‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 36 sur 58 · LIVRE SEPTIÈME* â6S · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME* â6S

]a capitulation. Us se firent un jeu de molester ^ de rançonner , de maltraiter leurs hôtes , n'épargnant pas plus ceux qui les avaient désirés, que ceux qui les avaient craints* Ils pQiiérent la main jusques sur des Prêtres et des femmes respectables. Non contens de$ vivres qu'ion leur distribuait par étape^ ils se firent nourrir à discrétion • même chez les plus pauvres. Le bui^eau de la poste fut envahi un jour au moment du départ du courrier : toutes les lettres furent saisies; la plupart furent supprimées ; et cette violation de la foi publique ne cessa , que lorsque y par l'interruption de toute correspondance épistolaire ^ elle n'eut plus sur quoi s'exercer. Laon ne fut pas seulement obligé de faire vivre les deux mille quatre cents hommeis laissés dans ses murs pour garnison ; il fut contraint aussi de pourvoir « avec le pays environnant , à la subsistance des troupes qui bloquaient La Fére : ce qui coûta plus . de quinze cent mille francs ^ outre les secours qu'on reçut du gouvernement à titr^ d'avance. Enfin , pour ne 'pas pousser plus loin une triste énumération, les Prussiens firent journellement des réquisitions plus ou moins onéreuses , sans respect pour les cotiventions politiques des . 8 et 1 5 Août ; et à €çt égard ils mirent le comble à l'abus de

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]a force par une entreprise , dont Tobjel et ]e mode causèrent 'une longue et pénible anxiété* Le joug qu'ils faisaient peser sur la ville de Laon parut si dur, que le Collège électoral du Département fut convoqué à Soissôns.y ^ui , cependant était occupé pa^ les Russes. Ijes Electeurs durent à cette précaution de n'avoir pas été témoins de Tinsignô violence faite à leur prenuer Magistrat. U faut relever - ce trait , plutôt encore eii llionneur de Topprimé , qu'à la hoiite des oppresseurs.

Le second des traités c^ui mettaient fin aux réquisitions, celui du i5 Août, était signé depuis quatre jours, quand on vint signifîei!' au Préfet qu^il eût à répartir sur la ville et Tarrondissement dé Laon , une somme dé quinze cent mille francs ^ jx^ur l'équipe^ tnent d'une certaine quantité d'hommes et de chevaux. Sur son refus, il fut mh sous la garde de trente hommes , nourris et payés par lui , et dont la solde devait doubler chaque jour. Il lui fut en outre déclaré qu'un ordre était attendu , pour le transférer eu Prusse dans une prison d'état, ainsi qu'on le' pratiquait alors sur le Préfet du Loiret. C'était ce même M. De Talléyrand qu'il eut pour successeur. M. De Nicolay subit cette épreuve avec une dignité , à laquelle le$

'PraaAens ne parent refuser du respect ; et sa constance ne se démentant point , ils se chargèrent eux-mêmes de la répartition de la somme. Au bout dequinze jours il reçoitèt leur communique Tavis officiel d'un traité conclu avec leur Roi le 3i AoAt^ par lequel toutes les réquisitions subsistantes sont annuUées : quel eflFet croit-on que cette communication va produire? La nuit suivante, une autre garde de trente hommes est établie chez le ]VJaire de Laon (12) ; et un Commissaire Prussien vole 5 à la tête d'un détachement de cavalerie, pour presser le paiement de la taxe des campagnes. Déjà la terreur lui fai« sait apporter une première somme , lorsqu'enfin arrive une lettre du Prince Auguste de Prusse , qui force Timpîtoyable exacteur de lâcher sa proie.

L'extrême sensibilité du Français le porte P«"g»

. del'Em-

à exalter ce qui est bien, aussi vivement pereur qu'il s'indigne de ce qui est mal. Les Russes^^"*"'^*' venaient de souffiîr que la légion de l'Aisne se formât dans Soissons^ après que les Prussiens eurent défendu , du style le plus impérieux , que cette opération se fit à Laon (i3). On fut d'autant p{us enchanté de la modération des uns , qo^on la comparait aux vexalions des autres; et la justice de l'Empereur Alexandi'e était portée aux nues^ sous le

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nom de magDanimité. Sur ces entrefaites ^ ce Prince vint à passer par Laon. On vit ea lui le protecteur de la France , et Ton regretta qu'il eût à peine laissé le temps de lui porter, au pied de la montagne^ Thomniage dû à Bon caractère personnel. Il le reçut à la porte de cette même maison , où^ peu de mois auparavant ^ Napoléon avait été vu eii si humble équipage. Le train de Tillustre voya* geur n'était pas plus brillant : mais cette simplicité ne déplût pas dans un aussi puissant Monarque, parce qu'il se montrait en même* temps affable et humain. Elle ne blesse dans le vainqueur , que lorsqu^accompagnée d'une hauteur insultante, elle est affectée comme un surcroît d'humiliation pour les vaincus» Délivrance pjug qjj toucHait £|u terme de la domination

de la ville

de Laon. Prussieune, plus elle devenait insupportable. On flottait entre la crainte et Tespérance , quand parut enfin le traité du 20 Novembre»

La dureté du joug que la force imposait au malheur , ne vérifia que trop les sinistres pressentimens des Laonnois. Mais ce ne fut pas sans quelque consolation qu^ils lurent que leur ville n'était point du nombre de celles qui resteraient occupées par les Alliés. Elle ne fut délivrée que le 12 Décembre, des hôtes dont le; séjour l'avait désolée pen«dant quatre mois. Comprise dans la ligne de

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nentralité y elle ne dût recevoir aucune garnison française ou étrangère , pendant les trois ans que nos frontières furent occupées par les Alliés.

Quoiqu'on y ait encore des ruines à relever dans lès faubourgs j la vérité est que six années de paix et une administration paternelle, ont cicatrisé presque toutes les plaies de la double invasion. Modeste dans ses vœux , . et satisfaite d'une situation qui ne peut pas la mener à l'opulence j Tantique dté des liaonnois se borne à désirer que ce qui est , subsiste. Puisse - 1 - elle seulement continuer de recueillir ^ à la faveur de la bienveillance des Préfets, les avantages naturellement attachés à l'honneur d'être le siège de la Préfecture (14). Du resteelle n'anticipe^ mpar des souhaits^ ni par des inquiétudes, sur ce que le sort décidera, soit du rétabUs» sendent de son ancien évèché que semble présager le Concordat do j 817 , soit du projet de la fortifier , qu'on pourrait induire d'une Ordonnance du i.^'' Août 1821 , où elle figure dans l'état des places fortes , citadelles et postes militaires. Mais quelque soit l'avenir qui l'attend , elle se piquei*a toujours de donner l'exemple de la fidélité au Roi, de la soumission aux Lois, et du courage dans les dangers de la Patrie.

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