FOIRES ET MARCHÉS
Anciens indicts. Foire du Saint-Sacrement. Foire de la Saint-Thomas. Foire de Saint-Laurent. Prospérité et décadence de ces foires. Foire aux ciievaux. — Marchés ordinaires. Marché-franc. Marché au blé. Marché aux veaux.
Dès avant le milieu du 12"'® siècle, la ville de Laon avait trois foires ou indicts, qui se tenaient, la première à la micarême , la seconde le mercredi d'après la pentecôte , et la troisième le jour de la Nativité de la Vierge.
Vers 1265, à l'occasion de la fête du Saint-Sacrement instituée l'année précédente par le pape Urbain IV, qui avait été chanoine de Laon , il se tint une foire dans cette ville le lendemain de la Fêle-Dieu. La nouvelle foire ayant continué les années suivantes à la même époque, fit tomber celles dont nous venons de parler.
Depuis un siècle et demi, cette foire était donc la seule dont les habitants se trouvassent en possession , lorsqu'ils comprirent enfin tous les avantages que leur ville pourrait retirer de l'établissement d'autres foires. Ils sollicitèrent alors le roi de leur en accorder une seconde de huit jours à la saint Thomas. Leur demande fut accueillie en 1427 : aussitôt ils envoyèrent un sergent annoncer cette nouvelle foire dans les pays avec lesquels Laon était en relations , c'est-à-dire , en Flandre , en Artois, en Cambraisis , etc. Les marchands s'empressèrent de répojidre à cet appel, et, à la première foire ouverte l'année suivante; il en vint de Douai, d'Arras, de Chimai, de Tongres, de St-Quentin , de Cambrai, de Valenciennes, de Vailly, etc. C'étaient des drapiers au nombre de 26, 4 chaussetiers , 2 pourpointiers, 2 tirtainiers, 5 fripiers, 5 pelletiers, 4 toiliers et lingiers, 22 merciers et gantiers, 12 cordonniers, 7 ferronniers et cloutiers, 2 cordiers, 2 potiers d'étnin et chnii-
deliers, etc. Enfin, on compta sur le champ de foire 200 hayons ou loges pour les marchands, ayant chacune 12 pieds de long.
Encouragés par ce premier succès , les habitants demandèrent à Charles VII, en liô2, que cette foire de saint Thomas lût remplacée par une foire-franche de quatre jours seulement- Cette demande leur ayant encore été accordée, cette foire prit dès lors une assez grande importance. Ainsi, en 14G0, on y compta 40 ch'apiers, 15 chaussetiers, 4G merciers, 15 pelletiers, 7 chandeliers , 5 gantiers , 25 ferronniers, 8 toiliers , 5 tapissiers, 17 cordonniers, 8 chapeliers, etc.
En présence de ces beaux résultats, les Laonnois s'enhardirent à faire au roi une nouvelle demande : ils le prièrent de leur accorder que la foire du Saint-Sacrement fût également rendue franche , avec une durée de quatre jours seulement; ce qu'ils obtinrent. Enfin, en 4525, ils demandèrent de nouveau et ils obtinrent encore que la foire de saint Thomas fût renvoyée au premier lundi de la Circoncision et durât six jours,, ainsi que celle du St-Sacrement. En 17G0, ces deux foires avaient encore l'une et l'autre cette durée.
Ces foires continuèrent à prendre de l'extension jusqu'au milieu du IG""" siècle, époque où la guerre et les troubles du royaume en amenèrent rapidement la ruine. On peut en juger par le produit de la location des hayons et des places. Ce produit fut de 98 liv. 7 s. G d. (500 fr.) en 14G0 : il tomba à 49 liv. (55 fr.) en 1591 , et, en IGGO, il n'était plus que de 42 sous.
Au 15"'^ siècle, la location d'un hayon se payait 2 sous; nous ne savons quel était alors le prix d'une place ; mais au commencement du 18'"* siècle, ce dernier droit était ainsi fixé : tout vendeur de toile, 2 sous G deniers; une voilure de fer , 5 sous ; chaque chaudronnier forain , 1 sou ; ceux de la ville, 2 sous; chaque bonnetier, cordonnier, mégissier,f chapelier et potier d'étain. 2 sous G deniers; une voiture de fro-
IMPOTS; FINANCES; COMMERCE; POPULATION. 2o9
mages, C sous 6 deniers; chaque mandelier, 1 sou, et tout autre étalant, 2 sous 0 deniers.
Ces différentes foires étaient pour les habitants des jours de plaisirs et de fêtes : le prévôt en faisait l'ouverture en parcourant les boutiques, suivi du corps municipal tout entier, et la tête couverte d'un bonnet dont la ville était dans l'usage de lui faire présent à cette occasion. Ce bonnet était d'ailleurs fort simple, car le prix n'en dépassait pas 14- sous (3 fr.) au commencement du 10"'^ siècle.
Une troisième foire s'était encore établie à Laon , dans le courant du 15™" siècle, après que le bras de saint Laurent eut été apporté dans l'abbaye de Saint-Martin , par un moine de cette maison (voyez liv. VIII, ch. III). Cette relique donna lieu à une fête religieuse qui se célébrait avec beaucoup de pompe, et à la suite de laquelle se tenait la foire en question. Il ne paraît pas qu'elle ait jamais eu l'importance des deux autres.
La foire du Saint-Sacrement et celle de la Circoncision se tiennent encore aujourd'hui , mais avec une durée d'un jour à peine , la première le lundi suivant la Fête-Dieu , la seconde le lundi d'après le jour de l'an.
Une troisième foire, spécialement destinée à la vente des chevaux, a été établie au faubourg de Vaux en 1825, sur la demande du conseil général. Celte foire est aujourd'hui de quelqu'importance. Elle se tenait d'abord le 1" d'octobre, elle est maintenant fixée au 21 septembre, et dure deux jours.
De temps immémorial , la ville de Laon possède trois marchés ordinaires qui se tiennent les mercredi , vendredi et samedi de chaque semaine. Elle jouit aussi, depuis fort longtemps, d'un marché-franc le 10 août.
Dès avant le 12"^ siècle, ces marchés se tenaient autour de la halle, sur la place Chevresson. Après que Henri IV, en 1595, eut fait prendre cette place avec tout le quartier Saint- Georges pour y construire une citadelle , ces marchés furent
transportés sur la petite place du Cloître et dans les rues adjacentes, où ils se font encore aujourd'hui (voyez page 47).
Bien que le commerce du blé, comme nous l'avons vu, fût autrefois important, à Laon, il ne s'y tenait cependant qu'un seul marché à blé, le samedi. En 1585, Henri III accorda un second marché, le mercredi. On payait alors 2 sous par asnée, pour droit de mesurage. Aujourd'hui ces deux marchés sont tout- à-fait tombés.
A la fin du 17"" siècle , il fut encore établi dans cette ville , un marché aux veaux qui prit une assez grande importance, car la recette des droits de place s'y éleva à 200 liv. par an. Ce marché est également tombé, comme les précédents.