III. DEI. GRATIA. FRANCIÆ. ET NAVARRÆ. REX. ; et RU TCVCrS
les divers attributs des monnoyers, avec cetlo devise ; ca thalavnensis. fidei , monvmentvm, et ces lettres; æ (re) A ( rgento ).. a ( uro ). f (aârc). f ( actum ). 1591 (2). En même temps il écrivait aux conseillers de ville pour les remercier d’une délibération du 16 février par laquelle ils assuraient de nouveau le roi de leur fidélité, et sa lettre se terminait par ces mots : « Ne m’oubliez mie » , placés depuis sur le drapeau de la milice bourgeoise.
Les ennemis du roi cependant agissaient toujours sourdement. Au mois de mai on trouva sous la porte du doyen de la cathédrale un exemplaire cacheté de la bulle par laquelle le pape Grégoire xiv excommuniait Henry iv et le déclarait
(1) 4,000 septiers de blé et 8,000 écus à titre de prêt; le 4 juillet 1 592 on lui. prêta encore S, 000 septiers et S, 000 écüs.
Des lettres du roi , datées de Melun le 24 septembre 1592, le reconnaissait redevable envers Châlons de la somme de 34,000 écus pour ces avances, et 10,000 écus en indemnité de pertes subies durant les guerres de la Ligue, laquelle somme fut constituée en une rente au denier douze de 2,833 écüs 1/3.
(2) On en conserve encore une à l’hôtel dé ville et une en argent au cabinet des médailles de la bibliothèque impériale.
déchu de ses droits au trône de France. La noblesse, les principaux bourgeois et le clergé vinrent au parlement demander que cet attentat fut puni ; la cour partagea ce sentiment et ordonna que cette bulle serait brûlée publiquement par la main du bourreau (6 juin), ce qui fut exécuté, nonobstant une décision contraire de la part des conseillers partisans de la Ligue et demeurés à Paris. Gct événement causa une assez vive sensation et provoqua l’emprisonnement de quelques habitants: ceux-ci réclamèrent la juridiction du parlement, mais leur procès fut adjugé aux échevins a selon les libertés de la ville confirmées par le roi. » L’un d’eux, Jean Poupelier, dit Cache, charpentier de Châlons, fut extrait de prison et amené dans la chambre du Conseil : le lieutenant de ville après l’avoir fait placer à genoux et nue-tête, lui lut son arrêt, lui reprocha « d’avoir dit et prof- » féré parolles scandaleuses » , le déclara incapable d’exercer sa charge de lieutenant d'une des cinquantcnies et prononça sa mise en liberté, après lui avoir défendu de recommencer « sous peine de la hart» (20 juin). A la fin de l’année suivante la chambre du parlement de Châlons donna encore une éclatante preuve de son dévouement; par arrêt du 18 novembre 1592, elle déclara nulle et non avenue la bulle du pape Clément vin, publiée par le cardinal de Plaisance, légat en France, et défendit « aux bons et fidèles » Français » de se rendre h l’Assemblée des Etals, convoquée pour procéder h l’élection d’un roi, comme l’ordonnait cette bulle.
Peu de temps après la face des affaires changeait dans le royaume: Henry iv gagnait chaque jour du terrain et la Ligue faiblissait rapidement. La conversion de ce prince lui ramena un grand nombre de catholiques sans lui enlever ceux de ses partisans qui professaient la religion prétendue réformée (juillet 1593) ; quelques mois plus tard, Paris lui ouvrait ses portes et les chefs de la Ligue faisaient leur soumission. La Champagne retrouva alors le calme et la tranquillité pour quelques années. Henry iv conserva un profond
souvenir delà conduite des Châlonnais, et se plut à le reconnaître h plusieurs reprises d’une manière éclatante: il leur confirma tous leurs privilèges, les déchargea du service et de la contribution personnelle pour la convocation de l’arrièreban, en novembre 1597 ; déjà par lettres patentes du 28 janvier 1595, publiées par le duc de Nivernais (1), gouverneur de Champagne, le roi avait lait « une déclaration portant sauve » garde et deffences h tous chefs et conducteurs de gens de » guerre de loger les armées ou aucunes troupes ès villages,
» bourgs paroisses et maisons sises, à trois lieues ès environ de » la ville de Chaalons, ni d’attenter à personne et biens des » habitants de ladite ville, bourgs et villages», et cela parce que « depuis qu’il a pieu à Dieu nous faire succéder » à la couronne de France, mesme du vivant du deffunct » roy, nostre très-honoré sieur et frère, que Dieu absolve, » dès le commencement, et pendant tous les troubles, nous » avons reconneu entre nos chers et bien amis les habitants » de nostre ville de Chaalons, tant de fidélité, affection et » devoir à se maintenir et conserver soubs l’obéissance de » ceste couronne, que pour aucune oppression, ruine, fa- » tigue, empeschements et incommodités que nos ennemys » leur ayent fait souffrir, ils ne s’en sont jamais voulu dé- » partir : en considération de quoi , ayant toujours em- » brassé leur conservation, et voulant autant qu’ils pour- » roient souhaiter les bien et favorablement traiter, nous, » etc (2).» Nous verrons Henry iv continuer au siècle suivant et renouveler aux Châlonnais des preuves de sa bienveillance peu de jours avant son assassinat. Pendant cette courte période qui sépare la fin de la Ligue du commencecement duxvn6 siècle, les événements sont rares à Châlons: en 1596, le Conseil envoya MM. d’Aoust et Leduc aux Etats réunis d’abord à Compiègne puis bientôt transférés à Rouen.
(1) Louis de Gonzague, duc de Nivernais et de Rethelois, prince de Mantoue, pair de France, gouverneur et lieutenant-général pour le roi en son pays de Champagne et de Brie. ‘
(2) Copie imprimée, arch. de l’hôtel de ville,
En 1597, les habitants durent encore, malgré leurs réclamations, s’imposer extraordinairement et prêtèrent au roi deux mille écus, « pour une fois » (7 août); au mois de septembre suivant, il y eût quelques difficultés au sujet de l’impôt connu sous le nom de la Pancarte et qui composait la grosse taille sur les vins, la bierre et les marchandises diverses : ce fut la seule mesure prise par Henry iv et qui déplut singulièrement à notre ville. En 1599 les protestants recommencèrent à s’assembler en dépit des édits ; le bailli de Vermandois, sur les plaintes des catholiques s’occupa de cette affaire et fut sommé par les prétendus Réformés de leur assigner im lieu pour se réunir. Le Conseil s’émut de cette prétention , exagérée d’après le nombre très minime des religionnaires et députa près du roi Jacques Dommangin , procureur-syndic , et Guillaume de Bar, receveur général des décimes (10 mars). Des commissaires furent alors envoyés dans tout le royaume pour assurer l’exécution de L’édit de Nantes : M. de Montlouis et le président Jeannin vinrent ici et reçuren t les plaintes amères des gens du Conseil qui leur demandaient impérativement d’empêcher 1’établissement de prêches à Ghâlons, à Fagnières et à Cornpertrix (14 septembre). Les commissaires voulurent faire droit à une partie de ces réclamations , et décidèrent dans une assemblée générale que les Protestants ne pourraient se réunir ni à Châlons, ni dans les faubourgs ; qu’aux enterrements ils ne pourraient être plus de vingt-cinq , mais que leur cimetière leur serait maintenu (1), et leur prêche établi à Compertrix « en la portion qui est en la haute jus- » tice du roy et non en celle de Monsieur l’évêque» (16 septembre). Ces concessions ne suffirent pas, et de nouvelles plaintes s’élevèrent plus vives et plus nombreuses. Il fallut alors s’adresser encore au roi, qui concilia les prétentions des deux partis autant que possible, et écrivit au duc de Nivernais la lettre suivante, qui règle en même temps et
(1) Le cimetière des protestants était situé près l’abbaye de Saint-Pierre (Conclusion de ville , 10 avril 1653 ).
définitivement la situation des calvinistes dans notre pays : «Mon nepveu, depuis que vous m’avez représenté ce qui s’est » passé en votre gouvernement, en l’exécution démon édict » de pacification , et particulièrement en ma ville de Ghaa- » Ions pour l’establissement du lieu où le prêche se dpibt » faire, le sieur de Montlouis et président Jeannin sont ve- » nus me trouver et m’ont rendu compte de ce qui s’est faict » pour l’exécution de mondict édict , principalement en ma » ville de Chaalons ; m’ayant représenté les difficultés sur- » venues entre les catholiques et ceux de la religion pré- » tendue réformée pour l’establissement dudict presche , » ayant considéré toutes les raisons qu’ils m’ont proposées » d’une part et d’autre , les mêmes advis qu’avez eu du sieur » de Thomassin et des habitants de ma dicte ville , et m’es- » tant faict représenter en mon Conseil ledict édict et ar- » ticles , j’ai recogneu que lesdicts sieurs de Montlouis et » président Joannin ont suyvi et observé ce qui est porté s> par eulx , et que l’exécution n’a esté retardée que pour la » difficulté faicte par le sieur évesque de Chaalons d’acco- » moder à ceulx de ladicte relligion le lieu de Vinay , du- » quel la seigneurie lui appartient : ayant cependant fort h » propos establi le lieu dudict presche à Gombartrix (sic) , y> et d’aultant, mon nepveu , que je désire que cet établis- » sement se faasse au contentement de tous mes sub- » jects , et selon qu’il est ordouné et prescrit par ledict » édict. Je vous prye d’assembler au plus tôt les habitants » de ma dicte ville , tant catholiques que de ladicte religion, » pour leur faire entendre mon intention ; qui est que, sui~ » vant l’édict , l’establissement dudict presche se faasse au~ » dit lieu de Vinay, sy ledict évesque le veut permettre et » qu’il ayt agréable d’en prendre recompensation ; que » tous les habitants travaillent ensemble pour trouver un » aultre lieu en pareille distance de madicte ville , qui soit » h la commodité des uns ou des aultres. Ce queje vous prye > leur enjoindre très expressément et faire que les sieurs » d’Intevillc et de Thomassin , s’ils sont près de vous, s’ern-
» ployent d’affection pour faire effectuer cela audict Yinay x ou dans un lieu aussi commode ; et au cas qu’ils ne puîs- » sent tomber d’accord , ma volonté est que ledict presche » soit continué h Combartrix, suyvant l’establissement » par lesdicts commissaires. A quoy, mon nepveu , vous » tiendrez la main avec pareille affection que vous désirez le » bien de mon service et le repos de mes subjects. J’ay 2> aussy entendu les sieurs de Montlouis et président Jean- » nin la difficulté qui s’est présentée pour l’establissement » du presche à Epernay, et m’ont esté remonstrées lesrai- » sons proposées par ceux de ladicte relligion, et celles des ha- » bitants de ladicte ville, desquels j’ai faict tel poids et con- 2> sidération que j’ay advisé et jugé ceulx de ladicte religion » qui demeurent en ladicte ville estre mal fondés à deman- 2> der l’establissement du presche en ladicte villle, me sou- » venant que le sieur de Yignolles n’a faict prescher en la- » dicte ville que par tollérancect pour luyet ceulx de la gar- » nison qui estoient en la ville seullement. Ce qui ne peulf » avoir acquis possession aux habitants d’icelle pour y con- » tinuer ledict presche, lequel je ne veulx estre faict en las> dicte ville , mais au lieu qui leur est permis par mon édict, » et qui leur sera ordonné par les commissaires : à quoy 3> vous tiendrez la main. Et pour le regard de Yitry , j’ai » agréable que le presche se faasse au lieu que les commis- » saires ont ordonné , puisqu’il leur est commode. En at- » tendant que la chaussée, qui doybt estre réparée , soit en » estât qu’on y puisse passer , il faudra que ceulx dudict » Vitry continuent d’aller oyr le presche à Yitry-la -Bruslée » comme ils ont accoustumé. Sy ce n’est que de gré à gré » le sieur de Sommyévre leur permette de faire l’exercice » de leur relligion au village proche de Yitry qui lui appar- » tient, lequel les commissaires m’ont dictleur estre corn- » mode. Yoila ma volonté sur les trois difficultés qui se sont » présentées en l’étendue de vostre gouvernement, laquelle » j’ai faicte entendre auxdicts commissaires , et vous l’ay » voulu mander afin que vous teniez la main h l’exécution
» d’icelle , comme je vous prye de faire et de me donner » advis, sy il se passe quelque chose au contraire. Vous ad- » vertirezceulxdudict Vitry que j’ai agréable que les deniers » nécessaires pour la réparation de la chaussée se livrent par » mon receveur d’octroy , selon leur proposition ; et sur ce » je prye Dieu, mon nepveu, vous avoir en sa saincte garde.
» Escrit à Fontainebleau le vne jour d’octobre 1599.