‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 57 sur 58 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

de l'établissement des orpheline*, Premiers troubles de la révolution.

Le monarque infortuné sur lequel devait tomber la foudre révolutionnaire, arrivait au trône Tan 1 774 , et d'importants travaux marquaient, dans notre Ville, les commencements de son règne.

La maison de la prière prenait un accroissement de splendeur, dont profitaient tout à-la-fois la religion et la cité; l'asile du pauvre allait aussi recevoir une amélioration importante par l'adjonction qui lui était préparée, d'un établissement particulier en faveur des orphelines indigentes. Cet établissement fut l'œuvre d'un riche Germon tais, mort en Amérique , et appelé Raymond Ronzier ; le même dont il a été parlé plus haut, a l'article de Villeneuvette.

Aussi généreux qu'il était riche, M. Ronzier voulut faire servir les biens dont la providence avait si largement récompensé son industrie, à des œuvres d utilité publique pour sa Ville natale. Après avoir légué 25,000 livres à un frère et à une sœur, les seuls proches parents qu'il eût, il consacra le reste de sa fortune à des œuvres de religion et de charité. L'église paroissiale reçut 4000 livres; les Pénitents blancs pareille somme ; les pauvres honteux, i 0,000 livres: l'hôpital 1 5,000; les Dominicains 20,000; enfin, une somme de 100,000 livres fut affectée à la création d'une maison d'orphelines. Des lettres patentes du roi autorisèrent en 1775, et l'acceptation des legs et la fondation projetée, et celle-ci aurait eu lieu immédiatement, sans les difficultés élevées par les exécuteurs testamentaires, lesquelles la retardèrent jusqu'en 1 780. Les tribunaux ayant, cette année-là, prononcé contre les réclamants, une maison fut aussitôt acquise, appropriée; douze orphelines y trouvèrent depuis un asyle précieux pour leur entretien et leur éducation gratuites. Lors de la suppression des ordres religieux, l'établissement fut transféré dans le couvent des Dominicains, et réuni enfin à l'hôpital, où il existe encore.'

C'est le dernier monument élevé à la gloire

1 Arch. de V hôpital.

de notre Ville par le dix-huitième siècle. Après cette création, la scène change, et on voit le siècle s'achever dans d'aveugles travaux de destruction } de bouleversement et de ruine.

Le premier signal des bouleversements fut donné par rassemblée nationale de 1789. Elle décréta successivement l'abolition de la féodalité , la confiscation des biens ecclésiastiques, la suppression des ordres religieux , le changement de la |onstitution de l'État et même de l'Eglise. Partout ces décrets s'exécutèrent : à Clermont , comme ailleurs, on vit tomber, en moins de deux ans, toutes les institutions politiques et religieuses que des siècles avaient fondées. L'œuvre de destruction continua encore, et deux nouvelles années eurent à peine le temps de s'achever, que rien n'était debout de l'ancien régime: royauté, culte, privilèges, liberté même et propriété, tout avait disparu. A la fin de 1 793 , la France était «ans roi, sans temple et sans autel; l'anarchie, le brigandage, le meurtre, avaient succédé à l'ancien ordre de choses : c'était le règne de la terreur.

Clermont ressentit les premiers désastres de la révolution dès le mois d'avril 1 789. La cherté des grains y occasionna une émeute que l'administration consulaire ne put comprimer, et qui se termina par le pillage de trois magasins de blé. On aurait vu

bientôt d autres excès, sans l'organisation d'une garde bourgeoise et la prompte arrivée dune garnison. La force était nécessaire quand l'autorité s'écroulait; elle ne fut pas toujours suffisante. L'administration fut forcée de se démettre de ses fonctions avant l'expiration de sa charge; une autre lui succéda en septembre; puis une autre encore en février de l'année suivante, et toutes , dans ces temps orageux , furent inhabiles à maintenir le bon ordre et la paix. On voit , par le compte-rendu de la dernière , qu'elle fut obligée de proclamer, deux fois, la loi martiale dans le cours des années 1 790 et 1 791 , et quelle ne put faire autre chose qu'empêcher l'effusion du sang. Inutile de raconter ce que, dans leur bonne foi peut-être pour le bien de la république naissante, les commissaires ardents qui succédèrent à ces administrations paisibles, exercèrent de violences, d'impiétés, et de dévastations; c'est l'histoire de toutes les commissions municipales de ce temps-là. Ils ne faisaient qu'appliquer les lois de l'époque , et elles étaient atroces. Que de Clermontais honnêtes furent maltraités, incarcérés, menacés de l'échafaud! Heureusement le 19 thermidor (juillet 1794) vint abréger ces jours de terreur, et soustraire nos compatriotes à la hache révolutionnaire suspendue sur leurs têtes !

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