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que son père se mit à recueillir les voix, en s'adressant à ses affidés. Déjà ils opinaient pour que Ton continuai de se défendre, lorsque survint un personnage, dont la présence ranima Tespoir des esprits pacifiques* C'était Jacques Faultré, Doyen des Avocats^ homme renommé par sa sagesse, et à qui la haine des &ctieux nWait pu ravir Testime du peuple* Pressé de dire son avis^ le vertueux vieillard parla , dit-on , à-peu-près en ces termes.
» Je ne sais si, en expliquant ma pensée; 3 )e ne risque point de partager le sort de ces X) malheureux captifs^ dont tout le crime est D d avoir dit la leur avec franchise. Mais quoij> qu'il en puisse arriver , je parlerai sans dé- » tour. Ce n'est pas seulement lâcheté , c'est p trahison, que de refuser, à la patrie en péril^ » le tribut de ses conseils. La délibération se » réduit à deux points. Y a-t-il nécessité de » se rendre ? Les conditions arrêtées sont-elles o raisonnables ? Sur le premier chef, il ne B s'agit, ce semble, que de considérer ce n que pense la garnison. Car je conçois que > le soldat qui fait de la guerre un métier , 3 et de l'audace un devoir, s'obstine à se » défendre contre le gré des habitans : mais 3 que ceux-ci, hasardant de gaîté de cœur € tout ce qu'ils ont de plus cher, refusent » de capituler , quand la garnison y consent,
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Nul n'osa répliquer à ce discours qu'applau* dissaient la plupart des auditeurs ; ec la capitulation fut approuvée.
SiTprise I^ première pensée de Henri fut de faire
chement P^^* ^ GabricUc d'Estrées du succès de son «nncmû entreprise, et même de la faire venir, pour en partager la joie avec lui. Telle était son impatience de la revoir, qu'il n"'hésita point de demander pour elle un passe-port à ses ennemis (27). Fut-il accordé? et Gabriello vint-elle le joindre dans son camp? C'est ce que nous ignorons.
Libre de toute inquiétude du côté de la ville, le Roi n'avait plus qu'à suiTeiller l'ennemi du dehors. Quelque sécurité que pût lui inspirer l'éloignement de l'armée espagnole , il fit garder toutes les . routes , en même temps qu'il continuait les travaux du * siège, comme si la capitulation devait demeurer sans effet (28). Quoique d'aussi sages précautions dussent le mettre à l'ahri d'une surprise, Mayenne ne la crût pas impossible j^ et il en essaya les nioyens. Trois ou quatre jours avant celui où la ville devait être rendue, Henri prenait le divertissement de la chasse , accompagné de ses gardes , de quelques carabiniers et de deux à trois cents chevaux. Les chiens étaqt entrés dans un bois , les piqueurs , attirés par leurs cris ^ .
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apperçurent beaucoup de soldats étendus ventre à terre, et qui cherchaient à se cacher. Le Roi, qu'ils appellèrent , arriva avec tout son monde : les soldats furent environnés de toutes parts; et tel était leur effroi, qu'ils se laissèrent prendre et dépouiller par les valets. Cette troupe, d'environ mille hommes, s'était mise en marche pendant la nuit; et surprise aux approches de la ville par le jour naissant, elle s'était jetée dans le bois, avec le projet de profiter du retour de l'obscurité > pour tromper la vigilance des assiégeans*
Laon ouvrit ses portes , le 2 Août. Lorsque R«^<i>^on Ja garnison défila devant le Roi , il donna des UviUç. éloges à sa belle défense* Sommerive et Jeannin reçurent de lui des caresses particu-lières. Il dit, néanmoins , dans sa lettre au Suc d'Ëpernon ^ qu'il y avait encore assez de monde dans la place pour tenir plus long* temps; et il ne paraît pas ajouter grande Soi au manque de poudre que les assiégés alléguaient pour leur excuse. Marivault de l'Isle (29) , prit possession ce jour-là du gouvernement de la place. Biron , pour n'en être pas témoin , se chargea du commandement de l'escorte qui devait accompagner , jusqu'à Soissons , Sommerive et les siens. Delà il partit pour Paris , roulant déjà dans son esprit les idées qui le conduisirent à sa perte*
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Le Roi fit son entrée le lendemain par la porte Royer (3o). L'Evêque et son Clergé, rendus à leurs fonctions, le reçurent à Tentrée de la Cathédrale. Le Chanoine Jacob n-avait osé s'y trouver avec eux. Henri se le fit amener , lui dit qu'il avait beaucoup entendu parler de son talent pour la chaire , et lui témoigna le désir de Tentendre à Tinstant même. Ce désir était un ordre ; et Jacob improvisa , comme il put ^ une palinodie dont on s'amusa beaucoup à ses dépens. Telles étaient les vengeances innocentes d'un Prince, qui avait encore plus de bonté dans le cœur, que de malice dans l'esprit. Il ne quitta Laon, que le 8 Août, après avoir donné l'ordre d'en réparer promptement les fortifications. Une taxe de trente mille écus fut levée sur les habitans, pour subvenir à cette dépense, ainsi qu'au paiement de l'armée. Le Clergé en supporta le tiers; et ceux qui avaient été bannis ou s'étaient retirés avant le siège , ea furent exemptés. Quelques ligueurs obstinés ^ tels que les deux La Biche, étaient sortis avec la garnison, chargés des malédictions d'un peuple qu'ils avaient abusé pendant cinq ans, et qui se félicitait de voir succéder, aux orages d'une séditieuse indépendance , le calme de la sujétion légitime ( 3i ). La prise de Laon fut célébrée , non sans raison.
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comme un événement fatal à la Ligue (3a).
Si les rebelles ne posèrent pas les armes aussitôt après^ ce n'était point qu^ils conservassent l^espoir de ranimer un corps expirant : leur but était seulement de faire acheter leur soumission. Plus Tentreprise de Henri parut d^abord téméraire, plus il acquit de gloire par les talens qu'il y déploya , et par Theureuse fîii à laquelle il la conduisit.
Il connaissait trop bien le prix de sa con- '595 quête, pour négliger de la rendre inexpugna- i J96. ble : ainsi Marivault n'eut pas de peine à lui ǰ"5trujr.
^ * tionne la
persuader la construction d'une citadelle. Les dtadeUe. fondemens en furent jetés en 1 ôgS , à Tendroif que Mayenne avait déjà désigné. Mais les Religieux de S. Martin , qui ne se souciaient jms de l'avoir en face de leur maison , eurent le crédit d'en faire changer l'emplacement ; et ce fut un malheur pour la ville ; car la citadelle , recommencée où elle est aujourd'hui ^ s'éleva sur les ruines du quartier le plus peuplé et de plusieurs grands édifices qui le décoraient ( 33 ). Si l'on en croit la tradition , un sacrifice pécuniaire , que ne permit point aux Laonnois la misère où le «iége les avait réduits^ leur eût épargné le chagrin de voir ainsi mutiler leur ville.
Mais il est peu vraisemblable que la corruption eût &it renoncer Marivault à un projet
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qu'il avait extrêmement à cœur, si Ton en juge par la vivacité avec laquelle il l'exécuta» Elle fut telle, que malgré les obstacles qui retardèrent les travaux , la citadelle fut achevée en 1696.
LaoD Dans le temps même que les Laonnois bureaudes déploraient un malheur inévitable, ils corn- ^^^^ mettaient une faute qui dut leur causer de longs regrets. On créa , en 1695, un Bureau des finances , dont le ressort comprenait rélection de Laon ; et c'était àLaon^ comme étant la principale ville de ce territoire, que le siège devait en être placé. La magistrature Laon noise craignît que les nouvelles charges ne tombassent entre les mains d'étrangers , qui l'éclipseraient par leur opulence. Elle travailla à éloigner délie un établissement qui ^offusquait; et ses soins furent trop bien secondés par Mayenne , qui venait de faire son accommodement , et qui , saisissant tous les moyens de donner du relief à la ville où il avait fixé son séjour , y avait déjà fait ériger un présidial. La suite fît voir que la vanité ombrageuse de quelques hommes avait fait beaucoup de mal à leur pairie. Les Intendans, d'abord ambulans, sous le titre de Commissaires départis, fixèrent par la suite leur résidence dans lés lieux où les bureaux des finances étaient établis ; et ce ne fut pas
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un stérile avantage , que d'être chef->lieu d'une g^éralité.
Bodin survécut peu à la réduction de Laon. ^^^. ^^ Une épidémie Temporta^ en.i5g6, dans sa soixante-septième année. L'Europe savante perdit en lui Tun de ses principaux ornemens; et la France un de ses plus vertueux citoyens. Jurisprudence, critique, théologie, histoire, poésie^ politique , tout semblait du domaine de ce génie facile, dont la plume féconde s'exerça sur les sujets les plus disparates. Si ce fut toujours avec succès, quelquefois aussi ce ne fut pas sans témérité ; on le vit même, par une de ces contradictions trop ordinaires à l'esprit humain , allier l'audace de l'esprit fort à la crédulité de la superstition* Sa gloire littéraire est principalement fondée sur le Uvre de la République , ouvrage où il se montre supérieur à son siècle , par la profondeur de la pensée et par la sage ordon-> nance d'un vaste plan ; et qui d'ailleurs fait époque, comme ayante le premier, répandu, chez les modernes , des notions saines sur la nature et les effets des, difiérentes espèces de gouvernement. On sait que l'auteur de rfisprit des lois y a puisé plusieurs idées , et entr'autres Fingénieux système de Tinfluence des climats. Les vertus de Bodin égalaient ses talensc Dans le$ avantages qu'il dut à
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ceux-ci , il ne vît que des devoirs à remplir ^ ou deThonueur à^acquérir; et malgré quelques erreurs échappées à la faiblesse de riiumanité , son caractère , dont la fermeté ne se démentit jamais , n'est pas un des moins beaux que Ton rencontre à une époque où il y en eut tant de remarquables. Plus Topinion d'un homme peut faire autorité^ moins on lui pardonne de se tenir à Técart dans les dissensions civiles : delà vient que ]a prudence de Bodin déplut à tous les partis ; ce qui donna beau champ à ses envieux. Ils répandirent , et de graves écrivains ont cru, que c'était lui qui avait fait entrer la ville de Laon dans la Ligue ;.
tandis que^ loin d'avoir eu du crédit parmi les ligueurs , il manqua plus d'une fois d'être victime de la haine qu'ils lui portaient.
Cette calomnie a flétri sa mémoire pendant deux siècles ; et il est triste de penser qu'elle serait restée sans réfutation , si la vérité n'avait été découverte, comme par hasard , dans des mémoires qui semblaient condam-* ^nés à un éternel oubli. Bodin , qui avait été long-temps le principal Conseiller d'un grand Prince, ne laissa guères d'autre héritage qu'un nom célèbre. Il paraît que son fils , qui n'habitait point Laon , fut un homme obscur. Sa fille , qui était imbé-