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bloqués , et rien n'arriyait de cette Afrique qui fiit pendant si longtemps la terre nourricière de Rome. On raconte que la chair humaine fut mise publiquement en vente , et que des mères dévorèrent leurs propres enfants. Quelle défense auraient pu faire les Romains réduits à de si cruelles extrémités ? Une conspiration abrégea la durée du siège : ouverte à minuit, la porte Salarienne abandonna la viUe impériale aux tribus barbares de la Germanie et de la Scythie. « Toutes les richesses du monde sont concen- « trées ici , dit Alaric à ses soldats ; je vous les abandonne , mais c< je vous commande de ne verser le sang que des hommes ar- « mes , et d'épargner ceux qui se réfugieront dans les églises. » Le pillage dura six jours ; il y eut un massacre énorme , malgré les ordres d'Alaric , et grand nombre de Romains riches et puissants tombèrent tout-à-coup dans la condition misérable de captifs et d'exilés. L'orgueilleuse et magnifique capitale de l'univers, Rome , qui , pendant onze cent soixante-trois ans , avait étendu son pouvoir de l'une des extrémités de la terre à Tautre , et s'était enrichie des dépouilles du monde vaincu , devint la proie d'un Barbare ; eUe subit à son tour le sort qu'elle avait infligé à tant de villes puissantes , et éprouva les calamités qu'elle avait fait supporter à tant de nations. Ses temples et ses dieux tombèrent avec elle pour ne plus se relever ; son aristocratie perdit son pouvoir et ses richesses, et se dispersa, soit en Italie , soit en Afrique. « n n'est point de région, disait saint Jérôme, qui n'ait des « exilés romains. » L'affreux désastre de la ville étemelle facilita les voies du Christ , en ôtant au paganisme ses principaux moyens d'influence.
Nous ne suivrons pas plus longtemps les Barbares dans leur marche dévastatrice au Nord et au Midi de l'empire ; ils ont fidèlement accompU l'un et l'autre l'œuvre de destruction qui leur a été confiée. Repoussé par Aétius , Attila s'est lentement éloigné ; il abandonne la Gaule à deux nations barbares qui vont jouer un grand rôle dans les destinées de notre pays.
S IV. Les Francs , une de ces nations , étaient de race germanique et ne formaient pas un peuple proprement dit : on donnait leur nom à une confédération de plusieurs tribus guerrières , plus ou moins nombreuses selon les circonstances. Ils prennent
place daas Thistoire romaine, dès le troisième siècle, tantôt comme ennemis y tantôt comme auxiliaires. Telle était leur yaleur , que les empereurs en appelaient le plus qu'ils pouyaient sous les aigles romaines ; on en vit souyent dans leur garde impériale. Gomme tous les Barbares qui se précipitaient du Nord sur le Midi , les Francs demandèrent des terres aux Romains, et les prenaient eux-mêmes quand on tardait à les leur donner; ils ayaient déjà un établissement considérable au quatrième siècle , au temps de leurs yaleureux che& Mellobaud et Arbogast. On les y oit, dès cette époque y mêlés à tout ce qui se passe de grand en Europe , et souyent partie principale dans les éyénements qui s'accomplissent. Bientôt à demi-conquis par la ciyilisation romaine, ils défendirent l'empire, auquel ils s'étaient identifiés, contre leurs frères du Nord , les Vendes , les Gotbs , les Burgundes. Ils résistèrent de toutes leurs forces aux Huns, et eurent une grande part à la yictoire d'Aétius sur Attila. Placés au Nord-Est de l'Europe, entre la Gaule et la Germanie , ils étaient la barrière naturelle qui protégeait le Midi contre les migrations barbares ; une partie de leurs tribus occupait le pays compris entre le Rhin et les Ardennes. Pour pénétrer jusqu'aux riyes de la Seine et de la Loire , il fallait passer sur le corps des Francs^ qui ayaient à défendre non-seulement l'empire, mais encore leurs propres foyers. Cette confédération était plus ou moins puissante selon les temps, tantôt nombreuse, tantôt formée d'un petit nombre de tribus ; elle prit beaucoup de consistance et de force lorsque les cités armoricaines des riyes de la Seine et de la Somme s'allièrent à ces peuples. Une autre circonstance eut encore plus d'influence sur l'ayenir de la nation : d'abord païens , ou plutôt sans religion bien arrêtée , les Francs deyinrent chrétiens et reçurent directement la foi de l'Eglise latine. Puissanunent aidés par le concours actif du clergé, leurs che& yirent en peu de temps leurs domaines prendre une grande extension, et deyenir un des états les plus considérables de l'Europe. Dans les premiers temps de leur histoire , on les yoit parés de la dépouille des ours, des yeaux marins , des urochs et des sangliers. Leurs camps sont retranchés ayec des bateaux de cuir et des chariots attelés de grands boeu&; ils rangent leur armée en triangle , où l'on ne distingue qu'une forêt de framées, de peaux de bêtes et de corps demi-nus. C'est
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ainsi qae M. de Chateaubriand représente ces terribles Francs : il les fait reyiTre surtout dans leur chant de guerre, qui est nonseulement de la poésie , mais aussi de l'histoire. ^
Cependant Fempire croulait de toutes parts ; il ne pouyait se défendre , et abandonnait aux provinces le soin de leur conservation. Plus exposées que d'autres aux incursions des Barbares , les villes principales de la Gaule s'unirent par une alliance ; leur confédération comprenait toutes les villes des deux Aquitaines, delà seconde , troisième et quatrième Lyonnaises, et d^me partie de la seconde Belgique , et se trouvait ainsi formée de l'Auvergne, du Berri , de la Bretagne , de la Normandie et de lUe-de-France. Cette ligue ne fut pas toujours formée des mêmes éléments, mais le principe subsista : placé trop au Midi, Lyon ne parait point être entré dans cette coalition. Ainsi organisée pour sa défense, la Gaule se donna les guerriers francs pour chefs militaires ; deux confédérations s'associèrent , et de leur union naquit un grand royaume. Il n'y eut pas toujours conquête , il y eut souvent alliance et conventions : les rois des Francs agrandirent leur domination tantôt par )a puissance de leurs armes , tantôt par des traités que les villes de la Gaule consentaient librement. Oa me saurait nier que des pactes volontaires n'aient été formés souvent
1. — « PharanuMM) ! Pbaraniood ! noas avont combaUu avec Tépée.
« Noas aTons lancé la francisque à deux tranchants ; la sueur tombait du front des guer- « riers et ruisselait le long de leurs bras. Les aigles et les oiseaux aux pieds jaunes poussaient « des cris de joîe ; le corbeau Bageait dans le saog des morts; tout l'Océan o'était qu'dae « plaie ; les yierges ont pleuré longtemps.
« Pharanond ! Pharamond ! nous avons combattu avec l'épée.
« Ifos pères sont morts dans les batailles , tous les vautours en ont gémi t nos pères les « rastasiaieot de caïuage. Cboisissoos des époauM doat le lait s^t du sang, et qui renplissciit « de Talear le cœur de dos fils. Pharamond, le bardit est achevé, les heures de la ne s'écoulent; « nous sourirons quand il faudra mourir. »
« Aiosî chantaient quarante mille barbares ; leurs cavaliers haussaient et baissaient leurs boucliers blancs en cadence > et , à chaque refrain , ils frappaient du fer d'un javelot leur poitrine couverte de fer. »
Les longs volumes des savants sur les Francs ne font pas aussi bien connaître ces soldats sauvages. L'impression que fit leur chant de guerre sur Augustin Thierry eut quelque chose dTéloctrîque ; il quitta la place où il était assis , et , marchant d'un bout à l'autre de la salle , il répétait â haute voix, et en faisant sonner »e» pas#ur le pavé : « Pharamond ! Pharamond ! nous avons combattu avec l'épée... » Ce moment d'enthousiasme , dit Thierry, fat peut-être décisif poor ma vocation à venir. (Récité des temps mérovingiens , tome 1", Préface , p. xx). Quelques paroles d'un poète ont h\t éclore un historien.
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entre les Gaulois et les Francs ; mais on ne peut contester davantage les attaques à force ouverte des Francs contre rindépendance des villes de la Gaule qu'ils trouvaient à leur convenance. Nous verrons bientôt les rois mérovingiens se mêler à toutes les querelles des états voisins , et profiter de toutes les occasions d'accroître leur puissance. Les Gaulois ne voulaient*pas de la domination des Burgundes et des Vandales ariens; mais ils ne traitèrent pas toujours avec les Francs sur le pied de l'égalité , et leur soumission ne fut pas constamment volontaire.
Mais laissons un instant les Francs : nous les retrouverons bientôt constitués en une nation puissante et compacte , dont le Lyonnais fera partie. '
§ V. Les Burgundes eurent d'abord des points de contact plus directs avec l'histoire de Lyon : ils appartenaient aussi à la grande famille teutomque. On ignore quelle était leur origine : leurs tribus habitaient la Germanie septentrionale entre l'Oder et la Vistule, sur les deux rives de la Warta. Elles se déplacèrent plusieurs fois; vers la fin du quatrième siècle, sous Valentinien, ces hordes occupaient les pays qu'on nomme aujourd'hui la Lusace et la Thuringe, de l'autre côté de l'Elbe. D'abord obscur, leur nom devint bientôt célèbre , et un petit état inaperçu se transforma en un puissant royaume. Ignorés jusqu'en 245 , ils furent chassés à cette époque par les Gépides des bords de la Vistule qu'ils habitaient , et se rendirent sur l'Elbe. L'empereur Probus les délogea de ce nouveau domicile , en 277 ; ils y revinrent peu d'années après. En 370 ou 372 , les Burgundes se rendirent , au nombre de quatre-vingt mille, sur les bords du Rhin, à la demande de Valentinien P' , pour défendre Tempire contre les incursions des tribus germaniques , et retournèrent dans leur pays fort mécontents de l'empereur, qui n'avait pas tenu sa parole *.
i. — L'invasion des Francs, dans les Gaules, est en quelque sorte le point de départ de l'histoire de France; elle mérite donc d'être étudiée avec une attention partieuliére. On peut consulter, sur l'origine de cette nation et sur les premiers temps de leur histoire , les ouvrages suivants :
Tacit. German. , c. xxx , uxvii. — Gaiaoa. Toaoa. , I. Il , c. » , zxin , xzxvi ; 1. X , e. xxxi. — CioTta. German. antiqna, 1. III, e. xx. — Faiatr. Mém. de l'Acad. des inscript., t. XVIII.— Reeueil des Hist. de France, I. — De CassKS {A.). Hist. Franeor. aA-iptor., tome I. — Zosimi, 1. I, p. 646. — AoaiLios-Vicroa 0. xxuii. — AaaiiR-MAacBLiia , I. XV, ad ann. 3K5.
2. — SeloQ Jornandés, ces quatre-vingt mille combattauts n'étaient paa seulement des
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D'autres tribus burgundes, sous Joyien, se fixèrent aux confins de la Germanie et de la seconde Séquanie.
La grande migration des Burgundes eut lieu en Û06 , sous Honorius. Tandis que les Âlains et les Suèves ravageaient FOccident, et que les Vendes subjuguaient l'Espagne , les Burgundes s'emparaient des pays situés à l'Ouest du Jura , et s'établissaient définitivement sur les terres fertiles qui séparent le Rhône de la Saône. Toute la Gaule appartenait aux Burgundes et aux Visigoths : il ne restait plus vestige de la puissance romaine. Maîtres d'un pays fertile , les Bourguignons s'en contentèrent et cherchèrent à consolider leur domination. Ces Barbares n'avaient pas la férocité et l'instinct de destruction qui caractérisaient les Alains ou les Vendes; beaucoup étaient ouvriers charpentiers ou menuisiers, et vivaient de leur travail quand la nation n'était pas en guerre. C'étaient de grands corps blonds , mous , grossiers dans leurs habitudes , impolis , orgueilleux , gourmands , grands parleurs , mais point méchants; ils avaient à un haut degré la bonhomie germanique , et n'abusaient pas de leur force. Les Burgundes portaient leurs cheveux longs et enduits d'une graisse rance ; leur malpropreté était grande. Conquérants d'une grande partie de la Gaule, ils ne dépouillèrent pas en entier les anciens propriétaires et leur laissèrent une partie du sol : on eût dit qu'ils étaient des hôtes encore plus que des maîtres. Satisfaits de la part qu'ils s'étaient faite, ils ne demandaient rien de plus et respectaient les droits des Romains , qu'ils n'avaient pas dépouillés ; les deux tiers des terres et le tiers des esclaves leur appartenaient. C'est un spectacle curieux que celui de ces Barbares en présence des Romains riches et puissants, qui étaient encore propriétaires : les Burgundes leur témoignaient beaucoup de déférence , et éprouvaient en leur présence une sorte d'embarras. Ils se joignaient le matin aux cUents des nobles, et venaient saluer les sénateurs; hôtes seulement inquiétants et incommodes , quand ils pouvaient être maîtres et oppresseurs. « A qui demandes-tu des vers d'hy-
Boargaignoiis ; il y arait aussi des Suéves. «Gratîanum filium suum ValeDlinianus Ambianis imperatorem consliUiit , qtiem habuit de Severa priore jngnli ; el conlra Saxoncs , cl Burgundtones, qui plus oclogtnta millia armalorum primum Rhciii in limbo castramelassent , movit procinctum. » (DeTemporom successione. Paris, Panchouche, 1842, p. 152.)
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H men ? écrit Sidoine à im de ses amis. Mais le puis-je, alors « qae j'habite parmi des hordes chevelues , qae je suis forcé de « supporter des paroles germaniques et d'applaudir d'un visage « contraint aux chants d'un Burgunde ivre , dont les cheveux sont w enduits d'un beurre acide? Veux-tu que je te dise ce qui brise <c ma muse ? Epouvantée par les lyres barbares , Thalie dédaigne « les vers de six pieds en présence de protecteurs qui en ont (c sept '. Heureux tes yeux, heureuses tes oreilles , heureux u même ton nez que ne révolte pas dix fois chaque matin Todeur c< de Fail et d'oignons fétides I Tu n'as point à recevoir au point K du jour ^ comme si tu étais leur grand-père ou le mari de leur « nourrice 9 ces géants énormes que contiendrait à peine la cui- <« sine d'Alcinoiis. » ^
Tels étaient les Burgundes. Vienne Ait d'abord la capitale de leur empire; mais ce titre passa bientôt à Lyon, qui le conserva. '