MILICE BOURGEOISE
Parmi les droits concédés aux habitants de Laon par la charte de commune de 1112, ils eurent celui de former une milice bourgeoise et de se garder eux-mêmes. Dès lors, tout citoyen devint soldat, et fut astreint à une double obligation : envers le roi, au service militaire en cas de guerre, au dehors des murs de la ville et pendant un temps déterminé; envers la cité , au service intérieur , c'est-à-dire , à maintenir le bon ordre dans la ville et à faire le guet.
Nous ne possédons aucun renseignement concernant la milice bourgeoise primitive de Laon. Il paraît que chaque paroisse avait sa compagnie appelée alors centaine , laquelle était commandée par un cenlainicr ^ et divisée en dixaines obéissant à des dixaimers. Cette milice était sous les ordres immédiats du maveur.
Aua iJvuE vn.
A la lin du IG'"" siècle, celte oryauisalion était encore a peu près la même. On comptait alors dans la ville (sans les faubourgs) quatorze centaines commandées par autant de centainiers, par quatre capitaines de quartier, par un major et mi capitaine de ville, à qui l'on payait des appointements annuels.
Cette organisation reçut des modifications au milieu du 17""* siècle. La milice bourgeoise fut alors divisée en neuf compagnies pour la ville , et en trois compagnies pour les faubourgs. Chacune était conmiandée par un capitaine et un lieutenant. - En 1()94, le roi créa ces officiers en titre et rendit leiu's charges vénales; mais personne ne se présentant pour s'en revêtir, un arrêt du conseil les unit au corps de ville la même année, moyennant une somme de 14,000 livres, et les rendit électives. C'était une lourde charge de plus imposée ii la ville : les Laonnois réclamèrent et obtinrent (jue cette somme fut réduite a 11,080 livres.
x\u milieu du 18""^ siècle, la milice bourgeoise de Laon, toujours organisée sur le même pied, comptait 1,200 hommes effectifs. Jusqu'alors elle avait été sans uniforme; mais vers 1775 les officiers en adoptèrent un composé de drap rouge, liseré en or, sans revers ni collet, avec veste et culottes blanches. La conq)agnie de la paroisse de Saint-Cyr prit également ce costume, à l'exception du galon. Celle du faubourg de Vaux, dont les hommes étaient connus sous le nom de Validais, se distinguait par quelques uns de ses membres qui portaient un haut bonnet de poil, un nez de bois et une bâche.
La milice de Laon ne remplissant depuis longtemps aucun service, se trouvait a peu près désorganisée lorsqu'écîala la révolution française. Mais alors les circonstances politiques où se trouvait la France , engagèrent à s'occuper sans retard de la formation d'une milice nationale. Dès le mois d'octobre 1789, une demande de 400 fusils fut faite à La Fère, a l'effet d'armer les citoyens de la ville, et des députés furent nommés pour dresser un règlement sur les bases suivantes :
INSTITUTIONS FiîODALKS, MU.lTAIliES, ETC. i07
Le bataillon de Laoïi fut composé de huit compagnies de 100 hommes au moins chacune, et dont six pour la ville et deux pour les faubourgs. Chaque compagnie était commandée par un capitaine en premier, un capitaine en second, un lieutenant et un porte-enseigne. L'état-major était composé d'un colonel, un lieutenant-colonel, un major, trois aides-majors et trois adjudants, tous élus à la pluralité des suffrages pour trois ans. Tout citoyen valide, âgé de 18 à GO ans, faisait partie de la garde nationale et était astreint au service personnel. On pouvait néamnoins , dans quelques circonstances , se faire remplacer par un homme de sa compagnie , moyennant 30 sous par jour.
La garde nationale fut de nouveau réorganisée en 1795, sur les mêmes bases, mais avec un règlement beaucoup plus sévère. Tout homme qui ne se rendait pas à son poste était, la première fois, puni de 24 heures de prison, de huit jours la seconde fois, et d'un mois la troisième. Celui qui quittait son poste de jour, était également puni d'une prison de plusieurs heures , de 48 heures si c'était la nuit.
Deux ans après, on prit dans la garde nationale 140 hommes, pour former une colonne mobile. Ils furent divisés en quatre compagnies commandées chacune par des olficiers.
Sous l'empire, la garde nationale était composée de tous les citoyens valides âgés de 1(> à 60 ans. Les membres du corps législatif, le préfet , les juges et leurs greffiers, le maire et les adjoints, le receveur général, le directeur des postes, les courriers de la malle et les postillons en étaient seuls exempts. Tout autre individii (pii, commandé pour un service, ne se présentait pas en personne ou ne se faisait pas représenter, élait soumis à une taxe de remplacement.
Réorganisée de nouveau en 1809, la garde nationale lui composée de douze compagnies. Trois ans après, elle fut divisée en 1", i2""^ et ô""' bans. Le premier ban se composait des hommes de vingt a vingt- six ans, qui n'aviiicnt jXMiit été
appelés à l'armée dans les six dernières classes de la conscription ; le deuxième han , de tous les hommes valides de vingtsix à quarante ans ; enfin , tous les hommes valides de quarante h soixante ans formaient le troisième ou arrière-ban.
Le premier ban était exclusivement destiné a la garde des frontières , à la police intérieure , et à la conservation des grands dépôts maritimes, arsenaux et places fortes; les 2"* et o""* bans n'avaient qu'un service de réserve et tout-à-fait local.
De nouveau réorganisée en 18lo, la garde nationale fut alors composée de tous les hommes en état de porter les armes et âgés de IH h GO ans.
Après la restauration, elle reçut encore une organisation nouvelle. Tout individu âgé de 50 ans et au-dessus pouvait s'exempter du service personnel en payant une taxe annuelle deoOfr. pour la première classe, et de 30 fr. pour la seconde. En 1820, cette taxe fut réduite à 40 et 25 francs.
La garde nationale de Laon se composait alors de quatre compagnies, y compris celle des pompiers, et formait un bataillon de 430 hommes. N'y étaient inscrits que les citoyens payant des contributions , et dans un nombre en rapport avec le chiffre de la population de la ville.
Après la révolution de juillet 1850, la garde nationale fut encore réorganisée. D'après la loi de 1831 , tout individu âgé de 18 à 60 ans est appelé sous les armes, ce qui donne au bataillon de Laon , un effectif de 955 hommes.
Commandants de la garde nationale.
1789. De Ricliecoiirt. 1802. Joré.
1790. Le Chennelier. 1802. Belleville.
1793. Vigneux. 1809. BelTroy de l;i Grève.
1794. Rousseau. ISlfi. Le comte de Signicr.
1798. Leradde. 1815. Oyoïi-Hegnaull.
1799. Rousseau. 1816. Cliarpentier-d'Audron.
1799. Denionl-Moioy. 1830. LeI'èvre.
1800. Redée. 1837, Baucharl.
1801. Paulniin.
AfiCHEBS.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la commune de Laon était obligée de fournir au roi, en temps de guerre, un certain contingent d'hommes armés entretenus a ses frais , et qui devaient être toujours prêts à marcher. Ces hommes étaient des archers et des arbalétriers au nombre de 500 , avec six charriots de guerre. Ce nombre paraîtra considérable eu égard à la population de la ville ; mais il semble que les rois n'exigèrent pas toujours (pi'il fût rigoureusement au complet : ainsi Laon n'envoya que 200 sergents à l'osl du 15 juin 1276. Dans quelques circonstances même, le roi exempta les habitants de tout service militaire sous certaines conditions : ainsi , en 441 1 , Charles VI ayant convoqué l'arrière - ban , en dispensa les habitants de Laon sous la réserve qu'ils feraient bonne garde dans leur ville : cinq ans après, il leur accorda de nouveau la même exemption et a la même condition.
Plus tard, il fut déterminé que les villes fourniraient au roi, en temps de guerre , un certain nombre d'hommes par paroisse : au 15""" siècle, Laon lui devait quatre hommes par paroisse.
Indépendamment du service militaire auquel ils étaient personnellement tenus , les évêques de Laon devaient encore envoyer a l'armée neuf de leurs vassaux fieffés. Ainsi , Robert de Chatillon se rendit à l'ost de Flandres, en 1214, avec neuf chevaliers bannerets , lui faisant le dixième. Robert Lecocq envoya à l'ost de 1356, vingt hommes d'armes.
L'obligation de fournir au roi un contingent d'hommes armés, s'étendait même à certaines abbayes. Ainsi, celle de Saint-Jean, sous Philippe- Auguste, était tenue d'envoyer au besoin, à l'ost du roi, quarante sergents et un charriot.
Quand les rois de France comprirent tout le parti qu'ils {)Ouvaient tirer des milices bourgeoises, ils encouragèrent parmi elles l'exercice des armes. Mors se formèrent les compagnies d'archers composées de gens habiles à manier Parc.
La ville de I>aoii vil de très-bonne heure une compagnie de
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ce genre se former dans son sein. Elle avait ses privilèges, ses statuts et (les officiers pour la commander. Les hommes qui la composaient portaient le nom de chevaliers de l'arc ou confrères de saint Sebastien. Ils reconnaissaient l'abbé de Saint- Médard de Soissons pour chef souverain. Tous les ans a la fête de leur patron , ils se rendaient dans cette ville pour s'y livrer à des exercices et des divertissements. Le commandement était déféré h celui qui abattait d'un coup de flèche une ligure d'oiseau attachée à une longue perche.
Ils se rassemblaient à Laon derrière l'hôtel -de -ville , dans un jardin dit de l'arc.
ARBALËTRIEUS.
Vers la lin du 12"'^ siècle, l'arbalète ayantété substituée à l'arc dans les mains des hommes à pied qui servaient aux armées , les compagnies d'archers furent bientôt après remplacées par des compagnies d'arbalétriers.
On ignore l'époque précise où se forma celle de Laon. Elle était composée de vingt-cinq compagnons arbalétriers commandés par un connétable soumis à la réélection tous les trois ans. Lorsque l'un des compagnons mourait ou se trouvait hors d'état de servir, cet officier assisté de deux ou trois hommes de la compagnie, procédait au choix de son remplaçant, à qui il faisait prêter serment de servir le roi loyalement.
Charles V , en récompense des services que lui avait rendus la compagnie d'arbalétriers de Laon et de sa belle conduite aux sièges de Saponay , Roucy et Sissonne , accorda a ses membres, en 1.167, des privilèges importants. Il les prit sous sa protection, les déchargea des appeaux volages, et des droits de passage, pontage, tonlieu , chaussée, barrage el vergage , a l'exception des aides pour la rançon du roi Jean ; il fit défense a ses ofiiciers de faire des prises sur leurs blés , vins, foins, avoine, chevaux, charrettes, chars, poissons, bétail et autres provisions. Il les exempta encore de Tobligation
INSTITLTIONS TEODALES, MM.IT.URl'S, ETC. ^1 f
(le faire le guet a Laon ou ailleurs, à moins de péril iniinineiit, auquel cas ils guetteront pour faire leur devoir selon les établissements des dixaines ordonnées en ladite ville; et s'il arrive qu'ils se trouvent en ce moment hors de Laon , ils ne seront tenus d'y envoyer personne à leur place; enfin, il ordonna que le prévôt de la ville lut leur seul juge, et défendit qu'ils ne fussent traduits devant un autre, ni arrêtés ou leurs biens saisis.
En échange de tous ces privilèges, les arbalétriers de Laoïr étaient tenus au service du roi partout où ils les envoyait. Eir temps de service , ils recevaient quatre gros vieux tournois d'argent (environ 2 fr. d'aujoin-d'hui) ou la valeur, et deux, seulement lorsqu'ils restaient dans leurs foyers.
Les arbalétriers s'exerçaient au tir de l'oiseau tous les dimanches. Leur connétable était soldé de la ville et eux-inèmes en recevaient une gratification pour leurs exercices. On trouve dans les registres de l'hôtel -de -ville, pour l'année Lii7, la mention d'une somme de 8 liv. (environ 50 ir.) accordée à celte compagnie pour avoir joué aux bersaux pendant quarante dimanches.