LIVRE SEPTIEME
mémorable , pendant laquelle on le vit se ressaisir du Irône; négocier, armer, oom-^ battre pour s*y maintenir; et, après avoir lente vainement de fléchir la chambre des Représentans, redescendre, par une seconde et irrévocable abdication , du rang suprême^ où la fortune l'avait élevé.
Soult , resté à Laon , où le grand quartier- Etat <!• général fut d'abord établi^ se hâta de mettre de Tordre dans ce mélange confus de soldats^ que la déroute y agglomérait. Ce ne fut pas sans peine qu^il parvint à en rallier un grand nombre, qui^ répandus dans les campagnes voisines, y commettaient de grands désordres. . lies paysans secondèrent les recherches qu'il en fit faire. On vit même les femmes da village d'Athies , armées d'instrumens da , travail , ramener à Vaux quelques-uns de ces traineurs. Il se trouva dans les magasins de la ville ^ de quoi fournir des armes à ceux qui en manquaient. De ces débris*, qui s'accrurent jusqu'à environ vingt mille hommes^ il se forma une faible armée ^ dont, au bout de cinq jours , le quartier-général fut trans- *féré à Soissons, et qui, lorsque le corps de Grouchy eût opéré sa jonction avec elle, alla couvrir Paris* Deux mille six cents hommes furent laissés dans Laon, avec une quarantaine de bouches à féd. On travaillait
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alors à réparer les murs du corps de la place J à fortifier S. Vincent par des ouvrages extérieurs , à* planter partout des palissades. Une entr'autres fermait la Cuve de S. Vincent, en se prolongeant depuis le Fort jusqu'à TArquebuse. La ville avait été mise en état de siège, dès le âo , avec ordre aux habitans» de s'approvisionner pour six mois.
Le commandement supérieur venait d'en être conféré au Commandant du Département , sur sa demande. Cet Officier Général avait de ses devoirs une opinion tout-à-fait op» posée à celle des deux classes d'hommes qui étaient sous ses ordres. Persuadé que les Alliés n'avaient d'autre but que le rétablissement du Roi , il regardait comme coupable toute résistance à leurs armes. Les habitans et la garnison la jugeaient de leur côté conforme à rhonneur et au patriotisme /pleins qu'ils étaient de l'idée que les Puissances étrangères, Tegretant leur précédente modération , se proposaient cette fois, sinon de rayer la France du nombre des monarchies européennes^, au moins de la mutiler par des démembremens considérables ; et ce, péril leur semblait me^- . nacer surtout la frontière du nord. Le zèle des citoyens, pour la défense de leur ville, était , d'ailleurs ,riéxcité par un autre motif : qui les touchait de plus près, et qu'il ne &at
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jamais perdre de vue. Leurs plaies saignaient encore ; et ils ne craignaient rien tant qu'une seconde invasion , qui vraisemblablement consommerait leur ruine. Abstraction faite de ces craintes^ le mieux , disait*on, n'était-il pas toujours de préserver la ville d'une occupation 9 même la plus courte ^ de manière qu'elle pût être rendue intacte au Roi, quand il recouvrerait la possession de son royaume? Il est essentiel que cette différente disposition desesprits soit connue : elle explique comment , lors même que de part et d'autre les intentions étaient innocentes , il y eut cependant des accusations mutuelles, qui n'allaient à rien moins qu'à taxer de trahison le Général, et de rébellion ses subordonnés. Ce grand débat, sur lequel ont été portés des jugemens si divers, doit perdre de son importance, à mesure que les passions se refroidissent. Il n^en forme pas moins une des scènes intéressantes de l'histoire du lieu qui en fut le théâtre. Nous ne pourrons donc nous dispenser d'en recueilliir les principales circonstances. Nous le ferons avec une fidélité scrupuleuse et sans mélange d'aucune réflexion.
Les rênes de l'Etat avaient été remises à Arrivée
de Plénî*
un gouvernement provisoire composé de cinq potentiaU Membres; et la première pensée de ceux-ci "' ^'^'^ avait été d'entrer en négocialioa ave« les
24^ HISTOIRE DE LAÔN*
principaux Monarques elrangers. Leurs Plé^ nipotentiaires arrivèrent, à Laon, le 26 de bonne heure, lorsque les avant -postés de l'ennemi n'en étaient déjà plus qu^à une lieue. Les renseiguemens qu'ils recueillirent dans la journée, firent la matière d'une dépêche datée de dix heures du soir. Si quelqu'un a pu trouver alors chimériques les inquiétudes que Ton concevait sur les vues secrètes des Puis» sances étrangères y qu'il médite le passage suivant de cette dépêche, a Le Général en » chef Prussien nous fit déclarer qu'il ne D consentirait à un armistice^ qu'autant qu'on » lui livrerait^ pouj- la sûreté de son armée , » les places de Metz , de Thionville, de » Mezières, de Maubeuge^ Sarre-Louis et » autres, y^ Effets que Le premier Juillet, on ne communiquait
la seconde , ^ ,
restaura* plus avcc Paris , et u se répandait des bruits
**^". de la nature la plus inquiétante. On apprit
à Laon. enfin que l'armée Française se retirait der-*
rière la Loire ; et que le Roi était rentré
dans sa capitale. La garnison , échauffée par
les têtes ardentes qui n'y étaient pas en petit •
nombre, prit d'abord fort mal ces événemens;
et les habitans, qui avaient besoin d'elle et
n^étaient pas les plus forts , se trouvèrent
dans une situation difficile.
Cette chaleur du soldat nb pouvait manr
lilVRE SEPTièME. S49
qucr de se refroidir bientôt, puisque, du moment où le Roi se trouvait sans adversaire, elle n'avait plus d'objet. Dès le 16 Juillet , le drapeau blanc flottait sur les toui^^ et les fonctionnaires royaux étaient rentrés dans Texeroice de leurs places. Mais la garnison conservait ses aigles et sa cocarde tricolore» L'état de la ville fut alors une des choses les plus singulières qu'on puisse imaginer dans l'ordre politique. Le Roi y étant reconnu par la bourgeoisie, et méconnu par le militaire , elle était réellement divisée en deux partis, qui, néanmoins, vivaient dans une parfaite intelligence , parce que Tidée d'une même patrie à défendre contre un ennemi commun , ralliait tous les esprits. On eut h peine le temps d'être frappé de cette bisarrerie. En moins de trois jours, l'exemple et les insinuations de l'habitant avaient prévalu auprès du soldat; et la cocarde blanche, acceptée par la garnison le ig , fît disparaître tout dgne de dissidence.
A la première nouvelle du rétablissement da Roi 9 le Général avait demandé dés instructions sur la conduite qu'il devait tenir; et, pour toute réponse , on l'avait renvoyé aux réglemens qui concernent la défense des places. Ce n'est pas tout : un ordre du 12 Juillet , en lui pi*escrivant de faire arborer
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le drapeau blanc , l'avait averti que la ville devait être conservée au Roi, et que les Alliés n'y devaient pas entrer (3).
.Déjà , à Texception des trois villes de SoissonSj La Fére et Laon^ tout le Département de TAisne était envahi par les étrangers» qui, après avoir été reçus comme les alliés du Roi , se comportaient comme ses ennemis.
Il n'était bruit que de Ténormité des contri- . butions qu'ils frappaient partout ^ et des violences qu'ils exeiçaient pour les lever.
Aussi , plus les Laonnois voyaient l'orage s'approcher, plus ils s'affermissaient dans la résolution d'y faire tête. Us ne se dissimulaient pas , sans doute , la faiblesse de leurs moyens de défense contre une attaque de vive force. Mais il leur paraissait peu vraisemblable que les étrangers, qui pouvaient tout obtenir par la voie des négociations^ voulussent perdre du monde à forcer des places. On savait qu'ils n'amenaient pas l'artiJlerie nécessaire pour de telles entreprises. D'ailleurs , les hommes du métier assuraient que l'élévation de la ville la mettait hors de la portée du canon , et même à l'abri de la bombe. Après tout, si des démonstrations d'attaque devenaient sérieuses, n'aurait-oa pas toujours la ressource de capituler? £t l'essentiel n'était-il pas de gagner du temps ? ,
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On remarqua, le 26 Juillet^ que les Prus- " ^^
. * '. Moqué.
Siens taisaient une grande reconnaissance dans tous les villages les plus ypisins. Le atS au matin , la ville et les faubourgs étaient bloqués rigoureusement. Les citadins vinrent , avec plusde curiosité que d'inquiétude^ observer, du haut de leurs murailles, les sentinelles que les assiégeans avaient postées à un quart de lieue du pied de la montagne.
A midi le son de la caisse appellaît tes EmeuteH citoyens autour du crieur public. Ils accou- ^ rent en foule , avides de savoir ce qu'on va leur lire. C'était une Proclamation du Général, portant que, d'après un ordre du Roi du ^6, les troupes alliées devaient être reçues dans la ville, nourries par rhabitant et traitées comme amies. A cette annonce inattendue , chacun reste stupéfait. Ensuite on se regarde j on s'interroge. Comment le Général a-t-il pu recevoir une dépêche quelconque, un jour où il n'est arrivé, ni coprrier, ni estafette? JSt comment concilier aussi, avec l'ordre du is, celui qu'il publie maintenant? De fâcheux soupçons se propagent ; les têtes s'échauffent : Je cri aux armes se fait entendre ; et tandis qu'il est répété de toutes parts , un habitant , qui s'est emparé de la caisse du crieur , bat .la générale. Aussitôt, citoyens et soldats, tous & l'envi courent aux arlues; et beaucoup de
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de défense. Ea homme sage , il vivait dans une sorte de solitude> et sans prendre part aux débats qui agitaient la ville. Il n'y avait guères cependant que son intervention qui pût les suspendre. 11 fut proposé qu^il allât, à la téfce d'une députation , au quartiergénéraldes assiégeans, représenter l'inutilité du blocus d'une ville qui reconnaissait le Roi^ ou en tout cas la nécessité d'une explication définitive sur les derniers ordres donnés par le Ministre. Cette ouverture tirait le Général d'un pas difficile. Il n'eut garde de s'y refuser; et la députation partit le 2 Août. Un des deux premiers envoyés arrivait de Paris ce jour-là; et il déclarait que la vérité des ordres ministériels leur avai( été attestée dans les bureaux de la guerre. Mais son rapport ne changea rien à la disposition des esprits j parce qu'il restait toujours à décider si l'on devait se rendre sans capitulalioji.
Les nouveaux Députés firent aux Prussiens une objection pressante. Vous vous dites les Alliés de notre Roi : pourquoi donc traitez-vous en ennemie une ville qui lui est soumise ? Leur Général répondit que les premières hostilités avaient été commises contre eux à leur entrée dans le Département de l'Aisne. Il en donna pour preuve qu'à La Fère on avait tiré sur lui» Ce i^t
était vrai ; mais il était faux qu'il eût le cai ao tère d'une aggression, puisqu'il était postérieur à la cessation d'un armistice dénoncée par les Prussiens eux-mêmes. Voilà ce que ce Général ne disait points et ce qui n'était pas ignoré à Laon. Pour éviter toute discussion sur ce point scabreux , il se retrancha dans les ordres^ donnés à la ville au nom du Roi; et si on lui en objectait l'insuffisance , il ré«pondait aux Députés de la bourgeoisie que ces sortes de questions ne regardaient point le civil ; et aux Députés de la garnison , que le militaire devait obéir sans raisonner. Il consentit, néanmoins, qu'une partie de la députation allât s'instruire de la volonté positive du gouvernement, et le Préfet partit avec deux Officiers de la garnison et un Officier de la Garde nationale. Ils devaient exprimer fortement le vœu de conserver la ville au Roi; et la persuasion qu'une cause aussi importante était confiée à des hommes dignes de la défendre, maintint le calme pendant leur absence. »
Ils ne revinrent que le 6. On apprit avec douleur qu'ils n'avaient pas réussi, A la vérité le Ministre n'avait point blâmé la résistance opposée aux Prussiens. Ce qui se disait même autour de lui laissait entrevoir le regret que les deux ordres leur eussent
Râ
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été communiqués. Mais le gouvernement se trouvait engagé avec ,eux , de manière à ne pouvoir revenir sur ses pas. Dès qu'on fut certain que Taulorité légitime avait parlée toute opposition cessa.
Cependant la bourgeoisie et la ganiisoa eurent gain de cause sur les deux points qui avaient été débattus avec le plus de chaleur. Il fut reconnu que la volonté du Roi avait besoin d'une notification plus solennelle, et qu'une capitulation était indispensable. Le Commissaire envoyé pour faire connaître les intentions du Monarque , fut chargé aussi de traiter avec les assiégeans; ce qui était faire une grande et manifeste concession à la méfiance des assiégés. Ils virent même une approbation formelle de leur conduite dans ces paroles adressées à la Garde nationale par le Commissaire du Roi. » Jusqu'à présent D vous avez prouvé , par votre dévouement » à la défense de votre ville , conjointement D avec la garnison , votre attachement à la » patrie. » (lo),
^'l^ln^'*' ^-^ capitulation qui n'est point datée, et qui paraît avoir été arrêtée le 8, porte que la garnison sortira le lo à six heures du matin. Mais elle autorisait les Prussiens à occuper, le 9 à midi, deux des portes de la ville ^ et à placer des gardes à tous les
tion
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magasins*. Lies diverses sljpulations , dont cer U'aiié se coinpose, ne laissent aucun doute sur; sa nécessité : un article, que les instructions du Commissaire lui recommandaient spécia-^ lementj est celui par lequel il est dit que » les habitans seront respectés dans leur»
n personnes et leur propriétés; et qu'ils ne » seront recherchés en aucune manière^ pour » cause d'opinion et de conduite antérieure. »
Ainsi se termina j le quatorzième jour de sa durée , un blocus qui a donné lieu à des opinions si contradictoires : ce qui ne pou* vait arriver que dans un temps où les esprits étaient livrés à des défiances mutuelles, et où l'indivisibilité des intérêts du Roi et de la patrie n'avait pas la même évidence pour tout le monde. Les étrangers, qui ne perdaient pas de vue une ville redevenue fameusa par les événemens de 1814, donnèrent de grands éloges à la conduite que ses habitans ont tenue en i8i5« Elle conquit jusqu'au «ui&age du Général -ennemi. La lettre que Ziethen écrivit au Préfet , en quittant le pays^ contenait des témoignages d'eslimie •fXMir cette bourgeoisie ^ dont la résistance inattendue semblait ^^n'avoii* pu contrarier -que lui seul. De telles louanges honorent *€:elui qui les acordait , autant que ceux qui
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les reçurent; -et 'Ton aime à trouver cette franchise chevaleresque chez l'héritier du nom d'un des glorieux compagnons d'armes du- Grand Frédéric,
Quôiqu'au gré des Laonnois^ leur constance eût été mise à une trop courte épreuve , ils' èui^ent à s'en féliciter , non - seulement J30Ur l'honneur qu'elle leur fit, mais aussi pour quelques avantages importans qu'ils eil tirèrent. Le blocus ne permit pas d'établir chez eux un hôpital militaire , qui fut excessivement onéreux à la ville de St-Quentin.
Il détourna de la leur le passage de cinquante mille Alliés qui venaient de l'Allemagne; et il ne laissa pas aux Prussiens , comme on va le voir , le temps de lever une contribution ruineuse. Mais, de ce qu'on esquiva quelques charges des plus lourdes , il ne faut pas en conclure que le poids de la seconde invasion ait été léger.
Vexations Leg Prussicus avaient tout lieu de s'ap-
des
Prussiens, plaudir de là facilité de leur conquête ; c'était un motif pour s'y comporter avec quelque bienveillance 2 moins généreux que Iteur Chef, ils y entrèrent en vainqueurs irrités du retard qu'on avait mis à les rece-^ voir; et ce fut le prétexte d'une oppression qui dura pendant tout leur séjour. Ils désarmèrent la Garde nationale, au mépris de