CHAPITRE IL
RITES ET COUTUMES DE l'aNCIENNE ÉGLISE DE LAON.
Usage pratiqué lorsque l'e'vèque officiait à la catliédrale. Autres usages du clergé et de réglise de Laou. Coutume de sonner les cloches pendant l'orage. Démoniaques. Célébration de la cène. Exposition des chasses des saints dans les temps d'épidémie. Procession du saint sacrement. Procession des Rogations; les papoircs. Epitres farcies. Fête de saint Etienne , kirie farci. Fêle des innocents. Fcic des fous. Primes folles. Mystères. Procession des rabardiaux.
L'ancienne église de Laon avait des rites et des usages à elle. Si l'on peut reprocher aux uns d'être bizarres et même superstitieux , on doit aussi reconnaître dans les autres un caractère de naïveté vraiment touchante; tous, enfin, méritent d'être connus pour l'étude des idées et des mœurs de nos pères.
Lorsque l'évêque officiait à la cathédrale certains jours de grande fête, comme à la Nativité, a Pâques et a la Pentecôte , il devait distribuer à chacun de ses officiers et au commencement de la grand'messe , une pièce de monnaie de la valeur de 18 deniers. Cette pièce était renfermée dans une boule de cire verte a laquelle on donnait le nom de houlette., et qui portait l'empreinte de son sceau. On ignore l'origine et le but de cet usage.
La veille du premier dimanche de l'Avent, ce prélat chantait à vêpres l'antienne Magnificat , et il devait pour cela trois muids de vin au chapitre. Les jours suivants, c'était le tour du doyen, du trésorier, des archidiacres, du maître de l'Hôtel - Dieu et du chambrier, qui tous devaient à cette occasion chacun deux muids de vin aux chanoines.
Autrefois, le clergé de la cathédrale était dans l'usage d'aller processionnellement à Saint-Vincent le jour des Cendres , pour y chanter la messe. Après la cérémonie , les religieux de cette maison devaient donner a chacun des seize chanoines qui aVriienl officié, ii muids de vin et i2 poissons, un brochet ol
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une moyenne carpe. En 1480, l'abbé de St-Vincent transigea avec le chapitre pour abolir cette coutume.
La veille et le jour de la fête de Saint-Vincent, les chanoines se rendaient encore en procession à l'abbaye de ce nom. Par reconnaissance de cette démarche , les moines de Saint- Vincent devaient leur distribuer li livres, et donner également deux poissons a chacun de ceux qui officiaient dans leur église.
Chaque année, à l'automne, on offrait a Dieu, dans la cathédrale, pendant la messe, les prémisses des fruits de la terre: c'étaient des pommes et du verjus que le prêtre bénissait , et que l'on distribuait ensuite à tout le clergé.
Le jour de la quatrième fête de l'Ascension , le clergé et le peuple venaient aussi processionnellemenl sous le porche de la cathédrale , et s'arrêtaient devant les statues des saints qui le décoraient. On récitait là des prières et des litanies, afin de détourner la colère de Dieu, et d'en obtenir la paix, un air salubre, un corps sain, les fruits de la terre, et tout ce qui est nécessaire aux besoins de l'humanité.
A côté de ces cérémonies touchantes, se plaçaient quelques usages superstitieux , comme celui de sonner les cloches à toute volée pendant les tempêtes et à l'approche d'un orage , phénomènes atmosphériques que l'on croyait produits par les démons. Or, les cloches étant des objets sacrés, ceux-ci les avaient en horreur, et leur son devait les terrifier : on pensait d'ailleurs que l'ébranlement des cloches condensait l'air et ramenait le beau temps.
Dans ces temps d'ignorance crédule, les gens atteints de folie ou de maladies frénétiques étaient rangés sur la même ligne que les démoniaques. On croyait les uns et les autres en la puissance de l'esprit de ténèbres, et par conséquent la science humaine impuissante à leur rendre la santé. A l'église seule appartenait donc le soin de les guérir, et à ce titre , elle ne manquait jamais de s'en emparer. Il y eut longtemps à la cathédrale une chapelle où Ton renfermait les fous, les rr(''n('li(|n('s
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et les déinoiiiaques. Celait par la pratique de certaines cérémonies religieuses qu'on cherchait à obtenir leur guérison. Ils étaient d'ailleurs étroitement resserrés, et une seule petite ouverlure pratiquée dans le mur de leur prison , ne leur laissait apercevoir que l'autel de la chapelle que l'on nommait, au IG"" siècle , le heaii Dieu fl).
La cène se célébrait tous les ans, dans le chapitre, le soir du jeudi saint. Après que le doyen avait prononc(î un discours , la cérémonie commençait. Un curé tenait le bassin, et le maître de l'Hôtel -Dieu une aiguière pleine d'eau. Il en versait sur la main droite de chaque ecclésiasticjue ; l'hebdoniadier l'essuyait et la baisait. Ensuite, on présentait du vin à chacun dans une coupe , et un linge pour s'essuyer les lèvres. Plus anciennement, on distribuait aussi des dragées. Il fut un temps encore où tous les lundis , mercredis et vendredis de Carême , on lavait les pieds à treize pauvres. On donnait ensuite à chacun d'eux un morceau de pain , un verre de vin et une pièce de (3 deniers. Le prêtre de semaine , avec son diacre , son sous-diacre et trois entants de chœur, taisait la cérémonie. Ils recevaient chacun pour cela un petit honoraire.
Dans la journée de ce même jeudi saint, les chanoines de la cathédrale étaient encore dans l'usage de descendre la montagne, et de se rendre a la léproserie de La Neuville pour y soigner les lépreux et les servir à table.
La ville de Laon lut souvent, dans le cours du moyen-âge , affligée d'épidémies violentes qui décimèrent sa population. Dans ces circonstances, le clergé avait coutume d'aller chercher à Saint -Vincent la chasse de saint Canoald , ancien évêque de cette ville , et de la porter processionnellement par les rues
(1) L'us;ig(> (les confes.sioniKi'.ix d;iiis Tegliso de I.;ion date de 1500. A celle ('•poque révèqiie Valentin Diigias fit construire de petites cabanes en bois, disfut les historiens, à l'usage des pénilents et de leurs coniesseurs.
Le même évèquc ordonna encore qu'à partir de la même époque, cliaque ménaue de la ville apporlerail à son tour, le dimanclie à réglise, un gins pain i>éni, o;-n(' de (leurs scion la s tison, conmir ''cla se praliqnail à l';iris.
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pour demander au ciel la cessation du lîéau. Eu même temps, on exposait dans les églises les chasses des autres saints; celles que l'on descendait dans la cathédrale étaient au nombre de six : c'étaient les chasses des martyrs, des Saints Innocents, de Sainte Célinie, de Saint Génébaud, de Sainte Preuve et de Saint Monlain.
Tous les ans a certaines époques, l'église de Laon était dans l'usage de l'aire des processions dans lesquelles elle déployait la plus grande pompe des cérémonies religieuses. On remarquait surtout celle du saint sacrement, instituée par Urbain IV, cpji avait été chanoine de Laon. Ce jour là, les rues étaient jonchées de llenrs et tendues de tapisseries. Les assistants marchaient dans l'ordre suivant : tous les corps des métiers, dont les membres étaient munis d'un cierge, ouvraient la marche faisant porter devant eux une grosse torche allumée, avec leur bannière sur laquelle était peinte la figure de leur patron : venaient d'abord les serruriers, puis les selliers, les tourneurs, les arbalétriers, les fabricants de cire, les marchands de poissons, les marchands de légumes, les bouchers, les boulangers, les tonneliers, les vignerons, les cordonniers, les bonnetiers, les tailleurs, les couvreurs, les tisserands et les drapiers. A leur suite marchaient les confréries de St-x\ntoine et de St-Claude, les pèlerins de Saint - Jacques avec les voyageurs; puis, la communauté des chirurgiens , le corps des marchands et l'ordre des avocats. Après eux s'avançaient les Cordehers, les Minimes, les Capucins, les moines de Saint- Jean et de Saint - Vincent ; ensuite, les curés de la ville et les chanoines portant tous un petit reliquaire à la main et une couronne de fleurs sur la tête : enfin , l'évêque fermait la marche , avec les officiers du bailliage et le corps de ville.
Une procession non moins solennelle se faisait aussi cha(iue année à l'époque des Rogations. Ces jours là , le clergé de la ville descendait la montagne suivi de tous les habitants. Chacun (Hall leini dr s'v Intuvrr : les vieillards el les infiniics ifrii
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étaient dispensés qu'à la condition d'y envoyer leur nuiison ef des raffraichissements pour les assistants, car la cérémonie était fort longue , comme on va en juger.
En sortaiit de la cathédrale, la procession se divisait en deux parties: l'une entrait dans l'église St-Martin-au-Parvis, l'autre dans celle de Saint-Remi-Porte, où chacune d'elle chantait des cantiques. En sortant, elles se rejoignaient et continuaient leur marche par la rue du Bloc. Au hout de cette rue, la procession se divisait de nouveau: une partie entrait a Sl-Remi-au-Velours, l'autre à St-Michel. La station terminée dans ces deux églises, le cortège se rendait à celle de Sl-Cyr, à celle de St -Julien, à la chapelle de Saint-Génébaud , et enfin à l'église de la Congrégation. De là , la procession revenait sur ses pas par les remparts, passait à la porte Lussault et descendait au faubourg de Saint-Marcel, dans l'église duquel on faisait encore une station. On se rendait ensuite à Vaux, en faisant le tour du bois de Breuil , alors beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui ; puis , on continuait à longer le pied de la montagne jusqu'au dessus d'Ardon , dont on gravissait la rampe, et l'on rentrait dans la ville par la porte Royer.
On portait à ces processions trois ligures monstrueuses représentant un aigle, un dragon et un serpent la gueule béante; le peuple leur donnait le nom de papoires.
Cette cérémonie , qui se pratiquait également dans d'autres villes, comme à Beauvais, était toute symbolique : elle se faisait^ il ce qu'il paraît, pour rappeler le triomphe de la loi du Christ sur l'esprit des ténèbres, représenté par ces trois figures monstrueuses. Ainsi , les papoires portées en tète de la procession les deux premiers jours , signifiaient l'empire du démon avant et sous la loi; ces images fermant la marche le troisième jour, liguraient le temps de la grâce , où l'empire du démon fut détruit par Jésus-Christ. L'usage de ces ligures fut aboli au commencement {]u IS"" siècle, et la procession réduite au circuit de la ville.
L'église de Laon était encore dans l'usage , à certains jours de l'année, comme à Noël, à la fête de saint Jean l'évangéliste» et à celle de saint Etienne martyr, etc., de chanter des épîlres farcies. On nommait ainsi la traduction libre en vieux français des épîtres propres à ces fêtes. Le sous-diacre , accompagné de deux clercs en cliappe , montait au jubé , lieu où se disait ordinairement l'épitre ; la , il la chantait en latin , et , à chaque verset , les deux clercs en récitaient au peuple la traduction sur un mode particulier.
Voici celle qui se chantait à la cathédrale au 13"'" siècle, le jour de saint Etienne, fête des prêtres. Elle était également chantée à Amiens, avec des variantes.
Entendez luit (tous) a chez sermon Miracles granls, Diex prescliant,
Et clerc et lav lot environ Et crestienlé essauchant.
Conteir vous veuil (veux) la passion Surrexcruni aulem quidam....
De sainct Estenne le baron tiage; |,i pharisien Diex denoié (renié)
Conimentetparquelmesproison (ou- Qui de la loy sunt plus prisié
Le lapidèrent li lelon (les traîtres) Vers le martyr sunt esdrechié
Por (pour) Jesu Crist et por son non : A lui députent lot irié (courroucé).
La orez (entendrez) bien en la lechon ^^ „^„ poteranl resistere....
(leçon).
Sainct Estenne rien ne doptoit (doutait)
LecUo acluum npostolorum , eic. ^ ,. ,., w^- ■ o ■
Car h lils Diex le conlortoit
Geste lechon con ci vous list r^ c • r- • i i •
, Et SaiDCt LspLre en ly parloit
Sainct Luc s apele qui le (ist r\ i ui j- i- • •
' , . Que che ku dist 11 enseignoit
rail des aposlole (apôlres) Jesu Grisl . , , ., ,. . .
'^ , ... . Au grand sens kil li espiroit
Sains esperites Esprit) li apprist. m j i • ■ i • / t i'
^ \ 1 / rr iNusdelscontristeir nel pooit (nul d eux
In diebus illis , .• ■,^
contredire ne pouvait).
Ghe (ce) fu es jours de pieté, Audimtes aulem....
Es tems de gracie, de bonié, Kunt che oient la pute (mauvaise) gent
Ke Diex (Dieu) par sa grand karité (cha- Do deul ont moll les cueurs sanglans
Hechut mort por chrétienté riié) T;,pt \\ soporloit manlalens (colère)
Eiisencel an beneuré (dans cette année K'ensemble escroisoient (claquaient) bienheureuse) leurs dens