‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 55 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SOCIÉTÉS savantes; bibliothèques; archives.

Société d'agriculture : sa création ; ses commencrments; sa réorganisation; sa suppression. Société d'archéologie : causes de sa fondation et de sa décadence. — Bibliotlicques. Prix autrefois attaché aux manuscrits; ordinaire épiscopal. Ancienne bibliothèque du chapitre; ses richesses. Bibliothèque de Saint-Vincent. Bibliothèque de Saint-Martin. Bibliothèque de Saint-Jean. Bibliothèque actuelle de la ville. — Archives du département ; archives delà ville.

Société d'agricuUare. — Une société de ce genre s'organisa à Laon en 1701, et signala son début en dotant l'agriculture d'un engrais nouveau et puissant, celui des terres pyritoalumineuses ou cendres noires.

L'usage de ces cendres n'était point connu, et les agronomes se trouvaient encore privés du secours d'un engrais naturel aussi généralement répandu dans notre pays, lorsque M. Gouge, premier secrétaire de la Société d'agriculture de Laon , en découvrit les propriétés. Ce savant possédait au village de Cessières, un cbamp dans lequel il trouva, en 1758, un banc de terre noire et sulfureuse qui s'entîammait d'elle-même au seul contact de l'air. Le souvenir d'une découverte semblable faite quelques années auparavant à Beam'ain , près de No von ,

340 LiVKE V.

éveilla son attention : il fit des expériences sur cette substance terreuse , et se convainquit des avantages que l'agriculture devait en retirer.

Il s'empressa donc de présenter le nouvel engrais a la Société dont il dirigeait les travaux; celle-ci invita les cultivateurs h en faire l'essai, et l'expérience ne tarda pas à réaliser les espérances qu'on avait fondées sur son emploi. En effet, il opéra une sorte de révolution dans l'agriculture du pays, particulièrement dans les parties du nord , au sol froid et compact desquelles il convient parfaitement.

Après un aussi brillant début , le zèle de la Société d'agriculture de Laon s'affaiblit graduellement, de sorte qu'on n'entendait plus parler d'elle , lorsqu'un savant distingué , natif de cette ville, M. Cotte, membre de la Société d'agriculture de Paris et correspondant de l'Institut , s'occupa de donner à ses travaux une nouvelle impulsion. Réorganisée par ses soins en 1785, cette Société ouvrit aussitôt un cours gratuit de botanique sous la direction de l'un de ses membres, et un jardin où étaient rassemblées toutes les plantes du pays ; elle tint en outre des séances publiques où elle couronna de bons mémoires sur des sujets d'un intérêt général ; enfin elle n'avait rien perdu de son activité , lorsqu'une loi révolutionnaire la força de cesser ses travaux en 1792. Bien que notre pays soit essentiellement agricole , et qu'une Société d'agriculture puisse être appelée à lui rendre de véritables services, néanmoins on n'a pas depuis essayé de la rétablir.

Société archéologique. — La création de cette Société eut lieu, en 4840, par les soins de M. Desmousseaux de Givré, alors préfet du département de l'Aisne. Ce magistrat éclairé, archéologue très-distingué lui-même , aussitôt son arrivée dans la contrée qu'il se trouvait appelé à administrer, ayant été frappé du grand nombre de beaux et précieux monuments qui la décorent , et non moins affligé de l'état de ruine et d'oubli où ils étaient laissés , pensa qu'un pays où Ton voit l'hôtel-de-

ville et la collégiale de Saint - Quentin , le château de Coucy, les cathédrales de Laon et de Soissons, et une foule d'autres monuments civils ou religieux moins importants , il est vrai , mais également recommandables, devait être doté d'une Société dont les travaux auraient pour but d'arracher ces monuments au marteau des démolisseurs, ou de les préserver de réparations non moins désastreuses souvent que des mutilations, il était urgent d'ailleurs de sauver de l'abandon et de la ruine une toule d'objets antiques, épars à la surface du sol, et c'était une pensée éminemment nationale que de faire revivre les souvenirs attachés à chacun de ces débris, de recueillir les traditions du pays, de retracer les mémorables événements dont il a été si souvent le théâtre.

Afin donc d'encourager dans notre département l'étude des antiquités nationales, M. Desmousseaux établit une commission dont les membres, pris sur tous les points du pays, furent chargés de veiller à la conservation de ses nionumonîs, et de recueillir tous les documents propres à éclairer ou a compléter son histoire. De leur côté, ceux-ci, appréciant l'honorable mission qui leur était confiée, se livrèrent avec empressement aux travaux que l'autorité réclamait de leur zèle; et à la réunion générale de l'année suivante , on put fonder les plus légitimes espérances sur le résultat de ces travaux, en présence du grand nombre de mémoires intéressants, de plants et de dessins importants ou curieux qui y furent apportés par les différents membres de la commission.

Le départ de M. Desmousseaux de Givré, arrivé sur ces entrefaites, ne produisit pas d'abord de ralentissement sensible dans l'activité de la commission , qui crut devoir se constituer alors en société indépendante sous le nom de Société archéologique du département de V Aisne. Mais, bientôt, elle s'aperçut de la perte qu'elle avait faite : l'éloignement de son fondateur, en brisant le lien qui unissait la Société à l'administration , ne tarda pas à devenir le signal de sa dissolution. C-ette Société

542 LIVHK V.

avait cependant déjà rendu des services au [)ays, et elle était appelée à lui en rendre davantage encore , car le zèle de ses membres ne s'était nullement ralenti : elle est tombée faute d'impulsion et de direction.

Page 1