‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 16 sur 58 · DU LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

DU LIVRE CINQUIEME

( I ) On conserve , dans les archives du Département de TAisne , Toriginal de, la lettre du Maréchal de Montmorenci écrite de sa m«dn. Comme elle es't curieuse à plus d*un titre , nous croyons devdr la donner en entier.

)> Monsieur de Laon , Ton m^a faict pldncte d^une 99 jeune femme que Ton dict estre possédée des malings tf esprits depuis deux mois en ça ; et après avoir esté » publiée telle par ung Jacobin , et menée à Pierrepont , » puis à Liesse , Ta enfin depuis cinq à six jours emmenée i> vers vous à Laon , où c*est que j'entends qu*avecques )> grand acueii et parade elle a été mise sur un eschauf&ult V au milieu de TEglise en spectacle à tout le monde , et a pourmenée en procession ainsy à la vue d un chacun ^ » où elle n^oublye , parmy ses furieuses apparences , » de mesler des brocards contre les présens et contre n les absens, comme elle a toujours Ëiict, ainsy qpe » jdy entendu , depuis qu'elle est possédée de ses malings » esprits ; qui me faict penser qu'ils ne sont du tout » diaboliques; et que ce pourroit estre quelque jeu in- » dustrieux , pour convoquer le peuple à ce spectacle , » et Tesmouvoir. Et saichaat d'avantaige que les propos » qu'elle tient ne tendent qu'à sédition , dont la conséj» quence ne peut estre que pernicieuse , comme vous » sçavez , je vous ay bien voulu faire la présentepour ff vous pryer. Monsieur, que vous veullez donner ordre » de la faire oster ainsy de la veue de tout le monde , ,^

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Dtr LIVRE CTÎ^QUIEME. 8l

» et qu^elle ne soit pourmenée et sonnée de la façon que u f entends qu'elle a esté, d'aultantque cela n'est d'aul« f> cune édification ; mais s'il vous plaist la faire mettre » en quelque lieu à part et paisible ,. tt luy &ire remedyer n en cella sainctement des conjurations dont nos anciens » pères Evesques ont accoustumé d'user en telles choses; n et n'estoit , Monsieur , que je m'asseure que doulce- 9 ment et dignement vous sçaurez bien remédier à cella 9 suyvant ce que je vous en escripts, et cognoissant que » la fin de telle tragédie ne peult estre que maulvaise 3» pour le bien du service du Roy, et repos que Sa » Majesté a estably entre ses subjects , je ne âuldroys it d'user de l'auctorité que sadite Majesté m'a donnée » en ce gouvernement , pour y donrter l'ordre que » j'adviseroys bien. Vous présentant en cest endroict » mes recommandations à vos bonnes grâces , je supplie » le Créateur de vous donner , Monsieur de Laon , en » santé bonne et longue vye. De Paris le premier jour » de Febvner 1566. Vostre plus affectionné et meilleur SI amy. De Montmorency. »

( 2 ) Les historiens de la délivrance de Nicole de Vervins , sont :

i."" Christophe de Héricourt, Doyen de Laon. Son ouvrage , écrit en latin , est resté manuscrit.

a.** Jean Boulœse, Principal du Collège de Montaigu. B a publié deux relations , l'une en 1 573 , l'autre , plus étendue , en 1 578.

5.* Antoine Desplanques , Doyen de Saint-Quentin, grand Archidiacre de Laon , et neveu de l'Evéque De Bouts. H a Imssé un journal.

4.® Le Président Faye. Il a célébré cet événement ea vers latins qu'il a intitulés éncrguménUns,

5«® florimond de Rémond , Conseiller au Parlement

8â NOTES

de Toulouse. U fut un des témoins oculaires , et Tun de ceux dont ce spectacle opéra la conversion.

On conserve , à la bibliothèque de la ville , le procèsverbal authentique ^ui .fut dressé par des Officier^ publics.

(3) En 1567, deux possédées parurent en mêmetemps. Tune à Brunhamel, Vautre à Bruyères. Ofi ne jugea pas à propos de les produire sur un plus grand théâtre.

Marthe Brossier , qui ne vint que trente ans après , fut amenée à Paris , quoiqu'elle eût été déjà convaincue d'imposture à Orléans et à Angers. Le Parlement , après ravoir fait visiter par d'habiles médecins , prononça, dit le grave De Thou , qu'il n'y^ avait rien de diabolique dans cetu affaire.

£n 1603 , une fille de Laon , nommée Paquette Lejeune , y donna à-peu-près le même spectacle que Nicole Obry. UEvêque , GeofFroi de Billy , l'exorcisa aussi sur un théâtre dressé dans la Cathédrale. Mais après avoir attiré beaucoup de curieux , Paquette tomba dans le mépris. Elle quitta la ville , se mit à courir, dans les villages , et , à la honte de ses patrons y finit par faire deux enfans.

( 4 ) L'institution des tribunaux de commerce n'est pas un des moindres bienfaits que la France ait dûs au génie de Lhôpital , pendant les troubles religieux. Laon eut le sien en 1568. U ne paraît pas qu'il s y soit maintenu long-temps. Le peu de commerce , qui se disait dans le pays , fut anéanti par les guerres civiles ; et les articles 239 et 240 de l'Ordonnance de Blois /autorisèrent les Officiers du présidial de Laon , à qui la juridiction consulaire dérobait une parde des causes, à la faire supprimer comme inutile.

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