INDUSTRIE ET COMMERCE
Anciens commerces du blé et du vin. Leur prospérité, leur décadence. Mesures laonnoises pour la vigne et le vin : \&jalloi, Varpenl, Yhommée, la faissc : la pure, le muid , le sep lier , \epol et le loi. Prix du vin à différentes époques. Mesures laonnoises pour le blé : le quarlel, lejalloi, Vasnée, le seplier. Prix du blé et du pain. Anciens pris des marchandises, objets de consommation et journées. Mesures pour les terres et le bois : la corde , le cerceau. Droit â''étalonnage. Lombard. Poids du roi. Droit de la selle ; droits à^ègardage, langoyage, hallage et mcsurage. — Corps et métiers : leurs règlements; usages particuliers des confréries. — Principales causes de la décadence du commerce du blé. Culture des légumes; ses développements; extension qu'elle est appelée à prendre.
Laon ne fut jamais une ville industrielle; néanmoins , ses habitants se livraient , dans le moyen âge , à deux genres de commerce extérieur qui les enrichissaient : c'étaient le commerce du blé et celui du vin.
Ils exportaient au loin ces deux produits de leur sol : on les
voyait faire de fréquents voyages en Flandre , en Artois , en Ilainaut et au pays de Liège, où leurs vins et leurs blés étaient recherchés , et où ils en trouvaient un débit assuré , facile et avantageux.
Leurs expéditions étaient d'ailleurs favorisées par l'exemption de tout droit de péage, rouage, vinage et travers, dont ils jouissaient dans les contrées qu'ils traversaient pour s'y rendre. A quels titres étaient-ils en possession de ces franchises? c'est ce que nous ignorons; mais on peut conjecturer que, leur cité étant une ville du domaine de la couronne , ils devaient ces avantages à la munificence royale.
Les vins de Laon et des environs jouissaient alors d'une renommée aujourd'hui bien éclipsée , quoique l'on y récolte encore , sur plusieurs coteaux, des vins d'une certaine qualité. Au 14""' siècle, ils étaient mis sur la même ligne que les meilleurs vins de France actuels, témoin ce passage d'un poêle de cette époque. L'auteur, du nom de Fauvel, donne les détails d'un festin royal , et énumère les vins qui y furent servis :
Vins i bons el précieux , A boire moult délicieux , Citouandés, rosés, flores, Vins de Gascoingne colorés, De Montpelier et de Roclièle , El de Garnache et de Caslèle; Vins de Beaune et de Saint Pourçain, Que riches genls tiennent pour sain , De Saint-Jangon et de Navarre; Du Vinon que l'on dit Labarre , D'Espaigne, d'Anjou, d'Orlenois, D'Auceure et de Laonnois, De Saint-Jehan , etc.
La production était d'ailleurs encouragée par d'autres privilèges dont jouissaient les habitants de Laon : ils furent longtemps exempts de gros et angnienlalion d'aide pour tous leurs
Devanluic de Chapelle à la Calhédral(f.
IMPOTS; FLNAJVCKS; COMMERCE; POPULATIOK. 241
\'ins. En 1G70, ces privilèges l'iircnt restreints aux seuls vins cuvés, pressurés et consommés dans la ville.
La culture de la vigne sur le terroir de Laon , parait remonter au 5"'* siècle. Saint Rémi , dans son testament , parle d'une vigne dont il lit cadeau à l'église de cette ville, et qui avait été plantée de son temps. Cette culture s'étendit peu a peu jusqu'au ii2"'" siècle , époque où elle prit beaucoup de développement. Gautier de Mortagne, qui fut évèque de Laon de 1155a 1174, la lavorisa beaucoup, et planta lui-même «ne grande quantité de vignes.
Le 17'"" siècle paraît être celui où la culture de la vigne atteignit à Laon ses plus grandes proportions. Néanmoins , nous ne possédons pas de documents qui nous permettent d'en faire connaître l'étendue ; nous savons seulement que ses produits étaient alors très considérables.
On peut en juger par le chiffre des exportations qu'atteignit à Laon la vente du vin k cette époque. Cette exportation , qui avait été de 870 pièces en 1460, s'éleva, en 1G07, h 1559 pièces; à 5,019 pièces en 1652; k 5680 pièces en 1660, et a 6760 pièces en 1698. Mais à partir du commencement du 18"'" siècle, le chiffre des exportations diminua graduellement.
Ces exportations, comme on le pense , faisaient affluer dans la ville des capitaux considérables. Ainsi , en 1652, la pièce de vin se vendant de 60 k 70 liv. , les 5,019 pièces exportées produisirent environ 200,000 liv. Ce produit fut l)ien plus considérable encore en 1698 : la pièce de vin valut cette année de 110k 115 liv.; j)ar conséquent, l'exportation de 6,760 pièces produisit plus de 750,000 liv.
Nous avons dit qu'k partir du commencement du 18"'" siècle, les exportations n'ont cessé de suivre une marche décroissante. Il en est de même de la culture de la vigne : en 1 7()8 , on comptait encore sur les flancs de la montagne de Laon , 470 arpents (environ 240 hectares) de vigne; en 1789, ce chitlVe
2i2 IJVRE IV.
se trouvait déjà réduit de 70 arpents (5o iieetares), et en 18H), il n'(''tail plus que de 250 arpents ( 175 hectares). Enfin , aujourd'hui on ne compte plus que 8i hectares de terre cultivés en vigne sur les ilancs de la colline de Laon. Il y a par conséquent, depuis moins d'un siècle, une diminution de i5G hectares dans cette culture.
Plusieurs causes ont amené ces résultats : la première est l'envahissement des marchés du nord par les vins du midi , avec lesquels ceux du Laonnois ne peuvent rivaliser , depuis surtout que pour obtenir des quantités plus abondantes , on a substitué , aux dépens de la qualité , les grosses natures aux petites. Ensuite, la cherté du blé dans le courant du IS""^ siècle, plusieurs gelées tardives qui firent périr une quantité de vignes, le bas prix du vin, enfin, l'impôt dont cette boisson était afl'ranchie du temps de la république, et qui a été rétabli sous l'empire, ont engagé beaucoup de propriétaires à arracher leurs vignes pour les remplacer par une autre culture , particulièrement par celle des asperges.
Il y avait autrefois à Laon plusieurs mesures pour les vignes : le jalloi comptait 120 verges de chacune 22 pieds, le pied de douze pouces anciens; ensuite V arpent qui comprenait 100 verges; V liommée , de huit verges, et enfin la fais se , dont la contenance ne nous est pas exactement connue.
Le vin se vendait à la pièce, au miiid et au sepder; la pièce contenait 200 pots (205 litres); il fallait deux muids pour faire une pièce. Nous ne savons quelle était la contenance du septier. Les mesures de détail étaient le pot et le lot ; le pot contenait un peu plus d'un litre et faisait deux lots.
Les vignes du Laonnois ont eu fréquemment à souffrir de la température, et le prix du vin a beaucoup varié selon la bonté ou le défaut de récolte. En l'année 928 , on fit à Laon les vendanges à la fin de juillet. En lOii, la récolte du vin ayant manqué, on le paya jusqu'à 24 sous (environ 75 fr. d'aujourd'hui) le nmid, r'rst-à-dire 150 fr. la pièce.
En 1239, le meilleur vin de Laon valait 2 sous laonisiens (1 sou parisis, ou 1 l'r. iO cent, d'aujourd'hui) la mesure (un peu plus d'un litre).
En 4555, la récolte fut tellement abondante, que le seplier se vendit seulement 5 ou 6 deniers (o fr. 40 c. à 0 l'r. oO c.) Mais l'hiver de 1572 fut très-rigoureux et toutes les vignes du Laonnois et de la Champagne furent gelées : dans 100 arpents (oO hectares) de vignes, on ne recueillit pas assez de raisin pour faire une pièce de vin.
Vingt-cinq ans après, il y eut au contraire une récolte trèsabondante. Comme le numéraire était en même temps fort rare, le vin se vendit presque rien. Celui de qualité inférieure valait 12 sous, et celui de première qualité, 24 sous la pièce (5 fr. 10 c. et 10 fr. 20 c. d'aujourd'hui).
En l'année 1404, le prix du vin descendit bien plus bas encore , il fut de 8 sous ( 5 fr. 50 c. ) la pièce , et les années suivantes il ne s'éleva pas au-dessus de 24 sous (9 fr. 00 c.) Mais l'hiver de 14-08 ayant été très-rigoureux, fit périr beaucoup de vignes, de sorte que le pot de vin qui, les années précédentes, ne se payait guère que cinq centimes , s'éleva en 1410 à 8;i cent.
En 1448, le lot de vin valut à Laon 2 sous tournois (05 c.) et en 1490, 2 sous 1 denier (environ 50 c.) En 1475, l'année avait été très-avancée, en sorte qu'on commença les vendanges le 25 d'août.
En 1559, l'abondance du vin fut telle que l'on donnait un vieux tonneau plein pour un neuf vide. Le tonneau seul se vendait 2 livres (8 fr.) L'année suivante, par suite de grandes chaleurs, le vin fut excellent. Il était tellement capiteux que l'on ne pouvait sans danger rester dans les caves où on le faisait , et que plusieurs personnes périrent étouflées dans les vendangeoirs.
Les étés des années 1544 et 1545 furent extrêmement secs et chauds; le vin était si capiteux et si violent que beaucoup
m \À\i\K IV.
de personnes n'eu pouvaient plus boire sans en être incommodées; il en l'allait Irès-jieu pour s'enivrer. Mais l'année suivante, une gelée tardive, arrivée le 8 de juin, lit périr la plupart des vignes.
En 4550, les chaleurs commencèrent de bonne heure et furent très-fortes, ce qui permit de vendanger à la fin de juillet. Il tomba en août des pluies abondantes, et comme le temps était toujours chaud, les arbres et les vignes fleurirent une seconde fois, de sorte que l'on eut de nouvelles cerises h la Saint-Michel et du nouveau raisin en octobre.
En 4591 , la bouteille de vin se vendait 2 sous et demi tournois (52 cent.) Après la reddition de Laon à Henri ÏV, en 4594, cette ville se trouvant épuisée, tout y était fort cher : la pièce de vin valait de 45 à 46 liv. (117 à 420 fr.)
En IG28, le pot de vin de Laon valait 42 sous (1 fr. 55 c.) La pièce se vendit 02 livres 40 sous (450 fr. environ) en 4G5G, et seulement 56 livres (68 fr.) en 4652. En 4670, la bouteille de vin vieux se payait 45 sous (l fr. 55 c.)
En 4691, à la suite d'un tremblement de terre , il survint au commencement d'octobre des gelées qui gâtèrent le raisin et empêchèrent de faire les vendanges. Quatre ans après la pièce de vin se vendait de 100 a 450 livres (465 il 200 fr.), et le pot 48 sous (4 fr. 45 cent.)
Les vignes furent de nouveau gelées pendant l'hiver rigoureux de 4709. L'année 1725 ayant été très -pluvieuse , le vin et le blé furent de mauvaise qualité.
En 4795 le vin étant devenu rare et le numéraire plus rare encore , le vin de Laon se vendit 7 et 800 livres la pièce en assignats.
Une gelée tardive arrivée le 46 mai 4802 fit périr beaucoup de vignes à Laon et aux environs. Néanmoins, trois ans après la récolte produisit une quantité double des années ordinaires (4).
(1) Ou comptait alors qu'un Iicclare de vignes donnait , année commune , '2i iieclolitres (12 pièrcsi de vin.
L'année suivante les vignes souffrirent encore beaucoup d'une i-eiée qui se lit sentir dans la nuit du il an 12 octobre. Cependant, en 1807, la récolte fut triple des années communes.
On se rappellera longtemps encore du vin de la comète ou de 1811. Cette année, des chaleurs précoces avancèrent la végétation d'un mois ; août se passa sans pluie , et la vendange se fit vers le milieu de septembre.
La qualité du vin des années 1818-19-22-26 et oi, fut également très -satisfaisante. En 1822 les vendanges se firent en août.
Nous voyons encore par d'anciens comptes, qu'une pièce de vin de Champagne rendue k Laon, coûtait, en 1715, 150 liv. (environ 570 fr.), et, en 1775, une bouteille de vin de Malaga, 42 sous 8 deniers.
La valeur et le loyer de l'arpent (50 ares) de vignes ont aussi varié selon le temps. En 1410, un arpent de vignes sis à la porte Saint-Martin fut vendu 12 livres tournois (1)1 fr.) ; mais ce n'était pas la meilleure exposition. En 1440, les bonnes vignes de la montagne se louaient 22 sous tournois l'arpent /7 fr. 75 cent.)
Pour le blé , Laon avait aussi plusieurs mesures : le quartel qui pesait 52 a 55 livres de 1(3 onces, poids de marc; \e jalloi composé de quatre quartels et Vasnée de treize quartels. Cinq asnées environ faisaient le muids de Soissons. 11 paraît qu'il y avait aussi des asnées de dix quartels. Une dernière mesure était celle du septier qui, nous le pensons, répondait ou a peu près au quartel.
Le blé se vendait à la halle où néanmoins l'on portait seulement des échantillons. Le prix en a aussi considérablement varié selon le temps.
Le plus ancien renseignement que nous possédions à cet égard date de 151G. Pendant la disette de cette année, le septier de froment se vendit 50 gros sous d'argent , Torge 50 sous, l'avoine 18 (18, 20 et 17 francs).
La sécheresse des années i5M et loir> fit ntonter le prix du blé à 20 sous le quartel et 12 livres l'asnée (3 fr. GO cent, et Ai francs).
En 1585, le prix du quartel de blé alla h GO et 70 sous (7 fr. 50 cent, et 8 fr. 75 cent.) Le prévôt fit alors publier une ordonnance qui défendait de le vendre plus de GO sous (7 fr. 50 cent.) L'année suivante , la disette fut extrême : le pain se vendit jusqu'à 10 sous (1 fr. 25 c.)la livre. L'asnée de froment valait 480 livres (450 francs).
Après la reddition de Laon, en 159i, le blé se vendait 50 sous le quartel (G fr. 25 c.) En même temps, le prix des terres tomba à rien. Cette cherté ne fit qu'aui^nnenter les années suivantes , d'abord parce qu'on manquait de chevaux pour le labour , ensuite parce que la peste fit de gi-and ravages dans la population. En 1597, le quartel de froment valait encore 15 livres l'asnée (52 fr. 50 c.) ; le seigle, 11 livres (27 fr. iO c); l'avoine, 4 livres 12 s. (10 fr. 50 c); le froment nouveau, iC livres ( iO francs).
En 1652, la Uvre de pain entre bis et blanc se vendait Ix Laon, î sou 8 deniers (20 centimes environ).
Pendant la disette de 1709, le prix du quartel de froment s'éleva à 10, 12 et 15 livres (12 fr., 11 fr. AO c. et 15 fr. GO c.) En 1725, le quartel de blé-méteil valait G liv. 6 sous (8 fr. 70 c); celui de seigle, 4- livres IG sous.
En 1789, le septier de blé se vendait 8 livres 10 sous, et en 1795, 100 livres en assignats, qui faisaient environ 10 livres en argent monnoyé d'alors. En 1812 , le pain blanc se paya G sous la livre.
Nous pensons qu'on ne lira pas sans intérêt quelques détails sur les prix auxquels furent vendus à Laon les autres denrées et marchandises à différentes époques.
En 1447, six salades (espèce de casque) , six épées et douze estocs (sorte d'épée") , se payaient ensemble 14 livres 8 sous (l 12 fr.) En 1G15, une caque de harengs valait 55 liv. tournois
(7,') IV.), el en IG5:2, o5 livres (100 Ir.) En 105:2, l'aune de drap éearlate se vendait 18 liv. lèi sous (environ 50 fr.); un habil militaire, 2i liv.; un matelas, 6 liv. 10 s. et une paire de souliers, 2 liv. (55 Ir., 15 fr. et A fr. 25 c.) ; en 1678, un chapeau de feutre, 5 livres (5 fr. 75 c.)
V.n 1708, un loucliet se vendait 22 sous 6 d. (1 fr. GO c.); le cent de foin, 10 livres, et le cent de fagots, 6 livres 10 s. (14 fr. et 9 fr. 10 c); la paire de bas de coton, 5 liv., et celle de souliers, 4 livres (4 fr. 20 c. et 5 fr. GO c); la livre de cire blanche valait 58 sous; celle de poudre à tirer, 15 s. , et celle de confitures sèches, 42 sous (4 fr. ; 1 fr. 05 c. , et 2 fr. 95 c); enfin, le mille d'ardoises, 10 livres (14 fr.)
Au commencement du 15'"" siècle, les pierres de deux et trois pieds de long , prises à Saint - Vincent , valaient en ville oG sous le cent (environ 15 fr.) ; la construction d'un gros nmr en moellons, à toui fournir^ coûtait alors 52 sous la toise (12 fr. 50 c.) En 1G95, la toise de grosse maçonnerie en moellons ne se payait encore que 5 livres (10 fr.)
En 1775 , la toise de moellons coûtait G Uvres, et la pièce de chaux, 50 sous. En 1402, la coupe d'une verge de bois valait 1 sou 7 deniers.
En 1708, un traiteur lit payer à la ville la somme de 28 liv. 11 sous, pour le diner fourni au duc de Bavière, lequel diner se composa de deux pouilles cVAinde, deux langues à la loyale, deux jandjons et du poisson. En 1500, uu chapon se vendait un sou et demi (G5 centimes).
Nous voyons encore par d'anciens comptes que le prix des journées étaient, en 1585, pour les maçons, charpentiers et carriers, de 7 sous G deniers (1 fr. 05 c), et pour les manouvriers, de 5 sous (70 cent.) Au milieu du 17™' siècle, la façon d'un habit militaire se payait 5 livres 10 sous, et celle d'un habit civil, 4 livres (G fr. GO c. et 7 fr. GO c.)
Nous terminerons ces détails par le compte des dépenses qu'occasionna le passage du roi Eouis XUl a Eauii, en 1(>52 :
2i8 L1VRI-: iv.
Donné aux Irompctles du roi el aux tambours di-s suisses
et des niousquclaires 70liv. 10 s.
Vayé au peintre chargé de peindre les arcs de triomphe. HO »
A Antoine Carton , pour G perches qu'il a l'aiirn^ pour
planter les armoiries du roy à la porte à Lupsault. . . . 16
A Charles Lèvent, marcliand , pour 6 onces de soie de
diverses couleurs qu'il a fourny pour faire des cordons
à pendre les clefs de la ville , pour les présenter au roy 8 8 A Jeanne Charpentier, pour la façon desdits cordons. . . i 4 A Baptiste Parmentier , hoste de la Hure , pour 2 pièces
de vin , à 45 liv. la pièce, et quantité de pots de vrn
qu'il a fourny pour présenter au roy et 5 plusieurs
seigneurs 109 8
A Clément Liébert, pour avoir fourny toutes les bouteilles
pcar pi'ésenter ledit vin 34 10
A Claude Waltier , pour les étonppes quTl a fourny pour
boucher lesdites bouteilles 30 i
A Richard Doiian el autres, pour les confitures qu'ils ont
fourny pour présentera la royneet plusi«iirsautres dames 165 »
Au mandelier, pour 6 paniers d'ozière pour présenter les
conlitures 1 IG
A Jean Desjardins, charpentier, [)Our avoir estançonné la
chambre du roy et de la royne 11 >
A Hubert Ilacquarl , pour avoir nettoyé le mont de la porte
à Lupsault 1 1
Au baroteur , pour avoir nettoyé plusieurs immondices qui
estoient au bourg » 15
Aux trois guettes (guetteurs) , aux valets de la ville el de
police, pour avoir vacqué pendant le séjour du roy. . . 21 >
A Pierre Tannoye et autres, pour 2 jours qu'ils ont servi
de guide au roy et .^ la royne, quand ils sont party do
Laon 4 >
Ce compte est curieux a plus d'un titre. Il nous fait il'abonl connaître les Irais que Taisait la ville au IT""" siècle, pour recevoir le souverain : ils lurent de 5G9 liv. 07 sous (1 ,273 fr. d'aujourd'hui). En 4652, on y voit encore l'énorme prix de la soie, qui coûtait alors 28 sous (5 fr. 10 c.) l'once, et l'on apprend i)ar lui <pie l'usage de boucher les bouteilles avec du
IMPOTS; FINANCES; COMMERCE; POPULATION. 2i9
liège était encore inconnu ; on les fermait au moyen d'étoupes.
Indépendamment des mesures de surface que nous avons fait connaître , Laon en avait encore plusieurs autres. Pour les bois, c'était le jalloi de 120 verges; pour les terres, l'arjient de 100 verges. Le bois se vendait à la corde, qui représentait trois stères un tiers, et au cerceau^ tiers- de la corde à ce qu'il paraît; les marchandises, à l'aune, qui valait 1 mètre i8 cent.
Pour la conservation de ces différentes mesures, il existait des étalons auxquels chacun était tenu de faire ajuster celles dont il se servait. Avant l'établissement de la commune, ces étalons étaient entre les mains de l'évêque auquel on acquittait le droit d'élalonage ; ils furent ensuite tenus par les officiers municipaux. Mais après l'abolition de la commune, le roi les rendit à l'évêque : seulement, le prévôt dut avoir l'une des clefs de la chambre oij ils étaient déposés, et pouvait à toute réquisition se les faire représenter pour procéder à leur vérification.
Indépendamment de ces deux branches de commerce extérieur , celui du blé et celui du vin , Laon possédait encore ^ dans le moyen-âge , un commerce intérieur ou de détail qui parait avoir eu une certaine importance. Dès le milieu du iô""" siècle, en efTet, les juifs, toujours attirés Ih où ils peuvent exercer avantageusement leur trafic, y étaient nombreux, et vers la fin du siècle suivant, trois lombards^ c'est-à-dire, trois changeurs , vinrent s'y établir.
L'autorisation de faire le commerce et de prêter sur gages , à Laon, leur fut donné, en 13912, par Charles YI, pour une durée de quinze années et moyennant une redevance de 200 fr. d'or qu'ils devaient lui payer. Ils avaient le droit de tirer 8 sous 7 deniers d'intérêt par livre , c'est-à-dire plus de 40 pour cent (1).
(1) Le taux de l'argent était encore très- considérable au 1G™« siècle. Ainsi ^ en 1522, les chanoines de la cathédrale ayant fait au roi un prêt d'ari^enterio estimé 1 ,000 livres , celui-ci leur assigna 228 livres d'intérêt jusqu'au remboursement du capital : c'était 23 pour cent.
Ces lombards firent renouveler leur privilège en 1400, et comme ils trouvaient, à l'occasion de leurs différents avec les habitants, peu de bienveillance dans les tribunaux du pays à cause de l'élévation du taux de leurs prêts, ils sollicitèrent du roi et en obtinrent une ordonnance qui les déclarait justiciables du seul trésorier de France, résidant h Paris. Il fut encore établi par cette ordonnance, qu'ils ne pourraient être condamnés qu'à 10 livres d'amende au plus, pour tout crime ou délit, excepté les cas de viol et d'incendie. En même temps, la rente qu'ils payaient au roi fut réduite à 100 livres parisis.
A cette époque , aucun marchand de la ville ne pouvait avoir chez lui de poids dépassant 25 livres. Toute marchandise qui excédait devait être portée au poids du roi , et payer 5 sous par chaque cent pesant. Tout commerçant était d'ailleurs assujetti au droit de la selle, espèce d'impôt assez semblable à notre droit de patente. Les drapiere payaient 2 livres 10 sous, les merciers, orfèvres, apothicaires, potiers d'étain , lingiers, boulangers, gantiers, cordiers, chaudronniers et chaussetiers , 25 sous; les chapeliers, bonnetiers, grainiers, ferroniers, charcutiers, menuisiers, tailleurs, mandeliers, cuisiniers, charrons, tonneliers, tamisiers, selliers, bourreliers, bouchers, corroyeurs, tisserands, savetiers, etc., 15 sous; enlin, les meuniei"s, 5 s.
Le fisc royal levait encore d'autres droits à Laon : ceux d'égardage et lang&yage frappaient sur les porcs. L'un était de (> deniers et atteignait l'animal a son entrée dans la ville ; l'autre de 2 sous lorsqu'on le mettait en vente. Un autre droit, celui de hallage^ était d'un pot sur chaque asnée de grain vendu par tout marchand étranger à la ville et a son terroir ; enfin , le droit de mesurage se prélevait aussi sur les forains seuls; il était de 2 deniers par quartel.
On sait qu'autrefois toutes les personnes exerçant la même profession étaient constituées en corporations, régies chacune l)ar des statuts particuliers. Il en était a Laon comme partout ailleurs.
Nul ne pouvait exercer une profession quelconque qu'il n'en eût t'ait l'apprentissage et qu'il n'eût été reçu par les maîtres . Ce temps d'apprentissage, ordinairement de deux ou trois ans, comme pour les charpentiers, menuisiers, bonnetiers, etc.; élait par exception , de quatre ans pour la profession de potier d'étain et même de huit ans pour celle d'orfèvre.
Tout individu qui entrait en apprentissage devait à cette occasion une somme à la confrérie. La quotité de cette somme variait beaucoup. Pour les vinaigriers, c'était 2 sous parisis à chaque mailre , 8 sous au prévôt et 4 sous au procureur du roi. Les potiers d'élain payaient 60 s. L'apprenti taillandier, pour le premier tablier qail portail et l'honneur qu'il devait au, métier^ acquittait la somme de 10 sous parisis aux jurés; enfm, chacun des cordonniers , tanneurs et corroyeurs qui formaient une seule et même communauté, devait à boire 1(5 blancs pour son doux la première fois qu'il prenait place parmi ses compagnons , et 10 sous aussi a boire pour la première marchandise qu'il portait à la foire.
Tout compagnon qui se louait k un maître ne pouvait le quitter pour se relouer a un autre avant que son temps ne fût terminé. Il ne pouvait non plus, quand il avait commencé un ouvrage , l'interrompre pour s'en aller, sous peine de 40 sous d'amende.
Pour être reçu maître^ il fallait d'abord avoir accompli le temps de son apprentissage , puis payer une somme quelconque à la confrérie, et enfin, pour prouver sa capacité, exécuter sous les yeux des maîtres un chef-d'œuvre désigné par eux. Au 17™* siècle, le chef-d'œuvre d'un apprenti bonnetier était : un bonnet double de fil menu doublé en noir fil de laine fine , et un bas de fil menu doublé aussy en noir fil.
La somme à payer par l'apprenti qui passait maître variait selon la profession. Les vinaigriers payaient 10 sous au procureur du roi du bailliage, et autant aux maîtres jurés cl à la confrérie; les bonnetiers, ."0 sous parisis à la {'oiiliéric , -"2 s.
2o2 LIVRE IV,
h chacun des maîtres jurés et 20 sous pour les affaires dudit métier; les charpentiers devaient 20 sous h la confrérie et 100 sous à la boite commune; les cuisiniers-rôtisseurs, 50 sous aux maîtres jurés et 10 sous au valet; les cordonniers, tanneurs et corroyeurs, 10 s. au prévôt de la cité, 8 s. au procureur du roi, un plein dîner h. tous les maîtres, et à leurs femmes, un banquet après dîner de tartes^ vins et autres suffrages lionnes tes.
Chacun de ces corps de métiers avait un patron dont il faisait la fête. C'était Saint-Leu pour les peintres et vitriers, Saint-Barthélemi pour les bouchers , madame Sainte-Barbe pour les cuisiniers et rôtisseurs , Saint-Joseph pour les charpentiers , etc. Aucun ne manquait de fêter chaque année son patron et de faire célébrer un service en son honneur. A cet effet , chacun devait une somme ou de la cire pour l'entretien de la chandelle de la confrérie : les taillandiers donnaient 25 s.; les cuisiniers-rôtisseurs , 40 sous ; les tanneurs , corroyeurs et cordonniers, 10 sous parisis; les vinaigriers, une 1/2 livre de cire, etc. Tous étaient encore individuellement tenus d'assister à la procession du saint Sacrement avec leurs femmes et leurs enfants, et un cierge à la main , sous peine de 5 , 8 ou 10 s. d'amende.
L'apprenti en passant maître jurait d'observer les statuts de la confrérie et de faire bonne et loyale marchandise. Ainsi^ les vinaigriers s'engageaient à ne vendre que saine et nette marchandise sans estre fustigée de droguerie bruslante. Les statuts des bouchers étaient très-sévères : il leur était défendu de tuer et mettre en vente aucune bête malade , ni les veaux de moins de quinze jours. Ils ne pouvaient tuer de porcs depuis le 1"" mai jusqu'h la Nativité Notre-Dame à cause des maladies qu'on croyait pouvoir être engendrées par l'usage de cette viande dans la saison des grandes chaleurs. Ils ne pouvaient également tuer de brebis depuis Pâques jusqu'à la Notre-Dame de septembre et depuis la Suint-Marlin jusqu'à Pà(pies, hormi les brebis de pdlarc Ils ne
IMPÔTS; FLX.\iVCES; COMMERCE; POPULATION. Sri'»
pouvaient encore étaler et vendre chair tuée du jour. Aucun individu puant ou punais, ou affecté d' enflures de saint Main^ ne pouvait être reçu boucher pour la cause que la chair doit eslre tenue et maintenue par gens honnestes, et que la chair se met dans le corps du crestien^el craignant le danger qnipourroit en advenir. Enfin , il leur était détendu de jurer le nom de Dieu sous peine d'une amende de 4 sous parisis.
Tout fabricant devait frapper sa marchandise d'une marque qui fit reconnaître l'atelier d'où elle sortait. Les potiers d'étain étaient tenus , sous peine d'une amende de 24 sous parisis , d'en avoir deux, la marque de leur fabricjue et celle de la ville. On distinguait alors deux sortes d'étain , l'étain fin ou sonnant et l'étain commun. Le premier était marqué d'un double F couroimé et le second d'un C aussi couronné avec chacun le" nom de la ville à l'entour.
Pour veiller h ce que la marchandise fût toujours de bonne qualité , chaque corps de métier choisissait dans son sein et élisait deux ou trois maîtres jurés, dont les fonctions consistaient à visiter toutes les semaines les boutiques et ateliers. Les délinquants, dénoncés au prévôt, étaient punis d'une amende proportionnée au délit ou à la fraude.
Quand un maître mourait, tous ses confrères étaient tenus d'assister à son enterrement; sa veuve avait le droit de continuer son commerce. Si elle se remariait une première fois à un apprenti, celui-ci devait seulement la moitié des droits ordinaires de réception; quand elle convolait en troisièmes noces, son troisième mari payait comme apprenti. Celui qui après sa réception allait demeurer ailleurs, était obligé, à son retour, de rester un an et un jour chez un maître avant de pouvoir s'établir à son compte.
Aucun maître de la ville ne pouvait acheter en gros aux marchands forains sans partager les objets achetés avec ses confrères, et les forains ne pouvaient exposer en vente leurs marchandises avant qu'elles n'eussent été visitées par les maîtres
jurés. Chacun des maîtres avait un nombre déterminé d'apprentis : quand il en prenait un de plus et pour plus de huit jours , il était tenu à une indemnité envers les autres maîtres. Ainsi, dans ce cas, les cuisiniers-rôtisseurs payaient aux maîtres 50 sous et une livre de cire à la confrérie. Enfin , tout maître qui enlevait un apprenti k un autre , était passible d'une amende de 18 livres.
Tels sont dans leur ensemble les statuts qui , avant la révolution , régissaient les corps et métiers de la ville de Laon. Parmi de sages dispositions et d'utiles précautions pour s'assurer de la loyauté des marchands , on y trouve beaucoup d'articles tout-à-fait contraires k la liberté du commerce, et, ce qu'il y a peut-être de pis, des dispositions qui, comme les dernières, semblent dictées par la jalousie de métier , et devaient arrêter l'émulation en empêchant les ouvriers laborieux et intelligents de jouir de tout le fruit de leur travail, puisqu'il leur fallait le partager jusqu'à un certain point avec leurs confrères.
Le nombre des maîtres dans chaque profession était illimité, à l'exception toutefois des orfèvres, qui ne pouvaient être plus de huit à Laon. Aucun document ne nous fait connaître ce qu'on y comptait de maîtres avant 1 789 ; nous savons seulement qu'il s'y trouvait 30 maîtres maçons en 16G1, 10 maîtres peintres et vitriers , 7 maîtres cordiers, 17 maîtres charpentiers, en 1700, et 312 maîtres cuisiniers-rôtisseurs en 1740.
Après avoir été , pendant plusieurs siècles , très-avantageux a la ville de Laon, le commerce du vin et celui du blé sont aujourd'hui perdus pour elle. Nous avons précédenmient fait connaître les principales causes auxquelles on doit attribuer l'anéantissement du premier ; le second s'est insensiblement porté à Soissons, d'où les exportations se font plus facilement par eau.
La destruction de la halle, en 1393 (voyez page 73), porta le premier coup h ce dernier commerce. Cette mesure ])riva les marchands de grains des magasins vastes et commodes qui
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y étaient établis , et ils se trouvèrent dans la nécessité de louer à grands frais des greniers dans la ville; ensuite, le défaut de halle apporta bientôt un trouble notable dans la vente; de sorte que peu à peu les habitants renoncèrent à ce genre de commerce. Le marché aux grains avait cependant encore une certaine importance en 171)4, puisqu'il était alors fréquenté par 7 à 800 personnes.
Les commerces du vin et du blé sont imparfaitement remplacés aujourd'hui par la culture des légumes. Les asperges , artichaux, choux, carottes, oignons, etc. du terroir de Laon, sont très-recherchés à cause de leur qualité supérieure, et forment l'objet d'un commerce étendu. On les exporte nonseulemenl dans tous les pays d'alentour, dans la Champagne et h Paris , mais encore en Flandre et jusqu'en Belgique.
Le faubourg d'Ardon est particulièrement en possession de cette culture depuis un temps immémorial. Dès le 7"'" siècle, il est question des laitues qu'on y récoltait. Ses artichaux ont une grande renommée ; quoique leur culture remonte à une époque reculée, il paraît néanmoins qu'elle commença à devenir inq)ortante seulement vers le milieu du 1 7"'* siècle ; moins de cent ans après, elle avait déjà pris une grande extension. Les asperges se cultivent particulièrement sur les flancs de la montagne, où elles remplacent rapidement les vignes depuis quelques années. Cette dernière industrie, qui ne remonte pas bien haut , tend à prendre chaque année de plus grands développements.
Les arts manufacturiers n'ont jamais pu s'établir à Laon. Les tentatives faites h différentes époques pour y former des établissements industriels, n'ont pas réussi, et l'on ne peut attribuer aucune cause à ce fâcheux résultat. A la fin du Lj""" siècle, il y avait à Ardon une foulerie de drap qui n'a pas prospéré. En 17î)2, un nommé Laborie forma le projet d'établir à Laon une manufacture de coton avec blanchisserie. Il proposa a cet effet une souscription; mais elle ne réussit pas. Enfin, la
manufacture de laine qui s'y était élevée dans ces derniers teni[)S, a cessé ses travaux au bout de peu d'années d'existence.
Si Laon n'a pas d'établissements industriels, en revancbe il possède un territoire immense , d'une grande fertilité et des plus convenable pour une culture spéciale, celle des légumes. Il est d'ailleurs admirablement situé pour écouler facilement ce produit de son sol : placé entre la Champagne , la Thiérache et la Belgique , la Picardie , l'Ile de France et la Brie , il est appelé à approvisionner de légumes les marchés de ces vastes contrées, qui n'en produisent pas assez pour leur consommation, ou qui, même, n'en produisent pas du tout. Déjà, la culture de ces denrées a plus que doublé depuis 40 ans (voyez page 40), et occupe maintenant 175 hectares de terre. Mais elle est encore loin d'avoir atteint sa plus grande extension , car l'on ne saurait estimer à moins de oOO hectares la surface du terrain qui pourrait lui être consacrée.
Il nous parait de la dernière urgence que la ville établisse une communication directe et facile entre elle et les faubourgs d'Ardon et de Leuilly, naturellement appelés a prentlre de grands développements par la suite. Enfin, nous exprimerons encore le regret que le projet plusieurs fois proposé d'établir un canal navigable dans la vallée d'Ardon, n'ait pas reçu son exécution. L'existence au pied de la montagne, d'un canal allant déboucher dans l'Oise à Manicamp, en établissant une communication par eau entre notre ville , la Belgique , la Flandre et Paris, aurait, on n'en sam^ait douter, une inlluence immense sur sa prospérité. Par cette voie directe, notre pays recevrait à bon marché les bois de charpente , les fers , les charbons , les marbres du Nord , les plâtres , les objets manufacturés et les denrées du midi, et il exporterait non-seulement les produits riches et variés de sa culture , mais encore les cendres noires et les pierres de construction dont il existe de si belles et si nombreuses carrières aux alentours. Nous appelons donc de tous nos vœux l'étude d'un projet dont la réalisation serait un vérilable bi('ii!ail pour la conlrée (on! entière.
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CIIAPITRE IV.