‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 14 sur 58 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Clermont pendant le dixième «lecle*

On s'occupait peu , au dixième siècle , d'écrire l'histoire : les guerres presque continuelles de cette époque n'en laissaient pas le loisir , et la terreur panique qui s'était emparée des esprits , à tel point qu'on s'était persuadé que le monde touchait à sa fin, en ôtait le courage. Aussi de grandes lacunes se font-elles remarquer dans l'histoire de ces temps difficiles : les détails chronologiques des histoires particulières disparaissent , et l'on ne distingue plus que quelques faits généraux , qui , à raison de leur importance , purent se conserver plus facilement sans le secours de l'annaliste.

Un des faits généraux de l'époque concernant l'histoire de notre contrée, qui survécut au naufrage

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de iniUe autres moins importants , est l'épiscopat célèbre de Saint Fulcran , qui gouverna le diocèse 1 depuis l'an 949 jusqu'à la sixième année du siècle suivant. Ce grand Saint , dont la réputation s'est conservée immense jusqu'à nos jours , naquit dans le diocèse même (in agro Lodovensi) , peut-être dans la Baronie de Clermont , laquelle s'étendait, du côté de Lodève , jusqu'à Partlages. Notre historien le fait même sortir de la famille des Guilhems . appuyé sur ce raisonnement, qui peut bien n'être pas considéré comme tout-à-fait concluant.

Eustorgie, mère du Saint, était, selon la légende, mariée dans le diocèse de Lodève. Comme elle était de la noble famille des comtes de Sustantion , il est à présumer qu'elle se sera alliée avec une famille aussi distinguée que la sienne: « or, ajoute l'auteur, il n'y avait en tout le diocèse de Lodève , ni » eu du depuis aucune maison qui aye égalé celle » des Seigneurs de Clermont, pour y trouver les » proportions que les mariages demandent. >r

Au reste , il fut glorieux pour Clermont autant que pour Lodève d'avoir à la tète du diocèse un évêque tel que Saint Fulcran : un bon pasteur est la gloire de tout le troupeau. Sa sainteté

1 L'autorité temporelle n'appartenait point encore aux v\ êqnrs de Lodève. Voyez Hist.du Lang.

1 Uist. dvs Se il*.

édifia toute la contrée ; ses mérites attirèrent les bénédictions du ciel sur le diocèse. On ne cite guère comme exceptions à la prospérité de notre pays , pendant la période de lepiscopat de Saint Fulcran , qu'une famine et une maladie contagieuse, qui causèrent quelques ravages au milieu du dixième siècle ; encore même le premier de ces fléaux trouva-t-ii un adoucissement dans la charitable sollicitude du Saint Evêque, et le second ne tarda pas à disparaître par la vertu des prières que Saint Fulcran adressa au ciel et qui furent exaucées , dit la légende , d une manière miraculeuse. 1

Sauf la conjecture sur le successeur de Guillaume de Guilhem, qui aurait été le père de Saint Fulcran, l'histoire est muette sur le règne des Barons de Clermont jusqu'à Bérenger premier. Celui-ci gouverna notre Ville à une importante époque : une nouvelle race de rois montait sur le trône de France , celle des Capétiens. Ce .changement de dynastie occasionna une guerre civile , qui devint sérieuse par la part qu'y prirent les seigneurs du royaume. Une partie demeura fidèle à Charles de Lorraine, héritier naturel de la couronne, tandis que l'autre se déclara pour Hugues- Capet et son fils Robert. Notre province donna beaucoup

1 Plantav.

de partisans à Charles; la plupart des seigneurs refusèrent pendant deux aus de reconnaître Hugues. On a dit que le nôtre ne fut pas si difficile et qu'il se rangea des premiers du côté du nouveau roi; ce qu'il y a de certain , c'est qu'en prenant parti pour l'un ou pour l'autre des prétendants ,. il ne dut pas se croire à l'abri d'une attaque de la part du parti opposé, puisqu'il songea à fortifier Clermont et à le munir de murailles , dont notre Ville manquait depuis le siège de Thierry. 1

Bérenger fit commencer , en l'année 987 , les nouvelles fortifications , qui devaient consister en une enceinte de remparts plus étendue et plus capable de résister que l'ancienne , flanquée de bonnes tours de distance en distance. C'est cette enceinte , dont il reste encore des vestiges considérables, qui, prenant du Portail-noou /descend à Rougas 9 passe au Planol et remonte au château par l'hôtel-de-ville. Le Seigneur en dirigea le plan et en surveilla les travaux : il fit faire les tours rondes , différentes ainsi des anciennes qui étaient carrées. Il pressait l'œuvre , se croyant chaque jour à la veille d être attaqué par les partisans de l'un des compétiteurs de la couronne. On construisait encore des tours et des murailles lorsque ,

1 Hist. des Sei%.

2 Portail-neuf, parce qu'il fut rebâti plus tard.

l'an 991 y la mort de Charles termina la querelle , et laissa Hugues et son fils tranquilles possesseurs du trône. Il fut inutile de pousser les travaux ; la dynastie capétienne reconnue par toute la France ne trouva plus d'opposition , et ce fut la fin de la guerre civile. 1

Telle est donc l'ancienneté de ces remparts et de ces tours dont les restes demeurent encore debout autour d'une partie de notre Ville : ils datent du dixième siècle. Bérenger I. or les fit élever à l'époque des guerres d'Hugues Capet et de Charles , et ces constructions se sont conservées jusqu'à nous comme un témoignage des secousses occasionnées à la France du moyen -âge par le changement de la race de ses rois. La discorde civile était allumée , notre patrie était devenue un champ de bataille , il fallut convertir en forteresses les plus petites villes : notre Clermont dressa ses murs , et éleva ses tours. Aurait-il résisté à une attaque? heureusement il en fut quitte pour la peur.

I Flist. des Seig.

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