‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 18 sur 90 · CASER.>KS · texte numérisé non relu

CASER.>KS

De tout temps Laon fut une ville de garnison. Dès avant le j^me siècle, on y voyait une troupe de mercenaires étrangers que l'on appelait les Bretons; ensuite il y eut des Ecossais. Plus tard , après que les rois de France eurent établi des troupes régulières, Laon eut presque toujours un régiment de cavalerie en garnison dans ses nsurs.

Cependant la ville étant dépourvue de casernes, ces troupes logeaient constamment chez les bourgeois , ce qui consliluait pour ceux-ci une charge d'autant plus lourde , (pi'une foule de personnes , comme les nobles , les ecclésiastiques , les membres des différents tribunaux et du corps de ville, en étaient exemptes.

Ces trou})es d'ailleurs étaient très indisci[)linées et traitaient leurs hôtes en ennemis. Il en résultait chaque jour des rixes, des coups, des batailles, et l'on vit souvent les soldats et les habitants sur le point d'en venir aux mains et do se livrer un combat en règle. Afin d'obtenir la paix, la ville fui plusieurs fois obligée de faire des sacrifices. Ainsi en 1675 pour mettre fin aux violences que les soldats du régiment de Vermandois se permettaient contre les habitants , la ville donna aux officiers une somme de IHOO livres.

Cet élat de choses occasionait encore a celle-ci des irais

considérables et journaliers, parce qu'elle était tenue de pourvoir à leur subsistance. Au IT""" siècle surtout, les charges imposées à la ville par les logements militaires furent excessives. Aussi faisait-elle tous ses efforts pour en être déchargée particulièrement en hiver, et c'est pour obtenir ce résultat qu'on vit plusieurs fois les habitants offrir des cadeaux considérables à certains grands seigneurs afm d'obtenir leur appui. Ainsi en IGiO, 1,000 livres furent présentées au marquis de Cœuvres pour le déterminer à employer ses bons offices , afin d'éviter à la ville le logement des gens de guerre pendant l'hiver suivant.

Cet état de choses n'était pas moins contraire a la discipline militaire, en sorte que tout le monde, le gouvernement comme les citoyens, avait également à s'en plaindre. Ce fut le premier qui prit l'initiative pour y mettre un terme : dès 1718, le régent ordonna que de grands bâtiments fussent construits à Laon, tant pour les troupes en garnison dans la ville , que pour celles de passage.

Cet ordre étant resté sans exécnlion, ce prince, non content de le renouveler six ans après , alloua encore une somme de 15,000 livres pour commencer les travaux. On jeta alors les yeux sur l'emplacement des retranchements, derrière le Champ- Saint-Martin , et l'on prépara des matériaux ; mais le manque de fonds força bientôt à renoncer dé l'entreprise.

Ces projets étaient abandonnés depuis longtemps, lorsqu'en 17G8 de nouveaux excès de la garnison portèrent les habitants à y chercher de prompts remèdes. On pensa d'abord qu'il fallait éloigner les troupes de la ville ; à cet effet , on résolut d'acheter des maisons dans les deux faubourffs de Vaux et d'Ardon, et de les disposer pour recevoir chacun un escadron de cavalerie.

Dans la vue de mettre ce plan à exécution , la ville avait déjà fait un emprunt de 12,(X)0 livres lorsqu'elle comprit qu'il se-

ilONUML-NÎS ET .\NTIUC!TÉS. 85

rait préicrable , sous tous les rapports , de réunir les troupes dans un même quartier. On revint donc à l'idée de construire un corps de casernes; mais cette fois on résolut de le placer au faubourg d'Ardon.Ge projet offrait deux avantages, le premier de tenir les troupes éloignées de la ville, et le second de trouver dans la rivière d'Ardon une eau salubre et abondante pour les cbevaux.

La ville se mit à l'œuvre en 1709; elle emprunta d'abord une somme de 71,3o0 livres au denier 120, et une autre somme de 28,770 livres en rentes viagères. Puis, elle amassa des matériaux de toute espèce, bois, pierres, etc. et les travaux commencèrent. La direction en fut confiée à un frère des écoles chrétiennes, en qui l'on avait cru reconnaître les talents nécessaires pour remplir dignement une pareille mission. Mais il paraît que l'on s'était trompé : les plans étaient vicieux , les matériaux mal choisis , l'exécution fut mal conduite ; bref, les fonds se trouvèrent presque dissipés que la construction était à peiné sortie de terre.

Dans ces conjonctures, la ville ne vit d'autre ressource que de demander des secours au gouvernement. En attendant, on suspendit les travaux. Trois ans après, voyant qu'elle ne pouvait rien obtenir et que loin d'être en état de continuer seule ces travaux , ses finances se trouvaient dans la plus triste situalion, elle demanda l'autorisation de détruire les ouvrages commencés pour en vendre les matériaux. Cette entreprise mal digérée n'eut donc d'autre résultat que d'obérer beaucoup la ville.

Néanmoins cette autorisation fut refusée. Les citoyens continuèrent à loger les troupes ; mais cette charge devint bientôt si accablante qu'un grand nombre d'habitants annonça hautement l'intention d'abandonner ses foyers pour s'y soustraire.

Dans un tel état de choses, la ville dut recommencer ses instances auprès du gouvernement afin d'y mettre un terme. Elle demanda 200,^)00 livres h l'intendant de Soissoîis, tant

pour coiilimier les casernes d'Ardon, que pour construire (Ie!> écuries dans l'intérieur de l'ancien collège et sur l'emplacenient des retranchements dits la Courtine, près delà porte St-Martin.

Les choses en étaient la, lorsqu'en 1781 les dragons de la reine lurent envoyés en garnison à Laon. Ce régiment avait pour colonel le duc de Polignac dont l'influence et la laveur à la cour étaient très grandes. L'évêque de Laon , fort lié avec lui , sut habilement tirer parti de cette circonstance ; il l'intéressa à la construction des casernes si vivement réclamées par les habitants, et lui ht entendre qu'en s'employant à obtenir du gouvernement les fonds nécessaires , il éterniserait sa mémoire et la rendrait chère au peuple.

Tous les obstacles s'aplanirent aussitôt. Il fut arrêté en 4783 que des casernes seraient construites aux frais de l'état; qu'elles seraient placées dans l'enceinte de la ville sur le terrain des retranchements, et qu'une somme de 750,000 livres serait affectée à ces travaux.

On s'y mit aussitôt : la ville acheta au duc d'Orléans le terrain des retranchements et l'abandonna gratuitement au gouvernement (1); elle acquit en outre de ditférents particuliers des maisons et des moulins qu'elle fit abattre pour donner à cet emplacement l'étendue nécessaire, et l'on commença les travaux. Conduits avec célérité, ils furent achevés en peu d'années.

Les casernes construites pour recevoir 400 hommes et 400 chevaux, peuvent en contenir 500 dans les moments de presse en les serrant. Elles se composent de quatre grands corps de

(1) Ce terraindes relranchenients contenait environ 10 arpens : la ville n't n avait pas voulu en 17.''5 pour 100 livres de rente viagère ; lui coûta beaucoup |)lii.s clieralo.s. Leducd^Orléaiis nele luicédaque moyennant une redevance de TOquartels de blé ou 160 livres en argent, avec robligation de fournir un homme vivant et mourant au décès duquel la redevance devait être portée à 140 quartels, et sous la condition encore de retour à Tapanagc dans le cas où la ville n'en reslerait pas propriétaire.

MONUMENTS ET ANTIQUITÉS. S.'i

loiJîis de 130 mètres de long, placés à angle droit et lonnaiit ainsi un carré. Le rez-de-chaussée est occupé par les écuries; les troupes sont logées au-dessus. Quatre grands escaliers en bois occupent les angles du bâtiment et donnent accès à autant de corridors qui régnent le long des façades intérieures. Les chambrées , au nombre de douze dans chaque corps de logis , sont chacune éclairées par une l'enêtre percée dans la façade extérieure; chaque chambrée est munie d'une cheminée et renferme quatre lits. Dix autres chambres sont encore ménagées dans les angles.

Derrière les casernes, s'élève un beau manège couvert, de .'vi mètres de long sur :2î2 de large. Deux ailes de bâtiment devaient les relier au corps de casernes. Ces ailes étaient destinées au logement des officiers; elles n'ont jamais été commencées.

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