I-IVRE CINQUIÈME
hommes au Roi, et plus encore la facilité de ce Prince, abrégèrent les débats : la capitulation fut conclue le 21 , et signée le 22. On^ convint que la ville serait rendue au Roi le 2 Août, si dans Tintervalle elle n'était secourue' par une armée qui en ferait lever le siège j ou s'il n'y entrait en un seul jour un secours de mille hommes au moins ; que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre; que les habitans ne seraient point recherchés pour leur conduite passée, et semient maintenus dans leurs biens et dans leurs charges ; qu'enfin la ville donnerait pour otages TEvéque , le Mestre-de-camp De Fresne, les Capitaines Bellefons et Lage , Claude Legras et Nicolas Branche. Plus avisé que son beau -père,' Legras sut se plier à la circonstance , et ne perdit point sa place de Prévôt (26).
Cette convention devait être ratifiée parle- . ^«» corps des habitans. Legras avait insisté sur veulent ce point , en remontrant que lui et ses collé-*" ^^'"^'^
* * ^ . opposer.
gues n'étaient pas revêtus des pouvoirs de leurs concitoyens. Legras, qui n'était point encore guéri de son attachement à la Ligue , oe pouvait supporter que la ville rentrât sdus l'obéissance du Roi; et il ne désespérait pas de l'empêcher. Le lendemain 23 , l'assemblée s'ouvrit à cinq heures du matin, sous la présidence d'Innocent La Biche, Juge de police
68 HISTOIRE DE IiAOlf.
f t beau-père de Legras. Les factieux avaient été seuls avertis; ce qui n*enipêcha pas que beaucoup d'autres ii^y vinssent. La Biche , afFectant. l'abattement de la douleur , expli* qua en peu de mots et d'une voix altérée , le sujet de la convocation. L'Avocat du Roi ^ Jean La Biche, son fils, prit ensuite la parole. U essaya d'abord de persuader qtSl''il fallait s'ensevelir sous les ruines de la ville , plutôt que de la livrer à des hérétiques. Interrompu par de nombreux murmures, il se réduisit à soutenir que la capitulation ne pourvoyait ^ ni à l'honneur, ni à la sûreté des liabitans. Il insista sur la force de la place, et sur l'abondance des vivres dont elle était munie* Il releva le succès obtenu sur les royalistes dans ta journée du 9. U les représenta comme des hommes découragés, dont on triompherait aisément par un dernier effort» C'est ainsi qu'un siècle auparavant^ après la capitulation de la ville de Grenade , convenue entre le Roi Ferdinand et les Maures , un fanatique avait tenté de rallumer la fureur des habitans, çt de leur persuader qu'il valait mieux s'ensevelir sous les ruines de leur cité , que de ia rendre à des chrétiens. Car, quel est le trait historique, si singulier qu'il paraisse, dont on ne trouverait pas quelque exemple ? A peine Jean La Biche eût-il cessé de parler f