LA CATHÉDRALE
Premier vaisseau do cette église ; était dédiée à la Vierge, — Edifice actiu 1 ; sa valeur artisti(iiie , ses dispositions générales; ses dimensions ; souterrains; différents sinistres qu'il a essuyés. — Description du monument. Grand portail ; portail du midi; portail du nord; chevet; fenêtres et confrei'orls. Ordonnance générale intérieure: voûtes; bas-côtés; triforium ; chapelles'; chambre des démoniaques; jubé; sculpture et ornementation. Verrières. Pierres tombales. Chaire. Orgues. Sonnerie. Reliques; la Sainte-Face. Image de Saint-Rcmi. Recherches sur Tépoquede construction du vaisseau de cet édifice. Dates de ses autre» parties.
Selon une opinion traditionnelle, le premier vaisseau de la cathédrale de Laon aurait été élevé du temps de Constantin , au 4'"* siècle, sur les anciennes cryptes ou grottes souterraines , où se rassemhlaient alors les chrétiens de la ville (1). St-Uemi , dans son testament , la nomme église baptismah , parce (ju'elle fut la première élevée dans le pays, et comme la mère de toutes les autres.
Dédiée à la Vierge dès le moment de sa fondation , elle fut d'ahord appelée église de Sainte-Marie. Plus tard, après sa destruction au 42"'^ siècle et sa reconstruction quasi-miracu-
(1) Cette ancienne crypte pourrait bien être le petit caveau placé sous le chevet de réglise, et dont l'entrée se voit dans la cour de Tévêché, dite cour de la glacière. On y descend par un superbe escalier de 'iO marches au moins, surmoiiié d'une fort belle voûte à plein cintre et en pierres de taille.
leuse, peut-être aussi à cause du nombre infini de reliques qui s'y trouvaient exposées à la vénération des fidèles, on lui donna souvent le nom de Notre-Dame-des-MiracIes (1).
On ne possède aucun renseignement sur le premier vaisseau de l'église de Sainte-Marie; mais d'après toutes les probabilités, il était construit partie en bois, partie en pierres, selon l'usage du temps. Détruit par l'incendie de lli2, l'édifice actuel, au dire de la plupart des bistoriens, aurait été élevé sur ses ruines ; assertion contestée par un certain nombre d'écrivains et que nous nous réservons d'examiner plus loin a notre tour. Quoi qu'il en soit, nous n'avons à nous occuper pour le moment que du vaisseau actuel de la cathédrale , et nous allons le faire avec quelque détail.
Le mérite et la valeur artistique de cette superbe basilique , l'une des plus anciennes et des plus considérables de la France, après avoir été si longtemps ignorés ou méconnus, même de ses propres enfants, sont enfin aujourd'liui parfaitement appréciés de tous. Cependant, elle attend encore un bistorien, car son importance est telle , qu'elle mériterait à tous égards les honneurs d'une monographie particulière. Notre but n'est point d'entreprendre ici un travail d'aussi longue haleine : nos forces, et la nature même de cet ouvrage , ne nous le permettent pas : mais, par une description sommaire des immenses détails de ce vaste édifice , par l'énumération rapide des innombrables beautés qui se rencontrent dans chacune de ses parties, nous devons essayer de prouver que les Laonnois ont le droit de se glorifier d'avoir élevé et de posséder encore au milieu d'eux un tel monument, qui, à vrai dire, est une œuvre de génie bdlie , comme les ouvrages de Racine et de Voltaire sont des œuvres de génie écrites.
(1) Un écrivain anglais du 14""^ siècle prétend qu'en 1895 on vit au-dessus (lu clorlier du beffroi , sur la rue du Cloilre , l'image d'un crucifix qui y resia l'espace d'une demi-heure , laissant couler du sal\(i par les sligviales.
98 UVIll;: 11.
L'<îgiise est orientée et ()!'ésentc la l'orme généraîc d'une croix latine. Elle est aujonrd'hiii accompagnée de quatre hautes tours , dont deux sont placées sur le grand portail , et deux sur les portails latéraux. Ces derniers devaient être chacun surmontés de deux tours en pierres, comme le portail principal; mais la seconde n'a jamais été montée en maçonnerie qu'à la hauteur où nous la voyons, c'est-à-dire jusqu'à celle du toit de l'église. Néanmoins, ces deux pieds de tour supportaient autrefois deux hautes ilèches en bois : l'une , celle du côté de l'évêché, a été abattue en 17o0, comme inutile; l'autre, dans laquelle était placée la sonnerie du chapitre dite l' ordinaire ^ a été conservée jusqu'à la révolution française.
Les quatre tours actuelles sont elles-mêmes incomplètes, et trois d'entre elles n'ont jamais été finies. Elles étaient évidemment destinées, ainsi que celles des portails latéraux non terminées, à supporter autant de hautes flèches en pierres. De plus, on peut supposer que la lanterne elle-même devait également, dans le plan primitif de l'église, être surmontée par une flèche aussi élevée, plus élevée peut-être que celles des tours, car son diamètre est double du leur; en sorte que cette église achevée , eût été couronnée de six tours et de sept ilèches , dont l'extrémité se serait perdue dans le sein des images, on peut le dire sans exagération : conception des plus vastes et des plus hardies , qui aurait fait de la cathédrale de Laon , un monument unique, non seulement dans la France, mais encore dans toute l'Europe. Quoi qu'il en soit, une seule des tours, celle de droite du portail, était autrefois ainsi surmontée d'une flèche carrée , flanquée de quatre clochetons à sa base; cette flèche s'élevait à 285 pieds (125 mètres 40 cent.) au-dessus du pavé de l'église. Sous prétexte qu'elle menaçait ruine, on l'a démolie en ÎTîH.
La tour du portail latéral sud, porte seule aujourd'hui une petite flèche en bois ou campanille, dans laquelle est placée
MOi>{UMKNTS El AI\ÏIQUIT1^:S. W
la sonnerie de l'iiorloge. Ce campanilie, construit en 4407 pour cette destination, a été incendié par la foudre en 1844, et reconstruit la même année sur des proportions de hauteur un peu moindres.
Telles qu'elles existent , les quatre tours de Notre-Dame de Laon , en même temps qu'elles produisent l'effet le plus imposant, sont encore des modèles de hardiesse et de légèreté. Celle de la rue du Cloître , surtout offre des proportions parfaites. Le voyageur qui les aperçoit à une grande distance, alors que par l'effet de l'éioignement les angles s'émoussent et les formes deviennent vagues et incertaines, se demande, en voyant le jour percer de toute part entre les arcades et les colonnes dont elles sont formées, si elles reposent sur le sol, ou si, plutôt, un pouvoir magique ne les tient pas ainsi suspendues dans les airs? On jugera d'ailleurs de la hardiesse des constructeurs, quand nous dirons que les piliers intérieurs qui soutiennent ces masses effrayantes, ont à peine une toise carrée de diamètre !
Grâce d'une part à leurs hautes proportions, de l'autre à leur position sur une colline isolée , les tours de la cathédrale de Laon portent leur sommet à une élévation sans égale en Europe : leurs terrasses se trouvent à 525 pieds, et l'extrémité de la flèche du portail sud, à 570 pieds au-dessus de la plaine environnante; c'est 570 pieds de plus que Notre-Dame de Paris, 142 pieds de plus que la coupole de St-Pierre à Rome, et 155 pieds de plus que l'église de Strasbourg, dont la célèbre flèche atteint 457 pieds d'élévation.
Le vaisseau de la cathédrale de Laon se compose d'une large allée principale disposée en croix latine, comme nous l'avons dit, et accompagnée de chaque côté d'une allée latérale assez étroite. Ces bas-côtés sont surmontés de larges et befles tribunes au-dessus desquelles règne encore une petite galerie. Une haute coupole ou lanterne carrée, occupe le poiut d'in-
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terseclion des transseps. L'exîrémité du chœur se termine par un chevet carré, percé d'une rose et de trois hautes fenêtres lancettes. Les extrémités des ailes sont également carrées. I^es bas-côtés sont flanqués de chapelles, au nombre de 15 dans la nef, de 11 dans le chœur et de !2 dans les Iransseps. Originairement, il n'y avait de chapelles que les quatre placées au côté oriental de ces transseps, et celle actuelle des fonts; le côté extérieur des allées latérales était alors fermé par un mur élevé, percé d'une fenêtre entre chaque arcade, et divisé dans le bas en deux arcatures , comme il s'en voit encore dans plusieurs parties de l'église.
Celle-ci est éclairée par quatre roses et par environ 200 fenêtres qui régnent sur trois rangs dans toute la longueur de l'édiiice: le premier, le long des galeries latérales et dans les chapelles; le second, dans les grandes tribunes, et le troisième au-dessus de la petite galerie supérieure. Enfin, l'église est divisée dans sa longueur, en 46 arcades ou travées , dont 24 dans la nef, 20 dans le chœur et 2 pour la croisée. Il y a de plus 18 travées dans les branches de la croix.
On compte en outre dans cette église, dix gros piliers carrés dont les faces sont découpées en colonnettes engagées, ol grosses colonnes isolées, et 1,500 colonnettes de toutes dimensions, dont les fûts sont d'une seule pièce. Dans ce chiffre, nous ne comprenons pas encore celles qui, disposées en faisceau, surmontent les grosses colonnes et s'élèvent jusqu'aux voûtes; ces dernières , divisées par des anneaux, sont au nombre de 1,140.
Les dimensions des principales parties de cette immense basilique n'ont jamais été données d'une manière exacte : les voici telles qu'elles résultent de nos propres mesures :
Longueur totale de l'église hors d'œuvre , c'est-à-dire , depuis l'entrée du grand portail jusf^n'auN contreforts du chevet, 121 mètres 37'2 pieds anciens, i
MONUMIvMS ET AMIQUITlvS. lOl
Longueur dans œuvre, depuis la porte jusqu'au chevet, 109 met. 0(5 cent. (331 pieds anciens.)
Longueur de la nef, depuis la porte d'entrée jusqu'aux piliers de la lanterne, 52 mètres 60 centimètres.
Longueur du chœur, 43 mètres 00 centimètres. Longueur des transseps d'une porte à l'autre, 53 mètres 33 cent. ( 103 pieds anciens.)
Largeur de l'église, d'une chapelle à celle opposée. . 20'" 00^'
Idem de la grande allée 11 "
Idem des collatéraux 3 30
Largeur moyenne des travées 3 30
Profondeur des chapelles de la nef 4 00
Idem des chapelles du chœur 4
Diamètre intérieur de la lanterne 11 33
Idem des tours 5 33
Elévation des voûtes au-dessus du pavé de l'église . . 24
Idem de la clef de la lanterne 39 80
Idem des voûtes des collatéraux 7 »
IdeiïL des tours du grand portail 50
Idem des tours des portails latéraux 59 75
Ideyn de la flèche de la tour du portail sud 75
Toute cette église est construite en pierres calcaires de moyen appareil, généralement très-dures, liées par une couche épaisse de mortier. Ces matériaux proviennent en grande partie de la montagne de Laon même, ainsi que des carrières de Mons-en-Laonnois, Presles, Colligis, etc. Le noyau des parties massives est formé de moellons noyés dans du mortier et revêtus de pierres de taille. Les grosses colonnes com})osées (le plusieurs assises , et le fût des petites formé d'un seul morceau , sont en pierre siliceuse très-dure, à laquelle on a donné un beau poli. Au rapport d'anciens écrivains, elles étaient aussi belles que du marbre avant qu'un ignoble badigeon ait été uniformément appliqué sur elles. Plusieurs fûts de hautes colonnetles, par le fail de la charge (ju'ils supportent , nu à
catisc de la nature de leurs parties constituantes, résonnent conjme des cloches sous les coups d'un marteau.
(hi remarque dans cet immense édifice d'assez nombreux (](''tauts de construction, qui paraissent provenir d'une grande précipitation que l'on aurait mise îi la faire. Une chose plus malheureuse , c'est que la solidité de plusieurs de ses parties semble gravement compromise. Les deux piliers intérieurs (jui soutiennent les tours du portail , non seulement font considérablement le ventre , mais encore celui de droite se fendille et s'écrase d'une manière sensible. Dans le haut, des murs conliuuent h s'ouvrir eî à se disjoindre malgré les travaux de consolidation qu'on y a faits récemment. La tour du portail sud offre un surplomb considérable sur la rue du Cloître, ce qui a nécessité d'en refaire, il y a longtemps, l'une des jambes de force. Elle parait en outre pencher en arrière vers l'est. Nous pourrions encore signaler plusieurs autres parties qui présentent dos dégradations non moins considéral)les. Heureusement !o gouvernement est venu en aide à la ville et au conseil générai, et des réparations importantes y sont exécutées chaque année à frais conununs.
Selon une opinion assez répandue, il existerait sous la cathédrale une espèce de seconde église souterraine, composée de vastes et longs couloirs avec des piliers et des voûtes. On y verrait môme un lac plein d'eau. L'examen du monument sulîit seul pour démentir cette opinion. L'édifice parait avoir peu de fondation, et être bâti immédiatement sur la roche, base plus solide que toutes les maçonneries que l'on aurait pu faire. Il <'xiste si peu de voûtes sous son pavé, que l'on y a longtemj)s enterré, et qu'on y a même construit des caveaux assez profonds pour y déposer les corps de deux ou trois évêques.
Cependant, cette opinion a quelque chose de vrai. On trouve en ellét , aux environs , des ccwcs aux arènes composées de longs, étroits et bas couloirs pratiqués au niveau des puits,,
MONUMENTS El ANTIQUITE-S. i03
Cl a l'oxlrémilé desquels on voit un espace plus large rempli d'eau, parce qu'il reçoit les eaux pluviales d'une partie des toits de l'édifice ; mais ces couloirs paraissent seulement creusés le long de l'église , sous les bâtiments de l'ancien chapitre , et ne pas pénétrer sous la cathédrale : cependant ils ont pu donner lieu à la fable de l'église et du lac souterrains.
Le temps n'est pas le seul agent destructeur que ce vaste édifice ait h redouter : ses hautes proportions , sa position sur une montagne élevée et isolée , l'exposent plus qu'aucun autre aux ravages des ouragans et surtout aux atteintes de la foudre. Nous allons rapporter quelques uns de ces accidents dont l'histoire nous a conservé le souvenir; mais nous ne doutons pas que le nombre n'en soit infiniment plus grand.
Après l'incendie de la cathédrale, en il 12, on avait entrepris h grands frais des travaux destinés à soutenir des parties de l'édilice qui menaçaient ruine, lorsqu'une nuit, pendant un violent orage, la foudre frappa les murs d'un coup si furieux, qu'ils perdirent leur aplomb, et qu'on se vit dans la nécessité de les abattre jusqu'aux fondements.
Le 20 juillet 1551 , pendant une graiide tempête mêlée de grêle , la foudre tomba sur la llèche de l'horloge et y mit !e feu. De prompts secours empêchèrent l'incendie de se propager.
En 1542, le jour de l'Assomption, le feu du ciel éciaîa de nouveau sur cette église et y tua un homme , sans blesser aucune des 200 personnes qui l'entouraient.
En 1585, le 25 décembre, jour de Noël, pendant qu'un prédicateur faisait un sermon , la foudre tomba avec un fracas épouvantable sur la cathédrale; elle entra, sous la forme d'uii brandon de feu , par la rose du portail , traversa l'église dans toute sa longueur , et sortit par le chevet. Quoiqu'elle se trouvât pleine de monde, ])ersonne ne fut atteint.
Le 1 i juin KJil , le feu du ciel })énélra encore dans cet édifice , et v tua une femme.
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En UioG, la loudre éclata de nouveau sur cette église, mais n'y fit aucun dégât.
Dans la nuit du 28 au 29 juin 1720, elle tomba jusqu'à sept fois sur les tours et les combles de la cathédrale , et mit le feu en plusieurs endroits. La population entière s'employa à l'éteindre ; mais l'eau arrivant diflicilement a cette élévation , on fut obligé de couper les pièces de bois enflammées, et de les jeter en bîis pour empêcher l'incendie de se propager. Une procession, qui se faisait encore au moment de la révolution, fut instituée à cette occasion pour remercier Dieu de la conservation de cette basilique.
Au mois de mai ou juin 1815, le feu du ciel tomba de nouveau sur l'église, et y tua doux conscrits qui s'y étaient mis à couvert de la pluie.
Enfin, le 7 mai 1844 , la foudre éclata encore sur la flèche de l'horloge , et y mit le feu. La difficulté de porter des secours h cette élévation , rendit longtemps inutiles les efibrîs de la population : heureusement, l'incendie se propagea avec une extrême lenteur, ce qui permit enfin de l'éteindre. On frémit en pensant aux malheurs qui auraient pu arriver, si cette flèche se fût écroulée embrasée sur les combles de l'église et les maisons voisines.
La cathédrale faillit encore être renversée à la fin du 17""^ siècle, par un tremblement de terre, phénomène bien rare dans nos contrées. C'était le 18 septembre 1G91 ; on était sui-le point de chanter les vêpres, et des gens étaient occupés aux préparatifs de cette cérémonie. L'agitation du sol, les mouvements du crucifix placé sur le jubé, les oscillations des lampes, le son réitéré d'une clochette suspendue près de l'autel, tout cela efli'aya tellement ceux qui se trouvaient dans l'église qu'ils s'enfuirent en désordre vers les portes pour en sortir. Les habitants des quartiers environnant la cathédrale , non moins épou vantés, se hatèreni (rabandonner leurs maisons, dans la
crainte de voir cet édifice s'écrouler sur eux. Les tours oscillèrent plusieurs fois, et la grande flèche en pierres du portail se balança tellement , qu'on crut la voir tomber. Elle perdit seulement son aplomb, et demeura légèrement penchée vere le couchant ; c'est à cela que se réduisit tout le dégât.
Nous allons maintenant passer à la description générale de ce monument.
Le portail se compose de trois grandes arcades ogivales surbaissées , s'avançant en porches , soutenues par des pieds droits lisses, ornés de colonnes dans les angles , et surmontés de quatre tourillons carrés à jour. Dans l'origine , ces pieds droits étaient percés d'une large ouverture carrée, qui a été bouchée plus tard. Les raccords de la nouvelle maçonnerie avec l'ancienne, ont fait croire h plusieurs écrivains que le porche avait été ajouté après coup. Ces ouvertures sont remplacées , de chaque côté , par une double arcature franchement ogivale, supportée par trois colonnettes, dont celle du milieu , plus longue que les deux autres , repose sur un socle pentagone.
L'archivolte de ces porches, formée de eoMons fleuronnés nettement fouillés , est surmontée de frontons aigus , dont le centre est occupé par des sujets sculptés très-frustes. Dans le fronton de l'arcade du milieu , la Vierge assise sur un tmne à colonnes, et tenant l'enfant Jésus sur ses genoux, est accompagnée de personnages dont deux sont debout et deux assis. Cette sculpture est dans un tel état de mutilation, (pi'il est impossible de deviner ce qu'elle représente. On voit seulement (jue le personnage debout à droite de la Vierge, tient un long muleau déployé, et derrière lui on aperçoit un édifice. Ce tableau était peut-être destiné à rappeler que cette basilique avait été placée sous la protection de la mère de Dieu.
La sculpture du fronton de droite représente l'archange St- Michel , foulant aux pieds le dragon. On voit à gauche une
lignre assise, vêtue d'une longue robe, tenant h la main comme «ne croix ornée de feuillages et les pieds posés sur un scrj»ent; h droite un personnage tout h fait mutilé. Dans le fronton de gauche, la Vierge, revêtue d'une tuni<îue serrée ii la taille et d'un long manteau, est debout entre deux personnages qui s'agenouillent.
Les côtés des portes sont ornés de colonnettes lisses ou cannelées , droites ou torses , et les voussures et les tympans de sculptures. Dans les voussures , ce sont des entrelacs chargés de distance en distance de bouquets d'artichaux ; les chapiteaux des colonnettes sont ornés de deux rangs de feuilles délicates, profondément fouillées.
De chaque côté de la porte principale existent neuf colonnettes dont quatre plus courtes, parce qu'elles supportaient autrefois des statues colossales aujourd'hui absentes, mais dont les dais, d'un excellent travail, sont encore en place.
Le tympan de la porte du milieu représente une scène dont le sujet est difficile h. deviner. Deux personnages assis sur un banc h. colonnes, ont a leurs côtés deux autres personnages debout, et sont entourés d'un cordon composé de dix anges portant des encensoirs. Au-dessus, le père éternel étend les bras. Les quatre autres cordons de l'archivolte sont composés de 44 personnages, tous assis et occupés d'une manière difficile à deviner, parce qu'ils sont plus ou moins mutilés; la tête leur manque k tous. Il y en a qui tiennent des instruments de musique; d'autres des rouleaux déployés.
Au tympan de la porte de droite on reconnaît le jugement dernier divisé en deux scènes superposées : dans le compartiment supérieur, Jésus-Christ portant le nimbe crucifère, les pieds nus posés sur un tabouret lleuronné, est assis entre huit personnages représentant sans doute les Apôtres , que le défaut d'espace n'aura pas permis de placer tous. Au-dessous, les morts sortent de leurs tombeaux , et dans le compartiment
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inférieur figurent, à droite, les élus conduits par un ange, à gauche, les réprouvés encliaînés et traînés par un démon.
Le tympan de la porte de gauclie se divise aussi en deux compartiments : dans la partie supérieure, la Vierge tenant l'enfant Jésus est assise entre des personnages difficiles h reconnaître; dans la partie inférieure, on voit un lit a baldaquin, sur lequel une femme est couchée. A droite un ange semble parler à un personnage revêtu d'une longue robe; à gauche est placée une figure toul-h-fait méconnaissable. Le premier cordon de l'archivolte est occupé par six anges , les autres par des personnages au nombre desquels on distingue plusieurs guerriers armés de boucliers; les uns sont en repos, les autres semblent combattre (1).
Au-dessus des porches règne d'abord une rangée de neuf fenêtres ogivales , ornées de colonnettes et d'un double cordon de ileurons et de qua(re-feuilles. Ensuite , dans le milieu , une grande arcade cintrée occupée par une rose, et sur les côtés, deux fenêtres ogivales. La rose est divisée en un grand lleuron central , entouré de 48 compartiments disposés sur deux rangs. Dans le premier , ils sont presque carrés et séparés par des meneaux droits formés de colonnettes massives en pierre ; dans le second , ils sont demi-circulaires. Le tout est entouré d'un cordon de roses épanouies et de feuilles d'acanthe.
Les fenêtres qui s'ouvrent au-dessus des porches latéraux, sont séparées de l'arcade du milieu par des contreforts carrés, que cachent deux gros clochetons appliqués. Ces fenêtres, dont
(1) A la voûte du grand portail était autrefois suspendu un os énorme , dépouille de quelque cétacé fossiile trouvé 'i Laon ou dans les environs. Cette pièce curieuse d'histoire naturelle , que l'on nommait l'os qui pend . se voyait encore au commencement de ce siècle: elle a disparu depuis.
Il y avait anciennement à Laon sept merveilles que l'on montrait aux étranjzers; c'étaient: Tos qui pend, la cathédrale, les églises de Saint-Vincent et de Saint-Martin , la pierre à clous , la tour penchée et Télang de Saint-Vincent.
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l'archivolte est supportée par des figures d'hommes étrangemeiil contournées, sont ornées de voussures remarquables par la perfection du travail. Elles se composent à chaque fenêtre , de quatre cordons disposés en retraite et composés allernativement de végétaux, d'animaux et de personnages. A la fenêtre de gauche, le premier et le troisième cordons représentent des espèces de dragons, tous revêtus d'un capuchon qui leur retombe sur le cou. Le cordon du milieu est occupé par dix personnages assis : le premier de gauche tient deux livres ouverts dans la main droite; il est vêtu d'une longue tunitique, et un dais est suspendu au-dessus de sa tête. Audessus , le second a , auprès de lui , un enfant également assis et auquel il paraît montrer à lire dans un livre ouvert sur ses genoux. Le troisième, serré d'un serpent à la taille, est dans l'attitude d'un homme qui discute ; le quatrième a les bras tendus , comme un orateur qui pérore ; le cinquième tient deux boules dans chaque main ; le sixième représente une femme portant une tringle , h laquelle sont attachées cinq sonnettes; le septième , encore une femme avec un astrolabe; le huitième trace des lignes avec un compas sur une table placée sur ses genoux ; le neuvième est un personnage barbu dans l'attitude de la méditation ; entin, le dixième tient une longue liole ou philactère. On croit que ces personnages représentent le premier, la science par excellence ; puis, la grammaire, la logique, la rhétorique, l'arithmétique, la musique, l'astronomie, la géométrie et la philosophie; le dixième est incertain. Le quatrième cordon est formé de feuilles et de fruits délicatement travaillés.
La fenêtre de droite est également encadrée de quatre cordons. Le cordon intérieur présente huit aigles , les ailes déployées : au second , ce sont des personnages assis. Le cinquième personnage de droite tient dans une main un oiseau , dans l'autre un [loisson. Le quatrième est un personnage barbu
qui caresse de la main droite le menton d'un autre personnage nu et debout devant lui , et de la gauche lui saisissant le bras droit lui montre trois quadrupèdes couchés à ses pieds. Audessous un personnage seul s'appuie sur une crossetle comme nn homme fatigué. Ensuite, un autre personnage drapé étend les bras comme un homme qui harangue ; des anges placés derrière lui l'encensent , et un homme prosterné à ses pieds semble l'implorer. Enfin, un cinquième personnage, la couronne en tête, porte sur ses genoux deux hommes barbus qui n'ont que la taille d'un enfant, et dont la tête est également ornée d'une couronne : à droite et à gauche , des anges tiennent encore des couronnes dans leurs mains.
Ces différentes scènes paraissent représenter la création du monde, la mission du Sauveur et la gloire des Justes, Au premier tableau Dieu crée les animaux ; au second il donne la vie a l'homme ; il se repose au troisième ; au quatrième Jésus-Christ annonce la rédemption; et au cinquième les élus, la tête ornée d'une couronne, sont reçus dans le giron de la divinité.
A gauche de la fenêtre, un premier personnage semble compter. Le second tient de la main gauche deux écussons superposés, et sur l'un desquels on voit neuf têtes disposées en cercle avec une dixième au milieu. Il a la main droite étendue vers l'église et semble l'indiquer de l'index. Les trois personnages placés au-dessus portent également chacun un écusson , sur l'un desquels on distingue un arbre avec ses branches et ses feuilles. L'ornement des deux autres est méconnaissable.
Le sujet de ces dernières sculptures n'est certainement pas emprunté à l'histoire sainte, et par cela même plus dilïlcile à deviner. Nous hasarderons néanmoins une conjecture à son égard : Cette scène, placée en regard et pour ainsi dire côte à côte avec la création du monde , n'aurait-elle point trait à la réédification de l'église, cette création du cierge laniinois du
IS"** siècle? L'ancien sceau du chapitre représentait onze tôtes de chanoines disposées en rond autour d'une douzième. C'est évidemment hii que le scuplteur a voulu reproduire dans l'écusson porté par le second personnage , et sur lequel le délaut d'espace n'aura permis d'en mettre que dix. Les autres écussons sont sans doute ceux de l'évêque et de quelques puissants personnages du temps. Or, dans l'attitude de la première ligure qui semble compter; dans celle de la seconde qui montre le monument avec l'index, et dans la représentalion de ces différents écussons , n'aurait-on pas voulu rappeler que l'édifice a été construit h frais communs par le chapitre , l'évêque et certains personnages ou certaines communautés religieuses? Nous laissons a de plus experts le soin de décider la question.
Le troisième cordon de l'archivolte est occupé par douze oiseaux lantastiques , perchés sur un pied de vigne qui serpente, et dont ils picotent les raisins. Le cordon extérieur est l'orme d'ornements en rinceaux qui partent, a droite d'un reptile sans aile, et h gauche d'un lion ailé.
A-u-dessus de ces fenêtres, de la rose, et d'une corniche qui les couronne , vient une galerie ogivale divisée en trois parties et dont celle du milieu est la plus élevée. Les deux galeries latérales sont chacune composées de quatre arcades supportées par des colonnettes simples : celle du-dessus de la rose en a sept, et l'arcade qui en occupe le centre, plus large et plus élevée que les autres, est soutenue par un faisceau de trois colonnettes accouplées. A la hauteur de cette galerie, deux tourillons carrés et superposés, terminés par des pignons aigus , sont appliqués contre chaque contrefort.
Au-dessus de la galerie du milieu, le portail se termine par un petit balcon h jour, autrefois surmonté d'un vaste beffroi, dans lequel était placée la sonnerie. Ce beffroi a été démoli en 18i5.
A partir de ce balcon, les deux tours du portail s'isolent et forment deux hauts étages : l'inférieur, carré, est éclairé sur chaque lace par deux ouvertures lancettes accouplées ; le supérieur, octogone , par autant de longues ouvertures cintrées. Quatre des côtés de ce second étage, sont flanqués de tourillons entièrement à jour, et h leur tour divisés en deux étages, l'inférieur carré, le supérieur octogone. Ils sont éclairés par des arcades ogivales soutenues par des colonnettes, simples dans le haut, accouplées dans le bas. Dans chaque tour, l'un de ces tourillons renferme un escalier tout à jour , destiné à conduire sur les plates-formes, et dont les marches sont à chaque bout supportées par des colonnettes. On ne peut rien de plus hardi et de plus gracieux à la fois que ces dispositions. La corniche de la plate-forme de la tour de droite, est seule ornée de grandes têtes d'animaux fantastiques, d'une forme et d'un travail curieux.
Dans chaque tour, sur la corniche du premier étage des tourillons, on voit des statues de bœufs, la tête tournée en dehors. Aujourd'hui au nombre de huit seulement, elles devaient être seize dans l'origine, huit sur chaque tour. Nous reviendrons plus loin sur ces sculptures insolites.
Au pied septentrional de la tour de gauche, s'ouvre une charmante porte encadrée d'une archivolte ornée de roses épanouies, et de larges feuilles semblables à celles du platane, et retombant sur d'élégantes colonnettes , dont les chapiteaux sont décorés de feuilles de vigne d'un grand fini. Les sculptures du tympan sont méconnaissables. Au-dessus s'ouvrent d'abord deux fenêtres ogivales ornées de roses et de quatrefeuilles, puis, une autre plus grande du même style. On voit ensuite quatre tambours carrés sans ornements, et enfin une série d'arcatures correspondant à la galerie du portail. Au-dessus viennent les hauts étages dont nous avons parié. La tour de droite est absolument send)!ablc, à la porte près qui lui manque.
Le portail du midi, (lanqiié, à gauche d'une haute tour, à (h'oite d'un pied de tour seulement, se compose, dans le milieu, de deux grandes portes ogivales, séparées par un étroit trumeau et surmontées d'un grand fronton aigu dont les rampes supportent des feuilles de chardon. Leurs arcs retombent sur des colonnettes, dont les chapiteaux sont ornés de feuilles de vigne folle d'un beau travail. Au-dessus s'ouvre une trèsgrande fenêtre ogivale et rayonnante , qui se partage en trois ogives surmontées d'une rosace. Chaque ogive se subdivise elle-même en deux trilobées surmontées d'un fleuron. Au-dessus, règne une galerie composée de sept arcades, dont les archivoltes sont couvertes d'un double rang de fleurons profondément fouillés. Le tout se termine par une corniche.
Le soubassement de la tour de gauche est percé d'une porte ogivale encadrée de colonnettes. Au-dessus, on voit une arcade surbaissée, construite évidemment dans le but de consolider cette partie de l'édifice, comme la jambe de force de droite a été refaite pour parer au surplomb de cette tour. Toutes ces parties conservent des traces d'anciennes peintures aujourd'hui méconnaissables. Au-dessus, s'ouvre une fenêtre maintenant bouchée, divisée en deux ogives trilobées; puis, vient encore une fenêtre ogivale, mais d'un autre style.
La tour se divise en trois étages supérieurs, au lieu de deux comme celles du grand portail. Le premier étage, carré, est percé de deux courtes ouvertures lancettes sur chaque face, entourées d'un bandeau orné de quatre-feuilles. Le second , également carré , est aussi percé de deux ouvertures lancettes plus allongées et franchement ogivales. Derrière, existe un mur intérieur plein, séparé de la construction extérieure par une petite galerie circulaire. Le troisième étage, octogone, est éclairé par huit grandes ouvertures lancettes ogivales, et flanqué de quatre tourillons divisés, comme ceux des tours du grand portail, en deux étages; mais l'inférieur, au lieu d'être
carré est octogone, et se trouve soutenu par des colonnes dont le fût est d'une seule pièce, et non de plusieurs assises. Les ornements des archivoltes et des corniches de cette tour, partout pareils à ceux des parties anciennes du reste de l'église jusqu'au deuxième étage , sont ensuite très-différents : ils se composent de feuilles recourbées en crosse , quelquefois entremêlées de têtes grimaçantes.
Au pied du soubassement de cette tour , et sur sa face occidentale, on remarque encore une petite rose dont les ornements sont d'une perfection remarquable et d'une étonnante conservation. L'arcinvolte en est ornée d'une guirlande d'arlichaux , dont les feuilles sont appliquées sur le bandeau , tandis que le fruit ressort en ronde bosse.
Le pied de tour de droite est en tout semblable à celui de gauche, à l'exception de la porte qui lui manque, et de la première fenêtre dont le style est l'ogive de transition.
Le portail du nord est, comme celui du midi, flanqué à droite d'une tour, a gauche d'un pied de tour seulement. Il se compose de deux portes ogivales accouplées, soutenues par des faisceaux de colonnes. Au-dessus, régnent cinq fenêtres ogivales d'un autre style; puis, une rose d'un moyen diamètre, et enfin une galerie semblable a celle du portail latéral sud.
La rose se compose d'une grande rosace centrale, autour de laquelle sont disposées huit autres rosaces plus petites, avec des trous circulaires percés dans les angles. Les meneaux sont très-massifs. Dans l'angle à droite , on remarque un pied droit commencé, qui indique que l'on a voulu remplacer celte rose par une grande fenêtre ogivale semblable à celle du portail du midi.
La tour qui surmonte le portail du nord, construite sur le modèle de celles du grand portail , s'en distingue beaucoup par ses détails. Les archivoltes et les pieds droits de ses deux étages siqiérieurs , sont ornés de feuilles crossées et de figures
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bizarres et grimaçantes. Les arcades des tourillons sont toutes trilobées, et les angles des murs du second étage sont ornés de caissons circulaires découpés intérieurement en quatre-leuilles.
Le chevet de la cathédrale est carré; il est percé de trois magnifiques fenêtres lancettes , surmontées d'une rose entièrement semblable à celle du grand portail. Au-dessus, règne une charmante galerie ogivale terminée, à chaque extrémité, par un tourillon carré. Ces tourillons étaient autrefois surmontés d'une petite flèche en pierre. Le dernier contrefort est également orné d'un clocheton , porté par quatre colonnettes. Au sommet du pignon , est sculpté un petit portique soutenu par deux colonnes, et sous lequel un personnage est assis.
Les fenêtres de cet édifice, a l'exception de celles des chapelles dont nous parlerons plus loin , sont de simples ogives de petite dimension. Elles sont encadrées de deux colonnettes, et leurs arcs extérieurs, presque toujours ornés de quatrefeuilles et de roses épanouies, reposent sur des figures d'animaux ou des têtes humaines grimaçantes.
Les contreforts, carrés et peu saillants, s'élèvent le long des bas-côtés et se replient en arcs-boutanis. Ils sont simples et sans ornements à droite et h gauche de la nef; mais le long du chœur, de petits gables panachés les couronnent.
Nous allons maintenant pénétrer dans l'intérieur de cette basilique , et en étudier les parties principales comme nous l'avons fait pour l'extérieur.
La voûte est partout ogivale, et soutenue par d'épaisses nervures , dont les points d'intersection sont cachés par des clefs découpées en fleurons. Dans la nef et le chœur, les nervures, composées d'un tore appliqué sous un bandeau, sont disposées trois par trois , de manière à former un faisceau de six réuni au centre par une clef. Chaque faisceau est séparé du suivant par un large bandeau découpé en tores sur les angles. Aux transseps et aux bas-côtés , les nervures relom-
MONUMENTS ET ANTIQUITÉS. iiH
bent à chaque pilier et se composent d'un large bandeau bordé de deux tores.
La nef, le chœur et les transseps sont séparés de leurs bascôtés par des arcades ogivales de moyennes dimensions, dont les arcs reposent sur de grosses colonnes cylindriques à bases tantôt carrées , tantôt exagones , à chapiteaux toujours cylindriques et chargés d'ornements différents à chacim d'eux. Ce sont, ordinairement, deux ou plusieurs rangs superposés de feuilles plates , avec ou sans nervures , et dont l'extrémité supérieure se recourbe le plus souvent en crosse. Les tailloirs sont, de même que les bases, ou carrés ou exagones. Aux colonnes de la première moitié du chœur, et à celles du côté oriental des transseps , chaque tailloir est séparé du reste du chapiteau par douze consoles ou corbeaux. Cette singularité se retrouve dans les chapiteaux des colonnes engagées qui garnissent les bas-côtés de ces parties de l'église, et jusque dans ceux des colonnettes qui supportent les arcatures ménagées dans l'épaisseur des murs extérieurs. On la remarque également dans les tribunes supérieures.
Une autre singularité se voit dans la nef : les quatre dernières colonnes sont entourées de six colonnettes détachées, disposées trois dans la grande allée, trois dans le bas-côté, et qui se relient à la colonne centrale par un anneau placé à moitié de leur hauteur. Cette disposition parait être dans le plan primitif de l'église, car ces colonnettes semblent avoir été destinées à soutenir les faisceaux d'autres colonnettes qui surmontent chaque grosse colonne, en s'élevant jusqu'aux voûtes dont elles supportent les nervures. Ces faisceaux de colonnettes, alternativement de trois et de cinq , sont rattachés aux parois de l'église par des anneaux disposés de distance en distance.
Les six gros piliers qui soutiennent la lanterne et les tours s'élèvent d'un jet jusqu'aux voûtes, et sont découpés de manière à simuler des faisceaux de colonnes.
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Les travées des extrémités des transseps au lieu d'être séparées par de simples colonnes , le sont par des faisceaux de colonnes. A gauche, ce faisceau est comjiosé d'une colonne centrale entourée de six colonnettes, dont les fûts, d'une seule pièce , sont très sonores ; à droite , le groupe correspondant est composé de trois colonnes et de deux colonnettes.
Les bas-côtés, très étroits, tournent autour de la nef, du chœur et des transseps. On y remarque un de ces vices de construction dont nous avons déjà parlé : le point d'intersection des arcades et celui des nervures , se trouve sur deux lignes différentes, ce qui fait paraître ces allées latérales comme disposées en zig-zag.
Dans toute la longueur de l'édifice , s'étendent , au-dessus des allées latérales , de vastes tribunes éclairées , du côté extérieur , par de petites fenêtres ogivales , et du côté de l'église par des arcades géminées reposant sur des colonnettes , et percées dans une plus grande arcade, également ogivale. Aux extrémités des ailes, on trouve, à la hauteur du triforium , des parties de construction sur lesquelles nous devons appeler l'attention des archéologues. Dans le gros pilier qui soutient la tour du portail sud, on remarque, du côté de la tribune , une colonnette courte , portée sur un socle beaucoup plus haut que celui des colonnes environnantes. Les angles de ce socle, dont la forme elle-même n'a plus d'analogue dans le reste de l'édilice, sont profondément abattus et taillés en languette; partout ailleurs la languette est sur le socle et non sculptée à ses déj)ens. Le fût repose , sans intermédiaire , sur un boudin fort écrasé et très en saillie. Le chapiteau, très court, est orné de feuilles frisées grossièrement sculptées, dans une disposition et d'une forme particulières ; le tailloir , à son tour , est excessivement épais et lourd. Les colonnes engagées placées au côté sud de ce même pilier, celles du pied de tour qui leur correspond, et celles encore du pilier de la tour du nord, présentent dos bases et des chapiteaux tout semhlahles.
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Ces parties détachées nous paraissent présenter tous les caractères du style roman pur. Il semble que ce sont les débris d'un ancien édifice que l'on a utilisés lors de la construction du vaisseau actuel, et cette conjecture est fortiiiée par cette remarque , que les nervures qui reposent dessus , y portent entièrement à faux.
Dans le plan primitif de l'église il ne devait y avoir que cinq chapelles : celle actuelle des fonts et les quatre placées sur le côté oriental des transseps; peut-être faut-il y ajouter celle du fond de l'église, à droite. Les autres, au nombre de vingt-cinq, ont été construites après coup, dans l'intervalle laissé libre par l'espacement des contreforts de l'église. Ces dernières , toutes semblables entre elles , sont voûtées en ogives. Les nervures de ces voûtes , réunies au centre par une clef fleuronnée , retombent aux quatre angles sur d'élégantes colonnettes. Leurs fenêtres , grandes , ogivales , quelquefois simples , se divisent le plus souvent en deux trilobées surmontées d'un lleuron ou d'un qualre-feuille. Au-dessous , dans l'épaisseur du mur extérieur , sont toujours ménagées deux arcatures également trilobées, et dont les angles sont souvent ornés de sculptures; nous en parlerons plus loin.
La chapelle des fonts, qui est la première à droite en entrant, forme à elle seule comme une petite église séparée et indépendante du reste de l'édifice. Cependant elle est construite dans le môme style et paraît bien avoir été élevée en même temps que lui. Elle se compose d'une large nef divisée par des colonnes, et d'un sanctuaire beaucoup plus étroit. L'usage de cette chapelle, autrefois placée sous l'invocation de sainte Catherine et de Saint-Jacques-le-Majeur , nous est tout-a-fait inconnu : les fonts n'y ont été placés que depuis la révolution. Peut-être avait-elle été construite pour servir do paroisse, aj»rès l'incendie de l'église de Saint-Remi-Porte : il est du moins certain qu'avant la révolution, elle était all'ectée a la cure do colle dernière église.
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Les deux chapelles placées dans les angles formés par le croisement des transseps avec le chœur, sont également vastes et de l'orme carrée, avec une haute colonne dans le milieu. L'une, celle de droite, semble avoir toujours servi de sacristie; l'autre, h gauche, est celle de la Madeleine dans laquelle les chapelains de la cathédrale tenaient autrefois leurs assemblées.
Les deux chapelles des extrémités des transseps, sont les plus remarquables. Contrairement à tout ce qui se voit dans le reste de l'église , elles se terminent en demi cercle ; celui-ci est divisé en sept pans par de hautes colonnettes rattachées au mur au moyen d'un anneau, et qui s'élèvent jusqu'à la voûte dont elles supportent les nervures. Chaque pan est occupé, dans le bas, par une arcature soutenue par des colonnettes, et, dans le haut, par une fenêtre ogivale. Les nervures de la voûte sont toutes réunies au centre par une clef Sleuronnée.
Au-dessus de ces chapelles , à la hauteur du triforium , existent deux autres chapelles correspondantes, mais beaucoup plus élégantes encore. Les cinq pans sont formés par autant de hautes arcades supportées par des colonnes géminées, dont la disposition est du plus brillant effet. Les bandeaux des voûtes sont découpés au centre en une guirlande de quatre-feuilles du plus joli travail. Celle de ces chapelles placée auprès de la sacristie, servait autrefois c^e trésor. C'est pourquoi elle est divisée en deux, dans sa hauteur, par un plancher qui la déligure. On pénètre dans le second étage formé par ce plancher au moyen d'une ouverture garnie de deux portes, dont l'une est entièrement bardée de fer selon le goût du temps. La serrure et la clef en sont d'un travail extrêmement curieux.
La dernière chapelle de droite au fond du chœur, plus vaste que celles qui l'entourent, est en outre accompagnée d'une seconde place qui , dans l'origine , en faisait sans doute partie. La séparation de ces deux places est formée de deux arcades ogivales, postérieiuement bouchées par un mnr en
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ina(,'oiineiic, et supportées par une colonne géminée, dont nous devons signaler le style tout particulier. Ces colonnes, très-courtes, se composent d'un gros et d'un petit fûts accolés, lesquels reposent sur un boudin très-écrasé et saillant, comme nous en avons déjà signalé. Le socle est entièrement enterré sous le sol de l'église. Le chapiteau, très-court, est orné de feuilles larges et épaisses, dressées sur leur pétiole; le tailloir, lourd et très-épais , supporte immédiatement le socle d'un pilastre saillant et à cinq pans, flanqué d'une colonnette engagée à base octogone. Le tout est d'un style très-diflerent de celui qui règne dans les autres parties de cet édifice , à l'exception loutelois de celles que nous avons précédemment signalées.
Sous la tour du portail du nord existe une chambre carrée, espèce de prison éclairée par deux petites fenêtres très-élevées au-dessus du pavé. Autrefois, les démoniaques, les fous et les frénétiques étaient rangés sur la même ligne, et le clergé cherchait a obtenir leur guérison par des remèdes spirituels. A cet effet, on les renfermait dans une place réservée dans l'intérieur même des églises. Il est certain que la cathédrale de Laon en avait une affectée à cette destination. Lue lucarne ouverte dans l'épaisseur des murs, permettait aux malheureux qu'on y renfermait , d'apercevoir une chapelle au fond de la- (|uelle était un crucifix que l'on nommait le beau Dieu. La chambre en question était sans doute celle destinée a cet usage: deux lucarnes pratiquées dans le mur qui fait face à la chapelle actuelle de la Vierge , permettaient d'apercevoir , de l'intérieur, cette chapelle et le crucilix qui la décorait.
Les chapelles sont toutes fermées de hautes balustrades en pierres d'un goût très-pur , et dont les détails diffèrent à chacune. Ces balustrades sont ordinairement composées d'un portique formé de trois panneaux flanqués de quatre colonnettes en saillie et surmontés d'une corniche. Le panneau du milieu est toujours occupé par une porte, tantôt a plein cintre, tan-
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tôt carrée. Chaque panneau latéral se divise en deux parties : l'inlérienre est pleine ; la supérieure , à jour , est décorée de colonnettes et des ornements les plus variés , d'une grande finesse d'exécution. Ce sont des têtes d'enfant, des fruits, des feuillages, etc. Sur l'une d'elles, on voit un long obélisque autour duquel court une guirlande de feuilles; au-dessus du cintre de la porte d'une autre, on lit plusieurs devises, comme celle-ci : lahor omnia vincit , etc. Les ornements de la balustrade de la sixième chapelle de gauche, portent des traces bien visibles d'anciennes couleurs et de dorures.
La plus remarquable de ces balustrades est celle de la dernière chapelle de droite, au fond du chœur. Elle se compose seulement de deux compartiments, dont l'un est occupé par une porte cintrée. Trois grosses colonnettes cannelées, appliquées sur des pilastres, les décorent, et ils sont couronnés d'une large corniche. Au-dessus règne une petite balustrade supportée par des piliers carrés et cannelés, et dont les arcades à plein cintre sont ornées de groupes d'enfants d'une finesse et d'une délicatesse de travail merveilleuses. La partie à jour du panneau est remplie par trois colonnettes lisses et ventrues; la partie pleine, les faces des pieds droits, etc., sont couverts de bas reliefs tous empruntés à la mythologie , d'une pureté de dessin et d'un fini d'exécution extrêmement remarquables. Cette devanture est en pierre crayeuse; celles des autres chapelles , en pierre de Coliigis,. dont le grain est moins fin. Ces dernières balustrades étaient autrefois couronnées par des frontons , des écussons et des statuettes , qui sont tombés comme bien d'autres choses aussi inoffénsives sous le marteau révolutionnaire.
Le chœur était anciennement fermé par un jubé contre lequel étaient appuyés deux autels , a droite celui de la Vierge , a gauche celui de Sainte-Catherine. Les amis de l'art doivent ])eu regretter ce jubé, d'un assez mauvais goût, et dans \k>. si vie du 17'"" siècle.
A l'inslar des plus anciennes basiliques, la cathédrale do Laon présente en général peu d'ornementation dans son ensemble. Cependant, il y a des exceptions a cette règle, et nous en avons déjà fait connaître un exemple dans la décoration des fenêtres latérales du grand portail. Nous allons maintenant nous occuper d'autres détails de ce genre, qui méritent également notre intérêt.
En général , dans toute la nef, l'ornementation du chapiteau des colonnes et des colonnettes, est des plus simples, et se réduit, comme nous l'avons dit, à deux ou trois rangs de larges feuilles peu détachées et à peine recourbée:.i en crosse. Mais dans les transseps et le pourtour du chœur, c'est trèsdifTérent : non seulement les ornements des chapiteaux des grosses colonnes sont mieux sentis et plus en relief, mais ceux des colonnettes, pres({ue sans exception, sont d'un dessin plus correct et d'un travail plus délicat. Ils se composent de feuilles découpées , comme celles du chardon ou de l'artichaux , d'entrelacs et de personnages profondément fouillés et détachés, de telle sorte que souvent ils paraissent à peine tenir h la pierre. Les plus remarquables sont ceux des chapiteaux du pilier intérieur qui porte le pied de tour du portail du nord. Ils se composent d'entrelacs h jour d'une finesse extrême , sur lesquels sont comme assis des personnages nus, les uns barbus, les autres imberbes. Au-dessus de ces chapiteaux , à la hauteur du triforium , s'en rencontrent d'autres ornés de branches entrelacées de mille manières; et plus loin, au-dessus du chœur, un autre chapiteau est encore formé de personnages dans des postures contorsionnées. Enfin , les chapiteaux de l'autre pilier de ce même transseps gauche , sont ornés de larges feuilles de nénuphar tellement détachées et en relief, <]u'il semble qu'on va les cueillir avec la main.
Indépendamment de cette ornementation, on voit encore «lans la cathédrale, des sculptures sur lesquelles nous devons aussi nous arrêter \m moment.
Le bas des trois fenêtres du clievet était autrefois occupé par des autels ; il l'est aujourd'hui par une boiserie qui en dépare î'ensemble. Derrière cette boiserie, à droite, on voit, contre le mur, une sculpture de petite dimension, mais d'une conservation parfaite. C'est le Christ sur la croix, avec les deux Marie à ses côtés. Les têtes en sont d'une belle expression ; les couleurs et les dorures appliquées sur les vêtements des personnages, ont conservé leur éclat primitif.
Dans une chapelle de la nef, sont étendues deux statues colossales de saints d'un excellent style, quoique raid es ; ils sont , l'un et l'autre , adossés h une colonnette , vêtus d'une longue robe , et tiennent à la main une espèce de rouleau déployé. Ces statues proviennent évidemment du grand portail où elles surmontaient les socles dont nous avons parlé ; il conviendrait de les y replacer.
D'autres sculptures, d'une époque plus moderne, se remarquent également dans plusieurs chapelles. A la cinquième du côté droit de la nef autrefois sous le vocable de saint elean- Baptiste , et dans les angles formés par les arcatures pratiquées sous la croisée, des sculptures représentent la décollation du Précurseur. D'un côté , il est décapité par un homme vêtu d'une cotte de mailles; au milieu, un personnage couvert d'une robe à manches flottantes, relève le cadavre dont la tête vient de rouler à ses pieds, tandis qu'Hérodiade, la couronne sur la tête et assise sur un trône , contemple cette scène. A l'autre angle une femme est agenouillée devant un moine qui tient une équerrea la main.
La plus remarquable de ces sculptures est placée dans la septième chapelle de ce coté. Sous une arcade ogivale on voit un tableau divisé en deux compartiments. En haut , Jésus- Christ, auquel il ne reste que le torse et les cuisses, est attaché à vme croix qui semble comme implantée sur un personnage renversé, a figure décharnée, la mort sans doute, cl
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qui tient h la main une espèce de calice. Deux autres personnages drapés sont debout aux côtés de la croix. La seconde scène se compose d'un personnage également debout, tenant un objet semblable à un livre ; deux autres personnages sont agenouillés à ses côtés, et semblent l'implorer les mains jointes. Tous ces personnages , à qui la tête manque , sont d'un assez bon style, comme celui de la sculpture placée sous la fenêtre du chevet. Leurs vêtements conservent encore des traces de couleurs vives.
Extérieurement, et le long de l'entablement de l'édifice, une statue est placée au-dessus de chacun des arcs-boutants. Ces statues, de grandeur naturelle, sont dans le même style que les sculptures des fenêtres latérales du grand portail. Elles représentent des personnages dans les postures les plus bizarres.
On trouve encore à la cathédrale de Laon, comme du reste dans beaucoup d'autres monuments religieux, des sculptures qu'on serait loin de s'attendre a y rencontrer. Elles représentent des personnages dans les postures les plus indécentes : tels sont ceux d'une gargouille placée au-dessus de la cour de l'évêché, ceux qu'on voit en haut de la tour Saint-Paul, etc.
Des anciens vitraux de couleur qui décoraient autrefois toutes les fenêtres de cet édifice , il ne reste plus que ceux du chevet et de la rose du portail latéral du nord. La rose du chevet comprend un large médaillon central , entouré de deux cercles concentriques composés, le premier de douze médaillons isolés, le second de vingt-quatre médaillons accouplés deux par deux. Dans le médaillon central, la Vierge, vêtue d'une robe verte et d'une tunique rouge , et tenant dans ses bras l'enfant Jésus , est accompagnée à droite de saint Jean , à gauche d'Isaïe. Au-dessus d'elle planent deux anges adorateurs. Les médaillons du premier cercle renferment les douze Apôtres , tous assis sur un arc-en-ciel , unicolor ou bicolor , et chacun avec son nom écrit en grandes lettres gothiques.
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Bartliélemi, immédiatement placé sous la Vierge, semble avoir été mis avec intention dans cette place centrale et honorable. Enfin, dans les vingt-quatre médaillons du cercle extérieur, sont rangés les vingt-quatre vieillards de l'apocalypse, tenant d'une main un instrument de musique , pour signifier la béatitude éternelle des élus, et de l'autre une longue fiole ou philactère. Cette scène est celle de l'apocalypse, cliap. 4, verset 2.
Les vitraux de la fenêtre du milieu sont composés de quatre grands médaillons, séparés par cinq médaillons plus petits. Ceux des deux fenêtres latérales se composent chacun de vingt-deux médaillons accouplés. Le tout est entouré d'un encadrement qui fait le tour des fenêtres. Dans celle de droite , ces médaillons représentent la première époque de la vie de la Vierge ; dans celle du milieu, ses douleurs pendant la passion; dans celle de gauche, ses miracles après sa mort. C'est là qu'est reproduite cette légende de Théophile, si populaire aux 15""* et 14"^ siècles, qu'elle a été également représentée sur verre au Mans, à Troyes, k Tours et à Metz; sculptée deux fois à Paris ; mise en prose dans la légende dorée et en vers dans Rutebœuf et dans Gauthier de Coincy, moine-poète de notre pays, qui vivait à cette époque.
Les sujets de tous ces vitraux sont de petite dimension , et le dessin en est assez incorrect; mais les teintes en sont admirables et de, l'effet le plus riche. On peut certainement ranger cette verrière parmi les plus belles de France.
Les vitraux de la rose du portail nord , sont moins beaux que ceux de l'abside et d'ailleurs un peu mutilés. Ils paraissent représenter les arts libéraux , sujet déjà sculpté à la fenêtre gauche du grand portail, comme nous l'avons vu.
Le sol de l'église est jonché de pierres tumulaires , pour la plupart remarquables par la richesse des costumes des personnages qui y sont figurés, et par leurs décorations architecturales. Presques toutes lecouvrent des ecclésiasti(pies , évètjues ou
chanoines, et celles de laïcs y sont à peine au nombre de trois ou de quatre. La plus ancienne se trouve dans la chapelle des fonts ; aucun personnage n'y est représenté : elle porte seulele nom du chanoine qu'elle recouvre, et la date de 1201 , année de sa mort. Les deux pierres les plus remarquables sous le rapport des ornements qui les décorent et leur belle conservation , sont , celle placée dans la dernière chapelle de droite , et celle que l'on voit près de la chapelle de la Vierge. Plusieurs étaient autrefois décorées d'ornements en bronze et de lames de cuivre qui ont disparu. On en voit quelques autres qui sont recouvertes d'une épaisse couche de poix.
L'ancienne chaire de la cathédrale n'existe plus. Il y a à peine un siècle que l'on y voyait aussi celle dans laquelle le docteur Anselme avait enseigné ; elle a disparu comme la première.
La chaire actuelle provient de l'ancienne abbaye du Val-St- Pierre. Elle est en bois et de forme pentagone. Chaque pan se recourbe en-dessous de manière à donner a cette chaire la forme d'un bénitier. Chacun des panneaux est orné dans le bas de palmes, de branches de chêne, et de livres ouverts, avec des têtes d'anges sculptées sur les angles ; le tout est couronné d'une corniche. Au-dessus, trois des cinq panneaux sont ornés de personnages tenant à la main des livres ouverts , et dans l'attitude de la méditation: ce sont les moines Denis, Lansperge et Surius. Les pilastres qui séparent ces panneaux sont couverts d'écussons, de grappes de raisins, de livres, etc. Le tout est surmonté d'une seconde corniche , avec denticules.
Le dais de cette chaire est orné de franges en bois ; le ciel en est découpé en réseaux, et sur lui s'élève un magnifique vase plein de fleurs. Tout ce travail est d'un excellent style , d'une grande richesse de dessin , et d'une extrême finesse d'exécution. Cette chaire est de iG8I.
Le buffet d'orgues est forl beau et doit remonter à peu près
à la même époque que la chaire. Il est formé de deux étages, soutenus par des cariatides.
Cet orgue qui se compose de 50 jeux , passe pour l'un des plus complets et des plus puissants parmi les anciens orgues (le France. Son état de délabrement ne permet pas de juger aujourd'hui de ses ressources. Il est fâcheux que l'on n'ait pas préféré consacrer à son rétablissement , les fonds d'une souscription recueillis, dans ces dernières années, pour acheter un orgue de chœur, La somme nécessaire à ces réparations, est estimée à 20,000 francs.
La sonnerie de la cathédrale de Laon était autrefois peutêtre la plus considérable de France. Il en est question dès le jQ-ne siècle; au siècle suivant on y comptait huit cloches, dont cinq petites, dite l'ordinaire, étaient placées au-dessus du trésor , dans la flèche en hois du portail latéral sud , et trois grosses dans le beffroi du grand portail. L'histoire nous a conservé le nom de cinq d'entre elles: c'étaient Marie, Bridine , Capelaine, Manière et Anieuse. En 12G8, l'évèque Guillaume en ajouta une neuvième qu'il fit fondre à ses frais. Elle était la plus grosse de toutes ; et pesait dix-huit milliers : elle lui coûta 1050 livres. On la nommait GuiUemette. Elle ne devait être sonnée que dans les grandes occasions, comme à l'entrée à Laon du pape , du roi , d'un archevêque ou d'un évêque de cette ville.
Cette prescription a donné lieu à la tradition populaire suivante. Au 10™" siècle, selon les uns, les habitants de Laon, indignés de la trahison d'Adalberon , qui venait de livrer leur ville avec le dernier rejeton de Charlemagne, au duc de France, Hugues Capet, exigèrent qu'à l'avenir, et pour prévenir le retour d'un pareil malheur, ils fussent avertis, par le son d'une cloche , du moment où leur évêque mettrait les pieds dans la ville. Selon les autres, cet usage aurait pris naissance au milieu du 1 i""" siècle, à l'occasion d'un autre
évoque, Robert le Coq, qui voulut livrer Laon aux Anglais. Cette tradition est fausse dans l'un comme dans l'autre cas ; elle témoigne seulement de l'horreur qu'inspire encore la trahison de ces prélats.
Au moment de la révolution, la sonnerie de la cathédrale se composait de dix-sept cloches qui ont toutes été brisées en 1793, à l'exception d'une seule. C'est la plus grosse d'aujourd'hui; elle était la troisième d'alors. Elle a été fondue en 1740, et pèse environ dix milliers. Sa hauteur est de 1 mètre 73 cent, et sa circonférence de 5 mètres io cent. (15 pieds €t demi). Quatre autres cloches l'accompagnent : elles pèsent (), 4, 5 et 12 milliers environ.
Telle qu'elle se compose, la sonnerie de la cathédrale de Laon est encore l'une des plus belles et des plus harmonieuses de France.
Des nombreuses reliques de la cathédrale , il ne reste plus aujourd'hui que le corps, entier dit-on, de Saint-Béat, et l'image connue sous le nom de Véronique ou Saiule-Face. Cette dernière étant la seule qui nous intéresse sous le rapport de l'art, nous ne nous occuperons ici que d'elle.
Jacques Pantaléon de Courtpalais ou de Troyes, d'abord chanoine de Laon, au milieu du 15"'" siècle, devint ensuite chapelain du pape Innocent IV, avant de parvenir lui-même au souverain pontilicat. Ce prélat avait une sœur dans l'abbaye de Montreuil-en-Thiérache; cette sœur et ses pieuses compagnes, avides de connaître les traits de Jésus-Christ, leur divin époux , le prièrent instamment de leur en faire copier une image sur celle que possédait alors le Vatican. Jacques Pantaléon s'empressa de se rendre au désir de ces saintes filles, et chargea un peintre de ce travail. Celui-ci apporte ses couleurs et ses pinceaux, et se prépare à remplir la commission dont il est chargé; mais, au moment oij il va commencer, il est tout a coup frappé d'un étourdissement subit, et il tombe
il la renverse. Quand, revenu à lui, il voulut reprendre son travail , il s'aperçut que , pendant son évanouissement , une main invisible avait fait son ouvrage.
Jacques Pantaléon s'empressa d'envoyer l'image miraculeuse aux religieuses de Montreuil, avec la lettre suivante. « Aux î> vénérables, pieuses et chères Sœurs en Dieu, les Abbesse j> et Religieuses de Montreuil, Jacques de Troyes, Archidiacre » de Laon , chapelain de notre St-Père le Pape , salut , per- » fection et illumination. Nous avons appris par le rapport de » notre chère Sœur, que vous désiriez voir et posséder la face » et figure de notre Sauveur, tel qu'il était sur la terre, quand » il habitait au milieu des hommes , lui le plus beau des hommes, » et vous purifier par sa contemplation. Nous, qui désirons » vous procurer tout ce qui peut vous faire acquérir la grâce » de Dieu en ce monde et l'éternelle gloire en l'autre; vou- » lant aussi satisfaire autant que possible le désir de notre » chère Sœur , nous vous envoyons la sainte Figure que vous S) nous demandez. Ne vous étonnez pas de la voir jaune et » décolorée ; car , de même que ceux qui demeurent dans un » air tempéré et des lieux agréables, ont la chair blanche et » délicate, tandis que ceux qui restent toujours au milieu des 5 champs, ont le teint noir et brûlé, de même cette bienheu- » reuse Figure fut décolorée par le feu des tribulations, comme » il est dit dans les cantiques, lorsque Notre Seigneur travail- » lait dans ce monde à la rédemption des hommes. Recevez » donc ce portrait comme une sainte Véronique ou vraie et » fidèle image des traits de notre Sauveur; gardez-le dévote- B ment et avec honneur; sanctifiez-vous à sa contemplation , » et souvenez -vous de nous dans vos saintes prières et vos » méditations. Donné h Rome, le o de juillet 1249. »
Quand leur curiosité eut été satisfaite, les religieuses de Mônlreuii, oubliant bien vite les recommandations du Chapelain dii Pape et la miraculeuse image qui en était l'objet, re-
léguèrent celle-ci dans le fond d'une armoire de leur maison. Elle y était oubliée depuis plus de douze ans, lorsqu'en 12(32, l'abbé de Dunes , près de Furnes , dans le désir de donner plus d'éclat à la dédicace de son église nouvellement reconstruite, demanda aux Religieuses de Monlreuil de lui confier la Sainte-Face pour l'exposer aux yeux des tidèies. Sa demande lui ayant été accordée, il l'apporta dans son église la veille de la cérémonie. Elle parut aussitôt, dit-on, environnée d'une si grande lumière , que , pendant toute la nuit suivante , le pays en fut entièrement illuminé. Le lendemain une foule innombrable accourut aux Dunes, et plusieurs malades et inlirmes lurent guéris à la vue de l'image miraculeuse. Dès-lors, sa renommée devint immense, et un grand nombre de pèlerins se présenta chaque jour pour la visiter dans l'église de Monlreuil , où elle avait éîé rapportée et placée avec honneur.
Lorsque les Religieuses vinrent s'établir au pied de la mon tagne de Laon, elles apportèrent avec elles la précieuse relique, qui continua d'attirer une foule de pèlerins. A la révolution française, elle fut sauvée de la proscription générale qui frappa tous les objets de ce genre. Donnée ensuite à la cathédrale , elle y est encore aujourd'hui exposée : cette fragile relique a donc maintenant près de GOO ans d'existence.
Le dessin en est très-correct et très-remarquable pour l'époque où il a été fait. Il représente une tête d'homme, au teint bruni, aux cheveux longs et pendants de chaque côté, à la barbe peu épaisse et de moyenne longueur; les yeux sont tournés de côté. Tout l'ensemble est d'une assez belle expression, et annonce un artiste plus habile et un art plus avancé qu'on ne voudrait le croire. Cette tête est peinte sur une étoffe qui ressemble à de la soie fine ; elle est entourée d'un encadrement composé de lignes alternativement noires et rouges. Quelques autres ornements d'une aussi grande simplicité, sont appliqués sur plusieurs parties de l'étoffe, mais ils se trouvent
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cachés par une pièce de mousseline blanche récemment placée autour de la tête , pour la faire mieux ressortir.
Quatre mots sont inscrits au bas de la figure , en caractères étrangers, et en une langue qui est long-temps demeurée inconnue. Au commencement du IS""^ siècle, cette inscription fut le sujet d'une longue et vive dispute entre les savants qui voulaient y voir , les uns des caractères Grecs , les autres des caractères Slavons. Cette dernière interprétation fut confirmée, lorsque le tzar Pierre vint en France, par le prince Kourakin et d'autres Russes de sa suite qui déclarèrent y lire les mots Ohras gospoden naouhrouse, ce qui veut dire : l'image du Sauveur sur un linge. Il reste a savoir comment et pourquoi cette figure, peinte à Rome, porte une inscription en caractères Slavons. Au reste, les mêmes Russes qui en ont donné l'explication, assurèrent qu'il existait plusieurs figures semblables dans leur pays.
Indépendamment de cette image , on voyait encore anciennement dans la cathédrale , un portrait de Saint-Remi , peint sur l'une de ses murailles. H était en effet d'usage, autrefois, dans l'église latine, de placer dans toutes les basiliques, l'image de ce saint Archevêque, que l'on regardait comme ayant le plus puissamment contribué à l'établissement de la religion chrétienne dans nos contrées. Il figurait encore dans l'église de Laon à un autre titre, c'est-a-dire comme père et fondateur de cette église. On l'y voyait représenté vêtu d'une aube recouverte d'une chasuble , avec un pallium dont les nœuds dépassaient l'extrémité des vêtements. Il tenait dans la main gauche le livre des évangiles, et de la droite il faisait le geste de la bénédiction.
Après avoir fait connaître, d'une manière générale, ce qu'est cette belle cathédrale de Laon, si longtemps ignorée, encore aujourd'hui si oubliée , nous devons chercher à percer le mystère qui dérobe aux investigations modernes, l'époque de sa construction. Quel siècle a élevé cette basilique, aux propor-
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lions si grandes et si harmonieuses? Esl-ce le iO"'% le 1:2"'* ou le 15"'*? Telle est la question qu'il convient d'examiner et de résoudre.
Avant ces derniers temps, aucun doute ne s'était élevé a cet égard : les historiens, les chroniqueurs, étaient tous d'accord : on devait la cathédrale de Laon a Barthélemi, qui a occupé le siège épiscopal de cette ville, de 1112 à 1150; mais, depuis, on a nié que cet édifice lïit du 12""' siècle. Les uns, appuyant leur opinion sur les textes seuls, prétendent qu'il est antérieur à ce siècle, et qu'il doit remonter au 10""°, époque où la ville de Laon , comme capitale du royaume , était le séjour habituel des rois de France, et où son siège se trouvait occupé par un prélat aussi riche que puissant. Le vaisseau actuel de cette égUse serait donc le vaisseau primitif; Barthélemi l'aurait seulement restam'é après l'incendie de 1112.
Selon les autres, qui ne veulent consulter que le style architectural de l'église , elle aurait été construite au plus tôt , soit à la fin du 12""% soit au commencement du lo'"" siècle.
Quant a nous, nous pensons que pour arriver à une solution quelque peu sûre de la question , il convient de ne s'appuyer exclusivement ni sur le style douteux du monument, ni sur les anciens textes toujours obscurs qui en font mention. Il faut plutôt chercher à coordonner les uns et les autres, et tâcher de tirer d'une manière indirecte des preuves qu'on ne peut espérer obtenir autrement. C'est ainsi que nous procéderons.
Il nous paraît impossible d'admettre que la construction de la cathédrale de Laon remonte au 10'"'' ou an H""' siècle : rien , dans l'ensemble de son architecture , n'autorise cette supposition , qui n'est pas davantage appuyée par les textes. Dira-t-on que , du temps des derniers Carlovingiens qui faisaient de Laon leur séjour ordinaire, le siège épiscopal de cette ville était occupé par Adalbéron , prélat riche et puissant, par qui cette construction pourrait avoir été faite? Mais l'histoire
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n'en dil pas nn mot , et cependant elle nous a conservé le souvenir des biens immenses dont il a doté son église , des ornements magnifiques dont il s'est plu à la décorer.
On sait par Raoul Glaber (liv. 5, cliap. 4, p. 29) que le commencement du 11""' siècle lut signalé par un redoublement de ferveur religieuse , et que l'on se mit partout en France , tant h relever et réparer les anciennes églises , qu'à en construire de nouvelles. Cependant, les écrivains, au milieu des détails qu'ils nous ont laissés sur les successeurs d'Adalbéron , ne nous apprennent point qu'ils aient plus que lui concouru à la construction de la cathédrale de Laon. Leutéric, qui monta sur le siège de cette ville en 1050, était riche, et augmenta d'un tiers le revenu des prébendes de son église ; mais il ne put en être le fondateur, puisqu'il la gouverna seulement un an. Elinand, son successeur, chercha à s'attacher son clergé en décorant magnifiquement les églises, en faisant faire pour elles des reliquaires précieux , en leur donnant des vases et des pierreries d'un grand prix, en faisant, disent les historiens, construire de nouveaux bâtiments, sans doute pour le chapitre et dans l'intérieur du palais épiscopal; mais d'une construction totale ou partielle de la cathédrale , pas un mot.
Elinand mourut en 1099. Nous voici donc arrivés au 12"'" siècle, et nous avons parcouru une période de 125 années environ, sans rencontrer aucune mention relative à la cathédrale. Silence bien étrange, si l'on considère surtout que l'histoire a conservé le détail de toutes les richesses dont cette église a été comblée par les prélats qui l'ont successivement gouvernée pendant ce long espace de temps.
Même silence pour la fin du 12"''' et le commencement du lo""* siècle. Le constructeur de la cathédrale de Laon ne saurait être Gautier de Saint-Maurice, successeur de Barthélemi ^ car il ne gouverna le diocèse que pendant trois ans, de 1150 à 1155. Après lui, Gautier de Mortagne, plus occupé de ses démêlés avec Barthélemi , l'ancien évêque , et avec l'abbaye de
Prémontré, mourut loin de son diocèse. A peine élu, son successeur, Roger de Rozoy, l'ut obligé de s'enfuir pour éviter le ressentiment du roi , et demeura plusieurs années en exil.
Renaud Surdelle ne fut évoque que trois ans; Robert de Châtillon, pendant quatre années d'épiscopat, lit rebâtir le château d'Ânizy et fortitier ce bourg; Anselme de Mauny , ii son tour, fit reconstruire les châteaux de Presles et de Pouilly; Garnier fît élever la grande salle de l'évêché, qui existe encore; enfin Guillaume de Troyes fit cadeau à la cathédrale d'une énorme cloche.
Nous voici arrivés à 1272 : nous connaissons les travaux des prélats qui ont occupé le siège de Laon pendant cette période de plus de cent années : aucun n'est relatif à la construction ou à la reconstruction de la cathédrale. Rien plus, ceux de ces ouvrages qui existent encore , comme les châteaux de Presles et d'Anizy, sont d'un style bien différent de celui qui règne dans l'ensemble comme dans toutes les parties de la cathédrale de Laon, et d'une époque évidemment postérieure ; il nous faut donc revenir au 12'"" siècle.
Voyons d'abord si, dans les récits des écrivains de ce siècle, nous pourrons reconnaître la cathédrale actuelle : « Les con- » jurés, dit Guibert en racontant les troubles de la commune » de Laon (lib. III cap. 5), vinrent par la crypte qui entoure » le chevet de l'église, jusqu'à l'endroit où priait Gérard. Il » était appuyé contre une certaine colonne que l'on nomme le » pilier, laquelle se trouve placée au milieu de plusieurs autres » colonnes qui s'étendent depuis le pupitre jusque vers le » milieu du temple. » Ces expressions, quelque vagues qu'elles soient, indiquent, ce nous semble, une disposition intérieure du monument toute différente de ce qui existe aujourd'hui. Plus loin (cap. 12), il ajoute: «Le pilier contre lequel Gérard avait » été tué, se trouvant plus affaibli par l'incendie que le reste, on » construisit à grands frais un arc-boutant entre lui et le mur V extériciir d<' l'édilice. l\îais une luiil , pemlaut un violent