‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 105 sur 262 · V** SIÈCLE. PREMIER ROYAUME DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

V** SIÈCLE. PREMIER ROYAUME DE BOURGOGNE

respecter les conquêtes de la nation voisine , et des délimitations topographiques s'établirent par la force même des choses. Une grande partie de la Gaule devint la France ; l'autre fut le premier royaume de Bourgogne.

Il n'eut pas toujours les mêmes limites , et son étendue varia beaucoup sous ses rois. D'abord formé seulement d'une petite partie de la Gaule jusqu'au Rhin, cet état s'étendit bientôt après jusqu'à la Saône, et comprit dans ses déUmitations tout le cours du Rhône depuis Genève jusqu'à la Méditerranée. Il était borné, sous le plus puissant de ses rois, au Nord par l'Alsace, la Lorraine et la Champagne , au Midi par la mer et par Marseille , à l'Est par la chaîne des Alpes, à TOuestpar les montagnes de l'Auvergne. Des partages entre les fils du roi régnant, et la fortune de la guerre , diminuèrent souvent son étendue ; il était composé , dans son état normal, des pays qu'on a depuis nommés la Provence , le Dauphiné , le Lyonnais, le Forez , le Beaujolais , la Savoie, le Nivernais, le Bourbonnais, le duché de Bourgogne proprement dit, la Franche-Comté, etc. Un des rois burgundes fit des conquêtes en Italie, et ramena de ce pays beaucoup de prisonniers. De grands cours d'eau , la Seine , l'Yonne , la Loir€ , la Saône et le Rhône parcouraient les bassins des provinces de Bourgogne, et l'on comptait dans cet état une multitude de villes florissantes, dont les principales étaient Langres , Dijon , Genève, Cbàlon, Mâcon, Avignon, Aix, Marseille, et Lyon surtout Les rois de Bourgogne firent de cette dernière cité leur capitale : c'est qu'ils eurent égard, sans doute , à son heureuse position au confluent du Rhône et de la Saône et au centre de leurs états du Nord et de ceux du Midi. Rome n'existait plus; Lyon n'avait plus à redouter la malveillance des empereurs, et, relevée de sa déchéance , cette viUe avait reconquis son rang de métropole par la puissance durable de son commerce et de ses avantages naturels. Ses maisons, détruites par les guerres , avaient été rebâties pendant une longue paix.

Formé par la conquête , le royaume de Bourgogne devait périr par la puissance dès-armes; il avait dans les Francs des voisins remuants , meilleurs soldats que les Burgundes , et d'autant plus désireux de s'agrandir à leurs dépens , que les passions religieuses vinrent se joindre à l'ambition. L'un des deux peuples était

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catholique selon la foi de Rome , l'autre arien. J'ai dit l'origine du royaume des Burgundes ; il me reste à raconter son accroissement et sa prompte décadence. ^

S n. Le premier roi des Burgundes fut aussi un soldat heureux : Gondahaire , Gondioc ou Gondicaire descendait d'Athanaric , chef puissant des Goths : c'est lui qui passa le Rhin , en 407 , à la tète de sa nation , et vint demander au Midi de l'empire un climat plus fécond et moins rigoureux que le sien. Ce Burgunde ne rencontra pas de résistance: les Romains, qui ne pouvaient le repousser, se résignèrent à l'accepter ; ils lui donnèrent des terres au Nord de la Gaule et sur la rive gauche du Rhin. Gondahaire se reconnut vassal de l'empire, tant qu'il ne se crut pas assez fort : il avait à conserver son petit état ; s'il défendit Rome contre les incursions des trihus germaniques , ce Ait surtout dans son intérêt Éut-il dès cette époque le titre de roi ? on l'ignore. Ce qu'on sait , c'est qu'il profita de la faiblesse croissante de l'empire pour donner plus d'extension à ses conquêtes : il s'empara de la Gaule Belgique. Les Romains firent un dernier effort, et Aétius remporta, en 435, une victoire signalée sur le roi bourguignon. Gondahaire devint de nouveau l'allié , le défenseur de l'empire : les Bourguignons lui déférèrent la couronne en 414. Un malheur conmfiun menaça bientôt les états du Nord de l'Europe d'une même ruine : Attila et ses Huns s'avançaient conmoie un torrent débordé au cœur de la Gaule. Tout Fempire s*émut , et le dernier de ses généraux habiles , Aétius, marcha contre les Tartares à la tête d'une armée de Romains, de Francs et de Burgundes. On raconte que la veille de la bataille de Châlons , Gondahaire fut surpris , attaqué et tué par un corps nombreux de Gépides que conduisait Ardaric, Selon d'autres autorités , rien n'annonce que Gondahaire se soit trouvé au camp d'Aétius : il n'alla point à la bataille , et on le voit , cinq ans après la défaite d'Attila dans les plaines de la Champagne, marcher au secours de Théodo-

1 . — On a cru qae les Burgundes avaient été ariens presque aussitôt que chrétiens ; c'est une erreur : Orose , Socrate, Nicéphore aflirinent qu'ils furent d'excellents catholiques jusqu'au régne deGondebaud (491-516); ils ne furent ariens que pendant vingt ou vingt-cinq années. — Voyez VÀrt de vérifier les dates, in-fol., tome IV; la Liste chronologique et historique des sires de Bourgogne^ ut V Histoire générale et particulière de Bourgogne f tome Ter.

rie , roi des Visigoths , et remporter une victoire sur Riciaire , roi des Suèves '. Gondahaire eut un règne paisible , glorieux et très long : il commanda les Burgundes pendant plus de cinquante années (413-463). Son royaimie fut formé d'abord de pays au Nord du Haut-Rhin, et d'une partie de la Suisse et de la Séquanie; il s'étendit , vers le milieu du cinquième siècle , dans les vastes et fertiles contrées qui séparent le Rhône de la Saône , et comprit dans ses limites la Franche-Comté, la Bourgogne proprement dite , la Bresse , le Dauphiné , le Lyoïmais et une partie de la Provence. Gondahaire était catholique ; il maintint la paix entre les évèques de ses états, protégea le christianisme et fonda plusieurs monastères. On ignore la date précise de sa mort ^ : ce prince laissa quatre fils , Chilpéric qui lui succéda , Gondebaud, Godégisèle et Gondemar. '

1 . — De retour dans ses états après avoir affermi le jeune Théodoric dans les siens , Gondahaire partagea les pays qu'il avait conquis dans les Gaules , entre les indigènes et les nouveaux habitants qu'il avait amenés ; il Gt ce partage conformément aux lois alors en usage parmi les Bourguignons et les Goths. {Histoire de Bourgogne^ par les Bénéd., tome I, p. 34.)

Jornandès raconte avec détails la victoire des Bourguignons sur les Suèves : x Ëxinde exiens Riciarius , rex Suevorum , nititur totam Hispaniam occupare. Oui Tbeodericus cognatus tuas , ut eral moderatus, legatos mittens , pacifice dixit , ut non solnm recederel a finibus alienîs , verum etiam ncc tenlare prœsumerct , odium sibi tali ambitione acquirens. llle vero animo prastumido ait : « Si hic murmuras et me venire causaris Tolosam , ubi tu sedes , veniaro; « ibi si valcSy résiste. » His auditis, aegre tulit Theodericus, compacatusque cum caeteris geotibus, arma movit in Suevos , Burgundionum quoque Gundiacum et Hilpericum reges auxiliares habens , sibique devotos. Ventum est ad certameo juxta Rumen Urbium, quod inter Asturicam Hibcriamquc pra:terroeat ; consertoque prxlio , Tbeodericus cum Vesegothis , qui ex justa parte pugnabat y victor efficitur , Suevorum gentes pêne cunctas usque ad internccionem prostemens. » (Jornaudès , de Rébus Geticis, XIY.)

2. — Gondahaire vivait encore en 463 ; c'est dans le cours de cette année qu'il s'adressa au pape Hilaire, à l'occasion du trouble causé par l'ordination d'un évèquc de Die , que Mamert, évéque de Vienne , avait faite au préjudice de Léonce , archevêque d'Arles. Hilaîre appelle Gondahaire son fils , et le qualifie d'homme très illustre dans une lettre qu'il écrivit sur celte contestation, (j^rt de vérifier les dates, éd. in-4**, p. 574.)

3. — La chronologie des premiers rois de la Bourgogue ii*est pas fixée avec certitude. Selon les savants auteurs de V Histoire générale et particulière de Bourgogne (D. Merle et D. Thuilicr), Gondahaire, Gondicaire ou Gondioc, premier roi de Bourgogne , ne péril point à la bataille de Châlons , et eut pour successeur son fils Chilpéric , vers l'année 476. Mais ce système présente quelques difficultés : Gondahaire passa le Rhin eu 407 (la date est précise), à la tète de la grande armée burgunde dont il était le chef; il avait sans doute alors au moins vingt'cinq ans. C'est dans Tannée 451 que fut livrée la bataille de ChAlons; Gondahaire aurait eu à cette époque soixante-neuf ans; il mourut vers l'année 476 : son âge aurait donc dé-

S III. Le règne de Chilpéric fut court et malheureux ; il n'est point compté chez quelques annalistes de la Bourgogne. Chilpéric fiitroi dès Tannée 456, du vivant de son père, qui Fassocia à son pouvoir, Finitia à l'art du gouvernement , et le conduisit à la guerre contre les Suèves. On dit que le jeune prince montra beaucoup de courage dans cette expédition ; il perdit son père en 463. On a vanté la régularité de ses mœurs, la douceur de son caractère, et son respect pour la religion. Chilpéric fonda et dota plusieurs monastères : aussi a-t-il été comblé d'éloges par les écrivains religieux. L'Eglise, qu'il servait avec tant de zèle, ne le préserva pas d'une grande catastrophe : il ne vivait pas en bonne intelligence avec son frère Gondebaud, dont l'ambition et les talents supérieurs devaient lui être si funestes. Ces discordes entre les deux frères ont été racontées par un poète lyonnais contemporain, Secundinus, dont Sidoine loue le talent poétique.

Si l'on en croit la tradition, Gondebaud avait hérité de Gondahaire son père du titre de roi de Bourgogne , et il régnait sur les pays qui formaient la première Lyonnaise. Chilpéric et Gondemar ses frères se liguèrent contre lui, et envahirent ses états*' Une grande bataille eut lieu sous les murs d'Autun ; Gondebaud la perdit. Poiu: échapper aux conséquences de sa défaite , il se fit passer pour mort et se cacha : quelques amis demeurés fidèles à sa fortune lui amenèrent des soldats ; il réorganisa une petite armée , et , marchant avec une extrême diUgence , surprit dans Vienne ses deux frères sans défiance. Toute résistance était impossible ; la ville fiit prise , et les deux princes tombèrent aux mains de leur ennemi. Quelques circonstances de ce récit peu-

passé quatre-vingt-treize ans , ce qui est possible, mais ce qui est assez peu vraisemblable. Dans un autre système, Gondahaire périt la veille de la bataille de Chàlons, c'est-à-dire en 451; ses états furent partagés après sa mort entre doux de ses fils, Gondioc et Chilpéric : Chilpéric eut tout le pajs situé entre le Jura et les Alpes , et Genève pour capitale , et Gondioc régna sur la Séquanie et sur la Lyonnaise. Dans l'hypothèse des Bénédictins, Chilpéric succéda à Gondahaire, et périt sous les coups de son frère Gondebaud ; dans l'autre hypothèse, un Gondioc succéda à son père Gondahaire en 436, et mourut en 463 : il avait épousé la sœur du patrice Ricimer. Ainsi, les auteurs de V Histoire de Bourgogne auraient confondu Gondahaire et Gondioc. J'ai cni , cependant , devoir suivre leur leçon. Ils n'admettent point le partage du royaume du Bourgogne , qui aurait eu lieu cotre les quatre fils de Gondahaire.

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