BIBLIOTHÈQUES
Il y avait autrefois à Laon plusieurs bibliolhèques ini[)ortantes appartenant toutes k des communautés religieuses.
Il est certain que celle du chapitre de la cathédrale existait dès le 10'"" siècle. Au commencement du 1!2'"% le docteur Anselme et son frère Raoul l'augmentèrent considérablement en rassemblant avec beaucoup de soin et de dépense , les manuscrhs rares qu'ils faisaient copier par leurs élèves.
On attachait alors le plus grand prix aux manuscrits, et l'on ne se contentait pas de les reproduire sur parchemin avec un soin infini, on les ornait encore des couvertures les plus riches et les plus précieuses. Dans la seconde mohié du IS""" siècle , Roger de Rozoy fit composer Vordinaire épiscopal ou pontifical, recueil à l'usage des évêques de Laon. C'était un superbe manuscrit grand in-4°, orné de vignettes et de lettres initiales en or. Sa couverture répondait à la magnificence du texte : elle était revêtue de lames d'argent du poids de dix marcs. Cet ouvrage était confié à la garde des chapelains; ils ne le remettaient à chaque nouveau prélat qu'en échange d'une somme de 40 liv. (cette somme, au IS""^ siècle, représentait 1,000 fr. d'aujourd'hui), laquelle restait déposée en leurs mains à titre de garantie.
Yers 17G0, ia bibhothèque du chapitre, indépendamment d'un très- grand nombre d'imprimés, renfermait plus de 500 manuscrits presque tous d'un prix inestimable et d'une grande antiquité. C'étaient des épitres et évangiles, des gloses et commentaires sur les Pères , des recueils de conciles, des ouvrages de Pères de l'église, différents traités de théologie, de morale et de droit civil, dos ouvrages de médecine, philosophie et
INSTITUTIONS CIVILES. ôiô
grammaire , des livres de liturgie, enfin des recueils de poésies.
Plusieurs de ces manuscrits remontaient à la plus haute antiquité : on en comptait au moins cinquante qui avaient de sept à huit cents ans d'existence. Parmi eux, on en distinguait surtout un intitulé : LibeUus de Psalmis^ en caractères mérovingiens : il avait été donné à l'église, au iO'"" siècle, par l'évêque Adelelme ; une histoire de Paul Orèse, prêtre espagnol, depuis la création du monde : elle était divisée en sept livres , et écrite en caractères mérovingiens ; et un recueil d'homélies qu'on pensait avoir été composé par les ordres de Lothaire.
Au nomhre des plus précieux, on remarquait : un poème de Frodoard où il chantait le triomphe de J.-C; une histoire de Troie, par Guy de Messine qui vivait au 13""^ siècle; un ouvrage de Tajou, évéque de Sarragosse au l""^ siècle : c'était une collection de sentences théologiques qui n'a jamais été imprimée; une chronique universelle, par Godefroy de Viterhe, chapelain des empereurs Conrad et Frédéric, écrite à la fin du 12"'* siècle ; une histoire manuscrite de l'église de Reims , par Frodoard , de son temps ; des commentaires sur les bucoliques et l'énéïde de Virgile, composés au 9""* siècle ; un traité de l'art militaire, de Flavius Végèce, divisé en quatre livres, en caractères mérovingiens ; des tablettes astronomiques dressées en 1220: l'auteur ne comptait que G019 ans depuis la création du monde jusqu'à la date de son ouvrage; les comédies de Térence ; les œuvres de Sénèque ; un ouvrage sur la vie des notaires et des avocats; enfin plusieurs bréviaires de Laon dont l'un avait plus de 600 ans, et un martyrologe laonnois composé au lo""" siècle. On prétend qu'au moment de la révolution tous les ouvrages d'Anselme s'y trouvaient encore, ainsi que la chaire dans laquelle ce fameux docteur avait enseigné.
L'abbaye de Saint-Vincent possédait, au li™^ siècle, l'une des bibliothèques les plus nombreuses et les plus riches de la France. On y comptait alors 22,000 (i) manuscrits qui avaient
(1) Quelques écrivains disent 12,000 seulement, ce qui est encore considéralile.
7)U LIVIlK V.
été rassemblés par los soins de Jean de Guise, abbé de cette maison. Cette inappréciable collection fut entièrement dispersée par les Anglais en looî): une partie des manuscrits fut brûlée; l'autre fut emportée en Angleterre et placée, dit-on, dans la bibliothèque d'Oxford.
En 47GO, on ne voyait plus k Saint-Yincent que trente manuscrits. La bibliothèque de cette maison se composait alors de 8,000 volumes.
Celle de l'abbaye de Saint-Martin comptait également 8,000 volumes à la même époque. On y conservait aussi plusieurs beaux manuscrits parmi lesquels on distinguait : plusieurs livres de l'histoire de Jean de Guise , abbé de St-Vincent ; la légende de saint Martin, roman composé de 10,000 vers : il était précieux par ses détails sur les mœurs du 15"^ siècle; un autre roman en l'honneur de saint Laurent ; une chronique latine commençant à l'an mil , et allant jusqu'à l'an 1500 ; un poème de la niort, par Elinand , plus complet que celui publié par Loysel ; le roman de la Rose; la généalogie des dieux, par Boccace,etc.
La bibliothèque de l'abbaye de St-Jean se composait aussi d'environ 8,000 volumes et de quelques manuscrits, parmi lesquels on admirait surtout un magnifique in-folio contenant les psaumes de David, et qu'on prétendait avoir servi à l'usage de sainte Salaberge, au 7"^ siècle.
Les pères Minimes avaient aussi une bibliothèque où se voyaient également quelques manuscrits.
On comptait donc à Laon , lorsque la révolution française éclata, cinq grandes collections particulières, en général accessibles à tout le monde. Les ordres religieux ayant été supprimés en 1789, un décret du 14 novembre de cette année attribua aux municipalités les livres et manuscrits confisqués h ces maisons. Il en fut à Laon comme partout : ces ouvrages furent entassés pêle-mêle dans des greniers faute d'emplacement convenable pour les recevoir , et les événements enq)êchèrent (]u'o!i put procéder à leur inventaire. Enfin, en ïliVÔ, une loi
INSTITUTIONS CiViH<:s.
ayant ordonné la l'onnation dans toutes les villes d'une bibliothèque publique , on s'occupa d'en créer une à Laon avec les livres et manuscrits provenant des anciens établissements religieux de la ville et des environs. Malheureusement, dans cet intervalle de six années, beaucoup de choses précieuses avaient disparu : les unes avaient été transportées a Paris, d'autres avaient péri dans le local humide où on les tenait entassées ; enfin , beaucoup de manuscrits écrits sur parchemin avaient , dit-on , été vendus, de sorte qu'aujourd'hui il ne reste presque plus rien de ces richesses bibliographiques dont nous avons cherché à donner plus haut une idée.
En 1812, la bibliothèque de Laon renfermait 100 manuscrits et 12,000 volumes, dont 5,000 in-1^ et 4,000 'm-i\ En 1828, le nombre des volumes y était de 18,000. Aujourd'hui , on y compte environ 500 manuscrits et 6,200 ouvrages imprimés formant 20,500 volumes en y comprenant ceux qui garnissent le cabinet de M. le Préfet (4,000 volumes). L'état suivant fera connaître les matières dont traitent ces ouvrages et le fonds même de la bibliothèque.