I.i aposlole h Diex amé C^^ aulem essel
Ont sainct Estenne ordené ^j. ^ entendez del sainct martvr
l'or prechier foy et vérité. Q^^^ ;, ,u,^ pi^j,, j,, ^^-^^^ ^^^-^
Slephanus plenus graiid.... Esgarde en haut et voi partyr (se diviser)
Sainct Estenne dune je vous chant Les ciels seur (sur) soi et ovrir (ouvrir)
l'iein de gracie et vertu grant lu la gloire Diex a venir,
Fesiot (faisait) au pieple nicscrcanl Diiiil a [i:irlcr iu'|iollaisir 'ne iiotillaiie)..
186 LIVIŒ m.
Ecce video cœlos. ... El lapidabanl. . . .
La gloire voy noslrc Seignor Des or li funt niolt granl assaut
El Jesii Crisl uoslre Sauveor Ils li lapident, li non cliaui (lui ne s'en A la (^exlrc le creator : soucie)
Or ay plein joye sans doior Ses mains et ses velz (yeux) en haut
Car je voy ce que je aor (j'adore) P^'ie Diex qui as siens ne hut (les siens Ki est loyer (prix) de mon labor (travail). n'abandonna').
Exclamantes autem.... ^^""'"'^ '^''''—
Kant du filz dou Diex oient (entendent) ^J!^ "'^"^''^ ^"' J*-* '^'''^''
parler ^' "^^ ^'^^^ '' forment soffrir,
Dune commenchent a forcener (se ^^^ <"" l'echoit (reçois) mon espir
mettre en colère) Car je veuil a toi parvenir.
Et lor orelles à estouper (bouclier) « •-•
yiie mais ne poent escouter. r.- ,' x • >
r- 1 ,. ,, ,. Oiez (écoulez) samct de grant ainistié
t.n champ h (uni por li tuer „ ■ r • ■ ■ , , . .
,,, , 1 . „ . oi'sanemis raitsembbnt lie mine loyeuse)
lllesatenscommebonber brave baron : r., • , .. ^ J '
X) . , \ ». ■ , . ricie les genoux par pitié
Ben puet (peut soflrir et endurcir ., , ' ,
.^ . . ri- -1 . f^^ P*"' •'"•'' pour eux) lot a Diex prie.
yui voit Diex qui le veut sauveir. i \t i i
El ejicienlcs. . . . ^«'"""' ' «^ «'«««««- • •
De fors les murs de la cité ^'^"^ ' ^'"'^ "' '^" '^"' '"=''" ''""'
Unt le marlvr trait (entraîné) et geté ^^^ " J"'^^ ^^ '''"' ^"' '"'^ '"""^
I.a Tunt li félon (les traîtres) lapide P-irdonnozIor, père delmunt (du inonde)
Ki oncque n'eurent pitié. ^"'" ''''* "^ '^''*'"^ '^'^ ^"^ ''^ ^""^•
v, , , j El cùm hoc dixissel....
Ht testes deposuerunt....
Tj„ ■ e ■ ic > , .. Cant il a dist tôt son plaisir
For miex ferir frapper delivrement ^ ,, ,., , ,
(librement) *^^" ^^'""^''^"^ 1" '' ^'O'' dormir.
Ont déposé lor vestement Clot ses velz (yeux), si rcnt son espir;
As pies d'un varlet qui l'atent ; Diex le rcchoil a II servir.
Che fu Saulus qui tant torment Or, prinnt tuil le saint martyr
Fist puis a chrestienne gent r Kil nous doist sauveir et guérir
Diex li rapela douchoment Kainsi poions (puissions) nos tuil mûrir
Puiez fu saincl por lot voirement ( vrai- El au rogne Diex parvenir.
ment). Âmen.
On chantait encore dans l'église de Laon, à la fêle de Noël, un kirie farci. Mais, au contraire des épîtres, la farce., c'està-dire les paroles ajoutées, se trouvaient en latin. C'était, comme on va en juger, une espèce de louange intercalée entre les mots Kiric et eleison.
Kirie , Ex gloriosa virgine.
Tu, sanclc pater (jlorie . Dcdisli carncm sumcre ,
Oui tue sapioilic Eleison.
MOliURS Kl USAGES.
h'irie , Jtex jvsticie
Qui tnalrem ptenam gralie Tanlo dilasli nnmcre.
Eleison.
Kirie , Per quem scmen Abralte Sine virili germinc , Orlum crcvil de getmine Monsque de monlis cet lice ,
Eleison.
Chrisle, Dei vivciilis itnice Floa malris primogrnila Kiidcmplor plebis subdile ,
Eleison.
Chrisle.
Formam assumens hominis Incorrupto ex alvo virgi7Us Reparalor prime originis.
Eleison.
Clirisle , Verbum de paire prodiens.
De maire sol cxoricris.
Vile fans indeficiens ,
Eleison.
Kirie , Sancle sepliformis spirilm Orphanorum paraclilus Obumbrans Marie celilus ,
Eleison.
Kirie, De quo in carne Marie Caro concepla Messie Vacla esl dux vile vie,
Eltfison.
Kirie, Spcs pia languentis anime O magistrorum oplime !
Jlequiesccnl virge Super florem Jcsse Te poscenli clemens famille ,
Eleison.
Le moyen âge est aussi le temps de ces fêtes extravagantes auxquelles, à certaines époques de l'année, le clergé et le peuple se livraient également avec une sorte de fureur. A Beau vais, c'était la fêle de l'âne; à Cambrai, celle de la Dacasse; à Douai, celle du géant Gaijant : Laon avait sa fête des innocents et sa fête des fous.
Si ces divertissements nous paraissent aujourd'hui bizarres et grossiers, il ne faut pas perdre de vue qu'ils étaient en rapport avec les mœurs et les habitudes de nos aïeux. Vivant dans une contrainte continuelle, assujettis à des devoirs de religion rigoureux et de tous les jours, qui ne leur laissaient aucun moment k consacrer à leurs plaisirs, ils usaient avec une sorte de frénésie des quelques instants de liberté consacrés par l'usage. Si donc dans ces jours de répit, leurs plaisirs portaient le cachet d'une licence effrénée , il faut s'en prendre an pou (le iuîuières cl an goùi (hi l(MU[is.
188 LIVIIE III.
Les enfants de chœur étaient les héros de la fête des innocents. La veille de saint Nicolas, ils élisaient l'un d'entre eux pour évoque, et lui donnaient le titre d''évéque des innocents. Ij^l fête commençait au milieu du service célébré ce jour-là. A ces paroles magiques du Magnificat : Déposait potenles de sede , et exaltavit humiles, les enfants de chœur se précipitaient dans les stalles et en expulsaient les chanoines, qui allaient s'asseoir sur leurs bancs. Le curé et les chapelains portaient, à leur place, la croix et les chandeliers. Ensuite le service continuait; mais les enfants de chœur y remplissaient les fondions des prêtres, et ceux-ci les servaient comme enfants de chœur. Pendant la cérémonie, on chantait l'épitre farcie suivante, qui est une espèce de paraphrase, en langage du 13°'^ siècle, d'un passage de l'apocalypse.
Ijiuii sires Diox (Dieuj je vous deinanl L'aigiu'l, (agneau) Diex qui nos doil sau-
((ieinandej Cent mil en vi le lui conleir [veir
En (Ions , eu mon prologue avant Quarante quatre tuil sunt pcir.
De la errace sainct esnri tant tt i .
° ' Habenles nomcn cjus....
Qe ce vos plaise qe je chant. r.- ■ • i-
Cist ont bon compaignoQ eslil
Laus , hnnor, virtus, etc. Tuit ont son non es iront eserit
Or, loons (louons) tuit (tous) notre Sjnor E del sainct père Jhesu Xprist
(seigneur) rji jg tesmoigne qui le vit.
Cisjor (jour) li doit los (louange) etlionor
Li innocent ont le niilor (meilleur)
De la feste la joie est lor (leur).
Teiz quatre li peusse oir (entendre)
Leclio libri apocalypsis.... Crans iaues (eaux) bruire , tressaillir
Sainct Jehan fist ceste lechon E grans tonoires (tonnerre) retentir.
Qui apokalipses a non ,
Ne li fist faire ses dex non
Et audivi vocem de cœlo.
Lors si void del ciel venir
El vocem quam audivi..
^ . ,. 1 •• Ainz (ainsi) neu de celé voig peeur(peur)
Qui II inostra la vision. r^, ' ■ ■ ^' '
Q encor oi-je après meilleur
In diebus illis.... Q\ si eut pleinement de doceur
Ce fu en jor pleins de péril Cum estdoz laiz(doux chani)deliarpeur.
Qe creslien estoit vil j?, , i , ■ .■
^ Et canlabant qtiasi canlictim....
A sainct Ji^ian est en essil (exil) , , ,
^ ' La chançon nueve au liarpeur
E diex rcsusoila son (il ((ils). r. . . r^- 11
^ ' Est devant Diex en la douceur
Vidi supra monlem.... K devant luit les senators
Je vi sor mon Syon esteir (se tenir) E les bcsles virent ailors.
MOKURS KT USAGES. 189
El ncmo dicerc poteral — Hi empli sunl. . . .
Nus ne pooit (nul ne peut) ccst cliant Cist premier suntsor aclialci
chanleir Diex et l'aignel sunl présente!
Fors cil dont vos m'oeiz parleir q^. j^ ^^.^ ^^.^^^ ^^^^ ^^^^^^.^.
Con doit innocents apele.r Esansmancegere(mensonge)sunttrovei.
Céans (ist Ilerodos decoleir (décapiter).
Tj- , ■ ;• j. Sine macula sunl
Ht sunl qui cum muliertbus..,.
Cist sunt tuil virgene (vierges) sans Devant le ihrosne Diex la sus sunt
pechié Tuit sans taiche nen doupluns.
De feme des entechié (pécheurs) ; La nos maint tuit Jhesus Xprisius
El aignel sainct sunl dévié Oî, \\^ chantent sanclus , sanclus.
Qe il part q'el aiil loians elié
Après la cérémonie, on représentait un mystère; ensuite les enfants de chœur, les curés, voire même les chanoines, faisaient a qui mieux mieux des farces et des bouffonneries dans l'église , et couraient par les rues , en chantant , dansant et cherchant à amuser et à faire rire le public. Le soir, il y avait un grand repas pour les innocents : on leur donnait deux douzaines de pains, huit pots de vin et trois livres en argent; c'était le chapitre qui en faisait les frais. Les chanoines , chapelains et curés pouvaient être de ce repas en payant douze deniers par tête.
Cet usage s'abolit difficilement et par degré : on remplaça d'abord le spectacle par un discours que faisait un innocent ; puis, on défendit les indécences qui se commettaient dans l'église. Enfin, au 16'"'' siècle, le chapitre refusa de faire plus longtemps les frais de la fête , qui bientôt après fut elle-même tout-à-fait défendue.
La fête des fous se célébrait avec plus d'extravagance encore. La veille de la fête des rois , après les primes , les chapelains et vicaires se rassemblaient , et choisissaient entre eux le pa-^ tri arche des fous. Quand il était élu ^ le chapitre lui faisait présenter , ainsi qu'à ses amis , le pain et le vin , avec une somme de huit livres parisis ou davantage, pour faire les frais d'un repas. Les uns se masquaient, les autres s'affublaient de l'habillement le plus grotesque qu'ils pussent imaginer : c'é-
laient des costumes composés mi-parlie d'habits ecclésiastiques, mi-partie d'habits de théâtre ; ou bien un mélange d'habillements d'hommes et de femmes. Après avoir fait les farces les plus indécentes dans l'église , le cortège marchait en procession dans la ville, avec des torches et des flambeaux.
La fête des fous durait deux jours , la veille et le jour de l'Epiphanie. Le service divin de ces deux jours était abandonné aux fous, qui le célébraient avec des grimaces, des contorsions et des quolibets sans nombre. Celui qui faisait le |>îus d'extravagances était aussi le plus applaudi. Les fous se répandaient ensuite par les rues , s'an'êtaient sur les places et faisaient deS' farces pour amtiser le peuple. La fête se terminait par une pièce de spectacle que l'on représentait dans l'église : le sujet en était toujours pris dans l'écriture sainte; mais les mystères y étaient représentés d'une manière bouffonne et dérisoire.
Cette fête subsistait encore en li.S5; mais alors on en retrancha beaucoup de choses. L'année suivante , le chapitre ayant voulu la défendre, l'évêque Antoitie Crépin insista pour qu'elle eût lieu comme de coutume* Les chanoines , après quelque résistance , finirent par y consentir , h la condition , toutefois, qu'elle se ferait hors de la cathédrale. Elle fut définitivement abolie h la fin du 15""^ siècle.
Néanmoins, comme on ne put faire renoncer tout d'un coup le peuple et les ecclésiastiques a des usages qui duraient depuis des siècles , on remplaça la fête des fous par une cérémonie que l'on nomma les primes folles.
La veille de l'Epiphanie, les prières se chaiitaient avec beaucoup de solennité dans la cathédrale, et le chœur en était orné et illuminé comme aux plus grandes fêtes. Les séculiers pouvaient monter et s'asseoir aux hautes stalles, et l'on distribuait aux assistants des couronnes de feuilles vertes. Cet usage existait encore au 18'"" siècle.
C'est aussi au moyen -âge (pip Ton n^prcsenlail des es[)è(es.
MOEURS ET USVGES. ' 191
(le pièces de théâtre que l'on nommait Mystères. Le sujet en était toujours pris dans l'écriture sainte.
Les fêtes de la Pentecôte étaient ordinairement le temps où l'on jouait les Mystères à Laon. La représentation s'en donnait dans l'une des salles de l'évèché. Le chapitre fournissait les tapis et ornements nécessau'es à la décoration de la scène , et les chanoines remplissaient presque toujours les rôles de ces pièces sacrées. En liGi, ils jouèrent la Vengeance de la Passion de J.-C; l'année suivante, le Jeu de Sainte Barbe ^ et en 147G, le Jeu de Saini Denis. A la première de ces représentations, on fut si content des acteurs que le chapitre leur distribua une gratification de 8 livres. A la suite des Mystères^ on faisait une procession que l'on nommait la procession des rabardiaux : c'étaient encore des farces et des jongleries dans lesquelles, à ce qu'il parait, on tournait en ridicule les cérémonies reUgieuses de ce genre; mais nous n'avons sur elles aucuns renseignements, et la signification du mot rabardiaux nous est même inconnue.