JDKIDICTION DU CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE
Le chapitre de Laon n'acquit des droits de juridiclion (|uc.
peu u peu et par suite d'usurpations successives. Il était d'abord soumis en tout à l'évêque , au spirituel comme au temporel ; l'indolence de quelques prélats , la complaisance de quelques autres qui désiraient se concilier les chanoines , permirent à ces derniers de s'emparer de certains droits dont ils augmentèrent incessamment le nombre. Plus tard, lorsque les évoques voulurent y rentrer et remettre le chapitre sous leur juridiction, il n'était plus temps ; cette communauté était devenue si puissante que ces prélats virent échouer tous leurs efforts; et des ■litres en règle accordés par des souverains pontifes sortis du chapitre de Laon , ou obtenus a prix d'argent , ne tardèrent pas à consacrer les usurpations du chapitre et a le soustraire pour toujours à la juridiction de ses évoques.
Cependant , les oppositions de ces derniers furent vives et souvent renouvelées. Dès 1211 , nous voyons Robert de Chàtillon chercher \i ressaisir quelques uns des anciens droits de la cour ecclésiastique, en étendant sa juridiction sur les sujets du chapitre. Aussitôt celui-ci s'apprêta à la résistance en faisant chanter les ofiîces à voix basse. Robert de Châlillon fut obligé de renoncer h ses prétentions. Un siècle plus tard, un chanoine ayant été pour cause de vol dépouillé de son bénéfice par le chapitre, l'évêque Albert de Roye prétendit appeler la cause devant lui, sous prétexte que ledit chapitre n'avait pas la juridiction contentieuse; mais il fut bientôt contraint de reconnaître les droits de cette communauté. Son successeur, Hugues d'Arcy, voulut revenir sur cette affaire, en 13i8, et fut à son tour obligé de reconnaître la juridiction du chapitre de la cathédrale. Cela n'empêcha pas l'évêque Geoffroy Lemaingre de faire, vingt ans après, de nouvelles tentatives sur la juridiction du chapitre par son ofilcial. Les chanoines y répondirent par trois monitions h cet officier, avec défense de les troubler dans leur juridiction. L'official n'en tint aucun compte : alors il fut excommunié et la sentence envoyée a tous les curés de la ville pour être publi(''c an prône. L'évêque prit fait et cause pour son oPiicial et
en appela au pape qui donna la connaissance de cette affaire au cardinal légat. Celui-ci releva d'abord l'oflicial des censures prononcées contre lui, mais il ne se hâta point de prononcer sur le différent. Geoffroy Lemaingre résolut alors d'aller plaider luimême la cause de son officiai auprès du pape , et il se rendit en Italie; mais arrivé à Boulogne-la-Grasse , il y mourut, ce qui mit fin à la contestation. Dès lors, les évêques de Laon cessèrent d'attaquer les droits de juridiction du chapitre de la cathédrale.
Cette communauté avait droit de haute , moyenne et basse justice sur l'emplacement de l'église, sur le Cloître et sur différentes maisons de la ville qui lui appartenaient. En signe de ce droit, une potence était dressée près du poj'tail latéral sud de l'église. En 1557, le roi Philippe de Valois lui accorda encore la moyenne et basse justice dans l'Hôtel-Dieu , la Charpenterie (rangée de maisons attenant à la cathédrale du côté de l'évêché) et dans ses domaines du Laonnois.
A l'exemple de l'évèque, le chapitre exerçait deux sortes de juridictions pour lesquelles il avait aussi des tribunaux différents. La justice spirituelle, c'est-a-dire , celle concernant les personnes de son corps, était rendue par un officiai assisté d'un promoteur, un buti'.lier ou procureur fiscal et des officiers. La justice temporelle ou celle concernant ses sujets et ses vassaux était exercée par un bailli, un procureur fiscal, un greftier et des lieutenants qui résidaient dans les principaux lieux des domaines du chapitre. Il y en avait un h Alaincourl.
Nous donnerons une idée de la manière dont la justice était administrée par les tribunaux du chapitre, en rapportant ici quelques uns de leurs jugements qui sont parvenus jusqu'à nous et qui furent prononcés soit contre des laïcs, soit contre des personnes appartenant à ce même chapitre.
En 1505, trois laïcs qui avaient frappé un clerc dans le Cloître , furent pour ce fait condamnés à paraître en posture (le suppliants devant le chapitre assemblé et h payer uneanicnde (!(^ "20 liv. I \'2() \\\ (Faujourd'hui).
592 LIVUE VI.
Trois ans après, Simon de Marie ayant, dans une dispute avec des chanoines, mis l'épée à la main dans le Cloître, l'ut arrêté, mis en prison et condamné à 00 liv. (5G0 fr.) d'amende. Comme il ne put payer, il l'ut contraint d'assister à une procession en chemise, tête, bras et pieds nus, et de précéder ladite procession dans cet état depuis la cathédrale jusqu'à Saint-Jeanau-Bourg.
En 4459, un barbier de la ville qui avait maltraité un chanoine, fut condamné à 200 liv. (1,160 fr.) d'amende, à faire à pied le pèlerinage de Liesse et à y offrir un cierge de 2 livres.
Trente ans plus tard , un jeune homme de Laon nommé Mayeur, ayant commis une indécence scandaleuse dans la cathédrale, fut condamné à fournir une lampe d'argent et un fonds de 14 liv. de rente pour l'entretenir et la faire brûler perpétuellement.
En 1502, un coûtre de la cathédrale fut condamné à sept ans de prison , pour avoir volé un calice dans la cathédrale et des ornements d'église à Chermizy.
La sévérité du tribunal de l'olFicial du chapitre n'était pas moins grande à l'égard des membres de cette communauté qui se rendaient coupables de crimes ou de délits. En 1457, deux chanoines convaincus de faux et autres crimes, furent suspendus et excommuniés. Ayant, malgré cette sentence, continué à dire la messe, ils furent déclarés infâmes, coutumaces et leurs bénéfices vacants.
En 1505, un chanoine accusé et convaincu d'avoir détourné de l'argent de la succession de son oncle, chanoine comme lui (le chapitre héritait de tous les biens de ses membres qui mouraient ab intestat), fut mis en prison. Il s'en évada avec effraction; mais arrêté de nouveau, il fui condamné à faire rétablir la géole il ses frais et à donner satisfaction publique au chapitre.
En 1559, deux chanoines mineurs accusés de fausse monnaie , furent condanmés à être fustigés par deux vicaires.
Quinze ans après, un chanoine qui avait poignardé Vun de
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ses confrères, fui dégradé des ordres et livré à la juslice séculière.