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» orage, il lut frappé d'iiii coup de foudre si furieux, (jue cet » arc-boulant se rompit, et que le mur ayant perdu son » aplomb , on se vit contraint de l'abattre jusqu'aux fon- » déments. » Voici des parties refaites à neuf, des raccords qu'on ne retrouve nulle part dans la cathédrale.
Nous savons, par une foule de documents, qu'avant le 12"" siècle, non seulement les maisons particulières, mais encore toutes les églises de Laon étaient construites partie en bois , partie en pierres. Cela est si vrai que, pendant l'incendie de 1H2, la ville presque toute entière et ses douze églises furent consumées par les flammes, dont l'éclat fut tel qu'on ne distingua pas la nuit d'avec le jour. Herman , en parlant de l'église de Foigny , bâtie en 1124, a soin de dire qu'elle fut construite en pierres {tempinm lapideiim). L'ancien vaisseau de l'église St-Vincent, a Laon, élevé au 11""" siècle et terminé en 1072, était en pans de bois, avec planchers au lieu de voûtes; aussi fut-il incendié par la foudre en 1145, et entièrement détruit,
La première cathédrale de Laon était-elle donc autrement construite? Non à coup sûr, et ces paroles de Guibert suffiraient seules pour le prouver : inler ipsum parielem médium qui exuslior fuerat... Pour qu'un mur brûle, il faut nécessairement qu'il entre du bois dans sa construction. Herman dit aussi : « le palais épiscopal , la cathédrale, le cloître des cha- )) noines, et une grande quantité de maisons furent réduits en » cendres (concremantur). » Ailleurs (cap. 3), il dit encore : « comme non seulement la grande église de Marie, mais en- » core environ douze autres églises avaient été brûlées (fuerant » combustœ) avec beaucoup de maisons de clercs et de laïcs, » etc. » Plusieurs annales , également contemporaines , eu disent autant : la chronique de l'abbaye de Lobbes : sanctœ Mariœ templum succenditur ; celles de Saint-Bertin et de Sigebert de Gembloux : domus episcopi et cum ed eccicsia beatœ Mariœ; celle de Liège : eccicsia heaUv Mari(V laudnnensis i^Qivhurelur , clc.
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Enfin un historien dëjii ancien, mais, il est vrai, non contemporain de ces événements, va plus loin encore : il dit que, quand l'archevêque de Reims vint à Laon pour réconcilier l'église, il rebénit une chapelle qui devait tenir lieu de chœur (i ), avec deux ou trois autels restés seuls debout au milieu des ruines de l'édifice, et qu'il fut obligé d'aller faire le sermon dans l'église de Saint- Vincent , parce que la cathédrale était entièrement renversée.
Ainsi donc, le terrible incendie de 1112 ne consuma pas seulement les combles de l'ancienne église, comme on l'a dit tant de fois ; il détruisit l'édifice tout entier. Sans doute des colonnes, des piliers, des pans de mur même, ont pu rester debout; mais il ne fallut pas moins procéder, non à une restauration partielle, mais à une reconstruction totale, presque depuis les fondements , velnt à fandameniis , comme dit Herman, témoin oculaire et historien contemporain.
Qui donc a fait cette reconstruction ? Nous connaissons les travaux des évêques qui ont occupé le siège de Laon, de ÎÎ50 à 1272 : aucun, nous l'avons vu, n'est relatif à la réédiiication (le la cathédrale. Mais le style du monument, dit-on, indique la fin du 12""" ou le commencement du 15"'^ siècle : nous répondons non ; car il est impossible d'admettre que les prélats, qui faisaient élever les châteaux d'Anizy et de Presles, et la grande salle de l'évèché, dans le style ogival pur, aient en même temps fait construire la cathédrale dans le style du plein cintre et de l'ogive de transition.
En revanche, les anciens historiens, les chroniques, les traditions populaires , tous font honneur de cette reconstruction à Barthélemi. Si cet accord ne prouve pas le fait d'une manière absolue , au moins est-il très-remarquable par son unanimité, et doit-il être examiné avec une grande attention.
Après la mort de l'évêque Gaudri, et l'incendie des églises
(1) Cette chapt'llc ne serai(-(ilp pas celle de rextrémilé de Téglisc à droite , dont nous avons parlé ?
de la cilù i voyez histoire, liv, IX, cliap. IV), Hugues, iloyeu d'Orléans, lut nommé par le roi à l'évêché de Laon. Ce prélat trouva son palais épiscopal tellement endommagé par les ilammes, qu'il se vit obligé d'y faire immédiatement travailler, alin de s'y pouvoir loger; mais il avait h peine commencé que la mort le surprit. Quand donc Barthélemi de Yir, nommé à sa place en 1112, entra dans sa ville épiscopale, il lui sembla, dit Herman , qu'il entrait dans un désert , et rien ne peut peindre la douleur qu'il éprouva, en voyant que non seulement la grande église de Marie et son propre palais étaient réduits en cendres, mais encore que tout, autour de lui, n'était que ruines; il se mit aussitôt à l'œuvre et il commença à reconstruire depuis les fondements, et son palais et son église : ecch'siam sinuil et domos episcopales cepil rennvare , et vehit à jundameniis rr/)arare (Herman , liv. I,ch.II). A coup sur, dans cette phrase , rcparare n'a pas le sens restreint de restaurer partiellement : reparare relut à fimdamentis , c'est reconstruire depuis les fondations , en conservant et faisant servir (juelques parties restées debout, et qui peuvent être utilisées dans la construction nouvelle.
Cette tâche n'était point au-dessus des forces ni du courage d'un prélat comme Barthélemi, dont le long épiscopat de ô8 années fut rempli par de grands et remarquables travaux. Sans rappeler qu'jl fonda dans son diocèse neuf abbayes nouvelles , dont une cîief-d'ordre , qu'il en réforma plusieurs autres, qu'il appela les religieux du Temple et ceux de Saint-Jean-de-Jérusalem, il construisit encore, et sur ses propres plans, dit l'histoire, un autre monument presqu'aussi vaste que la cathédrale de Laon. Cet édifice, c'était l'église de Foigny, abbaye dans laquelle il se retira, et paur laquelle il éprouvait une tendre alfection, non seulement parce qu'il en était le fondateur, mais aussi parce qu'il y rencontrait souvent saint Bernard, qui l'honorait d'une estime particulière. Cette église de Foigny, comniencéo en 1121 , et dédiée à la Vierge comme celle de Faon,
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avait AOO pieds de long, sur 80 de large. Ses voûtes étaient portées par 44 piliers, et 18 chapelles décoraient ses bascôtés.
C'est donc à Barlhélemi , a ce prélat-architecte , que les liistoriens, les chroniques, les traditions font honneur de la construction de l'église de Laon. Dans sa justification même, Barthélemi, sans le dire expressément, le laisse assez clairement entendre : « lorsque, dit-il, je suis monté sur le siège » de Laon, il était triste et allligé, car il avait été ruiné par » la sédition et réduit en cendres. L'état de la grande église > était pis encore; Dieu et les fidèles savent si j'ai fait tous » mes efforts pour les rétablir. » L'épilaphe placée sur le tombeau de ce prélat après sa mort , fait la même distinction entre les travaux exécutés par lui à son palais, et ceux de la cathédrale :
Prolinùs hinc Muriœ succensa rccondire lempla Non lardât, réparai leclaque prœsulea.
11 répara donc seulement la toiture de l'évêché , mais il reconstruisit le temple démoli. Enlin , il est certain qu'il dédia de nouveau cette église en 4114; le service annuel institué à l'occasion de cette heureuse reconstruction , s'est perpétué jusqu'à la révolution française ; et la tradition qui attribue cette reconstruction à Barthélemi, a été reproduite pendant plus de 000 ans, non seulement dans les histoires et les chroniques , mais sur le monument lui-même , comme nous le verrons tout a l'heure, et acceptée par tout le monde sans opposition jusqu'à ces derniers temps.
Une seule dilliculté nous reste donc à éclaircir pour lever tous les doutes à cet égard, et rendre aux textes de Guibert et d'Herman le poids qu'ils doivent avoir. Selon ces deux écrivains , la reconstruction de la cathédrale aurait eu Ueu en deux demi-années. On s'est élevé, et avec raison, contre une semblable assertion , et chacun reconnaît l'impossibilité de conduire a lin, dans un espace de temps aussi court, des Ira-
vaux aussi gigantesques; mais ne peut-on pas supposer que ces auteurs, écrivant à une époque d'ignorance et de superstition , dans le but d'attribuer un miracle de plus à cette église des miracles, annoncent que tous les travaux lurent terminés en 1114 , tandis que peut-être il n'y avait alors d'achevé qu'une partie de l'édifice ?
Nul doute, en effet, qu'il n'en ait été de la cathédrale de Laon comme des autres basiliques anciennes : on en terminait d'abord une partie, soit le chœur, soit la nef, et on la consacrait comme si l'édifice fût entier : nous en avons de beaux exemples dans les chœurs des églises de Beauvais et de Cologne. Ainsi donc, en 1114, le grand portail, la chapelle actuelle des fonts, et peut-être la nef, pouvaient être faits, et ont pu être consacrés, comme un échantillon de ce que serait l'église achevée (1). Ces travaux étaient encore bien considérables sans doute pour un délai aussi court; mais enfin, la chose n'est pas absolument impossible, surtout si l'on considère que les fondations, que les débris du premier édifice, comme les fûts des colonnes, les chapiteaux, etc., servirent, et que les autres matériaux avaient été préparés à l'avance. Tout, d'ailleurs, dans l'ensemble et les détails de ces parties semble confirmer nos conjectures : la construction lourde et massive du portail et de ses deux tours, le peu de choix des matériaux qui les constituent, les chapiteaux d'un style particulier qui surmontent plusieurs colonnettes de la galerie, la nudité des arcs-boutants de la nef, droits et sans aucun ornement; dans l'intérieur , les nombreux vices de construction comme l'irrégularité de l'espacement des travées et le zig-zag
(1) Au rapport des historiens, l'église de Foigny, commencée en 1121 , par ce mèmcBurthélemi , aurait éle terminée en trois ans, malgré ses vastes proportions, et dédiée en 1124, en présence de saint Bernard, de plusieurs abbés et d'un grand concours de peuple. Cette assertion est invraisembhiJjle , si l'on eiitt'nd parler de l'édilice tout entier; mais elle devient possible, s'il n'est questiou que de l'achèvement d'une partie quelconque de l'église , comme la nef ou 1(! cliour.
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tles allées latérales , irrégularités qui semblent accuser une grande précipitation dans la construction , la simplicité des chapiteaux des colonnes et des colonnettes, tous uniformément ornés de feuilles plates et sans saillie; enfin l'emploi plus fréquent du plein cintre. Aussi, dans notre opinion, cette partie de l'église aurait été construite la première, et c'est elle dont on a pu faire la dédicace en 1414.
On pourrait même , jusqu'à un certain point , appuyer cette opinion du texte de Guibert. Cet écrivain rapporte que, comme on élevait le toit de l'église , un clerc fut envoyé au bas de la montagne pour y aller chercher les matériaux nécessaires à ces travaux. Au moment oîi il remontait à la ville , l'un des bœufs qui traînaient son char tombe de lassitude. Après avoir vainement essayé de le relever, il ne savait comment faire pour continuer sa route, lorsque, tout-à-coup, un autre bœuf arrive en courant, se place de lui-même sous le joug, et marchant ensuite avec rapidité, conduit les matériaux jusqu'à l'église. Arrivé là, le clerc s'inquiète de savoir à qui rendre ce bœuf, qui lui avait été si utile, lorsque celui-ci à peine délié, s'en retourne sans guide d'où il était venu.
Les statues de bœufs placées d'une manière si insolite sur les tours du grand portail , et dont nous avons déjà parlé, doivent avoir trait à cette histoire : on aura voulu conserver le souvenir du miracle rapporté par Guibert , c'est-à-dire d'une circonstance toute d'actualité; or, on ne pouvait y songer avant cet historien , et il est peu probable qu'on y eût pensé après lui (1).
On a aussi fait valoir contre la rééditication de la cathédrale par Barthélemi , l'insuffisance de la somme recueillie par les
(1) Une tradition pojiulaire explique autrement la présence des bœufs sur lis tours du portail. Selon elle, pour faciliter la construction de l'église, on aurait élevé depuis ce portail jusque sur le Bourg un plan incliné en bois et en planches destiné à faire arriver les matériaux à cette élévation ; et pour rappeler que des. bœufs les trainaient sur ce pont gigantesque , on aurait placé des statues de ces. animaux sur ks tours de réélise.
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quèleiiis (120 marcs d'argent); mais on oublie qu'une première collecte avait déjà été faite; que toutes les communautés religieuses du diocèse, alors si opulentes, et notamment le chapitre, durent y contribuer de leurs deniers; que de riches particuliers, des seigneurs et le roi peut-être, ont pu aussi donner des sommes considérables. Tout cela a dû quadrupler , quintupler même la collecte faite en Angleterre. L'ancien martyrologe de l'église de Laon , nous dit en effet que , pour sa part, Barthélemi fit à ses frais paver le chœur de l'église et construire un endroit pour mettre les cloches, sans doute le beffroi du grand portail démoli en 1845.
Voici donc ce que nous apprennent les textes , et ils sont tous d'accord : la cathédrale de Laon , détruite par l'incendie de M 12, a été rebâtie tout entière par Barthélemi. Interrogeons maintenant le monument lui-même, et voyons si l'étude de sou ensemble et de ses différentes parties confirmera cette tradition.
Soit que l'on jette les yeux sur le vaisseau de la cathédrale , soit qu'on pénètre dans son intérieur, une chose frappe tout d'abord : c'est l'unité de style qui, sauf quelques exceptions déjà indiquées, règne entre les diverses parties de ce vaste édifice. Partout le plein-cintre est mêlé à l'ogive ; partout cette dernière a la forme gauche et indécise qui révèle d'une manière si certaine l'époque de transition , précisément celle où Barthélemi occupait le siège épiscopal de Laon.
S'il est vrai , comme on l'admet généralement , qu'il fut autrefois d'usage de représenter sur les verrières les principaux bienfaiteurs des églises , la place assignée à ce prélat sur la rose du chevet, dont la verrière parait remonter au lô"'" siècle, c'est-à-dire à une époque très-voisine de celle où aurait eu lieu la reconstruction de l'église, serait très-significative. Barthélemi y est placé dans l'endroit le plus apparent, c'est-à-dire au centre , et immédiatement sous les pieds de la Vierge.
De même, si l'explication que nous' avons donnée des sculptures qui ornent l'archivolte de la fenêtre droite du grand
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portail, peut être admise, ces sculptures n'auraieut pas une signification moins évidente.
Les écrivains par qui nous savons que la reconstruction de la cathédrale est due a Barthélemi , nous apprennent aussi que ce même prélat lit encore reconstruire le cloître du chapitre , également consumé par le terrible incendie de lil2. Si donc nous jetons les yeux sur ce qui reste debout de cet ancien édifice, nous sommes frappés de la parfaite analogie de son architecture avec celle de la cathédrale. Les petites roses placées intérieurement au-dessus des arcades , sont frappantes de ressemblance avec celle du portail nordde l'éghse; partout y règne aussi l'ogive romane ; partout les chapiteaux des colonnes sont décorés des mêmes ornements que ceux de la cathédrale ; les voûtes toutes ogivales sont construites aussi dans le même style ; enfin l'enroulement qui décore la corniche du comble se retrouve presque sans exception sur les corniches de toutes les parties de la cathédrale, comme au grand portail et jusqu'au haut des tours qui le surmontent, aux soubassements des portails latéraux, à l'entablement de la nef, des transseps et du choeur (sauf au côté nord) , etc. , etc.
Les parties de construction plus ancienne que nous avons signalées aux extrémités des transseps et du chœur, indiquent bien encore que la cathédrale ne fut pas seulement restaurée au 12"'^ siècle, mais réédifiée , et que dans cette réédification , on lit entrer quelques portions peu importantes de l'ancien édifice restées debout; elles suffisent au moins à expliquer ces paroles un peu obscures d'IIerman : Reparare veJiit à fundamentis.
Enfin, au rapport de tous les anciens écrivains, il était de mode dans ce pays , au 12'"^ siècle, de terminer les églises par des chevets carrés comme à la cathédrale. En effet , toutes les églises construites dans le même style et dans le même siècle que cette basilique , comme celles encore existantes do Saint- Martin, de Vaux, de Mons-en-Laonnois , et celles aujourd'hui
détruites de Saint-Vincent, de Foigny , etc., sont ou étaient toutes ornées d'une abside carrée.
Nous croyons donc pouvoir nous résumer ainsi : après l'incendie de la cathédrale en 1112, quelques tentatives de restaurations furent faites , puis abandonnées. On reconstruisit ensuite l'église tout entière, en conservant les fondations et quelques portions de l'ancien édifice restées debout , et qui purent être utilisées. Une partie de l'église , le grand portail et la nef, terminée en 11 14, fut dédiée le 5 septembre de cette année , en présence d'une foule innombrable (200,000 personnes, disent les historiens) accourue pour voir ce nouveau monument plus magnifique , disent encore les mêmes chroniqueurs, que celui qu'il avait remplacé ; mais les travaux du reste du vaisseau durèrent sans doute tout le temps de l'épiscopat de Barthclemi, et ne purent être terminés avant le milieu du 12"'" siècle.
Ainsi les différenles parties de la cathédrale auraient été construites dans l'ordre suivant :
Le grand portail , la nef, le chœur cl leslransseps , de Ht2 à 1 loO , sans intoiriiplion :
Tour du portail du nord , à la lin du i^""^ siècle ;
Tour du portail du midi , au commencement du tô*" siècle;
Décoration intérieure des porches du grand portail et de la petite porte de la tour de gauche de ce même portail , au 15"<' siècle ;
Grande fenêtre du transseps droit , portes du portail du midi, rose de la tour de ce portail , et chapelles , au l-i™^ siècle ;
Enfin, balustrades des chapelles, dans la seconde moitié du IG'"'^ siècle (1574-75.)