CHAPITRE X
Clermont Baronlc. — Guillaume de Ciullnem,
ïur de la Ville.
Nous voici arrivés à l'époque où Clermont commence à se faire remarquer ; il va se constituer comme un Etat à part, ayant son gouvernement propre , et pouvant fournir son histoire sans être obligé d'emprunter à celle de ses voisins.
C'était l'époque du morcellement des grands fiefs , et de rétablissement des petites seigneuries héréditaires. Le duché de Toulouse , après s'être divisé en trois duebés dont un , celui de Septimanie y était le partage de Bernard, fils du fameux Guillaume , voyait ce dernier fief se subdiviser en Marquisat <t Espagne et en Marquisat de Golhie ,
et puis ces deux marquisats se morceller encore et se résoudre en Comtés , Vicomtés et Baronies.
On croit que c'est un frère de Bernard II, petit-fils de Guillaume et marquis de Gothie, qui donna à notre Ville le premier de ses Barons. Selon ï Histoire de nos Seigneurs , ce marquis aurait eu un frère nommé Fulgald , lequel aurait été père de Guillaume de Guilhem , premier Baron de notre Ville. Il est vrai qu'en parlant des enfants du duc de Septimanie , X Histoire du Languedoc ne fait aucune mention de ce Fulgald; mais il est à croire que notre historien aura trouvé ce nom dans les archives du château qu'il consulta, et on peut hien s'en rapporter à lui jusqu'à preuve du contraire.
Voilà donc Guillaume de Guilhem , arrièrepetit-fils de Saint Guilhem , investi de la Baronie de Clermont , et jetant les fondements de la Seigneurie Clermontaise. L'historien déjà cité atteste , sur la foi des archives qu'il consulta , que, dès l'an 880, la juridiction du Seigneur s'étendait aux dix-huit villages suivants : Mourèze, Salasc , Liausson, JNebian , Celles, Fontès , Nisas , Caux, Paulhan, Belargua, Puy-lacher, Tressan , Canet, Brignac, Ceyras, Saint-Felix, Jonquières, et Lacoste. 1 Je ne sais jusqu'à quel point , il I ffist. des Scig.
faut ajouter foi à cette assertion ; il en résulterait , si elle était prouvée , que le pays était déjà assez peuplé , et qu'une antiquité de dix siècles serait garantie à tous ces villages. Il en est même qui auraient alors joui d'une certaine importance, puisque, selon le même auteur, quelques-uns auraient eu un seigneur particulier relevant du Baron de Clermont ; tels sont : Brignac , qui avait pour seigneur un nommé Rostaing; Nébian , qui dépendait d'un nommé Philippe, et Mourèze, dont le seigneur s'appelait Ogier. 1
Le premier soin de notre Baron fut d'organiser son petit Etat , et de lui assurer le bon ordre et la sécurité. Il fallait d'abord le mettre à l'abri des dangers qui pourraient venir du dehors, car les temps n'étaient pas tranquilles. Par suite de l'ambition de quelques seigneurs puissants et de la faiblesse des souverains , la France était, dans plusieurs parties de son territoire, déchirée par la guerre ou désolée par l'anarchie : heureusement que le théâtre de ces désordres se trouvait loin de notre contrée ; ce qui permettait à la défense d'être moins sévère dans le choix des précautions. Il ne fut pas jugé nécessaire de relever les remparts de la Ville détruits en 509. Le Baron se contenta de s'assurer de l'appui des seigneurs 1 ffùt. des Seig.
voisins et de la bonne volonté de ses vassaux, pour le cas d'une aggression ennemie.
L'organisation intérieure du chef-lieu de la Baronie nouvelle demandait une attention plus sérieuse. Déjà l'esclavage domestique s'effaçait sous l'influence de la civilisation chrétienne; déjà aussi l'affranchissement des serfs et même des communes avait commencé , et il n'était pas donné à notre Baron d'appliquer au gouvernement de sa seigneurie le système commode du bon plaisir. Clermont comptait déjà bon nombre de ces hommes libres, qualifiés de nobles ou de bourgeois y qui jouissaient du privilège de l'indépendance , à quelques restrictions près , et échappaient à l'autorité féodale par leurs immunités plus ou moins étendues Les droits de commune d'ailleurs venaient d'être accordés à la ville , l'an 869 , par Charles le Chauve , ainsi que l'assure l'historien précité. Il y avait donc des ménagements à garder pour asseoir dans notre ville le pouvoir du Baron. Celui-ci eut besoin de beaucoup de sagesse pour concilier les franchises de ses vassaux avec les droits de son autorité, et il paraît que rien ne lui manqua à cet égard.
Clermont conserva le privilège d'avoir des consuls, magistrats choisis parmi les bourgeois de la cité pour l'administration intérieure , et
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pour la défense des intérêts communs. Il eut seulement à reconnaître l'autorité d'un Bailli, institué par le Seigneur pour le jugement des causes majeures, tant civiles que criminelles. 1 Nous ignorons quels autres droits furent stipulés de la part des Clermontais et de la part du Baron , à ces premiers temps de l'établissement de la Seigneurie : nous les verrons débattus plus tard avec chaleur , défendus avec persévérance , et enfin fixés par une transaction solennelle.
Ces prémices du gouvernement des Guilhems j qui devait durer tant de siècles , furent des plus favorables. Ils firent goûter les douceurs de la paix à nos ancêtres , dans un temps où la France et la province en particulier devinrent la proie journalière de la guerre et de l'anarchie. Quand on lit dans les annales de l'époque le triste détail des troubles qui agitèrent pendant si long-temps la Septimanie , l'Aquitaine , la Provence et la France entière, on ne peut que bénir le patronage salutaire des Guilhems, qui sauva Clermont de la tempête, et on regrette que l'histoire n'ait pas conservé à notre reconnaissance les noms des Seigneurs qui succédèrent à celui dont nous venons de voir la sage et bienveillante sollicitude pour le bonheur de nos aïeux.
1 Uist. des Seig.