‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 33 sur 58 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Révolte et punition d'Antonll. —Profession de fol solennelle de» Clermontals.

Les deux monuments religieux dont je parlais tout-à-l'heure, étaient en partie le fruit de la réaction qui venait de s'opérer en faveur de la foi catholique, persécutée jusque-là si violemment par la secte albigeoise. Un tribunal sévère , établi sous le nom <!l Inquisition par les deux autorités civile et ecclésiastique, achevait de comprimer les restes de ces hérétiques, et à la faveur du calme apporté par cette mesure, les autels se relevaient de leurs ruines, le culte catholique prenait un nouvel éclat ; on voyait partout les temples de la vraie foi s'environner de splendeur. Assez long-temps l'hérésie avait exercé son œuvre de désolation : ses excès avaient armé le bras des

catholiques, et la fin était venue de ce règne de l'impiété et du brigandage.

Les Albigeois de Clermont, en petit nombre, contenus par la crainte , ne se montraient pas. Ils se contentaient de faire des vœux pour le triomphe de leur secte, jusqu'à ce qu'en 1324, une occasion les fit connaître. 1

L'élévation du vicomte de Nébozon, qui, sous le nom de Bérenger VII, succéda cette année à son père dans la Baronie, fit entamer des négociations avec le nouveau Seigneur , pour le recouvrement des franchises municipales. Alors on vit surgir un certain nombre d'esprits turbulents, à prétentions extravagantes, qui rendaient impossible tout rapprochement entre le Seigneur et ses vassaux. C'étaient les Albigeois : sous un masque extérieur de catholicisme , ils conservaient toute la méchanceté du parti auquel ils appartenaient secrètement. Leur chef était un certain Martin Antonii, surnommé Alègre , homme hardi, remuant , assez osé pour tenir tête au Seigneur et braver son autorité. Il paraît qu'il poussa la hardiesse au-delà des bornes, car Bérenger se vit contraint, pour sauver sa dignité et par mesure de police, de le faire arrêter et emprisonner.

L'arrestation du chef ne fit qu'irriter le parti,

1 Hist. des Seig.

et bientôt on vit des meneurs furieux, s'agiter en tout sens pour soulever la population et organiser une émeute. Ils vantaient les qualités d'Antonii : « c est un citoyen honnête , disaient-ils , qu'il ne » convient pas de laisser languir dans un cachot » comme un criminel. » Puis, ils déclamaient contre la tyrannie du Seigneur 9 et prêchaient la révolte comme un moyen nécessaire de mettre un frein à son autorité. Ces menées, ces clameurs, eurent peu de succès; quelques attroupements se formèrent çà et là, des menaces furent proférées contre le Baron ; mais on ne se sentit ni le cœur ni les forces de monter au château, pour tenter la délivrance d'Antonii.

En apprenant ce qui se passai l , Bérenger ne comprit que mieux l'importance de sa capture. Il resserra plus étroitement son prisonnier, et résolut d'en faire un exemple , pour anéantir le parti qui le considérait comme son chef, et pour intimider les perturbateurs. L'ayant mis sous bonne escorte, il le fit partir pour Carcassonne, où le sénéchal devait prononcer sur son sort. Celui-ci étant allé aux informations, acquit bientôt la certitude que le prévenu était hérétique , et en conséquence il le dirigea sur Avignon, pour y être déféré au tribunal des inquisiteurs. Antonii, convaincu d'hérésie, fut condamné à la détention

perpétuelle, et ses biens furent confisqués. 1 Il n'en fallut pas davantage pour abattre le parti albigeois , qui se cachait au milieu de la population fidèle de notre Ville j la condamnation cTAntonii fut un coup décisif qui éteignit entièrement la secte ; de ce moment , il ne se parla plus d'Albigeois à Clermont.

Cependant, et voici ce qui fait voir combien était grande l'irritation produite dans les esprits par le souvenir récent des excès de l'hérésie, dès que le procès d'Àntonii Alègre eut révélé l'existence à Clermont d'un reste de cette secte impie que l'on croyait éteinto , l'alarme fut dans la contrée. On se crut à la veille de voir ressusciter le monstre, et la peur grossissant le mal, au lieu d'un Clermontais hérétique, on se figura la Ville entière infectée d'erreur , prête à renouveler les scènes d'impiété et de dévastation dont on avait vu de si hideux exemples sous le règne du parti albigeois. Bientôt, dans un rayon de plusieurs lieues, Clermont est désigné comme un foyer d'hérétiques, A cette rumeur, tout s'agite, tout s'arme, comme lorsqu'un ennemi formidable est aux portes ; il ne manque que le signal du départ pour marcher sur la Ville hérétique , et y aller écraser la secte renaissante. L'exaspération était au comble dans

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