‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 17 sur 58 · DU LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE CINQUIÈME

( ï ) Il est juste de ne point laisser tomber dans Toubli les vingt-deux citoyens fidèles , qui partagèrent la captivité et les périls du Prévôt Charles Martin. C'étaient Nicolas et Claude Martin , Claude Dagneau ,* Jean Le Voirier, Jean Gérault, Claude Bottée , Daniel et Théodore Debmer, Antoine, Nicolas et Jean Estienne, Jean Dassonville , Jean Mercigny , Jean RouUier , Antoine Desmont , Olivier Allart , Claude Chauveau , Ferri Barenger , François Cauche , Théophile Lamy , Robert Démange et Robert Solon. Les deux frères du Prévôt , Jean et Nicolas Martin , qui avaient été mis sur la liste de proscription , trouvèrent le moyen de s'échapper. Adam et Jean , son fils , de la même famille , ne tardèrent pas aussi à s'exiler volontairement.

{S) Lorsque , le numéraire venant à manquer à Laon, les ligueurs résolurent de battre monnaie, ils crurent devoir recourir à l'autorité de Mayenne , pour en avoir la permission. Ils sentirent qu'en se dispensant de cette formalité , ils risquaient que leur monnaie ne pût avoir cours ailleurs , que dans la ville.

H y eut deux fabrications , l'une en Février 1 5 90, l'autre en Février 1593* On frappa des quarts d'écu, des demiquarts d'écu , et des pièces de six blancs. H n'est pas dit de quelles empreintes celles-ci étaient marquées. Les autres portaient d'im côté , une croix et la légende ordinaire SU nomen Domlni btntdicmm ; sur l'autre face ^ les armes de

France avec cette inscription Caroîus dcclmus Francorum Rtx; et au bas les lettres L et A jointes Tune à l'autre.

( 7 ) Nicdas Marquette , ConsdHer , d'une famille que nous avons vue établie à Laon dès le règne du Roi Jean , et quelques autres Magistrats fidèles , se retirèrent à Chauny , où Henri IV ordonna que le présidai dendiait ses séances. Depuis , ce Prince , par des

Lettres du lo Décembre 1590 , données à St-Quentîn, entr autres concessions qu'S fit à cette ville , statua que le présidial y serait transféré ; ce qui n'eut pas lieu » même dans le temps que Tautorité légitime était méconnue à Laon.

(8) De Thou raconte que Bodin , par un discours cil il s'appliqua à lever les scrupules des Laonnois , les détermina à entrer dans le parti de la Ligue. Mézerai et les autres n'ont été que ses échos. Mais sur un £iit de cette nature , le récit de ce grave, historien ne peut &ire la même foi , que les mémoires des témoins oculaires ; et raùtorité de ceinc-ci peut d'autant moins être récusée , qu'ils traitent avec beaucoup de rigueur la conduite de Bodin qui leur paraît trop timide. Cet homme célèbre ne se vante point , dans sa lettre au Président Brisson , d'avoir conseillé à ses concitoyens de se soustraire à l'obéissance du Roi. H s'y justifie seulement d'avoir embrassé la même opinion qu'eux. U fonde son apologie sur ce que la Ligue était devenue le vœu de la majorité. Là où ce vœu se rencontre , disait-il , il n'y a plus rébellion , mais révolution. Si Bodin avait été le principal insdgateur de la défection de Laon , il aurait eu une grande part à l'autorité , pendant la domination des ligueurs. Mais il ne fut membre ni de l'un , ni de l'autre conseil; et les mémoires contemporains attestent qu'il encourut la disgrâce de tous les partis. On peut juger de la haine que lui portaient les fiictieux , par le trait suivant.

Il fut dénoncé au conseil particulier , comme hérétique et magicien. On l'arrêta : on fit chez lui une perquisition rigoureuse; et l'on y trouva des livres censurés et une généalogie manuscrite de Henri IV, qui heureusement li'était pas de sa main. Il se défendit si bien^ qu'on

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n'osa le proscrire sur une telle découverte. Mais ses livres furent brûlés à sa porte ; et oh ne lui rendit la libené , qu'après lui avoir défendu , sous peine de la vie , d'agir ou d'écrire contre la Ligue. Ceci se passât en Jan\der 1590 y dans le temps même qu'il écrivait sa lettre apologétique au Président firisson.

n ne s'en montra pas moins opposé aux excès des ligueurs. En 1593 * ^^ jeune homme , appelle Jean CoUart, fut arrêté comme espion et conduit chez le Commandant. Celui-ci, sans autre forme de procès, le condamna à être pendu surle<hamp. Pendant l'exécution» des murmures s'élèvent contre l'irrégularité d'un jugement rendu sans preuve. Les ardbers intimidés s'éloignent; et la mère du patient , encouragée par les spectateurs , s'élance au gibet et coupe le nœud fatal. Le jeune homme respirait encore. H recouvre ses sens et se sauve dans une mmson. Le Commandant en est bientôt instruit. Il accourt ; il fait chercher partout le fugitif qui s'était caché dans du foin. Bodin , qm apprend ce qin se passe , en est indigné ; et ne consultant que son zèle , il vient s'opposer à l'injustice prête à se consommer. Le peuple applaudit à son énergie ; elle en impose au Commandant ; et il finit par lâcher sa proie.

n serait sans doute plus glorieux , pour la mémoire de Bodin , qu'il eût sacrifié son état et ses biens » plutôt que de fléchir sous la nécessité des circonstances. Si c'est une faute que de n'avoir pas été capable d'un tel effort, qui osera la juger indigne d'excuse i

(9) Paimi les places occupées par les royalistes dans le viHsinage de Laon , les ligueurs de cette ville indiquèrent à Balagny , comme les plus importantes ou les plus incommodes, celles de La Fère, Coucy, Saint* Cobeôn , St-Lambert , Maoregny» Ostel , Pontarcy ,

Neuville, La Bove , Faucoucourt, Soupir, Anizy , Vorsaine , Commin ^ Bazoches , Longueyal et Belval.

C'est au mois d'Avril 1589 que Balagny vint à Laon, Dans les conférences qui se tinrent entre ce Capitaine .et les quarante^deux Membres du conseil général , oii traita des moyens de pourvoir à la sûreté de la ville et du pays , et Ton s'accorda sur toutes les propositions qu'il fit , excepté sur celle qui concernait les finances; mais c'était l'article qyi lui tenait le plus au cœur. Les actes de cette négociation portent qu'il agissait , comme Lieutenant-général m Picardie , et commandant , sous l'autorité de Messelgncurs les Princes , l'armée qui est maintmant en ces quartiers. Ces Princes sont , suivait ces- mêmes actes,. Monseigneur du Mayne , comme Administrateur de d'état et . couronne de France , et Monsieur SAumale , , commit Gow vemeur de Picardie et de Vlsle de France.

Jean de Montluc , dit Balagny , était un bâtard de l'Ëvêque de Valence , Jean de Montluc , de la maison de Montesquiou. Ce futur Souverain de Cambrai prenait alors les titres de Marquis de Rais , Baron de Bussy , Saxe- Fontaine i Artone , Esmours^ ChevaUer de V Ordre de Saint Michel y Capitaine de cent lances , Commandant généralement en Cambresis , et limites de la province de Picardie , sous l'au" torlté de Messelgncurs les Princes. Qxxand la prise de Cambrai, parles Espagnols, lui eût fait perdre sa souveraineté, il lui resta le bâton de Maréchal de France. ^

(10) On peut consulter tous les contemporains sur les difficultés que présentait le siège de Laon , et sur les efforts qu'il exigea. Nous nous,<x>ntenteF6ns de citeir Sully. « Mayenne, ditril, estimait cette place l'un des

V plus principaux boulevards de toutes celles qui lui

V étaient restées *, et la plus propre pour y acquérir de

V la gloire et se garantir de honte. Sa situation étant

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