean- Baptiste Vandcrhaegen. L'avocat Yandcrmeulen, qui exerçait une grande influence sur les nations, avait fait entendre au ministère que la démission de ces deux échevins les satisferait , mais, comme si une funeste fatalité avait dicté toutes ses mesures, ce fut le gouvernement lui-même qui ouvrit la voie a de nouvelles réclamations. Les deux trésoriers Ficrlants et De Lecuw ayant été nommés, cclui-la bourgmestre, celui-ci échevin, les nations protestèrent contre cette infraction aux privilèges qui exigeaient qu'un des trésoriers fût toujours continué dans son emploi. FJIes se séparèrent sans avoir voulu présenter leurs candidats, et la ville se trouva de nouveau sans magistrats (0 juillet). Celte réclamation était fondée, et refuser d'y faire droit c'était s'exposer à de grands embarras ; l'électeur réintégra De Leeuw dans ses fondions de trésorier

» Mémoires du comte de Mérode-Wlsterloo.

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