‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 22 sur 56 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La réforme en France. — Massacre de Vassy. — Soulèvement des prétendus réformés à Châlons. — Progrès des idées nouvelles dans le Perthois. — Prise du château de Sarry. — Les Chàlonnais en chassent les réfermés. — Précautions prises à Châlons. — Le Conseil demande au roi l’expulsion des protestants. — La Ligue. — Le duc de Guise s'empare 'de Châlons. — Entrevue de la reine Catherine de Médicis et du duc de Guise. — Paix de Nemours. — Châlons cédée aux Guise. — Révolte contre les Guise. — Le Conseil de ville chasse les officiers de la Ligue et refuse de laisser entrer l’évêque. — Efforts des Guise pour reprendre Châlons. — Combat de Saint-Àmand. — Prise du châ leau de Pringy. — Récompenses du roi aux Chàlonnais. — Châlons capitale de la Champagne. — Le Parlement à Châlons. — Prise du château de Conflans. — Rupture avec les Rémois. — Venue du roi. — Paix. — États tenus à Rouen. — Fin des démêlés entre les catholiques et les prétendus réformés.

Cette seconde moitié du xvie siècle est une des époques les plus agitées de l’histoire, non pas seulement en France, mais dans l’Europe entière : ce fut un moment de fermentation générale , de luttes acharnées entre les anciennes et les nouvelles idées, et qui devait aboutir h une transformation radicale dans la civilisation. Ce mouvement se fit vivement sentir â Châlons qui, par sa proximité de la Lorraine , se trouvait exposée plus que toute autre ville.

La réforme et la Ligue, comme chacun le sait, sont étroitement liées ensemble, l’une est la conséquence de l’autre. Depuis quelques années déjà la religion prétendue réformée faisait de rapides progrès , surtout dans la classe élevée delà société, et le roi n’osait pas frapper les nouveaux convertis aussi impitoyablement que le lui conseillaient les princes delà maison de Guise. Malgré les édits, malgré les rigueurs exercées par moment , les Protestants étaient si opiniâtres et si résolus en leur religion que « lors môme que l’on était » le plus déterminé è les faire mourir, ils ne laissaient pour

» cela de s’assembler, et plus on faisait de punitions, plus » ils multipliaient» (1). La moitié de la noblesse, quelques membres du clergé et une grande partie du peuple étaient attachés h la Réforme (2). En 1555, il n’y avait encore qu’une seule église de la nouvelle religion en France : quatre ans après on en comptait deux mille. Malgré les défenses royales, des prêches se tenaient publiquement , et dans toutes les provinces des envoyés de Calvin excitaient les esprits , répandaient les écrits du maître et organisaient des centres d’action. Des hommes illustres par leur naissance et leurs qualités étaient à la tête du Calvinisme : c'étaient les deux princes de Bourbon , les trois frères de Coligny , neveux de Montmorency, le premier amiral, le second colonel-général de l’infanterie et le troisième cardinal. Les parlements, surtout celui de Paris, ne cherchaient pas h dissimuler leur affection pour les dissidents, parce qu’ils y voyaient un moyen de faire de l’opposition au gouvernement , et plusieurs de leurs membres cachaient h peine leur adhésion à la Réforme. Justement effrayés de ces progrès, Henry ii et, après lui, Charles ix sévirent cruellement contre les novateurs , mais ces efforts ne servirent qu’à donner à ceux-ci de nouvelles forces en accroissantle nombre de leurs partisans. Henry ni voulut d’abord suivre la même voie : « qu’ils vivent » dorénavantcalholiquesetsuivantlesloix de la monarchie, » répondit-il aux ambassadeurs des princes allemands, sinon » qu’ils vident le royaume » (3). La guerre recommença alors avec plus de violence , cl les Protestants obtinrent par les armes ce qu’ils n'avaient pu obtenir par leurs prières : le roi , effrayé, accéda à tout ce qu’ils lui demandèrent et leur accorda le libre exercice de leur culte en France , excepté à Paris, avec de nombreuses places de sûreté dans le midi (6 mai 1576).

Comme on peut bien le penser, la Champagne n était pas

(i) Mémoires du marquis de Castelnau , livre rr, cliap. ni.

t$) Histoire des Français, de Th. Lavallée, tome ht, p. 3S6.

(3) Journal de l’Étoile, tome I, page 102.

demeurée indifférente au milieu de cette longue crise ; mais elle avait échappé en partie aux horreurs qui ensanglantèrent alors le midi cl l’ouest du royaume. Dès lo commencement de la Réforme, cette province , par sa position frontière, vit arriver de nombreux missionnaires des idées nouvelles qui, rencontrant peu de succès dans leurs prédications, se hâtèrent de passer outre, tout en laissant quelques convertisderrière eux : ce qui le prouve du moins , c’est que le Conseil de ville de Châlons, dès le 3 avril 1 560, prit une conclusion pour défendre expressément les assemblées illicites, et, réuni au Chapitre, envoya une députation au roi pour lui demander d’empêcher les Protestants de s’assembler [3 octobre 1561] (4). L’année suivante , les calvinistes de Vassy commirent de grands désordres : l’évêque de Châlons s’y rendit et tenta en vain de la conciliation ; les catholiques se plaignirent hautement h Antoinette de Bourbon , duchesse de Guise « dame très vertueuse et très zélée pour l’ancienne » religion » qui s’adressa à son tour au duc de Guise , son (ils. Celui-ci se hâta devenir â Vassy, et le lendemain de son arrivée , qui était un dimanche , les calvinistes faisant leur prêche dans une grange , leurs chants s’eutendaient dans l’église où le duc assistait h la messe ; le prince leur fit demander un moment de silence , mais ils ne voulurent rien accorder : alors deux pages et quelques valets se portèrent au prêche et une rixe s’engagea : le duc accourut, une pierre l’atteignit presqu’aussitôt au visagcctses gens se jetèrent sur les Protestants , en tuèrent soixante et en blessèrent deux cents (2) [1er mai 1562],

Le massacre de Vassy fut le signal de la guerre civile qui se répandit rapidement. Le protestantisme gagna aussi à Châlons : l’un des gouverneurs de la ville , Claude Billet , donna sa démission peu après son élection , pour embrasser la nouvelle religion et sc présenta au Conseil avec Jean Bes-

(1) Les députés du chapitre étaient Charles de Godet, doyen, et le chanoine Robert Guissolte,

(9) Manuscrits de dom François, à la bibliothèque de Châlons.

ehefer, receveur des tailles , Jacques Langaultet Jean Colin, tous appartenant à la haute bourgeoisie de la cité , pour demander l’admission de leurs coréligionnaires dans cette assemblée et la permission de construire un temple ( avril 1562) : à cet effet et pour donner plus d’importance h leurs prétentions, ils faisaient venir des environs un assez grand nombre de protestants pour tromper le public sur leur nombre (1). Mais la masse de la population était très hostile h, ces tentatives; l’évêque de son côté, Jérôme Bourgeois, se montrait très zélé pour conserver Châlons au catholicisme : en 1561 , il avait fait garder par des soldats les abords de la rue Saint-Marlin où devait se tenir un prêche (2); de concert avec les échevins , il avait obtenu en 1562 du roi que les Protestants ne pourraient plus servir h la garde des portes et des remparts , mais qu’ils seraient tenus de payer une certaine somme pour compenser cette exemption (3). Dès que la nouvelle des événements de Yassy fut connue, le Conseil de ville crut devoir prendre des mesures énergiques , rétablit la garde aux portes comme au temps de guerre , et peu après les Protestants se soulevèrent, mais la milice bourgeoise en vint aisément h bout sans être obligée de répandre de sang : les deux chefs delà révolte seuls furent jugés et pendus par la main du bourreau. Ce mouvement indisposa plus vivement encore le Conseil de ville contre les religionnaires , et non content de leur fermer les portes de la salle , il voulut les priver du droit d’occuper des charges publiques et d’exercer des métiers : le roi n’y consentit pas (A). Leur posi-

(1) Ce fait est constaté par de nombreuses conclusions de ville et notamment par celle du 27 mai 1562.

(2) Lettre du duc François de Guise a M. de l’Hôpital du Castel , capitaine de Châlons, 7 décembre 1561 , — arch. de l’hôtel de ville.

(3) Lettre du roi à M. du Castel, 20 mai 1562 : « Je veulx que vous ordonniez » récepvoir à ladicte garde seulement ceulx qui seront de la religion catholique et » ancienne, sans y'admettreles aultres jusques à ce que les troubles qui se voyent » en mon royaume soient passés, ou qu’il en soit ordonné aultrement. » — Arch. de l’hôtel de ville.

(4) Frocédure contre Michel Le Caussonnier, contrôleur des tailles; Jean BeschefeE

tion cependant ne s’améliora pas ; ils ne pouvaient porter les armes , se réunir sans permission et étaient l’objet d’une surveillance continuelle ; parfois même on les internait dans la ville. En 1567 , ils présentèrent au Conseil une requête tendant à obtenirde M. de Barbezieux , lieutenant-général du roi en Champagne , la permission pour eux « de sortir des murs , aller aux champs » et faire délivrer des prisons , deux des leurs , Jacques Rachel et Jacques de Bar : le Conseil prit une conclusion en ce sens (3 octobre) .

Le Perthois était h ce moment favorable à la Réforme , les nouveaux convertis très nombreux et des bandes armées dévastaient le pays , rançonnant assez indifféremment les villages catholiques et protestants. Une de ces compagnies vint attaquer le château de Sarry et s’en empara : pendant que les chefs agitaient la question de savoir s’ils le démoliraient ou le conserveraient, les bourgeois de Châlons survinrent et les en chassèrent [1567] (1).

Le roi s’intéressait beaucoup à la conservation de Châlons qui était son principal boulevard en Champagne; aussi voiton dans les nombreuses dépêches adressées au capitaine de la ville la recommandation sans cesse répétée de veiller h sa sûreté contre les surprises qui étaient constamment à craindre : « ayez l’œil tant ouvert que lesdits de la religion » ne puissent vous prester aulcune raison » , écrivit le duc de Guise à M. du Castel, le 18 mai 1568 ; « craignant une » surprise, lui mande-t-ii le 8 juin, je vous escript ce petit » mot pour vous dire qu’il ne fault pas faillir de tenir la

main à la garde tant de nuictque de jour de ladite ville». Le maréchal d’Espaux renouvelait encore ces encouragements

et Pierre Leduc, receveurs des tailles ; Jacques Langault , grenetier au grenier à sel, et Claude Billet, marchand. Arrêt du Conseil du roi du 22 avril 1864. — Archives de l’hôtel de ville.

(1) Ces bandes s’attachaient surtout à dévaster les abbayes et en ruinèrent un grand nombre. Je citerai du côté de Vitry celles de Huyron, de Châtrices, de Moiremont; du côté d’Épernay , celles de Saint-Sauveur de Vertus, de Notre-Dame delà même ville, de Gayc, de Notre Dame do Belle-Eau, du Jardin, du Val-Dieu, etc.

peu de jours après. Eufin, en 1574 Charles ix écrit lui meme aux gens du Conseil une lettre qui existe encore dans les archives de l’hôtel de ville , pour leur recommander « de prendre garde plus soigneusement à la seureté de » nostre ville ; de ne souffrir qu’aulcuns s’en emparent con- » tre notre service; de ne laisser entrer soubs quelque cou- » leur ou prétexte que ce soit, troupes de cavallerie ou com- » pagnics de gens de pied sans passeport ou sauf conduit » signé par nous» (15 septembre). Malgré ces précautions, les protestants ne se tenaient pas tranquilles et, continuant leur ancien système, cherchaient par tous les moyens h augmenter le nombre par trop restreint de leurs partisans dans notre cité. En 1576, aussitôt après l'édit de pacification arraché au roi par la crainte de la guerre civile, les Châlonnais adressèrent h Charles ix une requête pour obtenir l’interdiction du prêche : elle commence en ces termes: « Sire, vos très humbles et obéissants subjects , les » habitants de vostre ville de Chaalons en Champaigne, vous » remontrent en toute humilité, que soubs l’ombre de vostre » édict de pacifficalion , aulcuns particuliers dudict Chaa- » Ions, au nombre de trente ou environ , gens de basse con- » dilion, auraient entrepris naguère de dresser ung preschc » au dedans de ladicte ville/) ; puis il y estditquelcs Protestants cherchent h faire venir des religionnaires des environs et même de Sedan , Jametz, etc : « en quoy l’on peut prévoir » aysément que ledit presche se continuant en ladite ville « (laquelle pour estre sur la frontière de Champaigne et qui « est eu temps de guerre la retraite de la plupart de vos » subjects du plat pays, et en laquelle aussy est establic » vostre receptc générallc de Champaigne et magasin d ar- » tillcrie) sera en bref délai emplye d’eslrangers sectateurs » de ladicte rclligion qui pourront machiner contre elle et » même la surprendre au premier bouillon d un rcnouvcl- » vellemcnt de troubles ». Une pétition analogue écrite par l’évêque cl les autres seigneurs temporels de Chalons, accompagnait cette requête, cl sc terminait ainsi : « et ferez

» bien de nous exaucer, et seront lesdicts suppliants plus » enclins h prier Dieu pour vostre estât et prospérité : » signé: Cosmc, évêque de Ghâlons et abbé de Saint-Pierre, Louis de Clèves, abbé de Toussainls , Gallois, notaire du chapitre. Le roi ne voulut pas revenir sur son édit, mais il ordonna que les gens de la religion prétendue réformée, payant l’impôt des aides à Châlons auraient seuls le droit d’aller au prêche [novembre 1576] (1).

Cependant cet édit de pacification avait fourni au duc Henri de Guise et au cardinal de Lorraine un prétexte qu’ils attendaient avec impatience et qu’ils saisirent avec empressement; ils constituèrent une fédération à laquelle adhéra la majorité de la noblesse; cette ligue avait pour but apparent de maintenir la religion catholique dans toute son intégrité, mais au fond les princes de Guise se flattaient de s’en servir pour réaliser leurs ambitieux desseins contre la maison de France (12 février 1577). Cet évènement vint entretenir les hostilités et empêcher le calme de se rétablir. La guerre se soutint avec vigueur et menaça sérieusement cette fois la Champagne ; le gouvernement y envoya des troupes et, en 1581, ordonna la réparation des fortifications de Châlons (2), mais le voisinage de Joinville, un des principaux centres des Guise, la menaçait h chaque instant et, il faut le dire aussi, le duc de Guise, jusques là gouverneur de la province, qui était venu souvent dans la ville, qui se montrait si chaudement le défenseur du catholicisme, n’était pas un homme effrayant aux yeux des habitants qui, comme beaucoup d’autres, prenaient au sérieux ses témoignages de dévouement (3). Depuis la formation de la Ligue,

(1) Archives de l’hôtel de ville.

(2) Le devis des travaux à exécuter se montait à, 10,300 écus ; à ce moment il n’y avait dans la place en fait d’artillerie qu’une bâtarde de 2,72b livres, une moyenne du même poids et 2 fauconnaux ; le roi y fît ajouter deux moyennes de 1,42b et 1,100 livres (Arch. de l’hôtel de ville.)

(3) Les princes de Guise s’arrêtaient toujours à Châlons, en revenant ou en allant à la cour ; dans une note précédente, j’ai signalé la réception faite en 1336 à la duchesse de Guise ; le 20 avril 1S48 on députa près du duc, alors à Joinville,

le roi, sans oser destituer le duc de Guise, avait chargé \1. de Dinteville, un de ses conseillers d’état et successeur de M. de Barbezieux, comme lieutenant-général en Champagne, du gouvernement de la province «pendant l’absence du duc», ainsi que le portent les lettres patentes (20 décembre 1579). M. de Dinteville vint souvent à Châlons et Henri ni lui écrivit le 8 janvier 1580 pour lui annoncer « qu’il avait avis » d’une entreprise qui se brasse sur la ville de Challons et lui » ordonner d’y demeurer quelque temps pour y aviser (1).» Le mois suivant, 1\I. de Piépape , gentilhomme attaché au roi , mais qui penchait ouvertement pour la Ligue , réunit à Châlons l’évêque, le doyen du chapitre et les principaux habitants et voyant les bonnes intentions dont ils étaient animés en faveur des Guise, fit retourner les troupes qu’il destinait à la garnison (2). A ce moment on n’en peut douter, notre ville était disposée h accueillir ces princes: deux capitaines pour le roi s’y trouvaient, l’un, M. du Castel, nommé par Henri iii, l’autre, Philippe de Champagne, par le duc de Guise et depuis 1578, les registres du Conseil constatent la présence constante de ce dernier, et l’absence de M. du Castel. Tandis que le roi réunissait péniblement de l’argent et des soldats, Guise était déjà prêt à traduire en faits les conventions arrêtées peudejours avant dans le château de Joinville entre les princes Lorrains et les représen-

(leux conseillers de ville, Charles Clément et Jean Garnier, pour le prier d'obtenir que Châlons fut exempté de fournir un contingent dans la levée de 50,000 hommes qui se faisait ; « or , pour le bien disposer , on offrira audit seigneur 12 paons ou ■ 12 dindes s’il n’y a pas de paons , et 12 coqs , en tout pour une valeur de 50 » écus. » L’année suivante les ducs de Guise et d’Aumale s’arrêtèrent ici.

(1) Correspondance de M. de Dinteville, un fort volume manuscrit, petit in-f°, à la bibliothèque de la Sorbonne. Ce précieux document , dont je dois la connaissance à l’obligeance du savant conservateur de cet établissement , M. Avenel , jette un jour tout nouveau sur l’histoire de la Ligue dans nos contrées ; il est maintenant impossible de se livrer utilement à cette étude sans le consulter.

(2) — Ibid. — M. de Dinteville, dans sa correspondance, ne s'explique pas davantage sur la nature des bonnes intentions des Châlonnais, mais il y a lieu de croire que M. de Piépape agit en faveur de la Ligue en laissant Châlons sans garnison , car nous le v rrons tout-à-l'heure au service du duc de Guise.

tanls du roi d’Espagne et du Cardinal de Bourbon (31 décembre 1584.) Ayant appelé immédiatement à lui Pfiffer avec ses six mille Suisses et Bassompierre avec quatre mille retires levés par ses soins, 1c Balafré, quoique ne disposant encore que de faibles troupes et que d’une portion de la noblesse de Champagne, n’hésita pas à juger avec une incomparable hardiesse de coup-d’œil, qu’il convenait d’agir par surprise dès que l’on aurait sous la main « quatre ou cinq- » mille hommes avec deux grandes bastardes et six couleu- » vrines»afin d’enlever les chances d’initiative à Henry m, qui aurait pu dans ce premier moment, dit Guise lui-même, » le forcer de se retirer au plus vite en Allemagne en at- » tendant une occasion plus favorable» (1) [1585].

Le duc voulut d’abord s’assurer de Chàlonset s'achemina à cet effet vers cette ville. M. de Dinteville fut prévenu de cette résolution par un courrierqui vint le trouvera Troyes le 18 mars et lui apporta l’ordre de se rendre sans délai dans cette ville « pour s’assurer de l’obéissance de ses habitants » à cause de certains bruits d’entreprise. » Le 20 il était h Châlons et se présentait à la porte de Marne précisément comme le duc de Guise s’arrêtait 5 la porte Saint- Jean. M. de Piépape vint de suite près de lui et lui proposa de le conduire près du chef de la Ligue, logé chez le receveur général de la province. « Le sieur de Dinteville sur cette >' semonce, se trouva infiniment perplexe, n’ayant avec luy » que vingt hommes de main, et ne connaissant pas les in- » tentions des habitants , d’autant que le capitaine Cham- » pagne prévenu de l’arrivée du duc , avait préparé les » principaux de la ville à aller au-devant de lui » ; il se décida pourtant à se conformer à la proposition de M. de Piépape et passa trois heures à converser avec le duc de Guise, en présence de ses officiers , de Saint-Belin , maître d’hôtel du roi, et son frère, de Hautefort, de Montarby, de Dampierre, du baron de Saint-Amand, de Saint-Chéron, de

(1) Histoire du duc de Guise, de M. le comte de Bouille, tome ni, page 134,

Malatcste, etc ; et ils se séparèrent sans rien décider. Le lendemain malin les notables du Conseil vinrent chez M. de Dinteville s’excuser de leur conduite en disant que jusqu’ici ils avaient bien gardé la ville, mais que n’ayant pas reçu d’ordre, ils n’avaient su comment repousser le duc qui se présentait soutenu par une forte division et de l’artillerie. M. de Dinteville comprit le sens de cette démarche et se hâta de regagner Troyes (1).

Châlons devint ainsi le premier quartier-général de la Ligue et le Balafré y amena peu après le cardinal de Bourbon, fantôme aisé à abuser et derrière lequel il pouvait cacher ses projets : il s’empara bientôt de Verdun et eut la satisfaction de voir Reims , habitué è voir des princes Lorrains siéger sur le trône archiépiscopal , se déclarer ouvertement pour son parti. Le roi surpris à l’improvistc , pressé de tous côtés par la guerre et manquant de ressources les plus nécessaires, voulut faire la paix: il envoya sa mère , Catherine de Médicis, près du duc de Guise qu’elle eut beaucoup de peine à rencontrer : cependant elle l’avait « toujours pour- «. suivy par lettres et voyages » ; elle allait à sa recherche à Reims où ii s’excusait fort légèrement de ne pas s’être trouvé, puis h Jalons et à Châlons où elle fut reçue avec les plus grands égards (2). Le prince se montra dur et sévère

(1) Tous ces détails sont extraits du mémoire adressé à ce sujet au roi par M. de Dinteville, manuscrit de la Sorbonne. C’est à tort que M. le comte de Bouillé, dans sa remarquable histoire des ducs de Guise, a dit « qu’avec sa petite armée le Balafré se rendit dès le début maître de Châlons » (tome i, page 134). Une lettre de M. de Dinteville, qui se trouve dans le manuscrit que j’ai déjà cité et qui était adressée au roi le 3 avril 1385, porte à la vérité « que le duc n’ayant pu prendre » Challons de bon gré, allait avec 4,000 hommes pour l’assiéger, avec aussi deux » grandes coulevrines et six bâtardes déjà montées. * Mais on voit par les dispositions des bourgeois et la démarche des notables près du sieur de Dinteville , que leur résolution était bien prise et que cette dépêche n’était destinée qu’à colorer aux yeux du roi la défection de Châlons.

Une remarque que j’ai été également à même de faire, c’est que l’on ne trouve aucune délibération du Conseil relative au passage de notre ville sous la domination des Guise.

(2) Une conclusion du Conseil de ville, du 15 mai 1585, charge Pierre du Molinet, échevin, de haranguer la reine-mère. Cette princesse avait déjà passé à Châ-

envers elle et elle dut acquiescer à tout ce qu’il demanda. Le 5 juillet 1585 fut signée la paix de Nemours par laquelle le roi Henry ni reconnaissait la Ligue et abolissait la religion prétendue réformée. Diverses places de sûreté furent accordées aux chefs : le duc de Guise eut Châlons, Saint- Dizier, Tout et Verdun,

Dès le 19 juin , le duc do Guise avait donné le commandement de Châlons « en son absence» au sieur de Rosne, chevalier de l’ordre du roi et capitaine d’une compagnie de cinquante hommes de ses ordonnances ; le 11 août le Conseil et les officiers de la ville durent en outre prêter serment d’obéissance h leur nouveau maître. Après la paix de Ne mours les hostilités demeurèrent suspendues pendant quel ques mois h peine; le roi, toujours faible et irrésolu , mécontentait tous les partis, et ne pouvait trouver d’appui nulle part: le meurtre des princes de Guise vint lui porter le dernier coup et préparer sa mort. Pendant le gouvernement des Ligueurs, les protestants demeurés h Châlons se virent de nouveau poursuivis et reçurent l’ordre de rendre toutes leurs armes , offensives et défensives (1) ; mais ce moment ne devait pas se prolonger. Les Châlonnais virentbientôt la mauvaise marche des affaires sous la direction des Guise et voulurent aussi rentrer sous l’obéissance du roi , dès que ce prince se fut décidé à abandonner de nouveau la Ligue. Henry m fit parvenir au Conseil de la ville une dépêche en ce sens (2£ décembre 1588), et comme si ce corps n’attendait que cet encouragement , il prononça le 29 l’expulsion de M. de Rosne et l’arrestation du capitaine Louis qui commandait sous lui; le même jour une autre conclusion requit les habitants de conserver Châlons sons l’obéissance du roi et reconnut M. de Thomassin comme commandant royal. A ce sujet Henry m écrivit au Conseil une longue lettre où se trouve ce passage :

Ions lorsqu'elle était venue avec Charles ix conduire jusqu’à Vitry le duc d'Anjou, élu roi de Pologne. L’archidiacre Sibert l’avait harangué, et on lui avait donné une coupe de vermeil ( oct. 1573).

(1) Conclusion de ville du 11 octobre 1585, répétée le 22 novembre 1586.

» Nous vous félicitons d’avoir chassé iesieur de Rosne et le ca- » pitaineLouis(l)qui voulaient apporter le trouble et la divi- » sion parmy vous. Vous continuerez cette même bonne vol- » lonté, et bon debvoir envers nous, sans avoir aultre but » que l’honneur de Dieu et de la relligion catholique , apos- » tolique et romaine , et l’obéissance que justement vous nous » debvez, vous avez le bonheur d’être bons et loyaulx sub- » jectsde votre roi etbien aymez deluy; et vostre grande loy- » aulté est le plus grand trésor et héritage plus asseuré que » vouspuissiez laisser à vostre postérité» [/[janvier 1589] (2). En même temps on prenait les plus grandes précautions pour mettre Châlons à l’abri d’un mouvement intérieur ou des attaques des ennemis dont elle était alors entièrement environnée. Quatre compagnies, chacune de cinquante soldats, levées au compte de la ville , lurent confiées à Messieurs François de Godet, Claude de Godet de Saint-Hilaire , Claude Cuissotte de Gizaucourl et Thierry de l’Hôpital du Castel : déplus une garnison de cent hommes fut installée à Juvigny pour s’opposer aux tentatives que pourraient faire les Rémois. Le 17 janvier plus de quatre cents des principaux bourgeois furent réunis à l’hôtel du Saint-Esprit sous la présidence ds Messieurs de Dinteville et de Thomassin pour prêter serment de fidélité et d’obéissance au roi : le môme jour on porta le nombre des compagnies de la garnison de quatre h six , chacune de cent hommes (3). Ces mesures fu-

(1) Trois bourgeois de Châlons ayant offert une caution pour le capitaine Louis , il fut mis en liberté et l’on ne s’en s’occupa plus. Ces bourgeois furent Thomas Le Duc, l’élu Lefebvre et Pierre Leblanc.

(2) Archives de l’hôtel de ville.

(3) Ces compagnies furent données à MM. de Plyvot ( frère deM. Du Castel, rétabli dans sa charge de capitaine de la ville ) , de Gisaucourt , de Saint-Hilaire , ' d’Omey, de Ricey et Roussot. Chacune comprenait :

Un capitaine à 38 liv. 1 sol par mois ;

Un lieutenant à 18 liv. 2 sols ;

Un enseigne à 12 liv. ;

97 sous-officiers et soldats à 388 liv.

Plus deux commissaires et deux contrôleurs pour l’administration , ce qui donnaient une dépense totale de 2,797 livres 2 sols par mois.

Au mois de juillet on leva en outre une compagnie de 60 hacquebutiers à che-

i^nt justifiées par la mauvaise volonté d’une partie de la population ; il fallut même au mois de mars avoir recours à des moyens rigoureux ; la ville fut divisée en sept quartiers dans chacun desquels trois commissaires furent chargés de visiter les maisons, faire l’inventaire des armes et surveiller les bourgeois suspects : plusieurs furent mis en prison : on avait même refusé à l’évêque, Cosme Glausse, malgré ses protestations , l’entrée de Châlons quand il revint de Reims où il était allé tenir sur les fonds un enfant du duc de Guise [15 février] (1).

Cependant les chefs de la Ligue ne cessaient de faire des tentatives pour gagner les capitaines de la garnison et les habitants de Châlons , et replacer celte ville sous leur domination; mais la fidélité des officiers, comme des bourgeois, fut inébranlable.

Dès les premiers jours, le duc de Lorraine adressait d’amers reproches aux Châlonnais (8 janvier), et le 11 du même mois, M. de Rosne , alors retiré à Saint-Dizier , faisait également une tentative près des gens du Conseil et n’en obtenait que cette réponse : « M. de Rosne, il n’est point » besoing, s’il vous plaît, de vous plus mettre en peine de » nous donner advis de ce qu’il faut que nous fassions pour » nous maintenir en l’obéissance du roi et la fidélité que » nous luy debvons, parce que nous sommes assez certains » de ses commandements (2). » Les princes de Guise s’adressèrent alors uniquement à M. de Plivot, mestre de camp, commandant les compagnies de la garnison (3). Le conseil

val pour battre les campagnes, et comme la ville manquait de fonds, chaque membre du Conseil dut prêter vingt écus au Soleil ( conclusion du 6 juillet). Cet état de chose dura jusqu’au 23 février 1590, que l’on réduisit les compagnies à 50 hommes chacune et que l’on supprima les hacquebutiers à cheval.

(1) Voir aux preuves la protestation de l’évêque.

(2) Archives de l’hôtel de ville.

(3) Pour l’intelligence du récit, je crois devoir dire quelques mots sur la famille de MM. de Plivot et du Castel.

Thierry de l’Hospital, écuyer, seigneur du Castel et des Grandes-Loges, fut nommé capitaine pour le roi à Châlons en 1551 ; il céda sa charge à son fils Jean de l’Hos-

général de la Ligue catholique lui fit les premières ouvertures le 3 mars : Catherine de Clèves , duchesse de Guise , écrivit deux jours après h mademoiselle de Plivot; le sieur de Bar, au retour d’un voyage à Reims, adressa également h M. de Plivot une lettre où il lui parlait des Guise qu’il venait de voir, et le suppliait de se joindre à eux plutôt que d’exposer Châlons a ù ung siège, duquel elle est fort » proche , et qui serait cause de la ruine totale d’icelle » (1er juillet) ; Claude de Lorraine, chevalier d’Aumale, étant à Vitry, écrivit lui-même en secret à M. de Plivot : « Je » ne puis vous gratifier d’ung de mes membres , mais je vous » donnerays tant de subjets de contentement et tel grade » d’honneur qu’il dépendra auprès de ma personne ; sy vous » avez affaire d'argent, je vous ferays tel présent que vous >) aurez subjects de vous contenter; et je vous prie et reprie » avec telle vollonté qu’il m’est possible , voulloir entrer à » mon service , je vous ferays part de ma fortune et des » moyens que j’ay » [2/i juillet] (1). Le même jour il écrivit la lettre suivante , entièrement de sa main aussi , et destinée h être rendue publique; je la crois trop curieuse pour la passer sous silence :

«A monsieur de Pleivio, mestre de camp, et aux cap- » pitaines , estant soubs charge h Challons.

>) Messieurs , je vous supplye croire le porteur , vous ju- » rant sur ma vie et mon honneur , que ce qu’il vous promet- » tra de ma part ne vous sera en rien manqué , vous conju- » rant sur l’amytié que vous m’avès portée et sur la souve- » nance de ce vertueux et magnanime prince, votre deffunct

pital , seigneur de Plivot , et après la mort de ce dernier , arrivée en Flandre en 1574, il fut renommé capitaine de Châlons. De son mariage avec Marguerite Cuissotte de Gisaucourt, il avait eu un second fils , Thierry n de l’Hospital , seigneur de Plivot, mestre de camp et capitaine de la ville après son père. Une autre branche était représentée par Claude de l’Hospital, seigneur de la Chapelle, capitaine d’une compagnie de gens de guerre, commissionné en 1589. (Archives de l’hôtel de ville. )

(I) Cette lettre est entièrement de la main du chevalier d’Aumale ; ces pièces j et celles qui suivent existent toutes aux archives de l’hotel de ville.

» maistreet le mien , de faire paroislrc sur le coup vos fidé~ » lités , ne doubtant nullement que ce que vous avez faict par » le passé, la force a eu plus de pouvoir que la vollonté; les » parolles sont propres aux femmes , et les elFects à héros. » V ous promettant effectuer tout ce qui vous sera promis.

» Votre serviteur.

» Claude de Lorraine, chevallier d’Aumalle. »

Le roi de son côté ne négligeait rien pour satisfaire Châlons et la maintenir dans ses bonnes dispositions : il y envoya le duc de Nevers pour y aviser avec M. de Dinteville aux moyens de mettre la ville 5 l’abri des surprises (avril). Le duc de Nevers arriva comme les Châlonnais venaient de remporter un brillant avantage sur les Ligueurs. Le comte de Saint-Pol, gouverneur de Reims pour les Guise, avait repoussé l’armée du maréchal d’Aumont, l’avait poursuivi jusqu’à Saint-Amand et l’y avait battu complètement. Pendant son séjour à Vitry, Saint-Pol s’empara du château de Pringy , situé à une lieue de cette ville , s’y fortifia , rançonnant les villages voisins et inquiétant même les habitants de Châlons. Ceux-ci s’armèrent à la voix de M. de Thomassin ; iis rejoignirent un corps de troupes commandé par Robert de Joyeuse , comte de Grandpré, marchèrent sous ses ordres contre les Ligueurs et les firent rentrer dans le fort. Le lendemain ils montèrent à l’assaut et emportèrent la place; Saint-Pol et quelques-uns de ses soldats purent seuls s’échapper, et se retirèrent en toute hâte à Vitry (1). Le roi se hâta de châtier la félonie des habitants de cette dernière place en leur enlevant d’abord leur bailliage pour le réunir à celui de Ghâlons (2 mai) , et leur grenier à sel (27 mai), « parceqüe, disent les lettres-patentes, les habitants » dudict Ghaalons ont servy et obéi au roy avec plus de » fidélité et sincère affection qu’aulcun aultre lieu de la pro- » vince » . Depuis le 16 avril, il avait établi dans notre ville

(i) Lejeune comte de Grandpré,fut tué dans ce combat. Peu de temps après „

'-une; chambre du Parlement de Paris avec juridiction sur la Champagne, la Brie et la Picardie : les habitants de ces pays ne pouvant comparaître ni assigner ailleurs, sous peine de faux et de rébellion (1). Enfin un édit daté de Tours reconnut Châlons comme la principale cité de la Champagne (27 mars 1589).

Tous les efforts tentés pour ébranler les Châlonnais dans leur fidélité furent inutiles, et quand la mort de Henri ni eut mis la couronne sur la tête du roi de Navarre , Châlons n’hésita pas h suivre le conseil donné par le souverain mourant, en reconnaissant Henri iv. Trois jours après l’assassinat du dernier des Valois, le Béarnais écrivait aux gens du

M. de Thou vint à Châlons avec le parlement, et lui composa l’épitaphe suivante :

Peuples , ornez de fleurs sans nombre Le tombeau que vous élevez ;

Vous devez ce tribut à l’ombre Du héros qui vous a sauvé.

Grandpré qu'enferme cette pierre,

Trois jours entiers a combattu

Pour chasser de votre frontière Un ennemi qui cède à sa vertu.

Il meurt après cette victoire ,

Il meurt percé de mille coups ;

Châlons, dormez en paix à l’abri de sa gloire ;

Habitants , réjouissez-vous !

Si par une attaque soudaine ,

Dans vos remparts on osait pénétrer ,

Les mânes de ce capitaine Suffiraient pour vous délivrer.

( Notes manusc. de dom François. )

(!) Les autres chambres furent transférées à Tours ; celle de Châlons comprenait deux présidents , MM. de Thou et Nicolas Pothier ; quatre conseillers , un greffier , deux clercs , un avocat-général , M. Hugues de Lestrée ; un procureurgénéral, un maître des requêtes, quatre secrétaires du roi, un audiencier, un contrôleur en l’audience , un conseiller chauffe-cire et deux huissiers. Elle tenait ses séances au couvent des Jacobins, dans le réfectoire. Une conclusion du Conseil de ville, du 26 août 1613, décida « qu’il empêcheroit que les bancs et sièges qui sont » dans la salle des Jacobins ne soient transportés et démolis, attendu qu’ils servent » de marque et de mémoire à la fidélité des habitants pour y avoir été la cour de » parlement séante durant les troubles derniers , y ayant arrêt qui ordonne qu’il « demeureront par ladite raison. »

Conseil de notre ville pour les exhorter h lui demeurer soumis (3 août), et envoyait en Champagne le maréchal d’Aumont « pour reslablir l’autorité du roy , le repos et la tran- » quillité de la patrie » [Dépêche du maréchal à M. du Castel, 23 août]. Dans une assemblée solennelle tenue le 6 août, sous la présidence de M. de Thomassin , les Châlonnais jurèrent d’obéir à Henri iv « sous la condition que » le légitime successeur roi de la couronne de France les » conserverait en la religion catholique, apostolique et ro- » mainc. »

Les Ligueurs néanmoins ne se tenaient pas pour battus; le chevalier d’Aumale renouvelait ses démarches près de M. du Castel et l’exhortait vivement è se joindre à lui : « vous qui avès toujours esté catholique, lui disait-il, n’ayant s> plus de respect qui vous empesche de vous unir avec les » gens de bien. » Il lui dépêchait M. de Montarby de Dampierre , un de ses officiers , pour le solliciter encore davantage (15 août). Les Châlonnais répondirent par de sérieuses démonstrations en faveur de Henri iv, et s’empressèrent sur sa première demande de lui donner deux mille écus; et, cependant, c’était une très-lourde charge pour eux qui ne pouvaient faire face aux dépenses extraordinaires occasionnées par la garnison , qu’au moyen d’emprunts continuellement répétés. A ce moment, la garde de la ville était faite avec un soin extrême : les portes étaient exactement fermées, et une commission de sept membres avait été constituée, le 18 juin, afin que l’un d’eux fut toujours àl’hôtel du Saint-Esprit pour décider à l’égard des individus qui demandaient h entrer. La milice et les troupes régulières faisaient concurremment le service, et deux des conseillers de ville devaient accompagner les rondes, une fois le jour et une fois la nuit (1). Après la proclamation de Henri iv, et sans

(1) Sur la demande du Conseil, le maréchal d’Aumont avait mis à Châlons quatre compagnies de 100 fantassins et une de 100 chevaux légers, logés moitié en ville et moitié aux faubourgs. La ville avança deux mois de paye pour les fantassins , à raison de 4 écus par homme , et un mois à la cavalerie , à 8 écus par cavalier.

doute dans la crainte qu’ils ne songeassent à relever la tête, tous les religionnaires non originaires de Châlons durent en sortir sous peine d’expulsion (8 août). Enfin , comme Reims continuait de tenir chaudement pour la Ligue, le Conseil décida qu’à l’avenir il était défendu de communiquer avec Reims « et les autres cités rebelles de Cham- » pagne » [18 décembre] (1).

En 1590, le calme se rétablit un moment de nos côtés, Fon put abandonner quelques-unes de ces fatiguantes précautions et soulager les finances de la ville en diminuant l’effectif des troupes. Henri iv, du reste , ne cessait de s’occuper de la Champagne : il écrivait à M. de Thomassin : « Croyez, je vous prie, que je désire infiniment aller en * mon pays de Champaigne pour nettoyer complètement » celte province, et en chasser mes ennemys, comme j’ai » faist depuis troys mois de celles du Mayne, d’Anjou et de » Normandie, ce que j’espère faire bientost. 2>I1 s’engage aussi » à payer les troupes de la garnison et tous les autres officiers , » sans que les habitants de madicte ville et de ses environs 2> en ressentent aucune incommodité ;> enfin, pour l’exhorter davantage à soutenir vigoureusement sa cause, le roi parle avec détail à M. de Thomassin de ses dernières opérations contre les Ligueurs, « j’ay cherché, ajoute-t-il, » toutes les occasions que j’ai pu pour attirer mes ennemys » au combat, même à la veu du duc dp Mayenne et de toute s son armée » (2).

A dater de ce moment , les Ligueurs perdirent chaque jour du terrain , surtout dans notre pays ; au mois de mai les bourgeois de Châlons participèrent à la prise d’Avizeet empêchèrent que cette ville ne fut démantelée. Puis comme

Le roi devait leur rembourser en cédant au Conseil le dernier trimestre du grenier à sel ( 16 septembre 1589 ).

(1) Cet état de rupture entre les deux villes subsista jusqu'à la fin de la Ligue. Cependant des trêves étaient conclues avec l’approbation du roi pour le temps des vendanges. ( Conclusion du Conseil, 50 octobre 1592 ; approbation du roi, 23 décembre. )

(2) Lettre écrite du camp devant Dreux , 4 mars 1590

les gens des compagnies logées dans les châteaux de Conjflans, d’Aulnay-Lcttrée et d’Aulnay-aux-Planches ne cessaient de ravager la campagne et venaient jusqu’aux faubourgs de Châlons, nos bourgeois sous la conduite de M.dc Thomassin allèrent leur enlever ces postes et en raser les fortifications. Le château de Conflans seul offrit quelque résistance et ne se rendit qu’après avoir reçu quatre-vingt coups de canon (18 août).

En 1591, le roi vint dans notre ville en se rendant au siège d’Epernay, qu’il enleva rapidement; il séjourna ici quelques jours et reçut encore de nombreux dons en argent et en vivres (1). C’est pour perpétuer le souvenir de tous ces actes de fidélité et d’obéissance, que Henry iv ordonna à Pierre Boucherat, directeur delà monnaie de Champagne, transférée depuis deux ans de Troycs à Châlons , de faire frapper des médailles en or, en argent et en bronze ; sur la face on voit la tête d’Henry avec cette légende : henricvs.

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