CHAPITRE XXVIII
Malte de l'affaire de« franchise»» — Fondation du couvent de* DonUnlcalna»
Tandis que les maîtres du pays ne songeaient qu'à recevoir ou à rendre des hommages, les Clermontais s'occupaient de liberté et de religion.
Dix ans s étaient déjà écoulés depuis la troisième suppression des franchises communales, et, pendant cet intervalle , leur absence n'avait fait que les rendre plus chères, par les inconvénients graves qui résultaient d'un tel état de choses. La rude taxe que Clermont eut à subir en 1315, ne fut pas le moindre de ces inconvénients. Plusieurs villes furent assez heureuses que d'obtenir une exemption ou unejremise; la nôtre au contraire fut rançonnée sans aucune grâce. C'est que dans l'état d'interdiction où elle se trouvait , personne n'avait autorité pour se porter défenseur des intérêts de la commune et
reclamer contre la rigueur des collecteurs. Ceux-ci purent ainsi taxer Clermont comme ils l'entendirent, et la Ville, quoique épuisée déjà par les frais de construction de son église paroissiale , eut à acquitter dans toute sa rigueur l'impôt des commissaires. 1
Nouvelles tentatives, nouvelles négociations pour le recouvrement de ces droits de commune, dont la nécessité se faisait sentir chaque jour davantage. Autorisés par le roi Louis X à se pourvoir contre ks arrêts de ses prédécesseurs, les Germon tais présentèrent requête au sénéchal de Carcassonne , qui fit un moment droit à leur demande, et les autorisa à se donner des consuls. Mais le Seigneur Bérenger ayant fait opposition , 1 autorisation du sénéchal neut pas de suite. Celui-ci revint , au contraire , sur ce qu'il avait accordé, et confirma formellement pendant deux fois , en 1 31 6 et 1 31 1, les arrêts invoqués par le Seigneur contre 1 emancipation politique de ses vassaux. Le parlement de Paris donna les mêmes conclusions sur cette affaire en 1322 et 1324, et long-temps encore Clermont demeura privé de ses franchises. 2
Nos ancêtres réussissaient beaucoup mieux , lorsqu'au lieu de poursuivre des libertés dont ils ne savaient pas user quand elles leur étaient
1 Hist. des Seig. — 2 Id.
accordées, ils entreprenaient quelque établissement religieux, fut-ce la construction d'une église ou la fondation d'un couvent. Celui des Dominicains date, en effet, de cette époque.
Les Religieux de cet ordre, fondé par Saint Dominique, étaient connus depuis quelques années avantageusement par leurs prédications contre l'hérésie albigeoise, toujours flagrante dans la province. Ils avaient pris naissance à Toulouse, s'étaient accrus avec rapidité, et déjà toutes les villes tant soit peu importantes en possédaient une colonie. Clermont ne devait pas tarder à avoir la sienne. On se mit à l'œuvre pour procurer aux Religieux une maison convenable , et le zèle des Clermontais fut si heureux, qu'en peu de temps ils eurent à offrir aux disciples de Saint Dominique, un vaste local et une dotation suffisante pour un couvent de leur ordre.
Le Seigneur Bérenger se prêta à la bonne oeuvre de la manière la plus empressée et la plus généreuse; il mit à la disposition des Dominicains tout le terrain nécessaire pour qu'ils eussent à la fois maison, église, cloître, jardin et enclos assez vastes. On conjecture que les deux évêques de Lodève , Jacques de Concossius et Vidus , qui se succédèrent, à cette époque, dans l'administration du diocèse, ne demeurèrent pas étrangers
à la fondation , et qu'ils y contribuèrent efficacement de tout leur crédit et même de leurs deniers. Il paraît plus certain qu'on doit rapporter la principale gloire de cet établissement, à la piété et à la munificence de la maison de Lozières, 1 dont les armoiries , un chêne vert, se voient encore scuptées à la clé de voûte de l'ancienne sacristie. Le nom de Lozières, au reste, a été constamment regardé à Clermont comme un nom cher à l'Eglise et destiné aux bonnes œuvres. Nous le verrons figurer plus tard dans la fondation des Bénédictines de Gorjan.
Les constructions du couvent et de l'église des Dominicains commencèrent au mois de mai 1 321 , sur un plan qui attestait que l'argent ne manquait pas pour l'œuvre projetée. Nous ne pouvons en juger que d'après Péglise, seule épargnée dans les ravages des protestants au seizième siècle/ mais elle est plus que suffisante pour donner une idée de la générosité des fondateurs. On trouve en elle un de ces édifices à proportions larges, qui le disputent aux plus belles églises de la contrée : sa nef unique très vaste, avec deux rangs de grandes chapelles, peut contenir presque autant de monde que l'église paroissiale. Elle a servi plusieurs fois de paroisse provisoire, lorsque l'église
1 Hist. des Seig.,— PUmtau.
de St-Paul, beaucoup moins solide , s'est trouvée dans le cas de nécessiter des réparations ; et alors on a pu en juger.
Les travaux marchèrent beaucoup plus rapidement que ceux de l'église paroissiale, qui se continuaient encore. Les Dominicains s'installèrent bientôt dans leur maison et dans leur église ; et de là ils évangélisèrent les populations qui accouraient autour de leur chaire , ou qu'ils allaient rassembler dans différentes églises du voisinage. 1 Ils vérifièrent avec distinction le nom de Frèresprêcheurs qu'ils portaient, et leurs succès apostoliques d'abord contre l'hérésie albigeoise, plus tard contre les protestants , ne contribuèrent pas peu au maintien de la foi chez nos ancêtres.
Persécutés et bannis de leur couvent , pendant le règne momentané de l'hérésie du seizième siècle à Clermont et dans le midi de la France, ils y reparurent bientôt après, plus considérés et plus florissants , et s'y perpétuèrent jusqu'à la suppression des ordres religieux en 1790. En dernier heu, ils étaient connus plus communément sous le nom de Réformés, à cause d'une réforme qu'ils avaient reçue, avec plusieurs autres maisons du même ordre, du Père Le Quien, en 1650.
Telle est la fondation religieuse qui a donné
1 Hist. fies Seig.
â notre ville, pendant plus de quatre cents ans, des apôtres de la foi, des hommes à bonnes œuvres de tout genre, et qui nous a valu le second monument d'architecture que nous pouvons montrer aux étrangers qui visitent notre Ville. On remarque trois écussons armoriés à la voûte de l'édifice : le premier, en entrant, est celui de la ville; le second paraît être celui de levêque de Lodève, et le troisième se fait reconnaître pour être celui du Seigneur par les hermines qu'il porte en tête.