‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 17 sur 90 · CITADELLE · texte numérisé non relu

CITADELLE

En 1592, alors que la ville de Laon était entrée dans le parti de la ligue, Mayenne songea a y construire une citadelle, et en fit lever le plan. Pour ne pas effrayer les habitants, il leur dit qu'il s'agissait seulement d'un logement pour le gouverneur. Mais quand un ingénieur se présenta pour commencer les travaux , les habitants , pénétrant ses intentions, ne le permirent pas et le renvoyèrent.

Après la prise de Laon en 1594, Henri IV pensa à assurer la soumission des Laonnois en faisant construire une citadelle sur le plateau et le plus près possible des habitations.

Le gouverneur chargea un bourgeois d'en tracer le plan- Cet ingénieur fit d'abord abattre le chœur de l'église de St- Etienne-des-Champs, et construisit un bastion qui existe encore près de la porte de Paris. Mais l'abbé de Saint-Martin , craignant un tel voisinage, eut le crédit de faire renoncer au projet d'établir la citadelle en cet endroit.

On jeta alors les yeux sur la pointe orientale de la montagne, sur le quartier St-Georges, quartier fort peuplé, où il y avait une porte très- fréquentée (la porte Chevresson), un marché et plusieurs églises. Toiil fut jeté bas : on traça des retran-

chements, on creusa des fossés, et pour la construction des murs on employa les pierres des maisons et des églises démolies, et même celles des bâtiments claustraux de l'abbaye de Saint-Jean : ce qui lit accuser l'ingénieur, qui était calviniste, d'avoir choisi ce quartier dans le seul but de détruire des églises. Les propriétaires du fonds dépossédés ne purent d'ailleurs obtenir une indemnité que plus de quinze ans après : on leur alloua une somme de 38,1 GO livres, qui fut levée sur les taillables de l'élection de Laon.

Une inscription latine rappelant la défaite des Espagnols ^ la prise de Laon et la date de la construction de la citadelle y fut gravée sur la porte d'entrée où elle se lit encore :

Herric. IIII christianiss. et INVICTISS. francor. ac na- VARR. REX I-HSPANOR. TERROR

FVGATIS hostib. lavdino

kecepto hanc arcem cons-

tRvi]ivssit. anno d. m.d.xc.v.

de lisle de marivavlx

vrb. gvbernat.

Les habitants virent du plus mauvais œil la construction de* cette citadelle, qui anéantissait un quartier tout entier de leur ville et menaçait sans cesse le reste de la cité. On en critiquait vivement les dispositions, et l'on prétend que Vauban n'en avait pas une meilleure opinion. On rapporte que passant h Laon , il trouva ces travaux si mal ordonnés , qu'il dit qu'on aurait dû pendre l'ingénieur à un créneau.

Quoi qu'il en soit, dès 1614, dans les cahiers dressés pour les états généraux, les-Laonnois en demandèrent la suppression,, attendu, disaient-ils, qu'une citadelle était inutile dans une ville qui est elle-même une citadelle.

In siècle et demi s'«''lait passé sans qut> ces réclamations-

eussent été écoutées, lorsque l'occasion se présenta pour la ville de faire disparaître cette forteresse , dont la présence troublait le repos des habitants. En 1750, le gouvernement offrit à la ville de lui abandonner la citadelle avec tout le terrain qu'elle renfermait, ses murs, ses fossés, ses bâtiments, moyennant une rente perpétuelle de 300 livres à payer au major de la place, et celle de 150 liv. au capitaine des portes. Ces charges étaient bien minimes ; néanmoins la ville , oubliant toutes ses réclamations antérieures, refusa obstinément ce marché, sous prétexte que les murs de la citadelle se trouvant en mauvais état , leur entretien lui rendrait cette acquisition plus onéreuse qu'utile. Pour la décider, il fallut que le roi, en 1757, publiât un édit par lequel il ordonnait que la ville ferait cette acquisition , en payant seulement une rente de 500 livres ; cette rente devait s'éteindre avec la vie des titulaires.

La ville, devenue ainsi propriétaire malgré elle et pour pas grand chose, de ce vaste emplacement, n'en tira aucun parti. Non seulement elle ne se hâta point de faire disparaître ces murs et ces fossés contre lesquels elle avait si longtemps réclamé , mais elle abandonna encore le terrain de l'intérieur de la citadelle a plusieurs particuliers, moyennant un simple surcens. Du temps de la révolution, ceux-ci s'empressèrent, pour la plupart, de racheter ce surcens, et devinrent à leur tour propriétaires du fonds, moyennant d'assez minimes déboursés.

Après la révolution de juillet, le gouvernement ayant résolu de rétablir la citadelle dont les murs tondjaient en ruines et dont une partie des fossés avait été comblée, la ville s'empressa de mettre à sa disposition les parties de cet emplacement dont elle était encore propriétaire. Le prix d'acquisition, tant des murs que de la totalité du terrain, réglé quelques années plus tard , s'est alors élevé à la somme de 2l(i,000 francs.

Les travaux d'édification de la nouvelle citadelle commencés

MOM'Ml.NTS ET ANTIQUITÉS. SI

en 185o^ sont aujourd'hui presqu'enlièremenl achevés. Celle forteresse se compose de six flancs baslionnés, avec un chemin couvert et un fossé profond du côté de la ville. La contrescarpe de ce fossé est casematce et contreminée. En arrière du rempart s'élève une belle caserne à deux étages, terminée par une plate-forme qui est en quelque sorte un second rempart derrière le premier. Ce bâtiment mérite d'être visité par les curieux : il est entièrement en pierres; pas un seul morceau de bois ni de fer n'a été employé dans sa construction.

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