HABITATIONS RELIGIEUSES
Ancien palais épiscopal : sa position ; son aspect. Description : porte d'entrée ; bas-relief; tradition à son égard ; grande salle ; cuisine. Chapelle : descrip-^ tion de ses deux étages. — Ancien cloître des chanoines; ses dispositions; son architecture. Salle du chapitre. Maîtrise. Chartrier et garde pouillé. -^ Abbayes de Saint-Vincent, de Saint-Jean et de Saint-Marliti.
Ancien palais épiscopal. — Cette vaste habitation, placée contre et au nord de la cathédrale, avait tout-à-t'ait l'aspect d'une citadelle élevée au centre de la cité. Toute sa construction accusait, jusque dans ses moindres détails, la crainte de voir se renouveler un siège pareil à celui qu'elle eut h soutenir au IS""* siècle, et les plus grandes précautions avaient été prises afin de pouvoir le repousser au besoin.
Pour j>énétrer dans l'intérieur de la cour, on passait sous une grande et une petite portes massives , ouvertes dans des murs épais et surmontés de tourelles qui ont été abattues seulement en 1750. Au-dessus de ces portes régnait une large galerie couverte , destinée à recevoir des combattants. On y parvenait de la cour par un escalier en pierres placé près de la grand'porte, et elle communiquait avec l'intérieur de la cathédrale par une ouverture que l'on remarque au-dessus de la chapelle actuelle de la Vierge. Derrière ces portes on trouvait, à gauche, un vaste corps de garde qui existe encore; à droite, un bâtiment servant de logement au concierge. Le tout a été abattu en 182G et remplacé par la porte actuelle.
Au-dessus de la porte principale, se voyait autrefois un basreliel" composé de deux personnages : l'un , assis et la jambe droite passée sur la gauche, send)lait écrire; l'autre, debout^
vêtu à peu près comme un hermite et la tête couverte d'une espèce de capuchon, paraissait attendre des ordres. Le peuple croyait reconnaître dans celui-ci un homme donnant du cor, et dans le premier un savetier occupé au travail de sa profession. On prétendait même que ce bas-relief avait été lait au 10'"'' siècle, par l'évêque Adalberon, pour rappeler qu'il avait livré la ville à Hugues Capet, duc de France, et que l'une des portes en avait été ouverte a ce seigneur par un savetier, au signal donné par un cor.
Cette tradition est non-seulement invraisemblable de tous points , mais elle ne s'accorde nullement avec notre description du bas-relief en question ; celle-ci cependant doit être parfaitement exacte, car elle a été copiée sur la description que nous en ont laissée plusieurs historiens anciens, et ce bas-relief était sous les yeux de tout le monde au temps où ils écrivaient.
La première porte de l'évêché avait très -probablement été reconstruite après l'incendie de 11112. Or, l'évêque qui la lit rebâtir n'a pu songer à rappeler, par un bas-relief sculpté au- <lessus, des événements passés depuis longtemps et qu'il avait d'ailleurs intérêt à laisser tomber dans l'oubli ; il dut bien plutôt chercher a consacrer le souvenir d'un événement récent et considérable-, et cet événement, c'est l'érection de la commune de Laou. Il semble donc naturel de voir dans le personnage debout le peuple Laonnois représenté peut-être par son chef, et dans celui assis et écrivant, l'évêque de cette ville lui octroyant la charte de ses franchises communales? Cette conjecture ne nous parait pas dénuée de vraisemblance.
Les autres bâtiments formaient une vaste équerre dont l'un des côtés faisait face au rempart. C'est de ce côté que s'élève la grande salle de l'évêché, construite par l'évêque Garnier, en 12l!2. Cette salle, aujourd'hui divisée en plusieurs places, n'avait pas autrefois moins de 100 pieds de long sur 53 de large. Sa façade extérieure est très-remarquable : elle est divisée en deux parties par trois tosirollos, dont deux, celles des
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extrémités, renfermaient des escaliers en hélice. Chaque partie de cette façade est percée de trois grandes fenêtres dans le style ogival pur. Celles-ci sont encadrées de colonnettes, et leur arc est décoré d'un cordon chargé de sculptures. La façade intérieure de cette même salle est supportée par une galerie formée de colonnes courtes et d'arcades ogivales basses. Les socles de ces colonnes sont tantôt carrés, tantôt octogones, nus ou chargés d'ornements d'un bon style. La forme des chapiteaux varie également, et ils sont couverts d'ornements généralement empruntés au règne végétal, comme feuilles de chardon, vigne chargée de raisins, etc. Le tout est d'un excellent dessin et atteste les progrès qu'avait fait la sculpture depuis un siècle. Au-dessus s'ouvre une série de grandes fenêtres ogivales, et le bâtiment est surmonté d'un toit aigu supporté aux extrémités par deux pignons, dont les rampes sont ornées de feuilles crossées, selon le goût du temps.
Le rez-de-chaussée, au-dessous de cette salle, était autrefois occupé par les écuries de l'évèque. Entre ces écuries et la salle elle-même, régnait une série d'appartements bas, semblables à ce qu'on nomme aujourd'hui un entresol, lesquels étaient éclairés par de petites fenêtres ogivales percées à l'extérieur comme à l'intérieur , et habités par les serviteurs de la maison.
Selon la tradition , un concile aurait été tenu au moyenâge dans la grande salle de l'évêché. Nous croyons celte opinion erronée, car le dernier concile de Laon est de 1233, par conséquent antérieur de neuf années à la construction de cette même salle.
Au rez-de-chaussée des bâtiments formant retour d'équerre et faisant face à la porte d'entrée, étaient établies les cuisines. On y voit encore une immense cheminée dont le manteau est orné d'une sculpture en ronde bosse représentant un cep de vigne chargé de raisins; le centre en est occupé par un large (»cnsson mutilé, soutenu par deux quadrupèdes qui paraissent
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être des chiens, et contre l'épaule desquels est placé un autre écusson orné d'une croix grecque.
Au-dessus de cette partie de l'édifice existait également autrefois un entresol, qui était habité par les domestiques de révoque.
Tout auprès, s'élève l'ancienne chapelle de l'évéché. Ce monument religieux, de proportions assez vastes, est à deux étages. Il se conq)ose, dans le bas comme dans le haut, d'une net' formée d'une allée centrale et de deux collatéraux, et d'uu sanctuaire en denii^ cercle divisé en cinq pans* Dans la chapelle basse, les voûtes sont soutenues par des piliers carrés ornés de colonnetles sur chacune de leurs faces. Ces voûtes sont "a plein cintre de même que les fenêtres; les chapiteaux^ tantôt lisses, tantôt décorés de feuilles toujours dressées , ou d'ornements de formes bizarres , sont quelquefois aussi ornés de têtes d'animaux grossièrement sculptées.
On pénétrait dans cette partie de l'édifice par une grande porte centrale et deux petites latérales. La grand'porte, franchement cintrée , est encadrée de deux colonnettes dont les chapiteaux présentent toujours les mêmes caractères , et son archivolte est décorée d'un tore chevronné.
La chapelle haute présente absolument les mêmes dispositions; seulement les voûtes sont dans le style ogival de transition , et supportées par des colonnes. Les chapiteaux de ces dernières ofl'rent des ornements bizarres grossièrement sculptés, et sont surmontés d'un tailloir épais et peu saillant. On remarque en outre , à plusieurs d'entre eux , celte singularité déjà signalée à la cathédrale, c'est-à-dire des corbeaux ménagés sous le tailloir. Le centre de l'édilice est occupé par une espèce de petite coupole carrée formée de voûtes plus élevées, et soutenues par des nervures épaisses, qui retombent sur des consoles placées dans les angles.
Les courts détails dans lesquels nous venons d'entrer à l'égard de la chapelle de l'évéché, snlliront pour en faire appré-
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cier l'importance et l'intérêt. Plusieurs de ses parties sont évidemment modernes et sans doute celles refaites en liOi, par l'évêque de Laon , Jean de Roucy ; mais la plupart des autres accusent l'époque romane , et doivent faire considérer ce monument religieux comme l'un des plus anciens de la ville.
Nous devons encore signaler à l'attention des archéologues un pignon placé à l'extrémité de la grande salle , parce qu'il semble remonter également à une grande antiquité. Il est perce'' dans le haut de trois grandes fenêtres à baies carrées (genre d'ouvertures fort rares autrefois) , lesquelles sont encadrées de colonnettes. Au-dessus, s'ouvre une fenêtre à plein-cintre.
Nous n'entrerons pas dans la description des autres bâtiments de l'ancien palais épiscopal, car ils sont modernes et ne présentent rien de remarquable. Nous signalerons seulement différentes parties des murs, comme ceux de la cour de la glacière, dont les pierres, profondément calcinées, attestent qu'elles ont subi l'action violente du feu.
L'ancien palais épiscopal sert aujourd'hui de local aux diflérents tribunaux de la ville de LaOn. Cette destination lui a été donnée, en 1801, par M. Dauchy, premier préfet du département de l'Aisne.
Ancien cloître des chanoines. — Ce cloître longeait tout le côté méridional de la cathédrale. Il se composait de deux parties séparées par un large espace laissé libre en avant du portail latéral sud. Il n'en reste plus aujourd'hui que la portion qui s'étend de la chapelle des fonts a ce même portail. Quoiqu'étrangement défiguré par des constructions modernes , on peut néanmoins reconnaître les anciennes dispositions de ce cloître. Il se compose d'un long et large couloir , faisant retour a angles droits à ses extrémités , pour se relier à l'église , avec laquelle il communique. Ce couloir ou cloître est séparé de la rue par un mur épais, percé d'une seule porte, et d'une cour intérieure par une série d'arcades dans le style ogival de transition, supportées par des colonneltcs. La base de ces coït
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loiinottes est ordinairement hexagone et leurs chapiteaux qui rappellent ceux que nous avons signalés dans la dernière chapelle de droite de la cathédrale, sont le plus souvent ornés de feuilles dressées , quelquefois d'animaux fantastiques , et surmontés de tailloirs épais. Les voûtes, toutes ogivales , reposent sur des nervures qui se réunissent quatre par quatre autour d'une clef ileuronnée.
Chaque arcade est surmontée d'une rose de petite dimension, mais dont le style est des plus remarquables. Elle se compose d'un large fleuron central affectant la forme d'un quatre-feuille, dont les angles sont percés d'un autre quatre-feuille plus petit. Seize trous circulaires , à bords évasés , sont disposés à l'entour du fleuron central. Tout dans cette disposition rappelle la grande rose du portail latéral nord de la cathédrale, que nous avons précédemment décrite.
Dans la cour intérieure de ce cloître , s'élève un bâtiment carré renfermant une seule et vaste place de 12 mètres de long sur 8 de large. C'est l'ancienne salle du chapitre , celle où se rassemblaient les chanoines ; elle communiquait avec la cathédrale par un couloir en zig-zag.
L'autre partie de ce cloître, démolie en 183G pour faire place à des habitations particulières, présentait des dispositions analogues à celles de la première; mais elle était plus vaste et renfermait en outre la maîtrise, le chartrier et le garde-poiiiUe\ que par corruption l'on nommait le gratte-poulet.
Ahbaije de Saint -Vincent. — A la fin du 11""" siècle, cette maison n'était point encore fermée de murs, et les habitations du quartier de la Villette s'avançaient jusqu'auprès de l'église. En 1082 , un abbé de cette maison lit dégager les abords du monastère , l'entoura de murailles et fit creuser l'étang dont nous avons parlé. Environ trois siècles après , Jean de Guise , autre a])bé de Saint-Vincent, en fit réparer les murs d'enceinte et y ajouta beaucoup de nouveaux ouvrages de fortification.
L'intérieur était séparé du reste du plateau par un fossé sur
lequel se trouvait un pont-levis, et par un mur percé d'une porte, laquelle était dérendue par des tours construites selon le goût et le besoin du temps. Le reste de l'enceinte était également flanqué de quelques tours disposées de distance en distance , et les murs en étaient soutenus par un grand nombre de jambes de force.
L'abbaye de Saint-Vincent était donc une véritable citadelle très-forte par son assiette et les travaux de défense qui l'entouraient. Aussi fut-elle souvent occupée par des partis ennemis ou des troupes de partisans du temps des guerres civiles , comme nous aurons occasion de le voir par la suite.
La tradition veut que les premiers bâtiments claustraux de cette maison aient été élevés sur la partie méridionale de l'enceinte ; plus tard, on les aurait reculés sur les murs très -anciens qui dominent les vignes dites la cuisine de Sainl-Vincent ; en dernier lieu, ils étaient placés au côté oriental de l'église. Le logis abbatial est seul resté debout : sa construction date de 1542. Le portail de l'ancienne église est sculpté en relief sur le fronton qui décore la façade de ce bâtiment.
Abbaye de Saint-Jean. — L'emplacement assigné par l'évéque de Laon à sainte Saiaberge, pour y construire les bâtiments nécessaires à sa communauté , était aussi vaste qu'lieureusement choisi. Il dominait la magnifique vallée d'Ardon, et non seulement il comprenait toute l'enceinte actuelle de la préfecture, mais il s'étendait encore sur le versant de la montagne et englobait la promenade et les jardins placés sous les murs à l'ouest de cet établissement.
Des murailles d'une épaisseur considérable et d'une grande hauteur , puisqu'elles avaient plus de 60 pieds d'élévation , en formaient l'enceinte du côté de la ville, et ne permettaient à aucun regard indiscret de pénétrer dans l'intérieur de cette maison de lilles. D'ailleurs, des tourelles placées de distance en distance sur le faîte de cette haute muraille, en laissaient découvrir tous les abords, et même voir ce qui so passait dans Tintéricur de la ville.
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(Ihosc étrange! C'est que des murailles élevées régnaient également du côté de la campagne et ne permettaient point aux recluses de jouir de son magnifique aspect.
Nous avons des raisons de croire , sans pourtant en être parfaitement certain, qu'avant le lii'"" siècle l'entrée de cette maison était placée du côté de la porte Royer. C'est de ce côté du moins que se trouvaient l'église et les bâtiments du chapitre de Saint-Jean-en-F Abbaye. Cette communauté d'hommes ayant été dissoute après la dispersion des religieuses de Notre-Dame, en 1128, leur cloître et leur église furent abattus, ce qui forma une vaste place qui s'étendait, d'un côté depuis les murs de la ville jusqu'à l'ancien palais-royal, de l'autre depuis les murs de l'abbaye jusqu'à la porte Royer. Mais le voisinage de cette porte, alors la principale et la plus fréquentée de la ville, était cause que les oisifs, les bouffons et les farceui*s, selon les expressions d'un ancien manuscrit , s'y rassemblaient journellement , et par leurs clameurs et leurs cris tumultueux troublaient les nouveaux religieux de Saint-Jean dans leur retraite. Pour remédier à cet inconvénient , Rrunon , abbé de cette maison, demanda en 1155 cette place au roi, qui la lui accorda. Il l'entoura aussitôt de murs du côté de la ville , et elle fit dès-lors partie des jardins de l'abbaye.
En dernier lieu, l'entrée de l'abbaye de St-Jean était placée où se trouve actuellement la porte de la préfecture. Elle se composait d'une grande et d'une petite portes ogivales surmontées de deux tourelles et flanquées , du côté de la campagne, d'une grosse tour qui interceptait presque le passage sur la promenade. Derrière cette porte, existait un vaste vestibule également voûté en ogives. Le tout fut abattu en 1822 pour faire place à la porte actuelle de la préfecture.
L'abbaye de Saint-Jean , entièrement détruite par l'incendie de 1112, fut rebâtie aussitôt après, et une partie des murs d'enceinte sont bien évidemment du 12"'" siècle. A la fm du 1G"'% Henri IV fit prendre les pierres des églises et des bâti-
menls claustraux de cette maison pour construire la citadelle et des casernes. Au 18""% les bâtiments en étaient tellement ruinés, qu'on pensa à les rebâtir. Les cloîtres furent refaits de i7o5 à 1756; la citerne est de la même époque.
Abbaye de Saint-Marliii. — Nous avons déjà eu l'occasion de dire quelques mots de cette maison (page 40) et de l'aspect qu'elle présentait autrefois ; nous compléterons ailleurs ces premiers renseignements. Nous nous contenterons ici d'y signaler un magnifique escalier en pierre, dont la haixliesse et la légèreté font l'admiration des connaisseurs, et que plusieurs placent même au-dessus du fameux escalier de Prémontré.