‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 58 sur 58 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Suite et fin des trouble» de la révolution.

Là chûte de Robespierre, en permettant à la contre-révolution de respirer, préparait une réaction inévitable. Elle fut violente à Clermont, et y occasionna des malheurs.

C'est que le parti royaliste était considérable dans notre Ville ; il comptait non seulement les hommes à convictions monarchiques, mais encore la foule innombrable des mécontents créés par les excès inouïs dont ils avaient été les témoins et même les victimes. Dès que ce parti put un peu lever la tête, il apparut terrible, menaçant; capable d'en imposer à ceux qui l'avaient comprimé jusqu'alors. Des clubs d'opposition se formèrent publiquement, une fraction considérable de la

Ville , composée surtout des habitants des hauts quartiers, organisa, sous le nom de Vendée, une résistance ouverte : la guerre était déclarée. Elle commença par des chants, des provocations, des attroupements de l'un et de l'autre parti; elle finit par des voies de fait et des rixes sanglantes.

L'éclat le plus terrible est celui qui eut lieu à l'occasion de la levée de l'an IV (1 795). Les conscrits se mutinèrent , refusèrent de partir pour l'armée, et déclarèrent même que nulle force ne pourrait les arracher à leurs foyers. En vain , pour les contraindre , appela-t-on plusieurs brigades de gendarmerie; les gendarmes furent menacés , l'autorité méprisée ; un attroupement , grossi de tout le parti contre-révolutionnaire, se porta même le 31 décembre contre l'hôtel-de-ville , pour en chasser les agents de la force publique. Dans ces graves conjonctures, la municipalité se déclare en permanence; un corps-de-garde nombreux est réuni autour de la maison commune; les armes sont prêtes pour soutenir une attaque , si elle a lieu. Osant tout, les conscrits escortés d'une foule immense , l'entreprennent vers huit ou neuf heures du soir. Déjà des pierres sont lancées , des coups de fusil tirés; il allait arriver des malheurs. Un conscrit se hasarde d'approcher du cor ps-de- garde; il espérait être protégé par

l'obscurité ; mais il a été aperçu : qui vive ? lui crie la sentinelle; il ne répond pas, et aussitôt un coup de feu letend raide mort. C était plus qu'il n'en fallait pour exaspérer le parti des conscrits, et enflammer sa vengeance. Toutefois elle n'éclata que le lendemain; ce fut au retour du cimetière, après les funérailles du défunt. L'attroupement , qui avait suivi le convoi , se rue en frémissant sur l'hôtel-de-ville, brise les croisées, enfonce les portes, et menace dégorger la municipalité toute entière. Elle fut heureuse de se sauver par les toits ; quand les salles furent envahies, elles étaient désertes. 1

Les tribunaux furent aussitôt saisis de cette double affaire, et des condamnations à mort s'ensuivirent. Elles n'eurent d'autre résultat que d'aigrir le parti , et de perpétuer la guerre civile. On vit se renouveler les chants, les attroupements, les rixes; rien de sérieux néanmoins ne paraît avoir été commis jusqu'en 1797. Mais au mois de mai de cette année, un événement grave vint affliger la Ville. Les ardents des deux partis avaient pris querelle aux environs de la halle; le commissaire de police, Hérail, accourt pour rétablir l'ordre. Tous ses efforts sont impuissants; bien plus , il tombe victime de son zèle. Engagé 1 A rch. part.

dans la mêlée, il rencontre armé d'un couteau un de ces hommes de sang qui déshonorent les meilleurs partis ; celui-ci lui enfonce dans le ventre le fer dont il est armé , et le malheureux commissaire trouve à peine la force de se traîner quelque pas; il succombe peu de temps après à sa blessure. Ce meurtre, désavoué de tous, frappa de stupeur la Ville entière; on en accusa un individu, qui fut arrêté plus tard et exécuté à mort; encore même beaucoup ont-ils douté s'il était le vrai coupable. La Ville fut solidairement condamnée à cent louis de dommages envers la veuve du commissaire. 1

Le 18 fructidor , qui ne tarda pas d'arriver , devait nécessairement amener la chute d'une administration qui n'avait pu empêcher ce malheur , ni comprimer le parti royaliste pendant la durée du calme révolutionnaire. Elle fut cassée et remplacée par une autre plus énergique et plus ardente. La sentence de destitution porte que Clermont s est montré une des communes où t influence des royalistes a eu le plus de succès , et que V administration n'a pris aucune mesure pour la comprimer. 2

Les efforts de la nouvelle municipalité, s'ils furent plus violents , ne furent guère plus efficaces. Les troubles ne s'apaisèrent que lorsque les temps, 1 Arch. de La ViUe. — 2 Idem.

perdant de leur rigueur, amenèrent la sécurité, la religion , la confiance et le respect des droits de chacun. Hâtons-nous de dire que le siècle ne s'acheva pas sans faire entrevoir l'aurore de cette heureuse époque.

Contemporains de cette ère de restauration sociale , mes concitoyens ne demanderont pas que je leur en donne l'histoire ; elle est écrite dans leurs souvenirs mieux que je ne pourrais l'écrire ici moimême. Mon travail a eu pour but de leur révéler ce qui était ignoré ou trop peu connu de l'histoire de notre Ville; je l'ai fait : ma tâche est maintenant accomplie.

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