‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 87 sur 90 · POMPIERS · texte numérisé non relu

POMPIERS

Autrefois, quoique la plupart des maisons de la ville de l>aon fussent en bois, et que Ton y vit de fréquents incendies,

il n'y avait cependant aucun moyen organisé pour combattre le feu et en arrêter les ravages (1). On avait seulement eu le soin (l'établir des puits de distance en distance dans les rues, et l'on veillait a ce qu'ils fussent toujours en bon étal. Lorsqu'un incendie éclatait^ tous les citoyens accouraient munis de seaux et combinaient volontairement leurs efforts pour éteindre le feu. Dans ces circonstances, la ville récompensait ceux qui s'étaient le plus distingués, et payait aux malheureux , pour avoir apporté de lyaa , le temps de leur travail perdu. Si même l'un d'eux venait à être blessé, elle le faisait traiter à ses frais jusqu'à parfaite guérison. C'est ainsi qu'en 1752, dans un incendie arrivé à l'hôtel-de-ville , un homme ayant eu le pied écrasé pendant qu'il y portait des secours, fut envoyé par la ville aux boues de Saint-Amand.

Cependant, on avait senti depuis longtemps le besoin de prendre a l'avance des mesures contre le retour de ces sinistres alors très-fréquents; mais rien n'avait encore été fait pour arriver à ce but, lorsqu'en 1717 le faubourg de Vaux faillit être détruit tout entier par le feu , parce qu'on manqua de moyens pour le combattre. Cette catastrophe détermina la ville à faire l'acquisition de seaux, d'échelles et de crochets; en même temps, on prit la résolution d'acheter une pompe, instrument dont l'usage dans les incendies était encore nouveau.

L'exécution de ce projet fut cependant diflcrée jusqu'en 1765, époque où l'on en acheta une. Cinq ans après, on en acheta une seconde et l'on nomma un mailre pompier aux gages de 50 liv. par an pour en avoir soin.

Là manœuvre de ces pompes pendant les incendies fut confiée à des ouvriers de la ville; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que, pour en tirer un parti convenable, il fallait des hommes plus habiles, c'est-à-dire, plus exercés. On se décida donc, en 177G, à créer une compagnie spécialement chargée du service de ces pompes.

(1) Il n'y eut à Laon de ramoneurs publies qu'en 173"2.

^li LIVIŒ Ml.

Cette compagnie dut être composée de 13 hommes dont un

capitaine et un tambour. On dressa en outre un règlement par

lequel le maître pompier était supprimé et l'entretien des

pompes mis à la charge des pompiers , dont le temps et les

dépenses durent être payés et remboursés a la lin de l'année.

Ils devaient de temps a autre s'exercer a la manœuvre des

pompes et les amener sur le lieu des incendies. En récompense,

dilTértnls privilèges leur furent accordés : on diminua d'abord

leur taillon des deux tiers, puis, on les exempta du guet et

de la garde bourgeoise.

Croirait-on qu'une institution aussi utile ait pu rencontrer

(\c l'opposition? C'est cependant ce qui arriva : un grand nombre d'habitants réclama contre elle. Il est vrai qu'ils ne s'attaquaient point a l'institution même , mais à ses privilèges , lesquels accroissaient d'autant les charges et obligations des autres citoyens. Les réclamations furent si vives, que l'intendant de Soissons crut devoir refuser sa sanction.

Il parait néanmoins qu'on parvint a vaincre la répugnance des Laonnois peu d'années après, car la compagnie de pompiers était organisée quand éclata la révolution française. Pour amener ce résultat , il ne fallut peut-être rien moins que quelque grand danger , comme celui où se trouva la ville pendant un incendie arrivé en 1781. Ce sinistre donna aussi l'occasion de prendre une mesure utile : ce fut de contraindre, sous peine de 50 livres d'amende, tout propriétaire de maisons à avoir constamment chez lui un seau d'osier enduit de poix pour servir a l'occasion.

Les événements de la révolution amenèrent la dissolution de la compagnie de pompiers de la ville de Laon. Elle fut rétablie en 1795, et le nombre des hommes qui la composaient porté a 120. Du temps de l'empire , ce nombre fut élevé à 3l2 , et la compagnie réorganisée en 180i. Vingt ans après, une nouvelle organisation lui fut encore donnée et un nouveau règlement adopté. L'eiTectif de la compagnie fut élevé de 52 à

INSTITUTIONS FÉODALES, MILITAIKES, ETC. 4ir>

40 hommes, dont un capitaine, un lieutenant, un sergentmajor, deux sergents, quatre caporaux, deux tambours et vingt-huit pompiers. Les oflîciers durent être nommés par le préfet, et les pompiers par le maire, sur une liste de candidats présentée par la compagnie. Les hommes étaient choisis de préférence parmi les ouvriers en bâtiments. L'uniforme obligatoire fut mis à la charge de ceux qui entraient dans la compagnie. Le service dut consister à essayer les pompes chaque mois , a garder à tour de rôle la salle de spectacle lorsqu'il y aurait des acteurs, et à se rendre sur le lieu des incendies. L'n conseil de discipline composé du capitaine, un sous-officier, un caporal et deux pompiers fut chargé de prononcer sur les manquements au service : la plus forte peine que ce conseil put appliquer , fut celle du renvoi de la compagnie.

Cette organisation des pompiers de la ville de Laon est encore la même, à l'exception que depuis 4850 les officiers sont nommés par la compagnie, et que l'eflectif de cette compagnie est actuellement de 00 hommes.

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