‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 28 sur 90 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

OBJETS d'aut; monnaies; tombeaux.

Tableaux de Berlhélemi. Tentation de Saint-Antoine. Princesse de Condé en Diane chasseresse. — Bas-relief de Gabrielle d'Eslre'es. Ancienne arcade de Saint-Jean. — Monnaies romaine et du moyen-âge. — Tombeaux et sépultures. Tombes judaïques et d'un ancien roi. Sépultures de l'ancienne église Saint- Julien. Squelette trouvé avec des clous enfoncés dans les mains et dans les pieds.

Tableaux. — La ville de Laon possède trois grands tableaux de Berthélemi , peintre distingué né dans ses murs. Deux de ces tableaux sont placés dans la cathédrale : ils représentent l'un et l'autre l'Assomption de la Vierge.

Ces tableaux ne manquent pas de mérite ; ils attestent en outre de la fécondité de l'artiste , qui a su traiter le mèma sujet de deux manières totalement différentes. Mais ils se trouvent dans un grand état de délabrement , et il serait urgent de les retirer de l'endroit qu'ils occupent et où ils sont d'ailleurs mal placés, si l'on ne veut pas les perdre dans un temps trèsprochain.

Le troisième tableau de Berthélemi décore la chapelle de l'Hôlel-Dieu. Il représente les sœurs hospitahères secoiu'ant

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les malades confiés à leurs soins. Ce dernier , d'un mérite réel, est dans un état de conservation parfaite.

Deux autres tableaux se voient encore a la bibliothèque de la ville. Le premier représente la tentation de saint Antoine. Le saint, assis devant une table en pierre, lit à la clarté d'une bougie. Il est entouré d'animaux fantastiques, et une femme nue placée derrière lui, semble faire un geste de dépit. Le Saint paraît indifférent aux objets qui l'environnent , et sa figure' exprime le calme le plus profond.

Ce tableau , d'une bonne couleur et d'une excellente exécution, était autrefois 'placé dans l'église Saint -Martin. On en ignore l'auteur.

Le second tableau représente une princesse de Condé en Diane chasseresse. Il a été donné par madame de Renty, à qui cette princesse en avait fait présent. Elle est figurée assise , tenant son arc détendu à la main. Ln lévrier est couché à ses pieds , à côté d'un lièvre et d'un canard sauvage étendus sans vie.

Ce tableau , dans le style Louis XV et le genre Boucher, est d'une exécution remarquable. L'auteur n'en est pas non plus connu.

Bas-reliefs. — Nous en signalerons deux. Le premier se voit dans la même bibliothèque : il représente une femme assise sur son séant et dans l'attitude de la méditation , la tête appuyée sur la main gauche , et le bras sur un coussin ; de la droite elle tient un livre ouvert sur ses genoux.

Ce bas-relief en marbre blanc, représente Gabrielle d'Estrées, et provient du château de Cœuvres où il décorait le tombeau de cette femme célèbre. Le travail en est très-estimé et d'une excellente exécution , quoiqu'un peu raide ; mais la figure de Gabrielle y est grave, sévère même, et n'offre pas ce caractère de beauté idéale dont l'imagination se plait à revêtir la maitresse de Henri IV.

L'autre bas-relief se voit sur une arcade placée dans !e jardin

MONUMENTS ET ANTIQUITES. i()7

de la prélecture. Il est divisé en plusieurs scènes, d'un travail et d'un fini remarquables. Malheureusement, beaucoup de détails et de personnages ont subi une déplorable mutilation.

Les sculptures de cette arcade , qui parait provenir de l'ancienne église de Saint- Jean-1'Abbaye , doivent avoir trait aux principaux événements de la vie de sainte Salaberge.

Monnaies. — Des monnaies romaines ont été trouvées \\ Laon à différentes époques , soit isolément , soit réunies en un certain nombre. Une découverte de ce genre et fort intéressante par les circonstances qui l'ont accompagnée, a encore été faite en 1842 aux environs de la citadelle. Des ouvriers ont recueilli dans un trou creusé en terre et recouvert d'une pierre plate , une assez grande quantité de monnaies romaines en argent et en bronze, qui paraissaient y avoir été cachées. C'étaient des Aurelien, Maximien, Dioclétien , Faustine , Gallien , etc. Il est d'ailleurs à remarquer que de toutes les monnaies romaines trouvées a Laon , on en cite fort peu du haut-empira.

Les trouvailles de monnaies du moyen-âge dans cette ville , y sont journalières ; mais nous ne nous y arrêterons pas. Nous nous contenterons seulement de signaler la découverte faite en 1845, dans la citadelle, d'un nombre considérable de pièces d'argent de Thibaut lïl et Thibaut IV, comtes de Champagne.

Tombeaux et sépuluires. — A différentes époques, des sépultures d'une forme insolite ont été découvertes sur plusieurs points du plateau de Laon. C'est ainsi qu'en 1624, des travaux exécutés au voisinage de la porte Saint-Martin, mirent au jour un grand nombre de tombes en pierre sur lesquelles n'existait aucune inscription, mais qu'à leur forme particulière , on crut reconnaître pour judaïques. Nous ne possédons sur ces sépultures aucun autre renseignement.

Quarante ans après, on découvrit encore dans le même quartier, une autre tombe sur laquelle il ne nous est également resté aucun détail. La forme et les dimensions en étaient assez

JO.S LIVP.E II.

remarqu&hles pour qu'on ait cru pouvoir la considérer comme celle d'un ancien roi.

Vers l'année 1820, en démolissant l'église Saint-Julien, on fit la découverte d'un assez grand nombre de cercueils en pierre , h. sept ou huit pieds de profondeur. Ils étaient tous tournés de l'est h l'ouest , excepté un seul qui , placé sous les fondations du chœur de l'église , l'était du nord au sud. Ces cercueils avaient la forme d'une gaine , et présentaient intérieurement une petite cavité pour recevoir la convexité postérieure de la tète. Les squelettes s'y trouvaient bien conservés , et quoique couverts d'une large pierre plate , ces tondjeaux étaient remplis de terre. Ils renfermaient aussi quelques poteries.

La découvert^ la plus étrange en ce genre , a été faite en 4844, toujours aux environs de la porte Saint-Martin. Des ouvriers occupés a ouvrir une carrière dans un jardin de ce quartier, trouvèrent deux squelettes humains étendus à la surface de la roche , et à une profondeur de 1 mètre oO cent.

Des recherches faites sur les lieux, quelque temps après, n'ont pas paru appuyer le soupçon que le second de ces squelettes devait avoir eu la tète écrasée par une pierre ; mais elles ont pleinement confirmé les détails concernant le premier.

Celui - ci était étendu dans sa longueur à la surface de la roche, les jambes serrées, les bras appliqués le long du corps. Ses mains et ses pieds étaient traversés chacun par un gros et long clou en fer qui avait été enfoncé de force et non scellé dans cette roche tendre. Deux vases en terre cuite se trouvaient l'un à droite , l'autre à gauche de la tète ; un troisième vase était placé près de la main droite.

Des deux premiers vases , l'un avait la forme d'un petit bol et renfermait quelques charbons; l'autre ressemblait à une toute petite cruche dépourvue d'anse. Tous deux étaient parfaitement semblables a cetix (]ue l'on a tiouvés dans une foule (Vautres sépultures, nolammcul dans celles de l'ancienne église

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de Saint-Michel. L'autre vase était une petite cruche de 18 centimètres de hauteur.

Les clous, munis de très-grosses têtes, n'avaient pas moins de 15 centimètres de long. L'un d'eux était légèrement courbe, comme s'il avait fléchi sous les coups du marteau qui l'a enfoncé de force dans la roche. D'autres présentaient, près de la tète, des sillons transversaux qui semblaient dus h ce que l'épaisse couche de rouille dont ils étaient recouverts, avait pris la forme des muscles qu'ils traversaient.

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré sur cette étrange sépulture (voyez, Ballelin de la Société Archéologique du déparlement de V Aisne, T. I, page 154) nous ont conduit à penser qu'elle n'est pas le résultat d'un crime, comme on se l'était d'abord imaginé ; elle doit plutôt avoir été faite par l'ancienne justice civile du pays. C'est sans doute un exemple de plus de la cruauté qui présidait souvent, au moyen-âge, dans le jugement des causes criminelles. Néanmoins, il ne nous a pas été possible de découvrir quel crime assez grand avait |pu attirer sur le coupable une peine aussi terrible que celle d'être condamné à mourir de faim , après avoir été clot^é vivant au fond de son tombeau !

MŒURS ET USAGI'S.

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